OEDÈME D'ORIGINE CARDIAQUE
Caractères cliniques. — Tout en présentant beaucoup de ressemblance avec l'œdème d'origine rénal, l'œdème d'origine cardiaque s'en distingue chez l'enfant par quelques particularités. On ne le voit débuter ni de façon aiguë, ni par les paupières et la face. Il siège d'abord aux membres inférieurs, sur les malléoles, sur le dos du pied. Ce n'est que dans les endocardites très graves avec dilatation du cœur droit et dans les symphyses péricardiques qu'il est susceptible
ŒDÈMES SYMPTOMATiaUES. H
de prendre rapidement quelque extension; en général, Tasystolie est progressive; Tascite est tardive; il n'en est autrement que dans les symphyses tuberculeuses avec cirrhose cardio- tuberculeuse d'Hutinel, ou avec semis tuberculeux péritonéal ; mais dans ces cas le mécanisme de Tascite est tout autre, et les membres supérieurs sont longtemps respectés.
Mou et blanc dans les premiers temps, presque autant que Tœdème d'origine rénal, Tœdème cardiaque devient ensuite plus ferme quand il dure depuis longtemps. Dans Tasystolie à rechutes, la peau et le tissu cellulaire sous-cutané des extrémités inférieures, atteintes chroniquement d'œdème, subissent une induration qui donne à l'œdème la consistance élastique ; souvent la peau, au lieu d'être pâle comme dans l'œdème rénal, prend une teinte rosée plus ou moins marquée, parfois même une teinte jambonnée ou violacée.
Toutefois ce n'est pas par ses caractères propres, mais par la coexistence des autres symplômes des affections cardiaques qu'on reconnaîtra l'origine de ces œdèmes : l'auscultation du cœur, la recherche de la dilatation du cœur droit et des gros vaisseaux veineux, l'augmentation de volume du foie, devenu gros et douloureux, permettront de remonter à la cause. L'œdème est plus en rapport avec un affaiblissement de la musculature cardiaque qu'avec la lésion endocardique ou péricardique elle-même. Sa constatation est l'indice de l'insuffisance progressive du myocarde.
Traitement. — Le meilleur moyen de faire disparaître l'œdème cardiaque est de rendre au myocarde sa puissance propulsive. Nous avons des moyens d'y parvenir, mais leur action ne peut se faire que dans les limites où le myocarde est assez peu touché pour réagir encore aux actions qu'il reçoit.
En général, il est bon de procéder de la façon suivante : soulager l'effort du myocarde en diminuant la masse sanguine et lymphatique par des émissions de liquide soit au moyen de purgatifs qui amèneront une expulsion de sérosité par l'intestin, soit au moyen de sangsues (qu'il est souvent indiqué d'appliquer sur le foie à cause de l'engorgement de ce viscère), de ventouses scarifiées, ou au besoin dîme saignée. Ensuite donner la médication toni-cardiaque et tout d'abord la digitale^ soit sous forme de solution de digitaline cristallisée au millième (V à X gouttes deux ou trois fois par jour au-dessus de cinq ans), soit sous forme de macération de poudre de feuilles de digitale (0g'",05 par année d'âge), soit sous forme de sirop de digitale (1 à 5 grammes) ou de teinture de digitale (V à X gouttes). On continuera cette médication pendant trois jours. Au bout de ce temps, on en complétera l'effet par les diurétiques, en particulier la Ihéobromine (Og'",10 par année d'âge et par jour) ; on peut la continuer trois à quatre jours. Ultérieurement, on se contentera des diurétiques
légers, tels que lactose, chiendent, queues de cerises. Au bout d'une huitaine de jours, on reprendra un traitement digitalique suivi d'administration de théobromine. Quand l'action de ces médicaments semblera s'épuiser, on pourra substituer à la digitale le strop/ianius (II à VI gouttes de teinture au-dessus de cinq ans), ou le sulfate de spartéine (0g%02 à Og^lO), et à la théobromine, la caféine (Og'',10 par année d'âge), additionnée d'autant de benzoate de soude pour la rendre soluble dans l'eau, la scille sous forme d'oxymel scillitiqiie (2 grammes par année d'âge), V acétate et le nitrate de potasse (1 à 2 grammes par jour).
Bien que l'œdème cardiaque ne soit pas dû aussi directement que lœdème rénal à la rétention chlorurée, il ne faudrait pas négliger d'éviter l'accumulation des chlorures, et on instituera une alimentation appropriée ; le régime lacté^ quand il est bien supporté, réalise le mieux les conditions requises.