RACHITISME. — DIAGNOSTIC
Il en est de même des coups de hache au niveau des fausses côtes, reliquat de Tévasement de la base du thorax dû au gros ventre dyspeptique. Il faut éviter de confondre avec ces déformations d'autres déformations qui n'ont rien à voir avec le rachitisme, telles sont :
\S entonnoir thoracique médian, étudié sous le nom de thorax en entonnoir par Ramadier et Sérieux comme signe de dégénérescence, mais qui peut se voir chez des sujets parfaitement normaux pour le reste et nous paraît n'avoir pas plus de valeur que toute malformation. Sa pathogénie est inconnue. Il est parfois héréditaire et familial. Le thorax en proue, décrit par Pierre Marie, est l'inverse du thorax en entonnoir médian et peut donner lieu aux mêmes considérations ;
Les entonnoirs bilatéraux du thorax, qui sont des malformations plastiques par compression intra-utérine. Dans rafieclion que j'ai décrite sous le nom de malformation Ihoraco-cardiaque plastique, ces entonnoirs coïncident avec un rétrécissement de l'artère pulmonaire sans cyanose. Ils se différencient nettement par leur forme conique des dépressions en coup de hache siégeant dans les mêmes régions et dues au rachitisme (1).
Il y a enfin des malformations thoraciques qui se développent dans l'enfance du fait d'obstacle respiratoire, de sclérose pulmonaire ou d'adhérences pleurales ou médiastines, ou d'hypertrophie cardiaque. Il faut se garder de les rapporter au rachitisme. J'ai vu une fillette d'une dizaine d'années, qui avait des crises d'asthme très fréquentes, et chez qui s'était développé un enfoncement thoracique au niveau du deuxième cartilage costal gauche. Après la guérison des crises d'asthme par cautérisations de la muqueuse des fosses nasales, la dépression s'est atténuée sans disparaître tout à fait.
Tibia. — Le tibia rachitique, qu'il soit en lame de sabre ou en yatagan, ne sera pas confondu avec le tibia hérédo-syphilitique (tibia Lannelongue), qui est augmenté de volume, empâté, à arêtes arrondies ou disparues.
Radius. — La déformation de Madelung ou radius curvus doit être différenciée des incurvations rachitiques. D'après Estor, elle est souvent ébauchée à la naissance et s'accentue ultérieurement sans que le rachitisme soit en cause. Ce serait une conformation vicieuse, héréditaire et familiale.
Prophylaxie. — Si nos habitudes sociales se modifiaient assez pour assurer à chaque enfant le lait et les soins de sa mère, il est certain que la fréquence actuelle du rachitisme diminuerait au point que cette maladie deviendrait une rareté. La meilleure preuve en est dans l'absence presque absolue du rachitisme dans les pays où
(1) Apert, Malformations thoraco-cardiaques par compression intra-utérine {Soc. méd. des hôp., 1899, p. 499).
rallaitement au sein est le seul employé (Italie méridionale, Japon), et sa fréquence au contraire dans les contrées où l'alimentation artificielle se trouve associée, dans les classes misérables de la population, aux autres facteurs de la maladie, encombrement, confinement, humidité (pays germaniques et anglo-saxons). Les meilleurs moyens de prophylaxie sociale résident par suite dans les œuvres encourageant rallaitement maternel et dans celles qui apprennent aux mères à élever leurs enfants selon les prescriptions d'une saine hygiène, et leur donnent les moyens de s'y conformer. Toutes les œuvres qui luttent contre la mortalité infantile, mutualités maternelles, consultations de nourrissons, gouttes de lait, luttent par suite efficacement du même coup contre le rachitisme, et nous pouvons espérer voir bientôt diminuer beaucoup celui-ci dans notre pays.
Quant à la prophylaxie individuelle, elle devra s'inspirer des mêmes indications que le traitement.
Traitement. — Aération. — L'enfant rachitique devra être le plus possible exposé au grand air. Il faut, quand le temps le permet, transporter toute la journée son berceau dehors, ou le promener dehors dans une voiture d'enfants. On ne craindra pas, sauf par les grandes chaleurs de l'été, de laisser celle-ci au soleil, en orientant seulement la capote de la voiture de telle façon que le soleil ne frappe pas directement la tête de l'enfant. Par les grands vents, on agira de même en dressant la capote de façon à mettre l'enfant à l'abri du vent. On ne craindra pas les sorties par le froid, à condition que l'enfant soit bien couvert; on le portera dans les bras s'il a moins de six ou huit mois; au-dessus de cet âge, on peut lui faire faire ses sorties dans sa petite voiture même par temps froid, à condition d'installer autour de lui des boules d'eau chaude.
Gomme lieux de promenades, il faut choisir les endroits secs et découverts, ensoleillés et aérés. Le séjour au bord de la mer, sur les plages de sable, où l'enfant passe ses journées, sauf le cas de pluie ou de trop grand vent, donne des résultats remarquables; il nous est possible de les constater journellement sur les enfants que l'Assistance publique de Paris envoie au sanatorium marin de Berck. Le séjour au bord de la mer ne donne vraiment des résultats importants et définitifs que s'il est prolongé au moins de quatre à six mois.
Balnéations. — Les bains salés donnent de bons résultats dans la cure du rachitisme. Il faut les donner tièdes (35°), d'une durée de quinze à vingt minutes, et mettre 1 kilo de gros sel gris de cuisine pour 40 litres d'eau. Au bord de la mer, on donnera des bains d'eau de mer tiède, additionnés d'un demi-kilo de sel par 40 litres d'eau. On a conseillé l'emploi, au lieu et place du sel ordinaire, du