‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 13 sur 90 · PSEUDO-BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

PSEUDO-BLENNORRHAGIE

culture de ces petits cocci. Sur les deux autres on trouva, le •jti novembre, à côté de nombreuses cultures, d'autres cocci ''t bacilles T .

Pour faire la preuve du pouvoir pathogène de ces cocci

provenant de l'urèthre el «lu vagin, il fallait les inoculer. On jeune médecin, M. B., voulut bien se prêter à l'expérience.

Première expérience. Le 12 décembre l<S8.'>, à '.) heures du soir, le sujet ayant uriné une demi-heure auparavant, on lui injecta d'abord dans l'urètlire une pleine seringue d'une solution stérilisée ;'i 0.1 p. 100 de phosphate de soude, qu'il garda cinq minutes ceci afin de placer les cocci dans des conditions favorables à leur implantation, les mêmes qu'ils rencontrent après le coït, alors que les glandes muqueuses de l'urèthre versent à sa surface un liquide faiblement alcalin). Cinq minutes après, l'inoculation fut pratiquée de Ja manière suivante : on prit avec une aiguille de platine un peu du bord d'une quatrième génération de culture pure, datant de cinq jours, de l'écoulement uréthral de l'homme. Ce fragment fut mis dans un centimètre cube d'une solution stérilisée de phosphate de soude à 0,1 p. 100. On prit une goutte de cette solution, qu'on porta sur une baguette de verre à travers le méat jusqu'au commencement de la fosse naviculaire. L'inoculé resta sans uriner jusqu'au lendemain matin.

Le \\ décembre matin, méat un peu rouge, collé par une croutelle. Au cours de celte journée, on put exprimer du canal trois gouttes de mucosité purulente. Sensation de prurit au méat. Le 15, augmentation de tous les phénomène- inflammatoires; on peut exprimer six gouttes. Le 16, la démangeaison est devenue sensation assez vive de brûlure durant la sécrétion. La sécrétion, dont quelques gouttes sont exclusivement purulentes, est d'une cuillerée à thé. Le 17, l'inflammation a encore augmenté. Le 18, elle commence ;i diminuer ainsi que la sécrétion, qui n'est plus que d'une demi-cuillerée

à thé. Le 19, l'écoulement est plus ténu, plus aqueux. Le 22, sans aucun traitement tout symptôme a cessé.

Examen microscopique. Du 14 au 20 décembre, il y avait dans la sécrétion des petits cocci. Ils se trouvaient en partie libres dans la sécrétion, isolés ou en amas, en partie sur les épithéliums. Du 16 au 19, ils étaient très nombreux, sous forme de petits amas dans la sécrétion. A partir du 19, leur nombre diminua. Le 21, ils avaient entièrement disparu.

Du 14 au 19, on trouva dans la sécrétion de gros cocci (lesquels probablement avaient accidentellement pénétré dans le canal).

Deuxième expérience. — Le même jeune médecin fut inoculé, de la même façon, le 27 décembre, dans la soirée, avec une culture pure datant de cinq jours, en septième génération, des petits cocci provenant de la sécrétion morbide de la malade dont l'observation a été donnée ci-dessus :

Le 28 décembre au soir, il ressentit un léger prurit au méat.

Le 29, matin, méat rouge et tuméfié, collé par une petite croutelle. Durant ce jour, écoulement de 8 ou 10 gouttes de pus muqueux. Vive sensation de brûlure dans la partie antérieure du canal.

Le 30, matin, l'inflammation a pris un caractère plus intense. La sensation s'est transformée en douleur aiguë que l'érection augmente. Tout le gland est rouge et tuméfié, sensible à la pression; sécrétion continuelle, abondante d'un pus blanc, épais. — Le 31 décembre, matin, tous les phénomènes inflammatoires ont encore augmenté ; œdème du prépuce, douleurs très fortes; sécrétion uréthrale profuse. Le canal est douloureux jusqu'au pubis. — On applique sur la verge une vessie contenant de la glace et l'on commence à faire des injections, au début toutes les demiheures, plus tard, toutes les heures, avec une solution de sublimé au 20,000e. additionnée de trois gouttes d'acide chlo-

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rhydrjque Bur L00 grammes de la Bolution. Ces injections ^-ont très bien Bupportées.

Aussitôt après l'application de ce traitement, ['inflammation diminue rapidement.

Le 3 janvier 1886, l'inflammation du prépuce disparut. — Le '«. il n'y avait plus de tuméfaction du gland. — Le ."i. plus de tuméfaction du méat.

Dès le 2 janvier, la Bécrétion uréthrale, quoique restant abondante (deux cuillerées à soupe par jour), avait repris le caractère purulent-muqueux. — Le -i, il n'y en avait plus qu'une cuillerée et il devenait de plus en plus aqueux.

Le 7 janvier, tout était Uni.

Examen microscopique. — Du 20 décembre au 4 janvier les petits eoai apparaissaient en plus grande quantité que Bockhart ait jamais trouvé des gonocoques dans une uréthrite aiguë.

A partir du jour où l'on lit des injections, la quantité des

cellules de pus contenant des cocci diminua ; le nombre des

petits amas de cocci libres dans la sécrétion resta encore

/ considérable. Il diminua ensuite progressivement. Le

<i janvier, on n'eu voyait plus.

Bockhart cite plus sommairement deux observations de cette demi-blennorrhagie, caractérisée par l'absence de gonocoques et la présence des petits cocci précités; observations dans l'une «les ruelles, à la suite d'une exploration endosci .[tique, il survint une inflammation de dix jours de durée du cordon et de l'épididyme.

