‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 14 sur 90 · OU LÉSIONS EXTRA-URÉTHRALES CAUSÉES PAR LA BLENNORRHAGIE · texte numérisé non relu

OU LÉSIONS EXTRA-URÉTHRALES CAUSÉES PAR LA BLENNORRHAGIE

Il est assez rare que la blennorrhagie uréthrale, surtout chez l'homme, suive le cours simple que nous venons de décrire. Dans nombre de cas, elle s'accompagne d'accidents, de lésions de diverse nature.

Ignorant comment ces lésions se produisent, ignorant surtout pourquoi telle d'entre elles apparaît chez un sujet, manque chez un autre (leurs blennorrhagies uréthrales paraissant absolument identiques), les auteurs se sont tirés

Bl ENN0PATHIE8, 8U

d'affaire en les appelant complications, c'est-à-dire quelque chose d'éventuel, de fortuil : et moi-même, dans la précédente édition, j'avouais que l<-iir pathogénie reste comme un défi porté aux 9yphiligraphee de loua les âges el de toutes oies

On est aujourd'hui en possession d'un nouvel élément d'explication.

Mettons à part les accidents locaux de voisinage, qui ne doivent leur origine qu'à L'inflammation : abcès péri-urétbraux, o- lème, phimosis et paraphimosis, lymphangite, adénite, varice lymphatique.

Quant aux lésions à distance et quant aux troubles généraux, je disais à ce sujet, en 188(î : « 11 y a ici deux éléments palhogéniques capables, soit chacun isolément, soit opérant ensemhle, de devenir agents des lé-ions (pu constituent ces complications. Ces deux éléments sont : 1° une affection de 1' urèlhre ; -2° une affection contagieuse sui generis, la blennorrhagie.

I Une affection de Vurèlhre exerce deux sortes bien distinctes d'influences, savoir : a. par continuité de tissu avec certains conduits muqueux et avec les organes que ceux-ci desservent; b. par une action de retentissement sur tout Vorganisme, action assez obscure dépendant du rôle dévolu à l'urèthre dans la fonction génitale1, rôle dont la réalité est prouvée par les accès de fièvre, par les accidents articulaires ou viscéraux souvent graves, quelquefois mortels qui, dans certaines conditions, peuvent suivre une opération pratiquée sur l'urèthre, fût-ce le simple cathétérisme. A cette cause se rattachent dans notre sujet la prostalite, la cowpéritc, la cystite, l'épididymite et l'orchite, les névralgies périgénilales. Ici se placent quelques accidents à forme de

I. L'urèthre D'appartenant, chez la femme, qu'à l'appareil urinaire, lea blennopathies provenant de l'élément uréthral sont beaucoup plus rares '•li-'z elle.

pyoémie, certains troubles trophiques, amaigrissement, asthénie, perversion intellectuelle et morale à forme d'hypochondrie, névroses, succédant ou non à des orchi-épididymites.

« 2° Comme blennorrhagie , la blennorrhagie uréthrale détermine chez certains individus une modification constitutionnelle, dont le mécanisme (sympathie, métastase ou pyoémie ébauchée) est encore à déterminer, mais dont l'existence est mise hors de doute par ce triple fait que, chez quelques sujets affectés de blennorrhagie, certaines lésions apparaissent à distance de l'urèthre ; que, chez ces sujets, elles n'apparaissent que lorsqu'ils ont une blennorrhagie; enfin qu'elles les frappent ordinairement à chaque nouvelle blennorrhagie qu'ils contractent. — L'arthrite, l'aquocaspulite, l'iritis, les hygromas, les synovites tendineuses, sont des exemples tranchés de l'effet de cette influence, d'où proviennent aussi certains cas de cystite et d'épididymite.

« Mais l'élément blennorrhagique et l'élément uréthral possédant chacun sa manière de produire des lésions extrauréthrales (et ce dernier en possédant même deux), on comprend que l'une des lésions dont je parle puisse être la résultante de plusieurs de ces influences, ou plutôt qu'une de ces lésions puisse compter autant de variétés qu'il y a d'influences capables de l'engendrer : si bien que, sous une entité morbide en apparence unique (parce qu'elle n'a qu'un seul siège et qu'un nom), l'observateur éclairé par les données précédentes saura distinguer, selon les cas, telle ou telle forme en rapport avec la cause particulière qui a agi. C'est ainsi que l'orchi-épididymite, par exemple, que la vulgaire chaudepisse tombée dans les bourses, tantôt débute par le cordon, tantôt par l'épididyme, atteint son summum en trois jours et n'en dure que huit, ou se prolonge pendant trois ou quatre semaines, — a ou n'a pas de récidives spontanées, — suscite soit une simple réaction fébrile, soit des troubles généraux actuels ou consécutifs, sans aucun rapport de durée

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ni de gravité avec l'intensité du processus phlegmasique local. C'esl ainsi encore que, le génitalisme <>u blennorrhagùme venant à s'en mêler, telle affection simplement inflammatoire, la cowpérite, la funiculite, par exemple, qui, nées bous d'antres influences) auraient eu une marche franche, une terminaison rapide, Be compliquent de frissons, de Bueurs, d'inappétence, de réaction gastro-intestinale; dans d'autres cas, de névroses, de morosité, d'hypochondrie aussi grave qu'insolite. »

Sans répudier entièrement les sympathies, les métastases, respectable legs de nos ancêtres, il faut, on peut aujourd'hui, trouver plus, disons trouver mieux.

Les gonocoques, nous le savons, sont aptes à passer dans le sang, dans 1rs sécrétions; et ainsi, la migration d'un coi ps matériel expliquerait dune plusieurs des blennopathies.

Mais pourquoi ce passage, puisqu'il peut s'opérer, ne s'opère-t-il pas toujours, chez t»»us les sujets?

Dire, avec quelques auteurs, que ce passage, avec les accidents qui en résultent, manque lorsque les phagocytes ont mangé les gonocoques, qu'il a lieu, au contraire, quand les gonocoques ont été les plus forts, ce peut être vrai; en tout cas, c'est une de ces explications qui, pour être admises, auraient besoin elles-mêmes d'être expliquées. D'ailleurs, la supériorité des soi-disant phagocytes est loin d'être un fait acquis. M. Legrain dit que, loin d'être mangés par ces éléments anatomiques, les microbes prennent, au contraire, possession d'eux, et les endettent en y pullulant.

Prédisposition individuelle à part, cette contingence des complications extra-génitale< nous parait, au moins pour quelqie is cas, dépendre d'une circonstance, toute éventuelle elle aussi, d'un l'ail de l'ordre des traumatismes.

Ce fait a été vérifié en clinique, car lorsqu'il est bien accentué, il ne laisse aucun doute. Sur vingt sujets porteurs de

chancrelles, on n'en voit qu'un seul atteint de bubon; sa cbancrelle avait saigné. Un porteur d'ostéo-myélite vivait tranquille : on l'opère, aussitôt il tousse, dépérit et meurt. Pourquoi? C'est que, chez ces deux sujets, l'acte cruentant avait ouvert la porte à l'agent contagieux, chez le premier, jusqu'au ganglion inguinal, chez le second, jusqu'au poumon. D'après ces faits d'observation vulgaire, est-il irrationnel de présumer que si, sur quatre, sur six blennorrhagiens, il y en a un frappé d'arthrite, d'épididymite, c'est que, chez celuilà seul, par l'effet d'une effraction de la trame intime de la muqueuse (trop légère pour être perçue par le malade mais suffisante pour livrer passage), une voie ayant été frayée aux gonocoques, ceux-ci qua data porta ruunt. (Cette migration des gonocoques dans la circulation est, nous devons le reconnaître, encore contestée par de bons observateurs.)

§ 1. — Blennopatkies par phlegmasie simple.

Elles ont pour caractères cliniques : A, de pouvoir exister chez tous les individus; — B, de se manifester toutes les fois qu'il y a un certain degré d'inflammation, plus souvent à la période d'acuité, c'est-à-dire à la première période de la blennorrhagie; — C, d'être provoquées ou aggravées par les causes d'irritation commune (excès, fatigues, frottements, etc.) ; — D, de pouvoir, après s'être montrées chez un sujet dans une première blennorrhagie, manquer dans les suivantes, et vice versa.

Inflammation, œdème avec phimosis.

11 est rare qu'une blennorrhagie un peu aiguë ne s'accompagne pas de tuméfaction douloureuse avec rougeur du gland et du prépuce. Et il est rare aussi que, outre le gonflement inflammatoire, il n'apparaisse pas alors une infiltration se-

INI-I tMMATION. ŒDÈME. 93

e du tissu conjonctif qui uni) le feuille! cutané du prépuce à -on feuillet muqueux.

L* oedème peu! donc être causé par l'inflammation; son caractère esl alors d'être douloureux à la pression. Mais il peul également être déterminé par tout obstacle à La circulation de retour, tel, par exemple, que la présence «l'un engorgement inguinal volumineux. — Une autre cause d'oedème, el du môme ordre, esl cette conformation naturelle dans laquelle Le prépuce, à la fois trop court et trop étroit, laisse constamment à découvert le gland donl il serre La base. Dans ces conditions, pour peu que le gland, en s'enflammant, augmente <lc volume, il s'étrangle; mais en même temps, par suite de la réaction du corps étranglé sur le cercle étranglant, le prépuce, comprimé lui-même, ne tarde pas à s'œdématier.

