ÉVOLUTION
L’évolution du lupus érythémateux ne saurait être modifiée par l’âge, puisqu’il se produit d’ordinaire chez l'adulte et que les malades qui en son! affectés meurent avant la vieillesse. En dehors des cas qui guérissent par l’intervention thérapeutique ou spontanément, il en est d’autres plus rares que le médecin peut suivre jusqu’à la mort. Dans ces cas, la terminaison par la tuberculose pulmonaire est assez fréquente, et Dubois-Havenith a dit avec quelque apparence de vraisemblance que les malades qui en étaient al teints évoluaient plus aisément vers cette tuberculose viscérale que ceux qui souffrent de lupus vulgaire. La tuberculose pulmonaire paraît avoir chez les premiers une marche plus irrémissible. Dans d’autres cas, il s’établit une cachexie résultant des lésions viscérales combinées à la néphrite.
La multiplicité des formes, le polymorphisme des éléments primitifs, l’extrême variabilité dans l’intensité des lésions, qui peuvent aller de la simple congestion aux infiltrations dermiques les plus profondes et les plus étendues, nous permet de comprendre que son évolution est d’un cas à l’autre très différente.
Nous pouvons, d’après la seule évolution, distinguer dans le lupus érythémateux les deux grandes variétés qu’y reconnaît Brocq, V érythème centrifuge et le lupus érythémateux fixe , mais nous devons, d’après la description symptomatique que nous avons faite, ajouter d’autres formes évolutives aiguës et subaiguës.
Les formes aiguës sont caractérisées par l’adjonction au processus cutané d’accidents généraux violents d’arthropathies, d’accidents pulmonaires, de purpura, de poussées érysipélateuses, d’albuminurie, la température atteignant 59 et 40 degrés. Nous avons donc ici le tableau complet d’une infection générale d’ailleurs souvent mortelle. Dans les cas où cette première poussée épargne le malade, il s’en produit assez souvent d’autres à intervalle variable de quinze jours à un ou deux mois et le malade finit par succomber. Quand il résiste, une partie de l’éruption peut disparaître, le lupus érythémateux demeurant
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LUPUS ÉRYTHÉMATEUX.
localisé au visage. Il y a là, comme nous l’avons vu, des phénomènes locaux en relation étroite avec les exanthèmes de la tuberculose et avec l’infection par la tuberculine. Il est remarquable en revanche que la tuberculose n’a pu être décelée à l’autopsie de la plupart des cas de lupus érythémateux aigu. Aussi convient-il de se demander s’il n’y a pas eu de simples analogies d’éruption au cours de processus de pathogénie diverse.
Dans les formes subaiguës, l’éruption se fait très souvent en deux temps. Dans une première phase se manifeste la dermatose faciale suivie après un temps souvent fort long de phénomènes éruptifs des membres, du tronc. Ceux-ci. moins tenaces, rétrocèdent après un temps variable ; la dermatose faciale persiste. Les phénomènes généraux manquent dans ces cas. Ces formes subaiguës du lupus exanthématique généralisé sont assez souvent accompagnées d 'albuminurie transitoire ou constante. Dans un cas de Brocq, elle atteignait 4 à 5 grammes par jour et variait beaucoup d’un jour à l’autre. Il y avait en même temps de la pollakiurie, mais aucun œdème, sauf au niveau des lésions de la peau. La palhogénie de ces néphrites subaiguës est encore très obscure. Elles sont à rapprocher de la néphrite terminale aiguë de la tuberculose viscérale.
Les formes commîmes sont les unes remarquables par la fugacité et la mobilité des érythèmes qui en sont le symptôme dominant, elles peuvent disparaître sans laisser aucune cicatrice. Elles correspondent alors au type le plus pur de Y érythème centrifuge ; elles peuvent aussi, après une série de récidives et de rémissions saisonnières, ou subordonnées à des états physiologiques tels que la grossesse, la menstruation, évoluer vers la forme de lupus érythémateux fixe. Dans d’autres cas, au contraire, elles subissent une atténuation sous l’influence de ces états physiologiques, et même on a vu les llux hémorroïdaires avoir un retentissement sur les érythèmes centrifuges et les décongestionner. Dans ce cas, la variabilité dans la marche est subordonnée surtout à la forme clinique des lésions, mais elles sont, d’ordinaire, extrêmement tenaces.
Au début, le lupus érythémateux ne se manifeste souvent pendant des mois, quelquefois des années, que sous l’apparence de petites lésions très localisées qu’il faut analyser avec soin pour le reconnaître, puis il envahit avec rapidité les régions voisines et ses caractères s’accentuent. Par intermittences successives d’exacerbations et de repos, les taches labourent peu à peu devant elles tous les téguments du visage, et l’on voit de ces lupus érythémateux très étendus, dont le centre est cicatriciel, qui durent depuis quinze, vingt et même trente ans.
Les formes fixes peuvent guérir spontanément comme les formes centrifuges, mais c’est un fait exceptionnel; elles laissent derrière elles des cicatrices de profondeur très différente : les plus accentuées sont dues à la forme herpès crétacé de Devergie, ou au lupus érythémateux profond de Brocq.
LUPUS