Chez le deuxième malade, le troisième jour, après une

marche forcée, il se déclara un engorgement douloureux de

l'épididyme et du cordon gauches, avec ténesmes vésicaux

application de glace sur le testicule . ('.elle inflammation

guérit en dix jours,

Quant à leur signalement microscopique, ces petit- cocci avaient une tonne spéciale: la moitié de chaque diplococcus

offrait une forme ovoïde, avec les extrémités aplaties. Tout diplococcus, examiné à un grossissement plus faible, représentait un bâtonnet, court, épais. La grosseur de chaque diplococcus était très variable. Leur diamètre longitudinal oscillait entre 9/1,000 de millimètre (pour les individus jeunes) et 1/5,000 de millimètre (pour les individus plus âgés). Le diamètre transversal d'un demi-diplocoque avait la moitié environ de son diamètre longitudinal.

Outre leur plus petit volume, ces cocci ont pour deuxième • caractère que leur coloration est plus difûcile que celle des gonocoques.

Les différentes préparations montrent qu'il ne s'agissait que des degrés de développement d'une seule et unique espèce de cocci.

Tels sont les faits que Bockhart produit à l'appui de la pluralité blennorrhagique. Sans doute ils doivent compter comme un précieux appoint en faveur de la démonstration de cette thèse; mais, pour ma part, j'hésite encore à y voir la démonstration même.

Une transmission de malade à sujet sain du produit de cette uréthrite, réalisée deux fois chez le même individu . au moyen de l'inoculation, c'est quelque chose, assurément. Mais cela sufflt-il à prouver que le petit coccus agent de ces uréthrites ébauchées soit d'une autre nature que le gonocoque agent de la véritable blennorrhagie ? Jusqu'à ce qu'il ait établi sa spécificité d'origine par une plus longue série de transmissions (lesquelles toutes se seraient bornées à une uréthrite de huit à dix jours), on sera en droit de se demander si la différence morphologique de ce coccus avec le gonocoque est une différence fondamentale; s'il s'agit réellement ici de deux races destinées à vivre côte à côte, mais sans s'adultérer par le croisement, telles qu'on voit, depuis quatre siècles, subsister séparément le chancre et la chancrelle ; si ce ne seraient point plutôt deux genres d'êtres

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qui, en tanl que Faisan! partie de la tâôme Famille botanique, ne diffèrent que par la forme, par la dimension, par le modo d'union ou de dissociation de leurs celluli \ ee point de vue, la différence qu'on veut fonder entre les deux agents de blennorrhagie n'aurait rien de radical, rien qui B'opposât i ce qu'ils puissent, à L'occasion, se transformer l'un en L'autre, puisque celle différence ne résiderait pas en eux, mais autourd'eux. Car c'est justement un trait de la famille des baetériaeées, à laquelle ils appartiennent l'un et L'autre, que « ces différences de forme peuvent se rencontrer dans le cours du développement d'une seule et même espèce quand les conditions de milieu varient autour d'elle ; ces différences des étals de la plante correspondant, pour chaque espèce, à des conditions de milieu déterminées » (Van Tieghem).

S'il en est ainsi, si gonoeocci et cocciculi ne sont que deux Variétés dérivant d'une même forme originelle qui va se modifiant selon la composition du terrain où elle est appelée à se développer, et si les choses se passent de cette façon même sur le terrain végétal qui est de composition relativement si peu changeante, combien celte mutation ne doitelle pas être plus fréquente dans le milieu humain influencé par tant de causes d'ordre divers, qui, d'un moment à l'autre, modifiant les conditions d'alimentation du microbe, modifient sa structure et par conséquent (au degré correspondant a la différence outre les deux blennorrhagies) modifient aussi son pouvoir pathogène!

Le milieu prouve ce que peut son influence aussi bien quand il ne l'exerce pas que quand il l'exerce. Ainsi, comparez le cas où celle influence est à son minimum au cas où elle est au maximum. Au laboratoire, on prépare à son gré le milieu qu'on croit être le plus propice au développement régulier de la plante : aussi elle y prolifère en liberté et s'y reproduit autant de fois qu'on le voudra en conservant sa

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forme et ses propriétés. Au terme opposé, dans l'organisme humain et dans la partie de cet organisme rendez-vous de tant d'excitations de l'hyperthermie vasculaire et nerveuse, qui s'étonnera que la même plante puisse passer successivement à divers états correspondant à des conditions de milieu si différentes ; que, variant au fur et à mesure ces conditions, elle puisse ainsi avoir perdu son état primordial, puis y revenir, c'est-à-dire, replacée dans les conditions premières, reprendre ses caractères primitifs ?

Une variété étant ainsi produite, jouira-t-elle du pouvoir de se transmettre? et conservera-t-elle longtemps ce pouvoir? Question qu'on ne peut que poser. Mais, pour revenir à la clinique, on comprend que les effets produits par deux êtres si peu distincts soient eux-mêmes très analogues, ne se distinguent que par le degré d'accentuation. Et, par le fait, il en est ainsi des deux blennorrhagies. Et l'on comprend ainsi que l'un de ces deux effets (je veux dire la pseudo-blennorrhagie) soit tellement rare que Bockhart n'en a pu recueillir que quinze exemples en quatre ans. Et je déclare, pour ma part, n'être pas plus riche en observations de ce genre.

BLENNOPATHIES.

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