Le prépuce œdémateux se présente donc sous deux formes tout à fait opposées : chez des sujets dont le gland, à l'état normal, était à découvert, c'est un bourrelet circulaire (toujours plus volumineux et parfois énorme en bas); chez ceux <|iii ont le gland couvert, c'est un prolongement, quelquefois très Long (de \ à ."i centimètres) et alors replié, tordu sur luimême, d'aspect bizarre, en forme de saucisson de campagne, et toujours objet d'effroi pour les malades inexpérimentés. Dans ces cas, le phimosis (c'est-à-dire l'état qui rend impossible de tirer assez le prépuce pour découvrir le gland) est une conséquence forcée de la conformation anatomique, coïncidant avec un gonflement de l'anneau préputial, gonflement qui diminue le calibre de cet anneau. Il importe d'expliquer aux malades que cet état qui les alarme est essentiellement temporaire.

Qu'il engendre ou non un phimosis, l'œdème donne à la peau une minceur, un brillant, une coloration blanc-bleuâtre tout à fait caractéristique. On complète à la fois le diagnostic et la consolation du client en pressant entre le boni

de deux doigts la partie œdématiée, et en lui faisant remarquer que par cette simple pression le gonflement s'est momentanément effacé.

L'inflammation balano-préputiale se traite par les bains émollients locaux et généraux, rpar la position élevée de la verge, qu'on aura soin de tenir enveloppée afin de prévenir le frottement1. — Quant à l'œdème, il se dissipera grâce aux mêmes précautions et en multipliant les bains locaux pris dans de l'eau végéto-minérale froide. S'il y a phimosis, ne jamais essayer de décaloter, mais entretenir cependant la propreté au moyen d'injections avec de l'eau froide, de l'infusion de mauve ou de roses de Provins, faites entre le gland et le prépuce. — Bien entendu, il faut, autant que possible, faire cesser les obstacles à la circulation, et notamment l'étranglement. L'un des plus fréquents est cet état de demiparaphimosis dont j'ai parlé plus haut. J'en neutralise en grande partie l'effet en conseillant au client de le réduire, c'est-à-dire de ramener le prépuce en avant, chaque fois que, dans la journée, il urine ou prend un bain local. Cette réduction n'est que momentanée, il est vrai ; mais, souvent réitérée, elle contribue très efficacement à prévenir un développement excessif de l'œdème, et partant à dissiper l'engorgement consécutif du tissu cellulaire, qui parfois est très lent à disparaître.

Lorsqu'il n'y a point d'inflammation, mais que l'œdème menace de s'établir, il faut maintenir le gland couvert, en tirant le prépuce en avant, puis en engageant son limbe dans

1. On a imaginé des étuis en caoutchouc fort commodes, niais qu'on trouve rarement au moment du besoin. On ne saurait faire la même objection à Y enveloppe membraneuse usuelle, qui se trouve ainsi appelée à soulager ce qu'elle n'a pu prévenir. Enfin ou se sert le plus souvent d'un simple linge, en forme de compresse-longuette, dont le plein, placé sur le glaud, et les deux bouts repliés sur les faces dorsale et inférieure de la verge, sont maintenus par une bande roulée. Mais pour empêcher que, pendant la marche, cette bande ne glisse en avant et ne tombe, il faut en faire passer un ou deux tours en arriére des bourses.

ABCI s PÉRMJRÉTHRAUX. M

un trou lait & une rondelle de caoutchouc vulcanisé; rondelle au centre de laquelle le limbe qui la traverse e1 B'étale, l'ayanl débordée, se présente alors comme une tôte de Beigneur du moyen âge au milieu de ea fraise.

Abcès péri-uréthraux.

L'inflammation peut, «le la muqueuse, se propager aux tissus sous-jacents à l'urèthre, ce qui arrive soit pendant la période Buraiguë du mal, soil à la Buite d'un excès de marche, -oit par l'effet d'une injection irritante fuite de manière k distendre le canal, soit après un cathétérisme intempestif. L'in- Qammation de ces tissus ne se termine qu'exceptionnellement par suppuration. Le siège ordinaire de ces abcès est soit parfois au niveau du bulbe, soit plus souvent vers le frein, c'est-à-dire là où abondent les follicules muqueux. Ces abcès néanmoins sont rares; on les voit, après quelques jours où le gonflement et la rougeur, accompagnés de douleur de la région, en annoncent l'apparition, on les voit, dis-je, pointer de chaque côté du frein, sous forme d'une petite tumeur. Je dis de chaque côté, car presque jamais il ne s'en forme un, à gaucbe, par exemple, sans que, quelques jours après, la même intumescence molle, réni tente, assez peu douloureuse, inévitablement et rapidement fluctuante, se montre à droite.

Leur diagnostic est aisé. Un coup de lancette en fait justice. Il importe de les inciser de bonne heure, non pas tant par crainte qu'ils m- s'ouvrent dans l'urèthre, crainte qui se réalise bien rarement, que parce que, — danger beaucoup plus réel, — si on les laisse percer d'eux-mêmes, l'ouverture toujours trop étroite, et d'ailleurs bouchée a chaque instant par une petite croûte qui se forme à la surface, laisse le pus stagner, B'accumuler, de telle sorte que la détersion et l'occlusion définitive du foyer, qui, avec une ponction précoce et suffisamment large, aurait \>\i être obtenue en huit ou dix jours, demande

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parfois plusieurs mois; heureux encore le malade si, grâce à ces ménagements inopportun?, il ne lui reste pas une fistule rebelle à tout autre traitement qu'à une opération.

Les bains et les cataplasmes soulagent les symptômes inflammatoires. Mais, en général, ni émollients, ni résolutifs n'entravent la marche de ces petits phlegmons qui, une fois formés, tendent irrésistiblement à la suppuration.

Lymphangite. — Varice lymphatique.

Au summum d'acuité de la blennorrhagie, chez quelques malades, tantôt on voit apparaître de larges plaques d'un rouge sombre avec empâtement du tissu conjonctif sous-jacent, ayant une apparence érysipélateuse, siégeant surtout vers le prépuce ou sur le dos delà verge, parfois en envahissant toute la circonférence et suscitant un léger mouvement fébrile (angioleucite diffuse); tantôt, au contraire, l'inflammation occupe non plus le lacis des ramuscules, mais les rameaux ou les troncs. On constate alors, principalement au dos de la verge, ou sur les côtés du frein, une ou plusieurs cordes sous-cutanées, avec des traînées rouges à la peau sur leur trajet. Un peu sensibles à la pression, elles diminuent et se résolvent en même temps que l'inflammation uréthrale décline. Très rarement elles suppurent ; pour ma part, je ne me rappelle pas avoir vu ce fait dans ma pratique. Il en est de même de l'angioleucite diffuse. Pour amener cette terminaison, il faudrait, chez le sujet, une diathèse strumeuse, susceptible de provoquer de la suppuration dans toutes les occasions, sous tous les prétextes possibles.

D'abord, repos et cataplasmes émollients ', plus tard,

1. Pour que le cataplasme ne glisse pas en avant, pour qu'il reste appliqué sur toute la longueur du dos de la verge, y compris la racine de cet organe, préparez-le un peu long, mettez-en le plein sous la verge, puis croisez les deux chefs sur la face dorsale, en les dirigeant ensuite l'un <'t l'autre vers l'uue et l'autre aine.

\IHMTK. '(7

comme résolutif, frictions rubéfiantes avec la teinture d'iode.

Dans les environs du frein, on voil quelquefois persister longtemps, Boil bous la peau, soil sous la muqueuse, une petite tumeur, en forme de cordon, du volume d'une chanterelle, de Là - "ii 3 centimètres de longueur, Qexueuse, indolente. C'esl un vaisseau lymphatique qui, après avoir été enflammé, tantôt esl resté variqueux, tantôt B'esl oblitéré. Dans l'un et l'autre cas, cette petite bosselure n'esl gênante que par l'aspecl singulier qu'elle donne à la verge. — Pour la traiter efficacemenl il Tant l'enfiler selon sa longueur avec une aiguille portanl un lil de soie asepsie. Après avoir retiré l'aiguille, on laisse en place le lil qu'on noue lâchement. I In coupe el on enlève le lil au bout de cinq a -i\ jours, lorsque sa présence a déterminé de l'irritation, et qu'on juge cette irritation suffisante pour amener l'oblitération de la varice ou la résolution définitive du resle de phlegmasie du vaisseau rétracté.

La phlébite de la veine dorsale de la verge a lieu dans les mêmes circonstances que la leucite et donne lieu aux mêmes symptômes. On l'en distingue par son siège et aussi parce que le cordon constitué par la veine enflammée n'est ni aussi dur, niaussi nettement détaché des parties voisines, «pic le vaisseau lymphatique. Même traitement, même terminai-un.

Adénite.

Il peu( coexister avec la blennorrhagie soit une lésion chancrelle), soit une constitution individuelle (>crofule), causes capables de donner lieu à une véritable adénite, à un bubon. Mais jamais, /- ir elle-même, la blennorrhagie uréthrale ne produit de bubon suppurant. Il y a plus dequarante ans que je le professe, et quand je l'énonçai pour la première fois, c'était une nouveauté : cela parut même une hérésie

DlDAY. 7

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aux pathologïsles de l'époque. Comme le chancre (sans distinction d'espèce), la blennorrhagie avait alors son bubon : c'était un dogme reçu. — En fait, ce qu'on observe c'est que, pendant l'état aigu, et surtout suraigu, quelques blennorrhagiens ressentent dans l'une ou l'autre aine un peu de sensibilité, qu'augmentent a pression et les mouvements. Un ou plusieurs des ganglions du pli inguinal ont un peu augmenté de volume et forment une saillie globuleuse.

