RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. - SYMPTOMES
les grands enfants, on voit très bien Tattaque de fluxions articulaires s'accompagner d'élévations fébriles atteignant 40° et plus: 2° les tuméfactions articulaires sont moins généralisées, moins intenses, plus fugaces ; 3° les déterminations endocarditiques et péricarditiques sont encore plus fréquentes que chez Vadulte.
Le début est brusque par de la fièvre, des frissons, de l'angine fugace, angine rouge, rarement exsudative: les tuméfactions articulaires apparaissent soit en même temps, soit quelques heures ou même vingt-quatre heures après le début. Plus rarement les manifestations cardiaques précèdent les manifestations articulaires.
Manifestations articulaires. — Chez l'enfant, surtout chez le jeune enfant, les articulations sont en général peu tuméfiées ; l'hydarthrose y est modérée ou même assez légère pour n'être pas décelable ; l'œdème et la roseur cutanée périarticulaires font souvent défaut: souvent une seule ou seulement deux ou trois articulations sont atteintes; la mobilité d'une articulation à l'autre est moins marquée que chez l'adulte. Il est plus fréquent que chez l'adulte de voir des localisations articulaires ailleurs que sur les grandes articulations des membres. En particulier celles des doigts, de la colonne vertébrale, la sterno-claviculaire, la temporo-maxillaire sont assez souvent atteintes. Aux doigts, c'est en général une seule articulation qui est prise, rarement deux ou trois, soit métacarpophalangienne, soit phalango-phalanginienne, soit plus rarement phalangino-phalangettienne; ces arthrites digitales sont particulière ment fixes. A la colonne vertébrale, c'est surtout à la région cervicale que se voient les manifestations; elles se localisent parfois aux articulations de l'atlas avec l'occiput ou avec l'axis [rhumatisme sousoccipital) immobilisant absolument la tête, soit dans la rectitude, soit plus souvent en déviation latérale quand l'alTection est unilatérale ;d'autresfois,ladouleursiègeauxvertèbrescervicalesinférieures; elle est latérale, localisée à l'articulation qui unit l'apophyse articulaire inférieure d'une vertèbre à l'apophyse articulaire supérieure de lavertèbresous-jacente; la tuméfaction s'accuse alors, non à la nuque, séparée de l'articulation malade par de fortes masses musculaires, mais enavant, dans le triangle sus-claviculaire si l'arthrite est bas située, et, si l'arthrite est haut située, dans la région carotidienne supérieure; la pression dans ces points est douloureuse; l'enfant immobilise la tête du fait de la douleur; ces arthrites vertébrales rhumatismales doivent être distinguées du torticolis rhumatismal proprement dit, d'origine musculaire ou aponévrotique. Le rhumatisme de l'articulation temporo-maxillaire est particulièrement pénible à cause de la difficulté d'alimenter le malade.
Quels que soient leur siège etleurdurée, ces arthritesrhumatismales n'aboutissent pas à la suppuration, ni à l'ankylose, ni à l'atrophie du membre; c'est ce qui les distingue heureusement des pseudo-rhuma-
tismes infectieux que nous éludions plus loin. La durée peut être très prolongée quand l'atTection est laissée à elle-même; mais, par le traitement salicylé, elle est réduite à quelques jours.
Manifestations cardiaques. — On voit, plus souvent chez Fenfant que chez l'adulte, les manifestations cardiaques précéder les manifestations articulaires, ou même évoluer sans que jamais les articulations soient prises à aucun moment de la poussée. Cependant, en général, c'est plusieurs jours après le début des premières manifestations articulaires qu'apparaissent les premiers symptômes cardiaques. Ceux-ci sont plus constants et plus précoces chez l'enfant que chez l'adulte; toutefois, grâce au traitement salicylé appliqué de bonne heure, beaucoup de rhumatismes de Tenfant guérissent sans complications cardiaques, et les chiffres anciens donnant 90 p. 100 de lésions cardiaques à la suite du rhumatisme infantile peuvent être réduits dans une forte proportion. Il n'en est ainsi que dans les cas traités; dans les cas laissés à eux-mêmes, le cœur, comme a dit Bouillaud, se comporte chez i enfant vis-à-vis du rhumatisme comme une véritable articulation, en ce sens qu'il est pris aussi souA'ent, aussi complètement et souvent de façon aussi précoce. Tandis que, chez Tadulte, le cœur n'est atteint que quand les articulations prises sont nombreuses et fortement frappées (loi de Bouillaud), chez l'enfant (nous parlons toujours du rhumatisme non traité), le cœur est atteint même quand les manifestations articulaires sont légères et fugaces. La proportion serait de 83 pour 100 cas de rhumatisme infantile, savoir : endocardite seule, 62 p. 100; endocardite avec péricardite, 14 p. 100; péricardite seule, 7 p. 100.
L'atteinte cardiaque se manifeste d'abord par un assourdissement des bruits du cœur, puis par la fréquence, les inégalités et les irrégularités du pouls; puis apparaît le souffle, indiquant l'endocardite, ouïe frottement, révélateur de la péricardite.
lu endocardite rhumatismale de l'enfance frappe la mitrale beaucoup plus souvent que l'aorte (12 fois pour 1). Le souffle, d'abord doux, devient bruyant ; c'est l'indice d'une lésion persistante. Guéri de sa poussée rhumatismale, l'enfant restera un cardiaque, un infirme du cœur. Aux signes d'insuftisance mitrale s'ajoutent, au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années, les signes de rétrécissement mitral, symptomatiques de l'évolution fibreuse subie par l'orifice mitral. Dans quelques cas rares, le souffle doux perçu au début disparaît au bout de quelques jours, et le cœur ne conserve aucune trace de la lésion: certains de ces faits doivent être expliqués par des souffles inorganiques, soit anémiques du fait de la déperdition globulaire qui accompagne l'attaque de rhumatisme, soit cardiopulmonaires; toutefois des souffles franchement symptomatiques de lésion rhumatismale orificielle peuvent disparaître (Potain), soit quelques jours après leur apparition, soit même au bout de plusieurs