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C. — Lupus exanthématique généralisé

Le lupus exanthématique généralisé se manifeste sous forme d’éruptions à marche aiguë ou subaiguë, se faisant en une ou plusieurs poussées, disséminées à tout le corps, accompagnées parfois de phénomènes généraux graves. Il n’est pas certain que leur pathogénie soit analogue à celle du lupus érythémateux fixe et cependant la forme de l’élément, la coïncidence avec la tuberculose viscérale osseuse ou ganglionnaire, l’existence fréquente de plaques de lupus érythémateux chez les malades, nous obligent à regarder ces exanthèmes comme proches parents du lupus érythémateux vrai et, à les décrire ici.

1° Forme aiguë. — Le lupus érythémateux, disséminé et généralisé , évolue avec ou sans symptômes généraux et leur présence ou leur absence justifie, semble-t-il, sa division en un type aigu et en un type subaigu.

Le type aigu correspond à celui qu’a le premier décrit Kaposi en 1872.

Il se produit d’ordinaire chez des femmes ou des jeunes filles déjà atteintes

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LUPUS ÉRYTHÉMATEUX.

auparavant de lupus érythémateux de la face; dans quelques cas, le vespertilio se manifeste en même temps que l’éruption du corps. L’éruption se produit au cours d’un état général grave, la fièvre atteignant et dépassant 59 et 40 degrés. Les premiers éléments apparaissent d’abord au visage sous forme de petites papules rouges ou violacées de la grosseur d’une tête d’épingle qui bientôt présentent à leur sommet une squame modérément adhérente, cachant une dépression, dans laquelle elle s’enfonce parfois sous forme de prolongement conique. Dans d’autres cas, la squame est mince, peu adhérente, sans prolongement. Koch signale l’existence d’efflorescences érythémateuses annulaires, stables, se couvrant de squames grasses. Kaposi, Bœck et Koch ont vu en même temps des nodules érythémateux sous-cutanés de la grosseur d’une noisette, douloureux spontanément ou à la pression, se développant de préférence aux membres, ces nodules peuvent porter à la surface un point purulent(‘).

Pendant l’évolution de cette éruption, les phénomènes généraux et locaux subissent des alternatives d’aggravation et de rémission qui peuvent conduire le malade à la mort. D’après les observations publiées, celte terminaison survient, lorsque le tableau général est sévère, une fois sur deux ou trois.

Les phénomènes qui accompagnent l’éruption sont comme elle-même variables d’un cas à l’autre. Parmi ceux que signalent le plus fréquemment les observations est la périarthrite polyarticulaire avec gonflement œdémateux noueux, douloureux de la peau et des tissus tendineux et conjonctif.

Ces arlhropathies méritent une mention spéciale, car elles ont été vues assez souvent au cours du lupus érythémateux, même dans les formes subaiguës ou chroniques. Kaposi, Stern, Philippson, Besnier ont signalé de la douleur spontanée on à la pression, du gonflement articulaire; dans le cas de Philippson (2), soit qu’il y eût coïncidence, soit relation de cause à effet, les deux premiers phénomènes furent la rougeur de la matrice unguéale et une attaque de rhumatisme articulaire généralisé. Au cours même de celle poussée qui dura six semaines apparurent les efflorescences du lupus érythémateux.

Dans la description de Kaposi, on trouve 4 cas sur 11 où existaient des arlhropathies. On peut donc les considérer comme faisant partie de l’ensemble du tableau morbide, au même titre que l’on peut rencontrer des érythèmes scarlatiniformes dans le rhumatisme articulaire aigu franc. A côté de toutes ces arlhropathies il faut noter la fréquence des douleurs osseuses térébrantes. Tous les appareils et tous les viscères sont intéressés à un degré variable : la broncho-pneumonie mortelle a été notée; la pleurésie n’est pas rare. Les accidents méningés ou de méningisme dominent d’autres fois le tableau, ils se traduisent par la céphalalgie violente, les vomissements, le délire, le coma et

(') Il est probable que certaines des éruptions de tuberculides, qui accompagnent le lupus érythémateux aigu, ont été regardées au début comme faisant partie de son cortège symptomatique.

