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SCORBUT INFANTILE

L'étude de cette maladie offre cet intérêt particulier qu'// dépend du médecin de la guérir rapidement et complètement par des mogens très simples. Il importe donc de la bien connaître pour la dépister et ne pas manquer, à l'occasion, de la diagnostiquer.

Une guérison presque miraculeuse est la récompense d'un diagnostic bien fait aussitôt suivi de la thérapeutique appropriée.

Définition. — Le scorbut est une maladie caractérisée par un élat anémique grave, avec hémorragies spontanées et altérations gingivales, état qui apparaît chez des sujets placés dans des conditions alimentaires défectueuses, en particulier chez les sujets privés d'alimenis frais et nourris exclusivement avec des aliments de conserves.

Chez l'adulte, le scorbut ne s'observe guère que dans les places assiégées, dans les longues expéditions maritimes, ou encore dans les prisons mal tenues, chez des sujets misérables à tous points de

vue. Aussi ne Ta-t-on plus guère observé à Paris depuis répidémie grave du siège de 1871.

Chez Tenfant, le scorbut se voit au contraire de nos jours. Il ne se passe pas d'années sans qu'on en observe quelques cas à Paris. Comme chez Tadulle, il reconnaît pour cause Vabsence d'aliments frais, V usage exclusif d'aliments de conserve. Si, dans la vie ordinaire, le scorbut esl plus fréquent chez Tenfant que chez Tadulte, c'estqu'ii arrive plus fréquemment que le jeune enfant soit mis à une alimentation vicieuse exclusive et systématique, surtout depuis l'introduction de l'usage anglo-allemand des laits modifiés et des farines fabriquées. Cette étiologie spéciale, bien que ne constituant qu'un cas particulier del'étiologie du scorbut en général, fait déjà que le scorbut infantile mérite une étude particulière.

Une raison plus importante encore d'étudier à part le scorbut de la première enfance, c'est que la symptomatologie est modifiée du fait du terrain sur lequel la maladie évolue. Chez le tout jeune enfant, en effet, les lésions gingivales sont beaucoup moins marquées que chez l'adulte; elles manquent même le plus souvent chez l'enfant des six premiers mois, encore édenté. En outre, chez le scorbutique adulte, le système osseux, devenu inerte, n'est le siège que de troubles peu accusés ; si on relève souvent aux autopsies des suffusions sanguines dans la moelle des os, elles ne se manifestent le plus souvent durant la vie par aucun trouble; chez l'enfant, au contraire, dont le périoste et la moelle osseuse sont en pleine activité édificatrice, les altérations osseuses sont un des symptômes prépondérants de la maladie.

Cette importance des troubles osseux explique que la nature de l'affection ait été tout d'abord méconnue et qu'elle ait été décrite sous le nom de ractiitisme aigu, rachitisme hémorragique. C'est à Barlow (1883) que revient le mérite d'avoir montré que les lésions osseuses consistent surtout en suffusions hémorragiques et sont des lésions scorbutiques et non des lésions rachitiques. Les études étiologiques ont depuis amplement confirmé cette déduction, et les merveilleux résultats du traitement antiscorbutique en sont une nouvelle démonstration.

Symptômes. — Les premiers symptômes caractéristiques du scorbut, hémorragies et tuméfactions douloureuses des os, ne surviennent qu'après une période prémonitoire de pâleur et d'a/faiblissement progressif. Cette pâleur contraste souvent avec l'embonpoint de l'enfant, carie scorbut ne survient pas forcément chez des enfants souffreteux, chétifs, mal soignés ; ceux-là font du rachitisme et des troubles dyspeptiques plutôt que du scorbut; au contraire, l'enfant scorbutique se développe en général bien, grossit et engraisse avec sa nourriture artificielle, ne présente pas de troubles digestifs,

SCORBUT INFANTILE. — SYMPTÔMES. 7i

mais il manque de vivacité, de gaîté; il est lourd, languissant, mou, et surtout il est pâle; les joues sont blanches, les lèvres faiblement colorées, les oreilles transparentes. Puis à Tétat languissant fait place Vinertie absolue ; Tenfant ne veut plus bouger; il évite les mouvements et maintient les membres inférieurs à demi fléchis; si on veut les étendre et surtout le mettre sur ses jambes, il pousse des cris de souffrance ; si on explore par la palpation les membres inférieurs, on trouve une ou plusieurs régions douloureuses quand on palpe les os. Dans certainscas,lac/oa/ear est assez diffuse; mais souvent elle est bien localisée en un ou plusieurs points, où la main qui palpe sent une tuméfaction de Vos. C'est une tuméfaction en virole ou en fuseau^ due à un hématome soulevant le périoste. Elle siège le plussouvent à une extrémité de ladiaphyse, à proximité du cartilage épiphysaire.

Il est rare, à cette périodede lamaladie, de ne pas trouver de petites hémorragies sous-cutanées Ou sous-muqueuses ^ qui confirment le diagnostic. C'est tantôt quelques/ac/zes/>ur/)wrz^wesdelagrosseurd'une lentille ou même moins, disséminées çà et là sur les téguments, tantôt quelques pelitess«^///a//o;2s à la face interne des joues, ou des lèvres, ou sur les gencives. Chez les enfants qui ont des dents, ces sugillations se localisent au pourtour du collet des dents ; la gencive se tuméfie et saigne à ce niveau; il peut y survenir des ulcérations recouvertes d'un enduit grisâtre et fétide.