Cette tuméfaction douloureuse dure huit ou dix jours, en diminuant, cessant, recommençant selon le cours de l'inllammation uréthrale; selon par conséquent que le malade modère ses mouvements, garde un repos absolu ou au contraire se fatigue beaucoup, selon enfin la sédation ou l'excitation résultant de telle ou telle médication locale.

Cet état inflammatoire disparaît spontanément : on y aide en prescrivant le repos et, s'il y a lieu, les bains, les cataplasmes émollients.

§ 2. — Blennopathies susceptibles de naître par métastase. Prostatite et cowpérite.

Ces lésions diffèrent étiologiquement des précédentes en ce qu'elles ne procèdent pas toujours de l'inflammation. Bien qu'elles se manifestent le plus souvent pendant la période aiguë de la blennorrhagie, elles peuvent, en effet, coïncider aussi avec un écoulement chronique; et d'autre part, on les voit, chez quelques sujets, réapparaître à chaque nouvelle blennorrhagie, quelle qu'en soit l'intensité, quel qu'en soit le degré d'acuité et aussi survenir chez des individus qui, durant une blennorrhagie précédente, ont été atteints de cystite ou d'épididymite.

Prostatite. — Elle coexiste fort souvent, et cela se comprend, avec la blennorrhagie de l'urèthre postérieur. En touchant avec le doigt introduit dans le rectum, on constate un certain

PROSTATITB.

degré de sensibilité lorsqu'on appuie sur la prostate. Maie cette inflammation reste en général extrêmement modérée. De même que l'adénite, elle dépendait de l'étal aigu del'uré- Lhrite postérieure : elle B'éteinl ai ec lui.

Lorsqu'il B'agil d'une forme plus grave, d'une véritable complication, le malade attribue ordinairement à la fatigue, à un excès de marche, la douleur, la sensation de poids qu'il éprouve au périnée. Mais bientôt le ténesme anal et vésical, la constipation, la difficulté d'uriner el d'aller à la selle, Ja vive douleur locale qui accompagne ce dernier acte, appellent l'attention sur le périnée; et l'on y constate une tuméfaction profonde, sensible à la pression, située sur la hune médiane. Le diagnostic, dès lors, n'est plus douteux.

Si l'on juge à propos de le compléter par le loucher rectal, je conseille d'y procéder avec prudence et ménagement. // fifut en résulter une épididymite.

Si l'inflammation augmente, la fièvre s'allume; le malade, incapable du moindre mouvement, reste non seulement couché, mais, au summum d'intensité, immobile dans son lit, la figure anxieuse. Une rétention complète d'urine peut alors s'établir; heureusement, il est facile d'y mettre On à l'aide de la sonde molle à béquille, ou mieux en caoutchouc, introduite très lentement.

Qu'elle soit catarrhale ou parenchymateuse, la prostatite, au bout de huit ou dix jours d'inflammation progressive, se termine par résolution, par suppuration ou parle passage à l'état chronique. Dans ce dernier cas. la douleur, quoique amendée, persiste, se réveillant par la marche, par la défécation, surtout par le coït. La miction, plus fréquente, se fait par un jet contourné. Enfin les follicules de la glande, enflammés, produisent une sécrétion d'un blanc louche, grumeleux, qui sort du canal pendant les efforts de défécation prostatorrhée . Les malades s'obstinent à prendre ce liquide pour du sperme, et son expulsion pour une perte Béminale

100 BLENNORRHAGIE URÉTHRÂLE.

d'autant plus dangereuse, selon eux, qu'elle est diurne !

La suppuration s'annonce par un frisson, puis par une détente succédant tout à coup au paroxysme des symptômes inflammatoires.

Après issue d'un pus mal lié, fétide, le foyer se cicatrise ordinairement de lui-même. Si cependant une partie notable de la glande a été détruite, la cavité dont les parois adhèrent aux aponévroses ne peut se rétracter; et si elle est traversée par les urines ou les matières fécales, on juge sans peine de la gravité, de la ténacité d'un tel état, qui parfois est on ne peut plus difficilement guérissable.

Traitement. — Dès qu'on a constaté l'existence ou même l'imminence d'une prostatite, il faut d'abord suspendre l'emploi des injections et du copahu; en même temps modérer la marche, interdire surtout l'équitation.

Si le malade est docile, on réussit souvent, en s'y prenant à temps, à faire avorter l'inflammation par le repos complet durant trois jours, les cataplasmes, les frictions avec une pommade belladonée, et quelques quarts de lavement émollients.

A une période plus avancée ou à un plus haut degré, n'hésitez pas à appliquer huit sangsues, bien exactement sur le point le plus sensible à la pression : un bain, ou un bain de siège après la chute des sangsues, puis repos et cataplasmes arrosés d'huile de morphine, boissons délayantes ; matin et soir, quarts de lavement laudanisés; ou si l'introduction et le séjour d'une aussi grande quantité de liquide est difficile à supporter, injection dans l'anus de quinze grammes d'huile de morphine ou de belladone.

Grâce à ce traitement, l'inflammation ordinairement diminue peu à peu pour s'éteindre au bout de dix ou douze jours. On aide à sa décroissance par de doux purgatifs salins (un ou deux verres de limonade de Rogé ou d'eau de Pullna, tous les deux jours V, frictions, matin et soir, avec la teinture

C0WPÉR1TE. 101

d'iode, lu cas de retour d'inflammation Bubaiguë, mettre un vésicatoire volant .

Siles signes rationnels el sensibles fonl prévoir la suppuration, il faut explorer très attentivemenl le périnée, e1 86 tenir prêt à y taire une ponction avec le bistouri dès qu'on y senl de la fluctuation. Grâce à cette intervention, aussi hâtive que possible, on préviendra le plus souvenl l'ouverture de l'abcès dans l'urèthre, la vessie ou dans le rectum. Cette terminaison, d'ailleurs, quoique moins Favorable que l'issue du pus à l'extérieur, n'entraîne pas ordinairement de conséquences fâcheuses. Qu'elle ail lieu spontanément «mi par le l'ail du cathétérisme, la perforation de la paroi uréthrale se cicatrise presque toujours avec une facilité, une promptitude remarquables; ri les cas de fonte purulente de tonte la glande, de fusées étendues vers lepérinée, du côté du rectum avec complication de péritonite sont, heureusement, tout à fait exceptionnels. — L'état chronique confirmé indique les frictions ou emplâtres rubéfiants, les douches d'eau froide ou d'eau sulfureuse ; la glace, les lavements laxatifs à un»' température, moyens dont l'action est efficacement secondée par l'usage habituel de l'eau de Contrexéville et surtout parla continence, qui, pour peu que le coït soit douloureux, doit être observée avec rigueur.

Cowpérite. — Au siège près, l'histoire de la cowpérile [inflammation de- glandes de Cowper destinées à fournir le liquide transparent qui sort de l'urèthre durant une érecl ion prolongée, glandes qui sont du volume d'un petit pois, Bituées au-dessous de la portion membraneuse de l'urèthre, de chaque côté de la ligne médiane), cette histoire, dis-je, est, sous Les rapports principaux, celle de la prostatite. A h même période de La blenhorrhagie, suit spontanément, soit ,:i la suite de contusion, de fatigues, notamment de L'équitation, d'excès de coït, d'injections forcées, il apparaît dans La région du ImJhe, plus souvent à gauche qu'à droite,

[02 BLENNORRHAGIE URÉTIIIULE.

parfois des deux côtés, une petite tumeur ovoïde. A son début elle tient au canal, et par conséquent, la peau est mobile sur elle. L'inflammation y parcourt ses phases accoutumées : et vers la fin, un empâtement étendu dissimule la tumeur primitive. Si la résolution n'a pas lieu, la peau devient adhérente, rouge, s'amincit. Un abcès étant formé, l'ouverture se fait le plus souvent à l'extérieur, c'est-à-dire au périnée, quelquefois dans l'urèthre.

A l'état chronique, il sort par l'urèthre un liquide opalin où flottent quelques corpuscules blancs. A une période plus avancée, on ne voit plus que des filaments blancs dans les dernières gouttes de l'urine, filaments longs de 3 à 4 centimètres, constitués par de l'épithélium, et dont les dimensions et la configuration, dans ce cas, font croire qu'ils se sont formés à l'intérieur des conduits excréteurs des glandes de Gowper.

