UNITÉ OU PLURALITÉ DES AFFECTIONS BLENNORBHAG1QI I
Nous venonsde décrire la blennorrhagie causée par le gonocoque de Neisser. Est-elle la seule? Ne serait-elle que le type parmi plusieurs unités analogues?.. Sur un nombre donné d'écoulements uréthraux, on peut bien, il est vrai, relever dans
moment de la miction el de l'érection, cessant complètement le reste du temps. Ceux des malades qui sont exercée par une expérience suffisante aux finesses de ci - distinctions, disent alors qu'ils sentent l'urine passi r comme sur une coupure, tandis que dans la blennorrhagie il leur semble qu elle passe sur une brûlure. Enfin cette douleur a cela de i aracléris-
tique que, avec l'acuité qu'elle offre, on verrait déjà, à ce m ut, - il
laissait d'une douleur de blennorrhagie, un éi lement blanc très
perceptible, ce qui n'a pas lieu.
quelques-uns un degré particulier d'acuité, de durée du processus inflammatoire. Mais tant qu'on trouve dans la sécrétion ledit gonocoque, on n'en demande pas davantage pour dénommer cette maladie blennorrhagie. Et, par le fait, variations de degré à part, tous les cas offrent dans leur genèse, leurs symptômes, leur évolution, une similitude qui, de par la clinique comme de par le microscope, a semblé suffisante pour les réunir, sous la même étiquette, dans un même cadre.
Toutefois, comme la blennorrhagie est une maladie microbienne, et comme l'urèthre n'est pas peuplé par une seule espèce de bactéries — rien qu'à l'état normal, Lustgarten et Manneberg en comptent onze; M. Legrain, quinze — il se pourrait que, sans cesser d'être parasitaire, la maladie ne fût pas toujours gonococcienne; que certaines uréthrites fussent dues à la présence d'un microbe autre que celui de Neisser. Ainsi, sans déroger à la grande loi actuelle de la pathogénie virulente, ainsi serait constituée la pluralité des affections blennorrhagiques...
Nous assistons aujourd'hui à une tentative de ce genre. En observant de très près, Bockhart avait remarqué un certain groupe d'uréthrites qui se distinguent par une expression symptomatologique propre, et qui, d'autre part, ont dans leur sécrétion un microbe différent du gonocoque de Neisser.
Jusqu'alors, avouons-le, si quelque chose devait lui faire soupçonner, rien encore ne lui permettait d'affirmer qu'il s'agit là d'une espèce nouvelle, d'une blennorrhagie à part. Mais il ne s'en tint pas à ces premiers indices. Aux présomptions tirées du simple examen clinique, vinrent se joindre les témoignages précis du rigoureux contrôle que la science moderne fournit et exige.
Disons dans ses détails l'histoire de cet enfantement : elle peut être un utile avertissement aux trop ardents novateurs. Que pour eux la dualité ne soit qu'une étape vers la multiplicité, que bientôt ils se piquent de trouver l'emploi de tout
PSBUDO-BLENNORRHAGIE. BJ
microbe qoi grouille dans I»- canal el d< faire un sort, comme on «lit. à loute uréthrite d'un degré au-dessus ou au-dessous de la moyenne conventionnelle d'intensité... l'exemple de Bockharl Bera devant eux pour les retenir, pour leur rappeler, en tout cas, t|nt' dans ce monde-là un nouveau venu u'a sa place légale qu'après qu'il a satisfait aux quatre (''preuves qui consistent :
1 A fixer par la clinique la caractéristique distinctive de sun agent causal;
2 \ mettre par la culture cet agent à même de manifester ce qu'il a, en propre, de pouvoir pathogène;
o" A prouver par l'inoculation, qu'il se transmet dans son espèce:
4° A établir par l'examen microscopique, son identité de forme chez les deux sujets contaminant et contaminé.
Dans l'espace de quatre ans, Bockhart a vu quinze cas de V uréthrite qu'il dénomme pseudo-blennorrhagie,où l'homme prit la blennorrhagie d'une femme affectée de catarrhe utérin. L'invasion eut lieu trois jours après le coït. Il y eut douleur et sécrétion plus ou moins abondante, avec rougeur des bords du méat. Le mal atteignit son apogée vers le troisième jour et dura sept à huit jours ; deux fois seulement neuf et dix jours. Il resta borné à la fosse naviculaire. Dans les deux cas plus graves, il y eut ténesme (vésical), et l'inflammation s'étendit à la portion prostatique de l'urèthre et à l'épididyme.
Bockhart a toujours trouvé dans la sécrétion de ces écoulements des cellules de pus semblables à celles qu'on observe dans l'écoulement de la blennorrhagie uréthrale; en outre, des cellules épithéliales; en plus, deux à trois variétés de bactéries, des micrococci et des bâtonnets.
Dans l'un des cas dits graves, Bockhart a pratiqué des cultures et des inoculations : voici la relation détaillée de ce fait important, que j'emprunte au texte original :
DlDAY. 6
Le 22 novembre 1885, un homme exempt jusque-là de maladies vénériennes vint consulter l'auteur pour une uréthrite. Les bords du méat étaient rouges, tuméfiés, sensation de cuisson en urinant, écoulement jaune verdâtre. Il contenait des petits cocci en grand nombre, mais point de gonocoques. L'écoulement dura huit jours. Le dernier coït, qui avait eu lieu avec sa femme, datait de cinq jours. Sa femme, disait-il, avait un écoulement fétide du vagin.
Examinée le 23 novembre, par Bockhart, cette femme, qui avait eu six semaines auparavant une fausse couche, offrait les signes d'un catarrhe cervical avec écoulement purulent abondant et érosion sur l'orifice du col. La sécrétion qui stagnait dans le vagin présentait une réaction alcaline ; elle contenait des petits cocci et d'autres bactéries en plus grand nombre que Bockhart ne les a jamais trouvés; point de gono~ coques ni dans la sécrétion utérine, ni dans la sécrétion cervicale.
L'uréthrite de l'homme fut traitée, le 27 novembre, par quelques injections d'alun.
La femme fut traitée par des injections avec le vinaigre de bois dilué. Dès le 23 décembre, il n'y avait plus dans la sécrétion de petits cocci. Elle était guérie le 10 janvier 1886,
Cultures et inoculations. Le 22 et le 23 novembre, essais de culture avec la sécrétion de l'uréthrite de l'homme.
Le 23 novembre, essais de culture avec la sécrétion vaginale de la femme.
Au bout de six jours, sur les plaques d'agar inoculées avec la sécrétion de l'homme, on trouva des cultures de cocci de petite dimension : sur une plaque cinq, sur une deuxième dix et sur une troisième onze. Outre ces cultures il y en avait d'autres, savoir deux sortes de plus gros staphylocoques et un petit bacille.
Des trois plaques d'agar-agar, inoculées le 23 novembre avec la sécrétion vaginale, on ne trouva sur l'une aucune