SCORBUT INFANTILE. — CAUSES
rares cas où il a été accusé de provoquer le scorbut, un autre élément n'était pas en cause. Cela a été prouvé dans les faits rapportés par Neumans. Cet auteur vit un grand nombre de cas de scorbut se développer à Berlin chez des enfants nourris au Soxhlet ; une enquête montra que tous ces enfants recevaient le lait d'une même ferme du reste très bien tenue, et que le directeur de cette ferme, dans un but de conservation, travaillait son lait avant de le livrer à la consommation.
Enfin, dans certains cas, il semble qu'il faille incriminer des stérilisations trop prolongées (quarante-cinq minutes) ou répétées à plusieurs reprises.
Le lait simplement stérilisé industriellement à lOS» ne donne que très exceptionnellement le scorbut. Variot, Carel l'ont vérifié sur des milliers d'enfants des dispensaires parisiens. Carel a toutefois publié une intéressante observation démonstrative de l'influence de la longue conservation du lait stérilisé industriellement. Il s'agissait d'une enfant partie à la campagne avec une provision de lait pour six semaines ; début de scorbut à la fin de cette période ; disparition quand la provision du même lait fut renouvelée ; scorbut confirmé à la fin ie la seconde période 1).
Chez les enfants plus âgés, le scorbut tient presque toujours à l'usage prolongé et exclusif de farines industriellement modifiées [Melliiis food, Allenbury's food, etc.) et à la fixité perpétuelle d'un régime excluant le lait frais et les fruits frais. Bien que l'âge le plus habituel du scorbut soit de six à dix-huit mois, on a vu, sous l'infiuence de telles alimentations exclusives, la maladie se développera cinq et même jusqu'à sept ans.
Comment l'alimentation vicieuse agit-elle pour provoquer le scorbut ? Netter pense que c'est par l'absence d'acide citrique dans l'alimentation. L'acide citrique ou des acides analogues existent dans les fruits frais et aussi dans le lait frais ; 1 litre de lait de vache en contient autant qu'un citron; il y est sous forme de citrate tribasique de chaux, lequel précipite en partie parla chaleur; mais, dans les conditions ordinaires de stérilisation, une quantité sufTisante se redissout quand le lait refroidit. Il n'en est plus de même dans les stérilisations répétées ou prolongées et à la suite des manipulations que subissent les laits travaillés.
C'est par l'intermédiaire de troubles des organes hématopoiétiques et de lésions du sang qu'agit la cause scorbutigène.
En effet, le sang a une alcalinité diminuée, le caillot est irrétractile ; le nombre des globules rouges est diminué de moitié; la formule sanguine est parfois celle de la réaction myéloïde (normoblastes, myélocytes) ; parfois on note uniquement de la mononucléose exagérée; parfois enfin la formule leucocytaire est normale.
Diagnostic. — Quand on pense à rechercher les signes du scorbut, le diagnostic est facile. Ce n'est que dans les cas frustes qu'il pourrait y avoir hésitation. Des foyers multiples d'ostéomyélite, des sypliitomes osseux multiples ne seront pas confondus avec les tuméfactions osseuses du scorbut, non plus que des cals de fractures multiples, comme on peut en voir dans le rachitisme intense.
(1) Carel, Un cas de scorbut infantile imputable au lait consommé trop longtemps après sa stérilisation {Soc. de péd., 1910, p. 79).
Pronostic. — Il est bon quand le traitement est institué assez tôt.
Traitement. — Si la pathogénie de la maladie de Barlow est encore discutée, ily a heureusement accord sur le traitement. Il faut donnera Fenfant des aliments frais ; s'il s'agit d'un enfant du premier semestre, il faut lui donner du lait aussi frais que possible, recueilli avec propreté, de façon à pouvoir être donné cru. A Paris, il s'est créé des entreprises industrielles qui fournissent un lait recueilli aseptiquement, offrant assez de garanties pour qu'on puisse le donner cru, sinon à tous les enfants, comme le préconisent les industriels, en tout cas aux enfants scorbutiques. A la campagne, on traira avec propreté une vache éprouvée par la tuberculine, et on donnera aussitôt le lait à Fenfant. Pour plus de sûreté, on peut en outre donner à l'enfant une, deux ou trois fois par jour, une cuillerée à café de jus d'orange ou de citron, ou à défaut une cuillerée à café de solution de citrate de soude à 1 p. 50.
A l'enfant plus grand, on pourra donner, outre le lait, des purées de pommes de terre à peine cuites et un peu de fruits frais, ou de jus de fruit ou de raisin.
En général les lésions rétrocèdent avec une rapidité surprenante. C'est une résurrection. En quelques jours, l'enfant redevient rose, alerte, frais ; les tuméfactions osseuses disparaissent ; les pétéchies pâlissent; les gencives se cicatrisent. 11 importe de continuer longtemps l'usage au moins partiel d'aliments frais, car les récidives surviennent sans cela avec facilité.
SYPHILIS DES OS
Chez l'enfant, la syphilis frappe les os plus fréquemment que chez l'adulte; c'est facilement explicable ; l'os de l'enfant est" un organe en activité ; celui de l'adulte est un organe qui n'est plus le siège de processus actifs, aussi est-il moins vulnérable.
Cliniquement, il faut distinguer deux formes de syphilis osseuse chez l'enfant : 1° les ostéites liérédo-sy philitiques tardives.^ qui se rapprochent beaucoup des ostéites tertiaires de la syphilis acquise; 2° la pseudo-paralysie syphilitique de Parrot, forme d'épiphysite syphilitique, spéciale aux enfants du premier âge.