Dans les cas qu'on laisse s'accentuer, les lésions augmentent; la température monte à 38°, 38o,5; parfois elle atteint 39° et 40°; l'urine devient rare et se charge de cristaux d'acide urique;les tuméfactions osseuses se multiplient et, des membres inférieurs, qui sont les premiers atteints dans la grande majorité des cas, gagnent les membres supérieurs ; il peut s'en produire également sur les côtes, sur les os du crâne, aux omoplates, sur la crête iliaque. En outre, aux hémorragies cutanées et buccales s'ajoutent de larges ecchymoses souscutanées^ et parfois même des hémorragies viscérales; V hématurie est la plus fréquente; on a vu aussi des hémorragies péridure-mériennes, vrais hématomes de la dure-mère, et des liémorragies du périoste orbitaire [hématomes de lorbite) se manifestant par la protrusion du globe de l'œil et l'ecchymose palpébrale; elles sont souvent bilatérales ; exceptionnellement on a observé du mselena, des hématomes pleuraux, des infarctus pulmonaires, des sutfusions hémorragiques des muqueuses digestives et des ganglions mésentériques révélées aux autopsies et étudiées par les premiers auteurs; actuellement, grâce au traitement par les aliments frais, les enfants guérissent en général facilement, même dans les cas avancés ; aussi on n'a plus à faire d'autopsies.

Étiologie et pathogénie. — Tous les faits de maladie de Barlow

qu'il nous a été donné d'observer personnellement, ou de voir présenter par des confrères à des sociétés savantes concernaient tous sans exception des enfants nourris exclusivement ou presque exclusivement, et depuis longtemps, avec des laits modifiés ou avec des aliments fabriqués.

L'influence primordiale de ces substances dans la palhogénie de la maladie de Barlow ne fait pour nous aucun doute. Elle ressort du reste à Tévidence de l'ensemble des publications faites dans notre pays, où cependant l'emploi exclusifdes laitsmodifiés et des farines de conserve est toutàfaitexceptionnel ; malgré cela, la grande majorité des observations françaises de maladie de Barlow révèlent l'emploi d'une telle nourriture ; il faut ajouter qu'un certain nombre de cas où il est noté « alimentation au lait stérilisé » concernent des enfants élevés au lait, stérilisé c'est vrai, mais modifié également ; j'ai pour ma part connaissance d'un cas publié comme « dû à un lait stérilisé de bonne marque » et, ayant interrogé l'auteur, j'ai su qu'il s'agissait de lait homogénéisé. Dans certaines statistiques, les cas dus au lait oxygéné Nectar sont mis au compte du c lait stérilisé » (Netter). En somme, on peut dire que le lait simplement stérilisé n'est que bien exceptionnellement scorbutigène, tandis que les laits modifiés, travaillés par action chimique (peptonisation, addition de ferments) ou physique (centrifugation, homogénisation) ont une action scorbutigène certaine et qu'il en est de même des farines fabriquées, qui ont subi des préparations diverses, torréfiage, biscuitage, maltosage, etc., ou encore des vieilles farines éventées ou ayant subi une atteinte de moisissure comme dans le fait rapporté piar Calcaterra.

Est-il néanmoins possible de voir survenir le scorbut chez les enfants au sein, ou chez des enfants recevant du laitde vache cru, ou simplement chauffe au bain-marie, ou simplement pasteurisé, ou simplement bouilli, ou simplement porté à 108° sous pression ? La statistique de Concetti relève, sun 682 observations de maladie de Barlow, 20 enfants au sein, 24 au lait de vache seulement bouilli, ou à peine chauffé, ou même cru, 19 au lait de vîiche stérilisé au Soxhlet. Il ne faut donc pas dire que l'absorption de lait modifié; ou de farines fabriquées est la cause indispensable à l'apparition du scorbut. Sans doute, dans certaines conditions, le lait subit des modifications naturelles assez marquées pour le rendre scorbutique. Duenas rapporte un cas de maladie de Barlow chez un enfant au sein d'un mois et demi, qu'il attribue à l'absence presque complète de citrates dans le lait de la mère ; après absorp-tion par celle-ci d'oranges en abondance, l'acide citrique reparut dans le iBit en proportions normales, et l'enfant guérit rapidement. Crandall cite un cas de scorbut chez un enfant de cinq semaines et demi nourri au sein et dont la mère, cardiaque et atteinte d'anémie très prononcée, n'était pas sortie depuis l'accouchement; son lait était très aqueux (densité, 1027; beurre, 16 grammes) ; l'enfant fut nourri quinze jours au lait de vache, et tout symptôme scorbutique disparut ; la mère ayant conservé son lait, on mit de nouveau l'enfant au sein, mais les symptômes de scorbut reparurent, et il fallut remettre l'enfant au lait de vache.

Les statistiques relatent également un certain nombre de cas chez des enfants nourris avec du lait stérilisé à domicile au Soxhlet. Mais ce mode d'alimentation est tellement répandu qu'on peut se demander si, dans les

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