‹ La pratique des maladies des enfantsChapitre 22 sur 42 · RACHITISME. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

RACHITISME. — TRAITEMENT

sel de morue, c'est-à-dire du sel dans lequel ont été conservées les morues salées et qu'il est facile de se procurer à bas prix chez les marchands de morue salée. Les bains de gélatine (colle de poisson) donneraient aussi de bons résultats à la dose de 50 à 100 grammes pour 40 litres d'eau. La gélatine se présente en feuilles minces qu'il faut d'abord faire ramollir une demi-heure dans 1 ou 2 litres d'eau froide; puis on fait tiédir cette eau doucement jusqu'à ce que la gélatine soit bien fondue, et on ajoute à l'eau du bain.

Les eaux salées naturelles, telles que celles de Salies-de-Béarn^ Salies-du-Salat, Salins-Moutiers, Biarritz-Briscous, Bourbon-Lancy, peuvent également être employées avec avantage, de préférence sur les lieux mômes des sources. A l'action des bains s'ajoute, dans plusieurs de ces stations, l'excellent effet de l'air marin (Biarritz) ou de l'air des montagnes (Salins, Salies-de-Béarn, Salies-du-Salat). La proportion d'eau minérale sera graduée dans ces bains selon les circonstances. La plupart de ces stations extraient de leurs eaux des sels concentrés ou des eaux mères, qui peuvent servir à donner des bains à domicile. Ces eaux mères et sels concentrés sont préparés en faisant évaporer l'eau en totalité (sels concentrés) ou en partie (eaux mères), et en rejetant les cristaux qui se forment d'abord, formés de chlorure de sodium à peu près pur. L'eau mère ou les sels concentrés contiennent ainsi en majeure partie les iodures, les bromures, les sulfates et les principes autres, dont l'adjonction au chlorure de sodium caractérise la source. On peut les faire voyager sous un petit volume. Pour reconstituer un bain voisin comme composition du bain naturel, il faudra ajouter à l'eau, outre le sel concentré ou l'eau mère, une bonne livre de sel ordinaire.

Contre-indicalions. — Le bain salé a l'inconvénient de provoquer chez certains enfants des érythèines cutanés et des éruptions urticariennes. Il faut le proscrire chez les eczémateux, les impétigineux ou tout au moins diminuer la concentration en sel, et ajouter au bain 100 ou 200 grammes de poudre d'amidon. Avant d'ajouter celle-ci au bain, il faut d'abord la ramollir par un séjour de quelques minutes dans l'eau en remuant, puis ajouter 1 ou 2 litres d'eau chaude et remuer quelques minutes; ajouter alors le tout à l'eau du bain.

Le bain de mer froid, à la lame, ne convient pas aux petits rachitiques et ne doit être permis qu'aux enfants ayant déjà quatre à cinq ans et n'ayant qu'un rachitisme peu marqué, ou des reliquats de rachitisme en voie de réparation.

Alimentation. — Lorsqu'il s'agit de rachitisme précoce, quand l'enfant n'a pas dépassé six ou huit mois, un remède efficace sera le retour au sein. On donnera à l'enfant une bonne nourrice, et on veillera avec soin à la régularité des tétées, six par vingt-quatre heures, c'est-à-dire toutes les trois heures le jour, avec repos de neuf heures la nuit. Quand les circonstances ne permettent pas de

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fournir à l'enfant du lait de femme, on surveillera avec soin l'alimentation au lait de vache, de façon à la réglementer pour combattre la dyspepsie qui existe toujours dans ces cas. Il est impossible de donner une formule d'alimentation type. La réglementation variera selon les cas, et il faudra souvent une période de tâtonnements avant de trouver ce qui convient le mieux à Tenfant. D'une façon générale, il faudra éviter les repas trop copieux. Certains enfants se trouveront bien du coupage du lait, ou de l'administration de citrate de soude. Bien que celui-ci précipite les phosphates de chaux surabondants du lait de vache (1), son action est parfois favorable; ce qui importe est moins la proportion de chaux alimentaire que la facile digestibilité des aliments et l'amélioration de Tétat du tube digestif.

A un âge plus avancé, à partir de huit à dix mois selon la force des enfants et la tolérance de leur tube digestif, il sera bon d'adjoindre à leur alimentation des farineux préparés sous forme de bouillies ou de purées légères, avec des farines de gruau, d'orge, d'avoine, de marrons, ou de la fécule de pommes de terre. Les farines de graines légumineuses, haricots, lentilles, pois, sont spécialement recommandées dans le rachitisme.

A partir d'un an ou dix-huit mois, on y adjoindra un peu de cervelle, de ris de veau, de poisson bouilli (colin et autres poissons à chair maigre) et des œufs à la coque.

Les aliments gras paraissent avoir une action remarquable contre le rachitisme, mais il faut y habituer progressivement l'enfant en commençant par de petites doses. Dès l'âge de dix-huit mois, on pourra donner à l'enfant l'huile de foie de morue; aux enfants plus grands on donnera en outre aux repas du beurre frais ou salé, ou du foie gras.

'L'huile de foie de morue fait merveille dans le rachitisme. Il faut donner l'huile en nature, et non aucune des nombreuses préparations artificielles qui ont l'ambition non fondée de la remplacer. L'huile brute, non épurée, huile fauve, dite aussi huile brune, est beaucoup plus active que l'huile épurée, huile blonde ; elle contient des alcaloïdes d'origine hépatique, combinés à des acides gras, qu'on ne retrouve pas dans l'huile blonde: elle renferme en outre des principes aromatiques, qui lui donnent son odeur nauséabonde; les jeunes enfants ne paraissent pas gênés de cette odeur et s'habituent en général très bien au médicament; leur estomac le digère plus facilement que toute autre graisse animale ou végétale, ce qui tient sans doute à ce que l'huile contient des ferments saponifiants d'origine

(1) D'après Pages, la proportion pour 100 des phosphates (calculée en acide phosphorique) dans le lait des diverses espèces animales est la suivante : femme, 0,3; jument, 0,8; ânesse, 1,^; chamelle, 1,5; vache, 1,4 à 2,5; chèvre, 2 à 2,2; brebis, 3,7; chienne, 4,2. Celle de la chaux est la suivante : femme, 0,2; jument, 0,6; ânesse, 1,5; chamelle, 1,7 ; vache, 1,2 à 2; chèvre, 1,9 à 2; brebis, 3; chienne, 4.

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