(-) L. PuiLii’PSON, Ein Fall von L. ery thematosus disseminatus mit Gelenkaffection.

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la jnorl est leur conséquence. Des hémorragies se produisent dans les viscères, dans la peau, en particulier dans les taches éruptives.

Il est un accident remarquable noté par les trois observateurs cités, c'est une forme particulière d’érysipèle de la lace désignée par Kaposi sous le nom d 'erysipelas perstans faciei. La partie médiane du visage est le siège d’un œdème vif, souvent symétrique, avec congestion et production de croûtes graisseuses, plus ou moins incrustées dans la peau, s’enlevant d’ordinaire facilement. Sous cette couche la peau est tuméfiée, les orifices sébacéo-pilaires sont élargis et leur suintement est tel qu’il peut en quelques heures former une couche graisseuse qui couvre la peau.

Gel érysipèle est évidemment une poussée exanthématique appartenant en propre à la tuberculose et se produisant comme celles que peut causer la tuberculine. C’est à un degré très exagéré l’équivalent des poussées congestives et œdémateuses qui surviennent de temps à autre chez les lupiques de tout ordre.

Dans cette forme aiguë les phénomènes de transsudation œdémateuse sont tels et la friabilité des vaisseaux est si grande qu’il y a, çà et là, des vésicules, des bulles, des phlyctènes, des suffusions hémorragiques.

Quand la mort ne survient pas à la première poussée la rémission se fait en même temps que disparaît l’éruption, mais il faut s’attendre à des récidives de gravité extrême.

‘2° Forme subaiguë. — Dans la seconde variété de lupus exanthématique généralisé, l’évolution locale peut être encore très rapide, mais les phénomènes généraux manquent ou sont très effacés.

L’éruption commence par le visage, elle y peut rester localisée et ne se distinguer que par la brusquerie de l’apparition, mais plus souvent elle envahit les membres dont elle frappe avec prédilection les extrémités; le tronc n'est pas épargné.

Dans quelques cas il paraît bien qu’un traitement intempestif et mal dirigé n’a pas été sans influence sur la généralisation de l’éruption.

La lésion élémentaire est, dans ces cas, assez variable au début de l’évolution : c’est tantôt une tache érythémateuse, d’autres fois une vésicule, une bulle analogue à celle de l’impétigo, une vésico-pustule. Ces éléments varient d’un point à l'autre du tégument. Ils évoluent rapidement vers l’efflorescence typique du lupus érythémateux aigu. Les vésicules, les vésico-pustules, s’étalent et se dessèchent; la base rouge et tuméfiée, sur laquelle elles reposent, s’élargit. Le grattage détache aisément la squame demi-molle qui les recouvre et le centre de l’élément sous-jacent apparaît déprimé. Dans un cas de Kaposi (') l’éruption succéda de près à F évolution d’un purpura des jambes. Elle commença brusquement par l’apparition sur le front, le nez, de grandes taches rouge livide; sur les doigts et les orteils de plaques rouge bleuâtre squamelleuses, pernioïdes; sur les avant-bras, la poitrine, les lèvres, par de petites

(') Kaposi, Lupus érythémateux aigu, Soc. vicn. de dermat., IJ juin IS90.

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taches rouge rose. Aux oreilles la poussée aiguë détermina le suintement et l'apparition de croûtes impétigineuses.

Brocq(') a rapporté un fait où le lupus érythémateux commença par une éruption typique d 'hydroa vaccini forme de Bazin. L’éruption apparut en l’espace d'une nuit, symétriquement sur les deux joues, il se produisit sur un fond rouge de petites élevures circonscrites du diamètre d’un pois, portant à leur centre un soulèvement de l’épiderme par de la sérosité louche. Ces éléments confluèrent et devinrent croûteux. En même temps se développait une énorme adénopathie. Ce dernier phénomène est commun à un grand nombre de lupus érythémateux aigus. Aux mains et aux phalanges il y eut en même temps des nodules qui évoluèrent vers le lupus érythémateux typique comme les éléments de la face. Le malade mourut quelques mois après avec une tuberculose généralisée, surtout ganglionnaire.

