‹ La pratique des maladies des enfantsChapitre 34 sur 42 · OBÉSITÉ. — SES CAUSES · texte numérisé non relu

OBÉSITÉ. — SES CAUSES

L'obésité transitoire du nourrisson et Tobésité transitoire prépubertaire ne sont pas des états pathologiques et ne nécessitent aucun traitement tant qu'elles se maintiennent dans des limiles modérées. Il n'en est pas de même de l'obésité persistante, telle que celle de la seconde enfance ; elle indique une nutrition fâcheusementdéfectueuse ; elle oblige à des précautions hygiéniques et alimentaires qu'il faut bien connaître. C'est à elle que s'appliquent les considérations ultérieures.

Pathogénie. — Un traitement rationnel de l'obésité suppose la connaissance du mécanisme par lequel se fait l'accumulation exagérée dégraisse dans l'organisme; l'étude de la pathogénie de l'obésité n'est donc pas vaine, mais nécessaire; j'ajoute qu'il faut la faire pour chaque cas en particulier, car le mécanisme varie d'un sujet à l'autre, ce qui fait que le traitement ne saurait toujours être le même, mais sera modifié selon les sujets.

10 Influence de Vliérédité. — Elle esl manifeste dans le plus grand nombre des cas et elle est souvent double; en effet les obèses s'unissent fréquemment entre eux en vertu de la loi, qui se vérifie si souvent, que les semblables s'assemblent, et que, caractères sexuels mis à part, la sélection sexuelle s'effectue non en raison des contrastes, mais en raison des ressemblances,

11 est d'observation courante de constater la transmission de l'obésité de génération en génération; souvent iUy a précession, c'est-à-dire que l'obésité apparaît tardivement à la première génération, dès la jeunesse à la seconde, dès 1 enfance à la troisième ou à la quatrième. Aussi constate-on presque constamment que les parents des enfants obèses, ou au moins l'un d'eux, sont eux-mêmes obèses. M. Comby a, avec raison, insisté sur ces faits, ainsi que M. Siredey (1).

Cette constatation d'une influence héréditaire ne nous renseigne pas sur la cause de l'obésité. Elle nous montre seulement qu'un ou plusieurs des facteurs de cet état morbide sont transmissibles des parents aux enfants.

2° Influence de Valimenlation. — Il est certain qu'une alimentation exagérément abondante, surtout si elle est riche en matières grasses, en féculents, en sucre, a pour conséquence une augmentation du tissu graisseux dans l'organisme. On peut engraisser un homme comme on engraisse le bétail ou la volaille, et par les mêmes procédés, et nous assistons parfois à un processus de ce genre chez les tuberculeux que nous suralimentons. Mais la suralimentation ne suffît pas; ne devient pas obèse qui veut ; pour produire des animaux gras, les éleveurs ont soin de s'adresser à des races ayant tendance à l'obésité, sinon ils échouent. De même chez l'homme; il y a des gros mangeurs qui sont et restent toute leur vie maigres, très maigres. L'alimentation est donc incapable d'agir sans facteurs prédisposants, ou plutôt elle ne produit qu'un embonpoint modéré, physiologique, qui ne persiste pas dès que l'on

(1) GoMBY, L'arthritisme chez les enfants {Arch. de méd. des enfants, 1902). — Comby, Siredey, Soc. mpd. des hôp., 1908, p. 252 et 255.

resireint l'alimentation, il faut toutefois reconnaître que les enlants obèses sont souvent de gros mangeurs ; il en est ainsi dans l'obésité floride des sujets à grosses joues rouges, qui restent gais et alertes d'esprit, sinon de corps; il n'en est pas de même quand l'obèse est en même temps pâle, mou, triste; ces enfants obèses, petits mangeurs et en même temps anémiques, sont les plus difQciles à guérir.

Cela s'explique : ce qui importe en effet n'est pas la quantité d'aliments absorbés, mais la quantité d'aliments retenus. Un enfant de sept à huit ans prend facilement, liquides compris, 1 500 à 2000 grammes d'aliments par jour. Il suffit qu'une très minime quantité de ces 1 500 ou 2000 grammes, une trentaine de grammes par exemple, soitretenue journellement parl'organisme, pour se traduire en fin d'année par une énorme augmentation de poids: 10 kilos. Ce qui domine la question n'est donc aucunement la quantité d'aliments; ce n'est pas non plus la qualité des aliments, puisqu'il est démontré que l'on peut engraisser des animaux même avec un régime exclusivement albuminoïde : c'est la faculté de fixation qu'acquièrent les cellules du tissu conjonctif relativement à la graisse ; par une alimentation pauvre, on peut entraver momentanément cette fixation, mais on n'aura pas modifié la tendance à l'obésité tant qu'on n'aura pas diminué le pouvoir de fixation du tissu graisseux. Il est du reste impossible de fixer à chaque âge le régime minimum ; Linossier a montré que, même chez l'adulte, la ration d'entretien est des plus variable selon les sujets. On peut d'autant moins la diminuer, chez un sujet ayant tendance à l'obésité, qu'une plus grande partie étant fixée sous forme de graisse il en reste moins pour l'entretii n et la croissance des autres tissus.

3° Influence de la sédentarité. — Nous allons recommencer la même argumentation que pour l'alimentation. Les mouvements, les exercices physiques, la marche, la fatigue entraînent une consommation des réserves de l'organisme ; l'absence d'exercices peut, par suite, contribuer à l'accumulation de la graisse; en fait, un certain nombre d'enfants obèses sont apathiques, volontiers somnolents, et répugnent aux exercices de leur âge; mais il n'en est pas toujours ainsi. La sédentarité facilite donc l'augmentation du tissu graisseux, mais ce n'est pas elle qui crée la tendance à l'obésité. Parfois même le surmenage crée l'obésité (Leven).

^^ Influence des sécrétions internes. — La physiologie des glandes à sécrétions internes montre que l'activité plus ou moins grande de ces glandes a une grande influence surl'équilibre des réserves graisseuses. Cette influence se fait sans doute grâce aux ferments que ces glandes déversentdansle sang; on sait que le sang contient un ferment destructeur de la graisse, la lipase; parmi les faits cliniques qui montrent la relation des glandes à sécrétion interne avec l'adiposité, ceux qui concernent les glandes génitales et le corps thyroïde surtout sont complètement démonstratifs.

Il semble que les glandes génitales, qui restent endormies pendant toute l'enfance, ne peuvent guère jouer un rôle quelconque dans l'obésité infantile. Il ne faut pourtant pas oublier que l'inactivité de ces glandes n'est pas absolue et que leur action suffit à donner au garçonnet et à la fillette des façons d'être toute différentes, bien que ces différences soient beaucoup moindres qu'à l'âge adulte. Dans la grande majorité des cas, l'action des glandes sexuelles ne paraît pourtant pas devoir être mise en cause dans l'obésité

Page 1