On met en œuvre les mêmes médications que pour la prostatite, et dans le même ordre. Un seul point mérite attention. Quand l'abcès s'est ouvert clans l'urètre, l'urine entrant dans le foyer peut donner lieu à une stagnation du pus, à des infiltrations, des décollements parfois assez longs à guérir. Il est donc indiqué : 1° de faire d'emblée une incision à la peau aussitôt qu'on sent une fluctuation distincte; 2° de faire aussi cette incision à la peau, si l'évacuation du pus s'étant faite par Furèthre, paraît s'opérer difficilement; 3° enfin, même lorsque le foyer se vide bien dans l'urèthre, si sa guérison souffre des lenteurs. On pratique l'incision extérieure, à titre de contre-ouverture. La prostatite et la cowpérile méritent d'autant plus d'être traitées activement que, négligées et passant à l'état chronique, elles peuvent devenir le point de départ d'une tuberculisation, ou tout au moins d'une dégénérescence caséeuse de l'organe-

Un autre inconvénient plus fréquent de lacowpérite chronique est que, en raison de l'inflammation qui y persiste,

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elle di'\ ienl le poinl de dépari de récidives de la blennorragie urélhrale. Ceci joinl aux petites maie opiniâtres incommodités auxquelles donne lieu cel étal justifierait, quand ces incommodités onl résisté à un traitement Bufûsammenl prolongé, l'opération de Ricordi qui se propose la destruction dos canaux excréteurs de ces glandes. Cette opération consiste à taillader à î millimètres de profondeur, avec une lance carrée portée jusqu'à ce poinl dans une canule, la partie de la muqueuse uréthrale bous laquelle ces canaux parallèles et rapprochés parcourent un trajet de '■> à 6 centimètres pour s'ouvrir enfin obliquement à sa surface (Communiqué par le docteur L. Jullien.) — Suites simples; efficacité. Deux glandules accessoires des glandes de Cowper, situées en avant de ces glandes, deviennent quelquefois également le siège de blennorragie. Le processus inflammatoire n'y affecte le plus souvent qu'un degré modéré; et la résolution est la terminaison ordinaire. En cas contraire, le traitement serait le même que celui de la cowpérite.

Cystite.

De l'affection ainsi dénommée par la nosographie traditionnelle quelle est la nature? Inflammation, blennorrhagie, jetée fluxionnaire arthritique ?

Quel est son siège? L'orifice urétro-vésical, ou l'urèthre postérieur?

Ces deux questions, capitales pour le traitement, étanl encore litigieuses malgré les lumières demandées à la physiologie pathologique, essayons de les éclairer en récapitulant d'abord les principaux traits de l'histoire empirique de la maladie.

Symptôme pathognomonique. Le ténesme vésical, c'està-dire envies plus fréquentes et plus pressantes d'uriner.

quence. — Sur quatre-vingt-deux sujets que j'ai obser-

vés pendant ou interrogés après leur blennorrhagie, trente

et un ont éprouvé ce malaise.

Date de l'invasion. — Presque jamais avant le huitième jour de la blennorrhagie; très rarement avant le quinzième, ordinairement vers la quatrième semaine , parfois à n'importe quelle période ultérieure.

Causes d'excitation, générales. — Aucune de celles assignées ou présumées n'a été suivie d'assez près de l'apparition de la maladie pour qu'on soit autorisé à leur reconnaître une action nécessaire.

Des malades ont été atteints ne commettant d'excès ni de marche, ni de boissons, n'employant aucune médication, gardant la continence, exempts de pertes séminales. Les refroidissements ont seuls, dans cet ordre d'influence, paru jouer un certain rôle.

Cause d'excitation, locale. — Le ténesme vésical apparaît assez souvent pendant que le malade fait des injections ; mais il faut distinguer trois cas :

1° Immédiatement après une injection urétrale, le malade ressent parfois une pressante envie d'uriner, mais qui ne se renouvelant pas ou ne se renouvelant qu'une ou deux fois, n'a rien de commun avec la cystite.

2° Néanmoins, j'ai le souvenir très précis d'un sujet qui, au troisième mois de sa blennorrhagie, ayant fait une injection d'eau froide, eut immédiatement une envie pressante d'uriner qui fut le commencement d'une cystite dont il ne fut délivré qu'au bout de six mois.

3° Par contre, j'ai vu un nombre incalculable de blennorrhagiens à qui je faisais exécuter des injections froides, de composition variée, à méat fermé, en refoulant le liquide de manière à le faire entrer dans la vessie, sans qu'il en ressortit une goutte..., et qui ne m'ont pas fourni une proportion de cystites plus considérable que celle mentionnée dans la statistique ci-dessus.

CYSTITI . 108

Prédisposition. — Il est rare, quelques précautions hygié niques mi ihérapeutiquee quisoienl prises, qu'un sujel atteint -iiii- lors d'une première blennorrhagie y échappe dans le cours des suivantes, alors même qu'avant de contracter celles-ci, il était bien guéri de la première.

Influence sur /</ blennorrhagie. -En mê temps que -<■

déclarent lesténesmes, l'écoulemenl diminue, parfois dispa ralt.Ona ilii que c'esl parce que la fréquence des urinations empêche de l'apercevoir ; mais :

l II n'est pas difficile de reconnaître sur une chemise mouillée d'urine les traces de pus, -'il y en a.

' Même pendant la période aiguë, une distraction puissante (une Soirée passée au théâtre suspend les urinations pendant .'i ou ï heures. 11 y a même une médication \. ciaprès qui l'ait cesser les fréquentes envies d'uriner pendant près de 24 heures. El pourtant, quoique la cause qu'on disait capable de masquer l'écoulement ail cessé, du ne voit pas sortir d'écoulement.

.'! Même l'ail vers la lin de la cystite : pendant deux jours, le- ténesnes ont presque cessé, les urinations n'ont plus lieu que toutes les deux ou trois heures. Rien n'empêcherait donc de voir l'écoulement >'\\ existait à cette époque. Eh bien! s il y en a, il esl très faible, l>raucoup moins abondant qu'avant la cystite. Il ne reparaîtra, ensuite, que peu ;i peu.

I Enfin cette diminution coexistante du Hun: urétral B'observe dans les trois autres grandes complications de la blennorragie, épididymite, arthrite, iritis. Là elle est indubitable, incontestée. Si. dan- la cystite, une circonstance dur a la fonction en obscurcit la constatation, pourquoi se soustrairait-elle à la loi pathologique qui fait ces quatre états solidaires dans leur évolution comme dan- leur cause ?

D , l'intensité. — La cystite est une maladie trop incommode pour qu'on la laisse Bans traitement, l'ourlant, malgré le traitement, ou pour mieux dire à traitement égal, on observe

106 BLENNORRHAGIE URÉTHRÀLE.

entre différents cas de cystite de grandes différences, quant à l'acuité des souffrances, la fréquence des mictions, l'urétrorrhagie concomitante, la durée. Mais, fait à noter, ces différences, si sensibles selon les individus, n'existent plus pour les cystites successives du même sujet. Dans chacune de ses blennorrhagies non seulement il aura une cystite, mais il l'aura toujours pareille.

Début et fin: récidives. — Le mal se fait parfois sentir tout à coup. — A l'autre terme, c'est au milieu d'un état aigu dont rien n'annonçait la diminution, qu'éclate cet apaisement marqué des symptômes, présage d'une guérison qui dès lors ne tarde guère. Enfin, il y a assez souvent des reprises, que, comme la première invasion, on ne peut expliquer par aucune cause appréciable.

Un dernier trait — extrinsèque pourrait-on dire — de ce signalement de la cystite, c'est que les caractères ci-dessus sont aussi — aux variantes régionales près, — ceux des autres complications constitutionnelles de la blennorrhagie, de l'épididymite, de l'arthrite, de l'iritis blennorrhagique ; c'est même pour cela que je les ai énoncés ici avec une certaine insistance. Si l'on considère, d'autre part, que ces quatre grandes complications ou coexistent ou alternent souvent entre elles, on sera, je crois, disposé, tirant du croquis clinique précédent l'enseignement qu'il comporte, à conclure :

Que sans méconnaître l'action des causes accidentelles, refroidissement, injections, fatigues (la cystite a pour origine un état diathésique, l'arthritis), la part de chacun de ces deux ordres d'influence doit s'entendre ainsi : il faut que l'état constitutionnel existe pour que la cystite se déclare; et à lui seul, sans qu'aucune cause adjuvante ait agi, il peut la faire naître. Néanmoins, la cystite ne frappe pas nécessairement tous les blennorrhagiens arthritiques : chez les sujets

CYST1TÏ !i»7

ainsi prédisposés, souvenl c'esl L'une des causes accidentelles précitées qui la provoque. Il faul cependant Bavoir que chei les sujets cystipathes dans une première blennorrhagie, el qui frappés d'une seconde me demandent de tout faire pour les préserver cette fois de la cystite, aidé de leur bonne coopération, jefaistout, toul le possible, et... je n'obtiens rien, disons mieux, je n'évite rien.

(Juel est le sie-e de la cystite? Depuis 1rs beaux travaux de M. Guyonsur le rôle il»; l'urèthre postérieur el <l<'i;i val\ ule uréthrale dans l'acte de l'excrétion urinaire, il y a tendance a attribuer exclusivement l'appareil symptomatique] décrit ci-dessus à une blennorrhagie de l'arrière-canal. Ce qu'on appelait cystite ne sérail donc plus une inflammation du col vésical, mais une urélhrite postérieure^ uneuréthrite prévésitale ! Or, li' col vésical et l'urèthre postérieur étant contigus, \\ semble à priori arbitraire d'exclure l'un ou l'autre de toute participation à la production des symptômes. Je sais bien que la complication de ténesmes vésicaux n'affectant que quelques blennorrhagiens, et que, chez quelques blennorrhagiens seulement aussi, le processus morbide s'étendant à l'urèthre postérieur, on a pu s'autoriser du rapprochement de ces deux contingences pour doter l'urèthre postérieur du pouvoir exclusif de produire les ténesmes... Mais que diront ces théoriciens si je leur montre des cas où le processus morbide a occupé L'urèthre postérieur, sans que les ténesmes aient eu lieu ? Or ces cas ne sont poinl rares, et tout praticien, si jusqu'ici il ne Les a pas notés, peut, maintenant prévenu, les constater. Assez souvent pour ma part, j'ai vu, d'après les réponses des malades, de quoi positivement admettre des épididymites se manifestant au cours d'une blennorrhagie sans que le malade ail éprouvé de ténesmes. Or, pour qu'il arrive de l'urèthre antérieur à l'orifice des canaux éjaculateurs, connaissez- vous au processus blennorrhagique d'autre route que l'urèthre postérieur?... Ainsi, il a passé par là, et sans y manifester sa pré-

108 BLENNORRHAGIE URET1IRÀLE.

sence par les symptômes que vous dites en résulter nécessairement. Une transaction, sinon une concession, paraît clone devoir mettre d'accord les opinions extrêmes. J'en vois la preuve dans la pratique même de M. Guyon ,qui, pour le traitement des cystites, à côté des instillations dans l'urèthre postérieur , admet l'indication d'une instillation dans la vessie même.