Un au Ire exemple très typique nous a été fourni par Du Castel (2) : l’éruption envahit en deux poussées, à quelques mois de distance, le visage, le cou, les mains, la muqueuse des joues, du palais, des gencives et de la langue. Au visage le lupus érythémateux avait l'aspect classique, il s’étendait à toute la face. Aux mains des placards érythémateux larges, diffus, couvraient toute la face palmaire des doigts, les éminences thénar et le bord externe de chaque main. Il existait à la face dorsale des vésico-pustules devenant bientôt squameuses au sommet et présentant au-dessous de la squame une surface déprimée. Aux pieds même éruption.

Enfin on peut considérer comme vraisemblable que le cas d’exanthème généralisé publié par Besnier en 1892 et dont nous avons parlé plus haut se rapporte à ces formes de lupus érythémateux disséminé subaigu.

D. — Variétés du lupus érythémateux d’après le siège.

La face est le siège de prédilection du lupus érythémateux : toutes les formes sans exception s’y rencontrent, toutes presque sans exception commencent par la face, même les plus aigues. Il faut parcourir toute la littérature médicale pour trouver quelques cas où la face resta indemne alors que des placards lupiques frappaient les membres ou le tronc.

La face est encore le siège de prédilection des poussées œdémateuses fugaces ou persistantes qui accompagnent l’évolution de l’érythème de Cazenave. Dans certains cas cet œdème est la principale manifestation du lupus, les lésions élémentaires du lupus érythémateux restant à la période initiale sans poursuivre leur évolution. On peut ainsi assistera la genèse de Yéléphanliasis facial dans le lupus érythémateux comme dans le lupus vulgaire, mais

0 Brocq et Laubry, Deux cas de lupus érythémateux à forme un peu insolite. Bull, de la Soc. de dermat. et de syphil., 1900, p. 129.

(-) Du Castel, Lupus érythémateux généralisé avec maxima au niveau de la face, des mains et des pieds. Soc. de dermat. et de syphil., 1899.

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c’est ici la très grande exception. La simple infiltration œdémateuse profonde persistante est beaucoup plus commune.

L'un des caractères dominants du lupus érythémateux de la face est la symétrie, d’où la disposition bien connue en papillon ou en chauve-souris et la dénomination vespertilio ou bat's iving disease. Son évolution commune se fait du nez vers les oreilles en abandonnant progressivement les régions prises les premières, de telle sorte qu’il est fréquent de trouver un espace cicatriciel comprenant le nez et la partie voisine des deux joues entre les plaques en évolution qui s’avancent vers les oreilles. Bien que les cicatrices soient ici plus régulières que dans le lupus vulgaire, il n’en résulte pas moins un amincissement remarquable des narines et de l’ensemble des parties molles, l’épiderme repose directement sur les cartilages et les os propres sur lesquels il paraît collé. La face perd une partie de sa mobilité, la physionomie prend un peu l’aspect qu’on lui connaît dans la sclérodermie : ceci du moins dans les formes anciennes, très étendues avec grandes cicatrices.

Les oreilles subissent une transformation analogue, l’épiderme collé au cartilage donne à l’oreille l’apparence d’une feuille de parchemin rigide. 11 existe des variétés qui demeurent localisées et qui se manifestent par l’usure progressive des pavillons. Ces lupus primitifs de l’oreille sont rares.

Dans les régions velues, à la moustache eL à la barbe, la progression détermine la chute irrémédiable du poil par atrophie du follicule. Le processus primitif peut être nettement folliculaire, mais ces formes primitives de lupus érythémateux de la barbe ne sont pas encore nettement séparées de certaines atrophies cicatricielles dues à des processus inflammatoires chroniques. Nous y reviendrons au diagnostic.

Au cuir chevelu , le lupus érythémateux peut être la propagation de la lésion du visage ou du cou, mais il est plus fréquemment disposé par taches isolées de grandeur et de forme très variables. Il se présente avec des aspects objectifs très différents d’un cas à l’autre. Les principales variétés sont érythémateuses, érythémalo-folliculaires ou folliculaires. Toutes n’entraînent pas l'alopécie permanente, mais l’alopécie est la règle.

