RACHITISME TARDIF. S
antérieur plus ou moins affaissé (tibia en yatagan, Broca) ; quand la courbure est dans le sens antéro-postérieur, le tibia est au contraire aplati latéralement; la crête tibiale est tranchante. Le péroné suit le mouvement du tibia (fig. 21).
A riiumérus, la courbure se produit au-dessous de la partie moyenne, la convexité regardant en avant, en avant et en dehors. A Tavant-bras, Tinflexion atteint les deux os ou un seul, occupe la partie moyenne, se produit d'arrière en avant et s'accompagne d'un certain degré de torsion. Beaucoup de lésions du squelette observées chez l'adulte ne sont pas le reliquat du rachitisme de la première enfance, mais de lésions survenues dans la seconde enfance ou même l'adolescence : tels la scoliose, certains cas dé genu valgum^ de coxa vara, de déviation du col du fémur (Voy. Rachilisme tardif).
Les déformations du bassin^ importantes chez la femme au point de vue obstétrical, sont partie la conséquence directe du rachitisme, partie la conséquence secondaire des malformations des membres inférieurs.
Enfin certains stigmates persistants dans la seconde enfance et l'âge adulte sont moins la conséquence du rachitisme lui-même que des troubles qui lui sont habiluellement associés. Ainsi le ventre à triple saillie de Malgaigne, prédisposant aux hernies, n'est pas une malformation congénitale, comme le croyait Malgaigne et n'est pas non plus le résultat du rachitisme : c'est le reliquat du gros ventre de dyspepsie chronique qui accompagne habituellement le rachitisme.
Rachitisme tardif. — II importe de bien définirce qu'il fautentendre sous ce nom. Il est évident qu'il ne faut pas décrire sous ce nom la persistance chez le grand enfant ou l'adulte des déformations rachitiques constituées pendant l'enfance; ce sont là simplementdes séquelles d'un processus éteint. Il ne faut pas non plus décrire sous le nom de rachitisme tardif la prolongation anormale au delà de cinq à six ans d'une évolution rachitique dont le début remonte à la première enfance: ces faits sont décrits sous le nom de rachitisme prolongé: un retour offensif du rachitisme à un âge où il est habituellement éteint, mais succédant à un rachilisme grave de l'enfant, n'est pas non plus du rachitisme tardif, mais du rachitisme réveillé. Les faits qui, depuis Ollier, sont décrits sous le nom de rachitisme tardif sont de toute autre nature. Depuis Ollier, on a groupé sous ce nom les déformations osseuses, connues de tout temps, qui sont susceptibles de survenir chez les sujets malingres, anémiques, affaiblis, et plus rarement chez des sujets de bonne apparence, au moment de la poussée de croissance qui précède et accompagne la puberté. Le plus souvent il s'agit d'une déformation localisée à un seul segment osseux ; plus rarement plusieurs os sont atteints simultanément; il est tout à fait exceptionnel que les déformations soient généralisées, comme dans le rachitisme des jeunes enfants;
même quand elles sont multiples, elles diffèrent par leur forme et leur répartition de ce qui se passe dans cette dernière maladie.
D'après Ollier, le genu valgum des adolescents, la scoliose dite essentielle des adolescents, le pied plat des adolescents, la coxa vara^ le radius ciirvus (maladie de Madelung) devraient, dans la plupart f des cas, être attribués à un processus analogue au processus rachitique, n'en différant que par Tâge des sujets et la localisation très limitée des altérations osseuses. Les examens histologiques d'Estor ont vérifié Texistence d'un processus rappelant, sous forme atténuée, le processus rachitique. Toutefois Tétiologie serait toute différente. Estor pense qu'un certain nombre de malformations attribuées au rachitisme tardif ne sont que l'exagération d'une disposition normale; il s'agit toujours de déviations juxta-articulaires, qui, ébauchées par une disposition vicieuse congénitale, s'accentuent au moment de la puberté, quand ces articulations, maintenues par des ligaments trop grêles, sont surmenées par un travail trop intensif. Il va sans dire que toute cause d'affaiblissement local contribue à favoriser la déviation. Pour Frœlich et Weiss, un certain nombre de cas de genu valgum de l'adolescent seraient dus à des ostéomyélites larvées apyrétiques; au cours d'ostéotomies, ils ont pu déceler dans l'os la présence du staphylocoque blanc. Poncet, au contraire, pense qu'il s'agit le plus souvent de tuberculose osseuse inflammatoire atténuée. Ausset admet pour certains cas une relation avec la dysthyroïdie.
Quoi qu'il en soit, le rachitisme tardif doit certainement, au point de vue descriptif et au point de vue du diagnostic et du traitement, être étudié à part. Les pages qui vont suivre s'appliqueront seulement au rachitisme de l'enfance (1).
Anatomie pathologique. — Au point de vue macroscopique, l'os rachitique est différent selon le stade d'évolution de la maladie.
Au déhul, l'os est fortemenl vasculaire; le périoste est parcouru d'arborisations vasculaires rougeâtres; il se détache plus difficilement que celui de l'os sain; la surface sous-jacente est plus inégale, plus raboteuse et parsemée d'un pointillé hémorragique à éléments plus volumineux. L'os lui-même est moins dur; le tissu compact se rapproche davantage de Tétat spongieux; les parties normalement spongieuses présentent des aréoles plus vastes qued'ha-
(1) Sous e nom de rachilisme tardif et chondromes mulliples, Boinet et Sthéphan ont publié une observation curieuse de coexistence : l" de très nombreux hyperchondromes à structure histologique très particulière et très complexe, siégeant au niveau des extrémités articulaires des os, avec prédominance aux mains; 2» de fractures multiples dues à de légers traumatismes; 3° de déformations osseuses semblables à celles du rachitisme tardif. Poncet a publié un cas presque identique. 11 nous semble qu'il s'agit là d'une entité morbide spéciale, à séparer complètement du rachitisme tardif (Boinet et Sthéphan, Arch. gén. de méd., 1903, I. p. 449^.