Je la vois surtout dans l'heureuse pratique de M. Lavaux, inspirée par cette pensée que, pour traiter la cystite, « il y avait, dit-il, tout intérêt à agir directement sur la vessie ».

Complétons en quelques mots la description que les traits précédents ont déjà largement ébauchée.

A la date indiquée, le blennorrhagien sentses envies d'uriner devenir à la fois plus fréquentes et plus pressantes; et, en finissant d'y satisfaire, il éprouve comme un besoin instinctif de pousser avec force, à plusieurs reprises, les dernières gouttes d'urine. Voilà le tableau abrégé, et cependant complet, de la cystite blennorrhagique. Ajoutons que l'on ressent une légère cuisson au méat, et qu'on a la sensation presque continuelle d'une goutte d'urine prête à sortir. En trois ou quatre jours, souvent plus tôt, la maladie a atteint son maximum.

Mais si ces trois signes s'observent chez tous les malades, leur intensité ainsi que leur durée offrent, selon les cas, des différences aussi tranchées que nombreuses. Tandis que souvent tout se borne à un malaise supportable qui s'éteint presque spontanément au bout de douze ou quinze jours , chez d'autres sujets, les besoins d'uriner se rapprochent au point de revenir tous les quarts d'heure, et la contracture du col vésical qui accompagne la miction provoque des douleurs extrêmes ainsi que l'émission d'un peu de sang, qui sort en même temps que les dernières gouttes d'urine. (Trait caractéristique : dans l'hémorrhagie, d'ailleurs sans importance par sa quantité, qui accompagne toute cystite blennor-

CYSTITE. 108

ragîque un peu intense, le sang ne se môle intimement, ne se combine ni avec la matière de l'écoulemenl ni avec l'urine '.) La situation i\c< malades atteints à ce degré para!) par» fois à un certain moment, déplorable, menaçante môme. La douleur résultant du ténesme s'étend au périnée, à l'anus; les reine, l'hypogastre, les cuisses et les aines participent à l'endolorissement du point de départ; des crampes, des spasmes, une soif vive, le grippement de la face, peignent la souffrance la plus vive. L'envie d'uriner, qui, à l'état normal, n'apparatl que de temps en temps et sans douleur, est devenue une sorte de pesanteur et de cuisson continue, qu'on sent devoir aboutir prochainement à une exacerbation insupportable commandant irrésistiblement l'urination; et l'on sent aussi qu'uriner dans ces conditions sera une autre souffrance, plus \ ive quoique moins longue. Mais, chose remarquable ! tout se borne aune excitation purement nerveuse; l'insomnie, les souffrances, 1rs efforts extrêmes que causent des micturitions incessamment renouvelées, jamais entièrement satisfaites, suffisent à tout expliquer; et, au milieu d'angoisses, d'agitations, de plaintes qui semblent annoncer une maladie aiguë arrivée à son dernier terme, il n'y a pas de fièvre ou il y en

tte exhalation Banguine esl une des formes de Vurétrorrhagie, épiphénomène, dont quelques auteurs sèmblenl faire une entité morbide, en La décrivanl à part comme une des complications de la blennorrhagie. Pour moi, bien loin d'écrire un chapitre Bpécial sur l'uréthrorrhagie, le «lirai seulement que, duranl une blennorrhagie uréthrale, il peut sortir du sang par le canal dans quatre cas distincts : i" quand la bienoorrbagie esl suraiguë : alors le Bang est combiné à la sécrétion purulente;î° pendant les érections forcées, et notamment quand le malade la corde, en redressant violemment le '-anal courbé par l'érection : alors, il coule du sang pur dont on arrête l'effusion en restant couché et >'ii tenant la verge élevée el entourée de Linges mouillés d'eau . En cas d'hémorrhagie persistante, comprimer Le canal Bur un cathéter métallique introduit dans l'urèthre, au moyen d'une bande de caoutchouc ronlée autour de la verge; 3° à la suite d'une injection caustique de nitrate d'argenl : alors le sang sort mêlé, mais uon c biné

avec l'urine, et il sortdès le commencement de L'émission de L'urine; ce qui distingue ce cas du i", à la suite de cystite, cas où le sang ne commence a couler qn'a la In de la miction.

a à peine. — Trouvez un moyen (et il en existe) de calmer ce quasi-moribond, et ce soir il va dormir sa nuit complète, et demain matin il mangera ses deux côtelettes î

L'urine a quelquefois sa couleur et sa limpidité normales; dans d'autres cas, elle contient une matière semblable à du blanc d'œuf cru, qui flotte d'abord au milieu du liquide et finit par se déposer au fond du vase, auquel elle adhère parfois (dépôt catarrhal). Cette matière est quelquefois puriforme ou même purulente.

Si l'on examine au microscope la dernière urine excrétée, on y constate la présence de gonocoques. M. Aubert y a aussi trouvé de nombreux bacilles sans rapport avec les cocci, bacilles dont il attribue la production aux injections faites avec une infusion végétale. Il incline même à admettre, à côté de la cystite blennorrhagique, ce qu'il appelle une cystite bactérienne, dont l'un des caractères cliniques serait que, quoique habituellement indolente, cette forme aurait une très longue durée, relativement à celle de la cystite d'origine blennorrhagique.

La cystite peut se prolonger, même à l'état aigu, plusieurs semaines. Le plus souvent elle se termine par une guérison complète au bout d'un septénaire environ. Mais si le sujet est âgé, ou atteint de diathèse herpétique ou rhumatismale, s'il existe un rétrécissement, si ce n'est pas la première atteinte de cystite, le mal peut devenir chronique, se transformer en une véritable inflammation du corps de la poche urinaire, ce qui est rare; mais, ce qui l'est moins, devenir une infirmité définitive qui, fort peu incommode, à peine perceptible pendant l'été, se réveille chaque hiver et par ses tenaces récidives plonge les malades dans un découragement profond. On cite des exemples de pyélite et de néphrite consécutives à une cystite blennorrhagique.

Un homme affecté d'hypertrophie sénile de la prostate et delà dysurie spéciale qui en résulte soutire cruellement, s'il

CYSTITE. lll

rient a être atteinl d'une cystite blennorrhagique. La cystite lui causant de pressantes envies d'uriner et L'hypertrophie prostatique L'empêchant d'y satisfaire, on peut bg former une idée du Bupplice qui s'ensuit. Là où le cystipathe ordinaire se Lève huit ou dix fois par jour pour uriner, c'esl à se sonder huit ou dix fois que Le cystiprostatifère esl condamnée J\ii \u de cette affreuse complication deux exemples qui ne s'effaceront pas de ma mémoire. Heureusement, L'âge des h\ pertrophies prostatiques n'est point L'âge où L'on contracte îles blennorrhagies.

J'ai dit (|ue l'écoulement diminue coïncidemment avec le progrès de la cystite. C'est plus qu'une coïncidence, c'est une conséquence. Ces deux états, ces deux processus sont liés l'un à L'autre; aussi n'y a-t-il certitude d'une guérison complète el définitive de la cystite, que lorsque l'écoulement est revenu. Si la cystite n'a dure que peu de temps, l'écoulement reparaît aussi abondant, souvenl même plus abondant qu'il n'était auparavant. Si au contraire la cystite s'est prolongée pendant trois ou quatre semaines, l'écoulement (sur la cause duquel L'inflammation vésicale a eu le temps d'exercer une dérivation salutaire), l'écoulement, dis-je, ne reviendra, en général, .pu- sensiblement atténué.

J'ai même quelquefois vu la sécrétion uréthrale qui s'était supprimée, ne reparaître pas ou ne reparaître qu'à peine. Les malades, dans ce cas, ont ainsi obtenu la guérison spontanée de Leur écoulement ; mai- je la trouve payée un peu eher, puisque, pour la plupart, ils restent alors atteints de cystite chronique ou d'une tendance fâcheuse à des répétitions '!'■ cystite subaigiu: survenant à l'occasion du moindre écart de régime.

J'examinerai plus Loin la coïncidence et les alternances de la cystite avec l'épididymite.

Traitement. — La thérapeutique proprement dite possède contre cette complication des agents cilicaccs, même quel-

112 BLENNORRHAGIE URÉTRRALE.

ques moyens expéditifs. Mais ces armes, qui constituent un très riche arsenal, sont loin de pouvoir être employées selon un plan fixé d'avance ; souvent l'une réussit là où une autre réputée et éprouvée meilleure était restée impuissante. Il faut avoir la loyauté de se l'avouer à soi-même et savoir régler sa conduite en raison même de cette incertitude qui semble exclure toute règle. Voici comment s'organise cette thérapeutique non pas empirique mais éclectique.