Dans la forme érythémateuse on note au début une rongeur limitée du cuir chevelu à la base de quelques poils; ceux-ci ne paraissent pas atteints, une série de squames fines pityriasi formes, sèches, adhérentes, se détachent par le grattage qui est souvent douloureux. A mesure que la plaque rouge gagne dans le cuir chevelu, le centre rétrocède, devient pâle et cicatriciel. Dans les formes légères, l’érythème centrifuge n’amène pas la chute du cheveu. Quand l’infiltration embryonnaire est au contraire profonde le cheveu tombe, le derme fond, l’épiderme se déprime, il se fait dans le cuir chevelu des sillons, des fosses glabres nacrées, avec des encoches marginales irrégulières. Dans nombre de cas des squames petites, dures et serrées adhèrent à la bordure d’extension qui paraît rouge vif ou rouge violacé dans une largeur de quelques millimètres. Dans cette zone on aperçoit quelquefois des traînées vasculaires analogues à celles du lupus érythémateux des régions glabres.

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Dans d’autres cas les taches ont un aspect bien différent. La lésion dominante, ou tout au moins celle qui attire l’attention est la kératose folliculaire. Les plaques ont alors quand elles sont anciennes Irois zones bien nettes. A

la partie centrale elles sont blanc rosé ou blanc d’ivoire, on y aperçoit un piqueté léger régulier, grisâtre ou jaunâtre, dont chaque point correspond à un bulbe pileux atrophié paraissant complètement oblitéré, sans trace de squame. A mesure que l’on approche de la périphérie la ponctuation s’accentue, les orifices folliculaires apparaissent et se meublent d’une squame cornée de dimensions de plus en plus volumineuses à mesure que l’on approche du bord. Les bords de l’orifice pilosébacé sont durs, rugueux au toucher, aucun poil n’existe plus dans cette zone moyenne d’hyperkératose folliculaire. A mesure que l’on marche vers le bord, les cheveux, d’abord rares, augmentent de nombre, ils sont dans cette zone engainés dans le bouchon corné, l’épiderme réagit peu dans ces variétés pures et l’on ne peut noter que cette simple hyperkératose locale. Ces formes imposent l’idée d’un processus presque exclusivement sébacéo-pilaire. A mesure que l’on gagne vers les cheveux sains, le nombre des cônes folliculaires diminue et, à 2 ou 5 centimètres en dehors de la zone totalement dégelabrée, la peau reprend son aspect normal.

Dans quelques formes mixtes érythémato-folliculaires on se rend aisément compte de l’intensité du processus de destruction du poil en examinant avec attention la bordure des plaques. On voit alors dans une peau rouge, finement squameuse, une série de dépressions cratériformes dont chacune est centrée par un poil. Si l’on tire le poil il vient engainé, sans difficulté. Ces dépressions cratériformes témoignent d’une sorte d’atrophie élective portant tout d’abord sur le territoire pilo-sébacé, n’exerçant que secondairement son action sur le derme voisin.

A côté de ces faits que la cicatrice centrale, les bords érythémateux, la squame pityriasiforme ou séborrhéique adhérente, la kératose folliculaire rattachent avec la plus grande évidence au lupus érythémateux, il est toute une série de faits intermédiaires au lupus érythémateux, à la pseudo-pelade de Erocq et aux diverses variétés de folliculites et de périfolliculites décal van les et il est difficile d’établir les limites précises de l’érythème, centrifuge et de la

Fig. 91. — Lupus érythémateux du cuir chevelu chez un jeune homme de dix-sept ans. — Forme érythémateuse profonde. (Fournier.) — (Musée de l’hôpital Saint-Louis, n° 1(301.)

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pseudo-pelade. Il en est de même pour certaines variétés de kératose pilaire.

Le lupus érythémateux des mains et des pieds revêt une forme différente suivant qu’il frappe la face dorsale, la face palmaire ou l'ongle.

