OSTÉITES HÉRÉDO-SYPHILITIQUES TARDIVES
Caractères cliniques. — Les ostéites sont fréquentes surtout sur les diaphyses des os longs. Elles s'y manifestent par une tuméfaction locale fusi forme., qui parfois est indolore au point de n'être découverte que par hasard, et qui parfois au contraire est le siège de sensations
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/)em6/es, pouvant aller jusqu^iux sensations de c/ow pénétrant dans
Fig. 23. — Ostéite hcrcdo-syphilitique du tibia. Radiographie.
l'os. Le siège le plus habituel est la diaphyse tibiale, danssa portion
supérieure (fig'. 23) ; le tibia s'épaissit, sa crête élargie forme un bord épais, incurvé, convexe en avant [tibia Lannelongue). Le radius, le cubitus, la clavicule, tous les os longs peuvent présenter des épaississementsfusiformesanalogues. Aucrâne(^lg.24),^ostéitehérédo-syphilitique produit une tuméfaction lenticulaire sur le frontal ou le pariétal.
Fig. 24. — Ostéites crâniennes hérédo-syphilitiques ; enfant de dix-huit mois.
Souvent les localisations osseuses sont multiples, soit que plusieurs foyers se développent à la fois, soit qu'ils apparaissent successivement. Dans des cas exceptionnels, les foyers sont si multipliés que tous les os accessibles du squelette montrent à leur surface des irrégularités et des tuméfactions dures ou ramollies (fig. 25, 26 et 27).
D'abord dur, le foyer d'ostéite évolue en effet au bout d'un temps variable vers le ramollissement', l'os se désagrège et le centre de la lésion forme une bouillie purulente; elle est susceptible de s'ouvrir à l'extérieur, donnant lieu à des fistules
Vostéite syphilitique des os de la face mérite une mention spéciale,;
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Elle a le plus souvent son point de départ dans les fosses nasales, au niveau du vomer. Elle s'annonce par un coryza sanieux, à pus grisâtre, bientôt mélangé de sang noirâtre ; des fragments osseux s'éliminent avec ce pus ; une fétidité extrême annonce et accompagne ces éliminations: à leur suite, le nez s'affaisse et prend la forme caractéristique, dite nez en lorgnette. D'autres fois, c'est au niveau de l'implantation du vomer, sur la voûte palatine, qu'est le point de départ de la lésion. Elle se manifeste à la fois du côté d'une ou des deux
Fig. 25. — Syphilis héréditaire tardive. Fillette de douze ans. Ulcérations et perforations multiples de la voûte crânienne {AvEm, Revue mensuelle des maladies de Venfance, 1896, p. 107).
fosses nasales par le coryza fétide, du côté de la bouche par une tuméfaction sensible à la pression sur la crête palatine médiane; celle-ci grossit, s'ulcère; des fragments osseux s'éliminent, eila perforation de la voûte palatine est constituée.
Enfin il faut faire une mention spéciale de laphalangite syphilitique, qui simule le spina ventosa tuberculeux.
Diagnostic et traitement. — Toute tuméfaction chronique des os dans l'enfance doit faire pensera la syphilis héréditaire. Certes le diagnostic deviendra certain si l'on dépiste la syphilis parentale ou fraternelle, ou sur l'enfant lui-même des stigmates syphilitiques, fissures labiales, anales, dents d'Hutchinson, kératite interstitielle; on
peut aussi rechercher la réaction de Wassermanii dans le sang (1). Mais, même en l'absence de ces élémenls de diagnostic, il faudra, en présence d'une tuméfaction osseuse dont la nature est incertaine, soupçonner la sy,)hilis ; Fos syphilitique se distingue de Vos rachitiqiie en ce que le premier est tuméfié, fuselé, augmenté de volume, mais son axe reste rectiligne : c.iez le second, l'augmentation de volume reste minime et subordonnée à l'incurvalion de Taxe, qui est la lésion principale. La tuberculose osseuse diffère de la syphilis en ce qu'elle est surtout destructive; la syphilis est plutôt constructive,
hyperost santé. Si quelque doute subsiste, il ne faut pas hésiter à faire Tépreuve du traitement antisyphilitique. Il faut donner de fortes doses. L'enfant supporte le traitement mercuriel mieux que l'adulte, et il faut recourir sans crainte,
Vig. 26 et 27. — Syphilis hérédifaire tardive du genou. Même sujet que figure 25. Outre les lésions du crâne et du genou représentées dans les ligures 25, 26 et 27, cette fillette présentait aussi de multiples foyers osseux suppures dans les clavicules, les cubitus, les radius, les humérus, les os ciu nez.
si des quantités plus minimes ne donnent pas de résultat, à des doses de sirop de Gibert de 30 grammes par jour aux enfants de plus de quatre à cinq ans, ou mieux encore à des injections de biiodure de mercure à doses de 1, 2 et même au besoin 3 centigrammes par jour. Certaines syphilis résistent à des doses plus minimes^ et disparaissent comme par enchantement quand on a atteint la dose suffisante. Toutefois, en cas de lésion ulcérée ou fistuleuse, il faudra d'abord s'assurer qu'il n'y a pas de séquestre osseux; il faut en-
(1) Chez un enfant de mon service, des écrouelles sous-maxillaires et une fistule suppurante de l'aine d'origine ganglionnaire coïncidaient avec une tuméfaction de la partie supérieure du tibia. Une intradermo-réaction à la tuberculine et un Wassermann pi-atiqué par M. Giraud furent tous deux positifs. En elï'et, un traitement intensif amena la disparition rapide de la tuméfaction tibiale, tandis que les écrouelles et la fistule de l'aine ne se modifièrent aucunement par le traitement.
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lever celui-ci s'il existe, sous peine de persistance indéfinie de la suppuration malgré le traitement.