Avant tout, avant de chercher les moyens de supprimer le mal, il faut, mettant de côté tout amour-propre, prévoir le cas où ces moyens tarderaient à agir, et, en attendant, pourvoir à empêcher le malade de souffrir. Dans ce but on doit tenir les urines constamment à l'état le plus liquide possible, ce qui s'obtient par l'usage en abondance d'une boisson délayante.

Cela fait, nous avons en présence quatre médicaments dont chacun, parfois, enlève, en quelques jours, à la cystite son acuité. — Ce sont les narcotiqnes, les révulsifs, les balsamiques, la glace. Je ne parle pas des sangsues, des cataplasmes sur l'hypogastre et sur le périnée, des lavements émollients, des bains: moyens insuffisants1, si on les emploie seuls, mais actifs auxiliaires de toutes les médications, dans tous les cas.

Les narcotiques et les révulsifs étant toujours utiles et ne nuisant jamais, je commence en général par eux. Voici, par conséquent, ma première prescription pour une cystite blennorrhagique :

N° 18. — « Boire, trois ou quatre fois par jour, un grand verre de tisane de graine de lin émulsionnée ou d'orgeat \

« Au cas où les envies d'uriner deviendraient plus fré-

1. A remplacer, à volonté, et ;ï alterner par l'infusion de mauve et feuilles d'oranger, de queue de cerises, par la décoction de pariétaire, de niarcantia ou simplement par de l'eau d'Évian ou de Contrexéville.

CYSTITE. 113

quentes, doubler momentanémenl cette quantité de bois Bon.

« Appliquer, au bas des reins, un emplâtre Rtibié, de 12 centimètres '. Ne l'ôter que lorsqu'il aura fait sortir quelques boutons.

" Résister à l'envie de pousser forlemenl les demi gouttes d'urine :|.

Délayer, dans chacun des trois ou quatre verres de tisane qu'on prend par jour, le tiers ou lequartde L'un des paquets suivants :

Poudre de sucre 15 gramun--.

— de feuilles de jusquiame 1 —

o Mêlez et divisez en 7 paquets.

Ceci est la narcotisatioo lente, peu sensible, qu'on obtient - dément par les onctions au périnée avec une pommade belladonée, ou un suppositoire contenant de 5 à 1<> centigrammes d'extrait de belladone

Mais si la douleur résiste et presse, je ne crains pas de porter la dose jusqu'à un commencement d'effet toxique, d'ailleurs soigneusement surveillé. Ainsi :

N 1!». — « Pendant une matinée, et à jeun, boire, toutes les demi-heures, une cuillerée à bouche de :

« Infusion <\r '■< grammes de feuilles de jusquiame dans 100 grammes d'eau bouillante.

« On cesserait d'en boire >i. avant d'avoir termine la dose

1. Dans les cas peu graves, on remplace cet emplâtre par des frictions faites vivraient, un jour sur l'hypogastre, le jour suivant sur les reins, avec une flanelle humectée d'essence de térébenthine.

tte dernière précaution a constamment une heureuse et immédiate influence sur les ténesmes el sur L'exhalation sanguine, Laquelle, comme on le >ait. ne se produit que lors de l'expulsion forcée des dernières gouttes d'urine. Il faut .lune multiplier les recommandations propres à bien faire comprendre au client l'Importance di cette ; ainsi que les moyens de ï'exécuti r en faisant appel à tout son coui ou plutôt à toute sa force de résolution.

Diday. y

U4 DLENNOURIIAGIE UHETHRALE.

ci-dessus, on sentait la bouche sèche, et un peu d'assoupissement l. »

J'ai par ce moyen, en quelques heures, presque toujours soulagé et quelquefois guéri des cystalgies extrêmement douloureuses.

La glace est un autre agent très efficace. Elle est surtout avantageuse quand la cystite coexiste avec l'engorgement prostatique, avec des perles séminales, ou s'accompagne de ténesme anal. Elle ne serait contre-indiquée que par une disposition hémorrhoïdaire habituelle : le froid, inopportunément appliqué dans ce cas, pourrait, en réprimant la congestion rectale habituelle, causer des accidents ultérieurs graves dont le médecin aurait à supporter moralement la responsabilité.— On laisse fondre, en partie, dans la bouche ou dans le creux de la main, un morceau de glace oblong , afin d'en faire disparaître les aspérités ; puis on l'introduit dans le fondement, comme un suppositoire. On en met ainsi successivement 2, 3 ou 4 à 20 ou 30 minutes d'intervalle. J'ai aussi conseillé de pousser d'abord dans le fondement un condom, afin de pouvoir introduire les fragments sans difficulté et sans causer de douleur.

Si l'hémorrhagie du col de la vessie est abondante, je prescris avec succès :

N° 20. — « Prendre, trois fois par jour, deux des pilules suivantes :

Ergotine " 2 grammes.

Extrait de jusquiame 1 —

Pour 24 pilules.

1. Ceci, bien entendu, ne doit être fait qu'un seul jour. On le répéterait cependant le surlendemain, et en élevant de moitié la dose de jusquiame, si l'effet semi-intoxicatif avait l'ait, défaut. On le répéterait également, mais seulement au bout de quelques jours, si, à ci' terme, l'amélioration d'abord obtenue s'était démentie. — Une tasse de café mettrait ordre aux accidents auxquels le malade pourrait s'exposer s'il avaiteontinué trop longtemps le remède, malgré l'avertissement donné par les premiers symptômes d'intoxication, avertissement qu'il ne faut pas se borner à donner de vive voix, mais écrire lisiblement sur l'ordonnance.

I YSTITE. IIS

i i boire, trois Ibis par jour, un verre de décoction < 1 1grande consoude froide, avec une ou deux cuillerées à bouche de Birop de perchlorure de fer ou d'eau de Léchelle. ■

Muant aux balsamiques, il est banal de prescrire, contre la cystite, l'eau de goudron, l'infusion ou le Birop de bourgeons de Bapin, le baume «le Tolu ou du Pérou, etc. J'ai obtenu de meilleurs, sur moi-même d'excellents el prompts effets, d'un bol de térébenthine de Venise [de la grosseur d'un noyau de cerise . avalé, soir et matin, enveloppé dans de L'hostie. Dans cel ordre «le remèdes, il s'en trouve un très vanté et qui mérite en grande partie sa réputation, c'esl la potion de Ghopart. Mais nul mieuxque lui ne justifie ceque je disais tout a l'heure de la faillibilité de certains médicaments réputés infaillibles, ^.ssurémenl La potion de Ghopart, administrée à la dose de deux à quatre cuillerée- par jouicontre la cystite aiguë, fait souvent et très vite cesser les douleurs, les ténesmes. Mais assez souvent aussi .je l'ai vue être complètement impuissante. En conséquence, je recommande de la prescrire si les narcotiques n'onl pas donné de résultats au bout de trois jours, mais en observant de ne pas la continuer elle-même au delà de trois jours, si à ce terme elle n'a pas produit une amélioration appréciable , J lierais même de s'en abstenir entièrement s'il s'agissait d'une cystite développée pendant la période suraiguë d'une blennorrhagie. La suppression d'un Qux uréthral abondant, déterminée par ce remède, pourrait aggraver la cystite.

me conduit à une question toute différente, et qui ne ls uniquement entre médecins :

l. Depuis quelque temps j'associe avec avantage L'action des narcotiques à celle des balsamiques, en employant, en cas d'indication, une potion de Choparl modifiée, dans laquelle je remplace les 60 grammes de menthe que prescrit la formule classique, par une infusion de 2 grammes de feuilles de jusquiamc dans 60 grammes d'eau. Qn ;u'i>matise .i\ ec l'essence de menthe.

H6 BLENNORRHAGIE URETHRALE.

« Durant le cours d'une cystite, faut-il essayer de couper la blennorrhagie? »

Ne visant ici que les antiblennorrhagiques internes, je sais bien que si l'on voit assez souvent la cystite se déclarer lorsqu'on commence à les employer, c'est parce que la période de la blennorrbagie où il est usuel et rationnel de les employer est justement celle où la cystite survient le plus fréquemment. Mais cependant j'ai été, je reste frappé de certains faits où la presque simultanéité de l'acte médicateur et de l'invasion morbide me firent entrevoir plus qu'une coïncidence. Je me rappelle, entre autres, un brave homme dont la blennorrhagie, coulant paisiblement depuis trois semaines, n'était pas encore tout à fait mûre, et qui, ayant commencé

— sur sa demande, fort heureusement pour moi — à prendre 1 gramme de cubèbe à 3 heures du soir, eut, à 7 heures, l'invasion comme foudroyante d'une cystite qui dura deux mois à l'état aigu! Et je me dis : « En pareil cas le médecin peut bien être absous par la science; mais devant l'opinion

— celle de son client surtout — il sera certainement responsable. » — La science d'ailleurs serait-elle entièrement fondée à l'innocenter? Si, en général, la blennorrhagie cesse dès que la cystite commence, je n'ignore point qu'on attribue cela à une influence révulsive de la seconde exercée sur la première. Mais est-ce bien sûr? Voit-on dans ce cas quelque autre affection, non fébrile, de même intensité, une pleurodynie, une conjonctivite, un violent coryza, par exemple, supprimer l'écoulement urélhral aussi vite et aussi complètement? Ces affections-là ont-elles même sur l'écoulement une influence appréciable?... Non : et cette différence justifie bien au moins un doute sur la légitimité de l'aperçu pathogénique, accrédité chez quelques auteurs, qui déclare sans danger pour la vessie les tentatives de suppression du flux de l'urèthre.

