VARIÉTÉS CLINIQUES
bien que digérant bien, se trouve néanmoins dans un état comparable à rinanition.
L'expérience montre qu'il y a néanmoins avanlage, dans ces cas, à alimenter Tenfant selon les méthodes ordinaires et même à forcer la dose à laquelle il aurait droit pour son poids. La stagnation de poids peut persister longtemps ; mais à un moment donné surviennent des augmentations d'abord légères, puis rapides, et ultérieurement ces enfants peuvent devenir aussi beaux que s'ils n'avaient pas aussi profondément souffert dans leur première enfance.
Moyenne et grande enfance.
— Les états de maigreur accentuée sont rares dans la moyenne et la grande enfance, quand ils ne sont pas la conséquence d'une maladie organique.
Dans un certain nombre de cas, l'amaigrissement extrême semble lié à des altérations des glandes vasculaires sanguines; cesétats d'amaigrissement endocrinique sont toutefois moins bien démontrés que les états d'obésité endo-crinique. Dans un cas d'amaigrissement extrême avec nanisme (fig. 7*2 et 73), M.Variot a incriminé les glandes surrénales en raison d'une pigmentation cutanée disposée en forme de réseau sur tout le corps.
Le point particulier de cette observation est que la disparition presque absolue de la graisse sur tout le corps et
même au visage coïncidait avec un développement bien marqué de la musculature, de telle sorte que l'enfant avait l'air d'un écorché (1).
Une autre variété d'amaigrissement est celle qui est liée à V anorexie mentale. Certaines fdlettes, la plupart du temps tarées au point de vue nerveux dans leurs antécédents personnels et héréditaires, perdent 1 appétit aux approches de la puberté et refusent de manger. Dans certains cas, on peut reconstituer l'idée fixe qui a été à l'origine :
(1) Variot et Peronneau, Soc. de péd. de Paris, juin 1910 (Voy. plus loin, article Nanisme).
Fis:. 71.
Amaigrissement extrême par
anorexie mentale. Guérison par le corps thyroïde (Tarrius).
loO E. APERT. — MALADIES DE LA NUTRITION.
c'est le plus souvent la crainte de grossir, s'imposant avec le caractère impérieux d'une phobie. Peu à peu Fappétit disparaît, la malade déclare qu'elle n'a aucun besoin de manger: il n'est pas de ruse qu'elle n'emploie pour se soustraire à la nécessité de paraître aux repas et de prendre des aliments. Peu à peu elle tombe dans un étal de maigreur extrême. Cet état doit se traiter comme une maladie mentale, par l'isolement, la persuasion, et en même temps par le sondage de l'œsophage et le gavage forcé. Dans un cas qui avait résisté à tous ces moyens (fig. 71), Tarrius s'est bien trouvé de l'usage du corps thyroïde, qui semble avoir réveillé le besoin de s'alimenter.
GIGANTISME.
Les cas de gigantisme chez l'adulte et chez l'adolescent appartiennent presque tous à l'acromégalie. Il n'en est pas de même dans l'enfance. A cet âge, l'acromégalie est rare, comme nous venons de le voir dans un chapitre précédent. Dans celui-ci, il nous reste à traiter des gigantismes plus spéciaux à l'enfance, appelés avec raison giganlismes précoces, gigantismes qui semblent eux aussi en relation avec des altérations des glandes à sécrétion interne et en particulier avec des lésions hypertrophiantes des glandes génitales, de l'épiphyse ou des surrénales. Ils constituent une classe nosologique naturelle, bien différenciée du gigantisme acromégalique, car, à l'inverse de celui-ci, qui entraîne souvent l'infantilisme, ils s'accompagnent le plus souvent de puberté précoce et aussi d'obésité.
GIGANTISME PRÉCOCE D'ORIGINE SURRÉNALE.
Caractères cliniques. — Les quelques observations suivantes montreront comment se manifeste ce gigantisme précoce.