Aux doigts , l’une des formes les plus communes est la variété de lupus pernio qui a été décrite à l’étranger sous le nom de lupus engelure , lupus chilblain. Le doigt œdématié tuméfié dans son ensemble prend la forme d’un fuseau. La peau est violacée, froide et humide, tendue et douloureuse à la pression. Il se produit parfois, sous l’influence de la tension à laquelle sont soumis les téguments et des thrombo-phlébites oblitérantes, une nécrose localisée et l’ulcération qui lui est consécutive a fort peu de tendances au bourgeonnement et à la guérison. Dans le lupus érythémateux de la face dorsale des doigts on note quelquefois un épaississement scléreux de la peau avec une série de ponctuations de la face dorsale des phalanges par hyperkératose folliculaire rappelant celles qui ont été signalées dans V angiokératome des mains.

L 'ongle subit aussi les atteintes du lupus de Cazenave, tantôt il est pris dans son entier, d’autres fois à la sertissure seulement. Dans le second cas l’infiltration périphérique de l’ongle lui forme une couronne surélevée, avec quelques squames adhérentes il peut demeurer complètement intact; mais si l’infiltration atteint la matrice elle la frappe de mort comme elle lue les poils. La croissance unguéale cesse et l'ongle reste adhérent, à son lit, il devient jaunâtre, dépoli, terne, râpeux, sa dureté augmente beaucoup, il peut aussi devenir très friable.

A la face palmaire de la main , le lupus érythémateux, s’il existe, est à peu près inconnu. Quelques observateurs en out publié des cas isolés. D’après eux il serait parfois précédé de phénomènes vaso-moteurs qui se traduisent par l’anémie ou la congestion ou par des éruptions papuleuses fugitives se produisant sous l’inlluence du froid ou de l'action de l’eau. Dans d’autres circonstances ces éruptions transitoires sont saisonnières et le printemps ou l’automne les rappellent. A la période d’état il se manifesterait sous l’apparence d’érythrodermies à bords serpigineux, disposées par macules irrégulières qui confluent plus tard, ou qui affectent d’emblée une disposition uniforme et s’étendent à toute la paume de la main. Dans les formes plus accentuées la peau infiltrée desquame irrégulièrement, les squames ont une remarquable adhérence. Dans un cas publié par Hallopeau, il y avait hyperkératose des orifices sudoripares avec dépression de la peau autour de ces orifices. Le prurit était intense.

A la face dorsale de la main , l’apparence est variable, mais diffère peu de celle que nous avons indiquée pour les autres régions du corps; nous rappellerons seulement les hyperkératoses folliculaires, l’extrême adhérence des squames, la tendance à la sclérose intense, et, dans les formes aiguës, la possibilité d’éruptions papulo-vésiculeuses avec squame centrale, couvrant une dépression de l’élément éruptif, enfin des hyperkératoses folliculaires analogues à celles de l’angiokératome.

Chez les tuberculeux on rencontre parfois pendant l’hiver des taches con-

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gestives localisées aux doigl.s ou pouvant envahir toute la face dorsale de la main. Leur couleur est rouge violet, elles sont purpuriques, légèrement surélevées et œdémateuses, peu ou pas douloureuses à la pression, la peau à leur niveau est froide et sèche; l’épiderme est fendillé et squamelleux. Il s’agit d’une variété particulière d’exanthème voisine du lupus chilblain et qui établit la transition entre le lupus érythémateux et les toxituberculides.

Au tronc , le lupus érythémateux est rare, le plus souvent il accompagne les formes exanthématiques généralisées. Il s’y présente parfois sous forme de grands placards occupant une partie des parois thoraciques. Leur teinte ronge diffuse, leurs squames irrégulières, petites, peu adhérentes, leurs bords nets mais sans caractères particuliers ne suffiraient pas toujours à les différencier si d’ordinaire ils n’accompagnaient d’autres lésions typiques du visage. Les plaques psoricisi formes sontplus communes ici qu'en tout autre point du corps.

Le lupus érythémateux <lcs muqueuses est rare. Il est môme exceptionnel quand il s’agit du lupus primitif, il devient plus commun sous forme de lupus par propagation, comme il arrive pour les lèvres. Sur 25 cas réunis par Capelle, le lupus érythémateux des muqueuses avait été neuf lois primitif et y était resté cinq fois localisé (').