D'ailleurs, considérant les choses au point de vue pratique,

I ÏSTITE. Il"

est-on, pendanl la cystite, dana de bonnea conditions pour couper l'écoulement?... Non. Il est peu copieux à ce moment,

je l'avoue, maia il n'esl paa réelle nt mûr. Sitôt la cystite

passée, il va augmenter, cela est indubitable. Vous agirez donc alors sur un principe morbide donl la manifestation présente esl faible, mais qui survit, lui, qui par conséquent, demain peut-être, bientôt a coup sûr, doit se développer à nouveau. Ignorant, puisque à ce moment il ne Be manifeste par aucun signe, ignorant le degré d'intensité qu'il possède actuellement, comment vous y prendriez-vous pour proportionner la dose et la durée du remède aux. exigences du cas? Attende/ : laissez, après la cystite passée, l'écoulement librement reparaître; donnez-vous ensuite alors le temps de bien étudier sa force, et ajournez encore, s'il le faut, ajournez autant qu'il le faudra la médication antiblennorrhagique. Pour être plus tardive, son application n'en sera que plus rationnelle et partant que plus fructueuse. — Faites-vous différemment? voulez-vous profiter du moment où la cystite a réduit l'écoulement, pour combattre celui-ci par le copahu?... Oh! à ce moment, l'intluence atténuatrice de la cystite aidant, vous en aurez facilement raison, en apparence; mais plus tard, à mesure que la cystite ira en déclinant, l'écoulement reparaîtra, lui; et malgré tous vos efforts médicateurs, il persi-tera. vous laissant le regrel d'avoir usé vos meilleures armes pour n'obtenir qu'un triomphe éphémère, .lai trop souvent vu, et éprouvé moi-même jadis cette déception pour ne pas signalera mes confrères les conditions où elle les attend ainsi que le moyen de l'éviter.

En somme, la meilleure règle de conduite consiste, le malade étant muni d'une lisant; délayante et d'un bon révulsif au sacrum, à essayer, l'un après l'autre et selon l'indication, les agents tirés des médications antiphlogistique, narcotique, sédative directe, dont je viens d'énumérer les moyens el de décrire l'emploi. Ne s'opiniâtrer systématiquement dans l'ad-

H8 BLENN0RRHAG1E URETIIIULE.

ministration d'aucun d'eux, quelque rationnel qu'il ait pu paraître a priori, mais passer à un autre si le malade continue à souffrir; tel est actuellement, je l'avoue avec humilité, le dernier mot de la médecine en pareil cas. •

S'emparant de cet aveu d'impuissance relative, M. Guyon use des secours plus directs de la chirurgie. Il instille une solution au 50e de nitrate d'argent, à la dose de 10 à 15 gouttes quand l'instillation ne doit être faite que dans l'urèthre postérieur, et de 20 à 30 gouttes dans la vessie, préalablement vidée d'urine, lorsqu'il s'agit d'uréthro-cystite.

M. Lavaux a obtenu des succès rapides, des guérisons complètes à l'aide des lavages de la vessie, par une solution saturée d'acide borique; son appareil instrumental agissant uniquement par pression lui permet d'introduire le liquide dans la vessie sa?is employer la sonde1. Il faut avoir préalablement lavé l'urèthre antérieur. On fait d'abord deux injections par jour, en ne poussant, pour les premières, que de 50 à G0 grammes de liquide. Un soulagement notable a lieu dès le premier lavage; et dans plusieurs cas, on a obtenu ainsi la guérison en huit jours, ha température du liquide doit être de 40°.

Si la cystite devient chronique, on la traite par les préparations de térébenthine 2, les révulsifs profonds à l'hypo-

1. Cet appareil n'est autre que le laveur ordinaire, usité dans les hôpitaux, le système du siphon amorcé à l'aide d'une poire en caoutchouc. Le tube de décharge se termine par une canule longue de 5 centimètres, munie d'un robinet. Le siphon étant amorcé, il suffit de placer la bou* teille à une certaine hauteur (en moyenne lm,30), d'introduire la canule dans l'urèthre et d'ouvrir le robinet pour que le liquide entre dans la vessie. Le diamètre de l'ouverture de sortie de la canuie qu'on emploie varie entre l millimètre et un tiers et 3 millimètres. L'opérateur choisit celle de ces largeurs qui est nécessaire pour vaincre la résistance du sphincter urcthral.

2. Voici une lionne préparation mixte : N° 20. — Avaler, matin et soir, dans de l'hostie, gros comme un noyau de cerise de :

Térébenthine de Venise 15 grammes.

Camphre 1 —

Extrait de jusquiame !."> centigr-

ÉPIDIDYMITE llfl

tre, aux lombes, au périnée, l'uaage en boisson des eaux de Contrexéville, d'Evian; en boissons el en bains, d'Uria si un principe dartreux esl soupçonné ou convaincu d'entretenir l'affection. Porter constamment, non pas une camisole (qui e>t trop courte ni une ceinture qui remonte), mais bien une chemise de flanelle, renforcée, au besoin, d'une peau de chai sur le bas-ventre. \'.\ iter l'impression du froid el de l'humidité : c'esl surtout contre la cystite chronique que les sta i ions lii\ erna les ont été faites.

Épididymite et orchite,

Épididymite. — La seconde, sous le rapport de la fréquence, des complications de la blennorrhagie. En voici le tableau sj mptomatologique :

Un blennorrhagien, sur huit ou dix, sent toute coup, mais jamais avant le dixième jour, le plus souvenl au déclin de l'étal aigu de l'uréthrite, sent, dis-je, dans l'une des bourses, une douleur avec le caractère de pesanteur ; douleur qui, au début, est ressentie tantôt par le cordon spermatique, tantôt, etle plue souvent, par l'épididyme, mais qui, ordinairement, el en moins de vingt-quatre heures, s'étend à la lois à ces deux parties. 11 ne peut se tenir debout el surtout marcher sans éprouver la gêne que donnerait une halle de plomb tirant sur le t''-ii<-ule, le cordon el les reins. A mesure que cette sensation augmente, il peut survenir quelques symptômes généraux, la fièvre s'allumer, l'appétil se perdre, la langue devenir saburrale. Presque toujours il y a constipation : les douleurs s'irradient dans le petil bassin, aux hanches, aux reins, en dedans de la cuisse : la bourse, peu à peu, double ou triple de volume; enfin, tel est le progrès constant de l'inflammation que, en l'absence de remèdes, le malade, en moins de trois jours, souvent se voil obligé de s'aliter.

i • caractère de cette blennopathie étant d'affecter ion jours

120 BLENNORRIIAG1E URÉTHRALE.

l'épididyme avant le testicule (qui n'est pris qu'exceptionnellement et n'est jamais pris que consécutivement), c'est poser le diagnostic que découvrir l'engorgement de l'épididyme. Pour y parvenir, même lorsque cet engorgement n'a encore qu'un faible volume, voici comment on s'y prend. Placé du cùté droit du malade, s'il se sert de la main droite, le médecin, tenant cette main en demi-pronation, forme avec les doigts d'une part et le pouce de l'autre, comme les deux branches d'une pince à sucre. Saisissant alors par ces deux branches et sur ses deux faces le testicule, qu'il reconnaît à sa mollesse, il fait glisser lentement le pouce et les doigts d'avant en arrière jusqu'à ce qu'ils rencontrent un corps allongé, dur, douloureux à la pression : c'est l'épididyme engorgé. Au début du mal, il a à peine doublé de volume; mais en deux ou trois jours, il grossit au point que, tandis que, à l'état normal, le testicule coiffe et masque l'épididyme, c'est alors le testicule qui se dissimule et semble se perdre dans l'épididyme tuméfié, lequel le déborde de toutes parts. C'est le plus souvent par la queue de l'épididyme que l'engorgement commence; puis la tête se prend, la partie intermédiaire restant, en général, moins compromise.

A ce degré, d'ailleurs, les autres membranes du scrotum participent assez ordinairement au gonflement infli matoire; le tissu sous-cutané s'cedématie ; la peau elle-même devient rouge et tendue. Le cordon spermatique qui, s'il n'a été le point de départ de l'inflammation, en est bien vite atteint, peut être suivi par la palpation dans l'aine et jusqu'au dessus de l'anneau inguinal interne sous forme d'un cordon dur et douloureux. Tel est même quelquefois le grossissement du cordon que, serré clans le canal inguinal, il donne lieu, par la compression qu'il subit, à tous les symptômes de l'étranglement, vomissements, lipothymies, etc.

Ainsi la bourse du côté affecté a un volume toujours considérable ; mais toute cette masse n'est pas constituée par de

fiPIDIDYMITB. \l\

l'engorgement, I ne partie de la tumeur provient d'un épanchemen! liquide contenu dans la tunique vaginale. Rien de plue variable que la quantité, que la coloration, que le mode de sécrétion de ce liquide, que Ba présence môme; car il est loin d'exister dans tous les cas. Le plus Bouvenl il n'y a • | u< • douze à vingl grammes d'une Bérosité citrine, ce qui exclul l'idée d'une vaginalile, el rapproche cette hypercrinie «lu méc inisme des bydropisies dites passives '. Jullien dil avoir constaté la présence de gonocoques dans cette Bérosité.