Cas de Ogle (1), — Enfant de trois ans, extraordinairement fort, pesant 44 livres et ayant deux pieds dix pouces et demi de hauteur et deux pieds trois pouces de circonférence abdominale. Grand développement des poils sur la totalité du corps ; sourcils excessivement durs et broussailleux ; abondants poils aux organes génitaux : tumeur abdominale. Autopsie : encf'pholoïde à point de dépari surrénal.
Cas de Linser (2). — Garçon âgé de cinq ans et sept mois, ayant i^.'i^ de taille et paraissant seize à dix-huit ans, ayant toutes ses dents définitives, sauf les dents de sagesse; nions Veneris couvert de poils ; pénis de 8 à 9 centimètres à Tétat flasque, de 12 à 14 en érection; testicules gros comme des œufs de pigeon. Autopsie : tumeur maligne de la sui'rénale gauche.
(1) Ogle, Unusually large mass of carcinomatous deposit in one of the suprarenals capsules of achild {Transactions of pathological Society of London, 1865, vol. XVI, p. 250).
(2) Linser, Ueber Beziehung;en zwischen Nebennieren und Korperswaclisthum besonders Riesenwuclis {Beitrage zur klin. Chir., 1903, Bd. XXXVI, p. 282).
GIGANTISME PRÉCOCE D'ORIGINE SURRENALE. 151
Cas de Dobberlin (1 ). — Fille de quatorze mois, née avec une tumeur abdominale ; poils drus, longs et noirs aux deux grandes lèvres, mesurant ;j centimètres de longueur; développement considérable des poils à l'abdomen, aux parties latérales du thorax, au dos et aux joues. Tumeur à structure surrénale.
Cas de Telesius (2). — Fille de quatre ans ; énorme formation de tissu adipeux ; développement prématuré des mamelles et des poils pubiens. Autopsie : tumeur de la grosseur d'un œuf à la surrénale gauche avec métastase dans le foie.
Cas de Bevern et Romkild (3). — Fille de trois ans et demi, développée comme une femme de vingt ans, très grasse, toison abondante aux parties génitales et à la face. Tumeur surrénale.
Cas d'Adams (4). — Garçon de quatorze ans et neuf mois, a commencé à se développer à Fâge de dix ans, est devenu athlétique et poilu. Autopsie : grosse tumeur surrénale avec propagation au foie.
Cas de Guthrie et Emery{^). — Garçon de cinq ans; taille 90 centimètres; poids 26 kilogrammes; adipose généralisée, surtout accusée au niveau des joues et des reins. Le système pileux était très développé, mais les organes génitaux ne présentaient pas d'hypertrophie véritable. Cet enfant succomba à une tuberculose pulmonaire. L'autopsie fit reconnaître une tumeur maligne du rein, constituée par un hypernéphrome.
Cas de Colcott Fox (6). — Tumeur abdominale constatable déjà à la naissance; la fillette a, dès la naissance, grossi démesurément et était déjà énorme à l'âge de dix mois ; à deux ans, on constate un développement sexuel précoce, avec remarquable état velu surtout aux régions génitales et paragénitales. Autopsie : énorme tumeur surrénale avec noyaux secondaires dans le poumon.
En somme, les tumeurs surrénales survenant dans Tenfance sont susceptibles de se manifester par du gigantisme précoce, avec })uberté précoce, généralement accompagnés d'obésité exagérée et parfois même d'état velu généralisé. Il faut noter qu'il s'agit toujours alors de tumeurs formées de tissu analogue à celui de la substance corticale de la surrénale. Le plus souvent, elles se sont développées aux dépens du parenchyme de la corticalité de la glande elle-même. D'autres fois, il sagit de noyaux surrénaux aberrants, qui peuvent
(1) DoBBERTiN, Beitra^^zur Casuistik der Geschwulsle {Beiirâge zur palhologische Aîiatomie von Ziegler, 1900, XXXVII, p. 42).
(2) Cité par Linser.
(3) Bevern et Romkild, Neues Journal der praklische Heilkunde, 1802, cité par