Le type clinique du lupus érythémateux de la bouche et de la langue est fortement modifié par l’absence de follicules pilo-sébacés dans ces régions. La transformation particulière que subissent avant de desquamer les cellules buccales, l’absence de couche granuleuse, de couche cornée et la proportion très réduite des papilles dans une partie de la muqueuse buccale expliquent «pie les caractères de la desquamation soient ici beaucoup moins earacléristi- «pies que sur le tégument externe, ou même qu’ils manquent complètement.

On peut, au moins schématiquement, distinguer dans le lupus érythémateux buccal deux formes principales, quel que soit du reste le siège, à la face interne des lèvres, aux joues, au voile du palais ou à la luette.

Dans l’une des formes l’infiltration est très accentuée, l’étendue des plaques est variable, elle peut aller de 1 à 10 centimètres dans tous les sens. Leur couleur est rouge vif ou rouge violacé; fréquemment déprimées au centre, elles présentent en ce point une cicatrice blanche, grisâtre ou nacrée. La palpation permet de sentir une induration profonde avec empâtement et rigidité de la muqueuse. Çà et là peuvent exister des exulcérations douloureuses au toucher ou pendant la mastication. Le bord de ces plaques est marqué tantôt par un cercle blanc, en relief, large de plusieurs millimètres, paraissant leucoplasique et parcouru de stries rayonnées assez régulières. Tantôt la rougeur diffuse peu à peu vers les régions voisines.

Dans une seconde forme la plaque ne fait aucune saillie au-dessus de la surface générale de la muqueuse, elle ne donne pas de sensation de rigidité ou d’infiltration à la palpation, elle a pour élément principal la congestion avec

(*) Capelle, Contribution à l’étude «lu lupus érythémateux des muqueuses. Thèse de Lille, 1901.

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ou sans dilatations vasculaires visibles. Dans le cas où les dilatations vasculaires sont très accentuées, elles forment à la périphérie de tins réseaux qui marquent la limite d'extension. Ces formes sont cicatricielles au centre ou semées de cicatrices disséminées. Parfois elles sont symétriques comme les taches du visage. Celle variété pourrait, par opposition à la précédente, être dénommée lupus érythémateux congestif.

Les transformations épithéliales de la surface n’aboutissent pas à la forai alion de prolongements cornés, cependant des squames blanchâtres, adhérentes, peuvent se former, et la totalité même des plaques peut revêtir un aspect leucoplasique qui masque la congestion et l’infiltration sous-jacente. Dans ce cas, les plaques sont blanches, nacrées, opalines, avec de fines striations à la surface. La bordure seule peut présenter cet aspect, le centre (‘tant devenu cicatriciel. L’œdème n’a été que rarement noté au cours du lupus érythémateux des muqueuses; il paraît cependant exister fréquemment; on ne le constate aisément qu’à la luette, qui devient turgide et raide sous son influence.

Aux lèvres , dans la partie cutanéo-muqueuse, le lupus érythémateux participe à la fois des caractères du lupus du visage et de celui de la face interne di s joues. Il y a souvent ici une tuméfaction, une rougeur considérable; les lèvres sont dures, œdémateuses, elles sont fissurées d’avant en arrière, leur surface est dépolie et pelucheuse, les squames adhèrent, et l’épiderme se déchire et saigne quand on les arrache. Les exulcérations superficielles sont communes, elles rendent difficile la préhension des aliments et tout contact extérieur devient douloureux. Le bord des plaques est marqué ]mi un liseré rouge très vasculaire qui est recouvert d’un épithélium encore sain.

Le lupus érythémateux de la langue est fort peu connu. Dans les observations qui en ont été publiées et dont il ne faut accepter 1 authenticité que sous toutes réserves, on a noté l’existence de plaques congestives surélevées dépapillées, de taches de la grandeur d’une tête d’épingle à celle d’un centime, avec épithélium épaissi et villeux au bord, et dépression lég’ère du centre. Il serait nécessaire, pour des cas aussi douteux et aussi nouveaux, d asseoir toujours 1 argumentation clinique sur une élude histologique soignée.

Ces caractères se retrouvent probablement avec quelques variantes pour les autres muqueuses, mais on ne saurait trop appeler l’attention sur l’absence de caractères précis de ces lésions, qui ne sont le plus souvent reconnues que par élimination et par la coexistence de lésions caractéristiques du tégument externe.

