RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. - SYMPTÔMES
semaines et plus; le cœur reste alors indéfiniment indemne; j'ai constaté une heureuse terminaison de ce genre six semaines après la crise. Ces faits sont malheureusement très exceptionnels.
La péricardite rhumatismale est heureusement beaucoup moins fréquente que Tendocardite, mais moins rare cependant chez Tenfant que chez Fadulte ; elle apparaît dans 20 p. 100 des cas non traités. Elle débute en général par des symptômes d'oppression, d'angoisse, de gêne précordiales; Tauscultation révèle un frottement mésocardiaque et mésosystolique (bruit de galop péricardique) ou un double frottement. L'épanchement est précoce, se manifestant par Tassourdissement marqué des bruits du cœur et Tagrandissement de la matité cardiaqueavec modification de sa forme (encoche de Simpson). L'épanchement considérable est rare chez l'enfant ; le péricarde à cet égard se comporte comme les articulations; mais malheureusement les adhérences succédant soit à la péricardite avec épanchement, soit à la péricardite sèche, sont fréquentes et graves chez l'enfant. L'd symphyse cardiaque est d'abord compensée par l'hypertrophie considérable du cœur ; aussi la survie est plus longue que dans la symphyse tuberculeuse, où le cœur, plus enserré dans un exsudât plus épais, reste petit; mais Tasystolie survient néanmoins rapidement et se montre au bout de peu de temps irréductible par le traitement. La péricardite est donc susceptible d'avoir des conséquences plus rapidement mortelles que l'endocardite; mais, d'autre part, il est beaucoup plus fréquent de voir la péricardite s'effacer sans laisser de traces. Il en est ainsi quand les adhérences ne se sont pas formées. Cette terminaison heureuse, exceptionnelle dans l'endocardite, se voit dans les cinq sixièmes des cas de péricardite.
Manifestations artérielles. — L'aortite rhumatismale est exceptionnelle; toutefois un certain nombre de cas en ont été signalés chez l'enfant (Rénon et Verliac, Comby, Méry); le rhumatisme est presque l'unique cause d'aortite à cet âge. L'aortite rhumatismale de l'enfance s'accompagne rapidement de dilatation pseudo-anévrysmale et abouti t ultérieurement à la dilatation cardiaque et à l'asystolie.
Manifestations pleuro-pulmonaires. — Elles se voient dans les formes graves, accompagnées d'endopéricardite ; elles consistent en épanchements séreux dans les plèvres, en général peu abondants, mobiles, passant d'un côté à l'autre, guérissant sans ponction ; on voit aussi des poussées d'œdème ou de congestion pulmonaires transitoires, se manifestant par un peu de dyspnée et de toux, donnant à l'auscultation des bouffées de râles fins avec un souffle aigre et disparaissant avec rapidité.
Manifestations sur le système nerveux. — Le rhumatisme cérébral est exceptionnel; on observe au contraire très souvent l'association du rhumatisme avec la chorée; les rapports des deux affections sont étudiés à l'article Chorée.
Manifestations sur la peau et le tissu cellulaire. — Des fluxions œdémateuses sous-cutanées, mobiles, fugaces, peuvent s'observer au cours de Tattaque de rhumatisme. Elles peuvent s'accompagner de coloration de la peau (pseudo-phlegmon rhumatismal).
Il faut les distinguer de beaucoup d'affections cutanées et souscutanées, à qui on a donné à tort Tépithète de rhumatismales, et qui n'ont rien à voiravec lerhumatisme (péliose rhumatismale ou purpura rhumatoide, œdème rhumatismal ou maladie de Quincke, œdème péliosique, pseudo-lipome, érythème noueux, érythèmes polymorphes).
Les nodosités rhumatismales de .Jaccoud et de Meynet appartiennent au contraire en propre au rhumatisme et se voient surtout dans les formes graves, généralisées, compliquées de localisations endopéricardiques, du rhumatisme infantile. Ce sont de petites tumeurs dures de la dimension et de la forme d'un grain de mil, d'un grain de blé, d'un pois, d'une lentille, qu'on sent roulant sous le doigt à la nuque, aux coudes, autour des genoux, aux poignets ; elles sont indolores spontanément, mais sensibles aux fortes pressions ; on en compte dix, vingt, trente sur le même malade. Elles sont constituées par des condensations de tissu cellulaire, infiltrées de dépôt calcaire.
Manifestations sur le corps thyroïde. — La tuméfaction aiguë et douloureuse du corps thyroïde au cours de Tattaque de rhumatisme articulaire aigu, bien étudiée par Raymond et Joffroy sous le nom dethyroïdite aiguë, est une complication exceptionnelle chez l'adulte, plus rare encore chez l'enfant. Elle n'est en somme que l'exagération d'un phénomène beaucoup plus fréquent que Vincent a décrit sous le nom de signe thyroïdien du rhumatisme : si chez un rhumatisant aigu on saisit entre les doigts et si on pince un peu fortement un des lobes du corps thyroïde, on provoque une douleur plus ou moins aiguë ; surpris par cette sensation pénible et inattendue, les malades reculent vivement; on constate en outre que la glande est partiellement ou totalement tuméfiée ; la circonférence du cou dépasse de 0''°',5 à 2 centimètres ce qu'elle sera une fois l'attaque terminée. Ce signe se voit surtout au début de l'attaque, surtout s'il s'agit d'une première attaque, aiguë et fébrile; il manque dans les formes bénignes et apyrétiques. On l'observe aussi dans d'autres maladies infectieuses aiguës (scarlatine, rougeole, syphilis secondaire), tandis qu'il manque dans d'autres (fièvre typhoïde, septicémie slreptococcique) ; il manque également dans le rhumatisme tuberculeux. Vincent l'attribue à une réaction de défense de l'organisme contre la maladie infectieuse. La tuméfaction thyroïdienne serait, pour certaines maladies, ce que l'hypertrophie de la rate est pour d'autres (fièvre typhoïde, paludisme) (1). Dans les rhumatismes intenses, quand le signe thyroïdien fait défaut, on peut
(1) Vincent, Le signe thyroïdien dans le rhumatisme aigu et dans certaines mala* dies infectieuses {Soc. méd. des hôp., 1906, p. 598 et p, 602, et 1908, p, 357j.