E. — Formes anormales du lupus érythémateux.

Ce ({uc nous avons dit de l’éruption dans les formes aiguës et subaiguës,

PRATIQUE DERMATOLOGIQUE. — III. 26

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402 LUPUS ÉRYTHÉMATEUX.

nous permettra d’être bref clans la description des formes éruptives anormales du lupus érythémateux.

Ces formes simulent le plus souvent une autre dermatose. A la face antérieure de la poitrine l’éruption revêtait, dans un cas de R. Crocker(1), Y aspect

de psoriasis guttata.

L’ aspect lichénoïde avait été signalé déjà par L. Brocq(s); il y a le plus souvent dans ces cas coexistence, avec un lupus érythémateux mieux caractérisé de papules simulant le lichen, mais que l'on en peut cependant différencier.

Nous savons déjà que le lupus érythémateux peut revêtir le masque d'érythèmes fugaces, se larver sous l’aspect de l'impétigo, de l’hydroa vacciniforme de Bazin, de télangiectasies disséminées en pelils éléments, analogues à l’angiokératome, ou en plaques considérables analogues à celles de l’acné rosacée.

Dans d’autres cas encore, il commence par des éléments sans signification particulière, des papules, des papulo-vésicules à squame grasse peu adhérente, des bulles, des taches purpuriques. La multiplicité de ses formes cliniques est donc très grande. Bien souvent l’évolution seule permet de juger de la nature du processus; dans les cas aigus, au contraire, elle peut induire en erreur.

Les associations du lupus érythémateux sont d’ordre très varié. Tantôt il s’agit d’une lésion secondaire surajoutée qui n’a ou ne parait avoir avec le lupus érythémateux que des rapports de coïncidence, qui n’en est qu’une complication en un mot. Dans d’autres cas il s’agit au contraire de l’intrication de processus identiques. La tuberculose, qui est sans doute au fond de la pathogénie du lupus érythémateux, cause souvent l’association de cette dermatose aux diverses autres formes de ses lésions toxiniennes ou bacillaires. Ainsi se crée le lupus érythémato-tuberculeux où le nodule du lupus vulgaire existe à côté des lésions cliniques les plus indiscutables du lupus érythémateux.

Les tuberculides de toutes les formes, la tuberculose de la peau, coexistent quelquefois avec le lupus érythémateux et peuvent même s’intriquer à ses lésions. C’est ainsi qu’on l’a vu s’accompagner d’érythème induré, de tuberculides papulo-nécrotiques, de lichen scrofulorosum, d’exanthèmes fugaces de la tuberculose, de lupus vrai. Enfin les diverses variétés du lupus érythémateux peuvent coïncider chez le même individu.

Désaffections de pathogénie inconnue ont été vues en coïncidence avec lui : telle la sclérodermie dans un cas de Hallopeau. Il convient de faire remarquer ici que nous ne connaissons rien de la pathogénie de cette maladie et que cette association n’était peut-être qu’une coïncidence.

(*) R Crocker, Lupus erythematosus as an imitator of varions form of dermatites. Journal of cul. and gen.-urin. diseuses, janvier 1894.

(â) L. Brocq, Lupus érythémateux disséminé à aspect un peu insolite. Soc. de dermat. et de syphil., 16 nov. 1893.

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On ne connaît pas l'influence réciproque de la syphilis et du lupus érythémateux l’un sur l’autre.

La maladie de Raynaud s associe parfois au lupus érythémateux. On peut en conclure que la vaso-motricité des membres, comme celle de la face, est modifiée chez ces malades; il y a lieu de se demander si d’autres accidents inaccessibles à l’investigation ne se poursuivent pas du côté des organes internes : il n’est pas Irès rare de constater des hémoptysies chez des malades souffrant de lupus érythémateux sans que l’on puisse déceler chez eux des signes nets de bacillose. Il est probable que certains viscères sont en cause d'une façon passagère ou continue, dans quelques variétés au moins de cette dermatose; mais les cas les plus graves ont cependant l’autopsie le plus négative comme nous l’avons vu.

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