On mentionne, comme causes de l'épididymite, Les coups, les efforts, la fatigue, l'équitation, les érections prolongées, le coït, l'abus des anliblennorrhagiques internes, les injections, etc. L'action morbigène de ces intlnences est incontestable : b elles seules, ''Iles peuvent assurément produire l'épididj mite; mais tel n'esl pas le cas ordinaire. Le plus souvent, la phlegmasie éclate sans que le sujet se suit fatigué plus que d'Iiahitude, et c'est seulenn-nl .-ipivs le mal apparu que malade el médecin, cédant au préjugé, croient se rappeler l'une de ces circonstances et croient qu'elles seules ont été la cause du mal. La prouve qu'elles ne sont pas nécessaires au déve-

1. A moins d'une grande habitude, constater s'il y a du liquide esl souvent très difficile, à cause de sa faible quantité et à cause aussi de la molIrs-M' rénitente du testicule, laquelle simulant a s'y méprendre la fluctuation, fait Bouvent croire à la présence d'un épanchement qui D'existé pas. Pour porter ce diagnostic, il faut, de la main gaache en supination, saisir la bourse malade entre 1rs bonis cubital de l'indicatenr et radial du petil doigt; arec ces deux doigts, attirer en arrière la peau de manière à donner a la partie du scrotum qui vienl faire saillir entre eux en avant, le plus de tension possible. Le pouce de cette main se trouve ainsi commodément placé pour, en concertant avec l'indicateur de l'autre main, presser alternativement l'un et l'autre afin de percevoir el produire tour à tour la sensation de fluctuation. — Voici un bon moyen de découvrir la plus petite quantité du liquide vaginal. La bourse étanl amenée, comme je l'ai 'lit. à l'état il'' tension, pressez vivement 'lu bout 'li- l'indicateur de la main droite, sur sa face antérieure : s'il va une couche de liquide, le bout de ce doigt, après avoir senti qu'il l'écarté, -'iii qu'il tombe sur un corps plu- dur [le testicule : *■■ tte sensation de petit • hoc consécutif esl pathognomonique. N'usez jamais de la lancette Bans l'avoir bien nettement ressentie, professeurs qui voulez publiquement faire montre de votre tact clinique!

122 BLENNORRHAGIE URÉTIIRALE.

loppemerit de l'épididymite, c'est qu'on a vu — et le cas n'est pas absolument rare — cette complication survenir chez un individu qui, pour un autre motif, gardait le litdepuis plusieurs jours.

En somme, dans les cas les plus fréquents, c'est la disposition individuelle, le plus souvent l'arthritisme qui joue le principal rôle dans la production de l'épididymite, et les secousses, les chocs, etc., n'agissent qu'à titre de causes occasionnelles.

A l'appui de cette thèse, je pourrais citer deux familles dans lesquelles les jeunes gens (trois frères dans l'une, deux dans l'autre) ont tous, immanquablement, à chaque blennorrhagie qu'ils contractent, une épididymite, et de la pire espèce, à répétition, à bascules, laissant à sa suite un endolorissement névralgique de l'épididyme, que réveille ou qu'empire le moindre écart de régime. Far contre, on voit journellement des blennorrhagiens demeurer exempts de cette complication, malgré toutes les causes externes qui semblent de nature à la faire naître (ainsi je me rappelle un commissionnaire ayant gardé cinq ans une chaudepisse, qui s'est souvent exaspérée, qu'il a taquinée par d'innombrables traitements ; il n'a jamais porté de suspensoir; il traîne et soulève les plus lourds fardeaux, et il n'a pas eu d'épididymite). — Les sujets ainsi marqués pour V épididymite ont, en cas de blennorrhagie, des précautions particulières à prendre. Ils doivent, outre l'usage continuel du suspensoir, tenir le ventre libre (plutôt à l'aide du régime et de doux minoratifs que par les lavements qui, en comprimant, irritant les canaux éjaculateurs, peuvent occasionner l'épididymite); éviter les longues marches, les efforts violents, et éviter également, comme tout aussi préjudiciables d'après mon expérience, les mouvements plus faibles, mais régulièrement répétés, tels que l'action de ramer, de clouer des caisses, de peigner des châles, de toucher du piano, de piler, de repasser, etc.; s'ils font usage d'injec-

ri'll IhVMlTI .

lin 11^ uréth raies, ne pas les pousser trop profondément : poinl de coït, el emploi de la médication appropriée pour empêcher le- pollutions nocturnes. l>n reste, cette instruction prophylactique n'esl pas seulemenl à l'adresse des individus prédis- : il n'est pas mi blennorrhagien qui n'ait à en faire son profit.

L'épididymite simple se termine ordinairement d'une manière favorable; mais ordinairement aussi, elle laisse à sa Buite, soit un peu d'hydrocèle, soit un engorgement de l'épididyme <»u du cordon (dans la partie inguinale de son trajet . soit, plus rarement, quelque névralgie à distance. Nous dirons ce qu'il advient ultérieurement, selon les cas et surtout selon l'intervention médicale, de ces divers états qui, lorsqu'ils existent à un degré modéré, doivent plutôt être considérés comme des terminaisons que comme des complications de l'épididymite.

Traitement. — Le traitement de l'épididymite, comparé à celui de la cystite, justifie parfaitement le jugement de notre fabuliste sur les dangers dit trop d'expédients.

N'en ayons qu'un, mais qu'il soit bon.

Tandis que, pour la complication précédente, on hésitait entre quatre ou cinq spécifiques, ici il n'y en a qu'un, mais excellent, et plus qu'excellent, nécessaire. Traité par les sangsues, le repos au lit et les cataplasmes émollients, un épididymique est soulagé en douze heures, délivré de toute douleur en moins d'une semaine. Au contraire, le malade refusel-il ce traitement ? En général, il souffrira au moins cinq jours et ne pourra reprendre ses occupations avant trois semaines environ.

Malheureusement, le client à qui on pose cette alternative n'est pas toujours, à ce moment, assez souffrant pour accepter Bans hésitation le conseil qui en découle. S'il ne sent encore qu une pesanteur en marchant, pesanteur que le repos de la

124 BLENN0RRHAG1E URÉTHRÀLE.

nuit atténue assez pour lui permettre de travailler, il ne consentira pas volontiers à garder immédiatement le lit ; il voudra d'abord essayer d'autres remèdes moins assujettissants : l'application de boue de rémouleur1, le perchlorure de fer2, la teinture d'iode3, le nitrate d'argent'', le collodion5. L'un de ces moyens a une efûcacité plus grande, c'est l'application du suspensoir dit de Langlebert (tel que l'a perfectionné M. Horand), large poche en toile, munie d'une bonne ceinture, de sous-cuisses et d'un système de cordons qui, selon qu'ils sont plus ou moins serrés, donnent au bord extérieur du bandage une dimension en rapport exact avec la longueur du pli génito-crural du sujet. En matelassant d'abord les bourses d'une épaisse couche de coton cardé, en recouvrant ce coton d'un morceau de toile caoutchouquée (percée d'un trou pour laisser passer la verge) et en mettant par dessus le tout le suspensoir précité, on réalise d'abord une conten-

1. Appliquée à nu sur le scrotum. Comme elle se dessèche très rapidement, il faut y laisser tomber, de temps eu temps, uu peu de vinaigre pour la délayer.

2. Barbouiller, tentes les trois heures, la partie malade avec un pinceau humecté de perchlorure de fer à 30°.

3. .Même mode d'application; mais, de peur de produire une irritation trop vive, tâter le degré de force du médicament en ne l'employant d'abord qu'affaibli, ainsi qu'il suit :

Eau distillée 15 grammes.

Teinture d'iode 8 —

Iodure de potassium 2 —

Si ce mélange n'a pas irrité la peau, on le remplacera, pour les frictions suivantes, par la teinture d'iode pure.

4. Trois ou quatre fois, à deux heures d'intervalle, appliquer sur la bourse malade un liuge mouillé d'une solution de nitrate d'argent au 15°.

5. Appliquer successivement, à 8 ou 10 minutes d'intervalle, trois couches de collodion riciné sur la bourse.

Le perchlorure de fer, la teinture d'iode, le nitrate d'argent, n'agissent, n'ont d'efficacité qu'à la condition d'avoir irrité la peau. On doit donc en cesser l'application dès que cet effet est produit, sauf à la recommencer ensuite si le résultat thérapeutique a été insuffisant. On n'a pas la même faculté avec le collodion ; mais, s'il irrite beaucoup et d'emblée, il a, par contre, l'avantage de servir comme excellent suspensoir en même temps que connue puissant révulsif.

BP1D1DYMITE. I

tion parfaite et, en outre, la caléfaction continue des parties, que vienl alors baigner une transpiration abondante. Pour tirer tout le parti possible de :el excellent bandage, j'ai l'habitude de l'aire d'abord pratiquer sur le scrotum une friction rubéfiante de teinture d'iode, puis d'appliquer L'appareil décrit '■! de le laisser en place une semaine, tiuil e! jour, <tn obtient de ce moyen, non seulement au début, mais à quelque période de l'épididymite qu'on L'emploie, des effets très précieux de sédation el de résolution.

Néanmoins, considéré, ainsi que certains auteurs le font, non comme auxiliaire, mais comme unique agent de traitement, ce procédé motiverait le jugement que j'ai porté sur tous les autres.

Toutes ees médications peuvent suffire dans des cas légers; mais comme on n'a aucun moyen de discerner si un cas qui, a son début, parait léger, est tel parce qu'il doit rester léger, ou seulement parce qu'il n'en est alors qu'à son début, le médecin ne doit p,is -e faire trop longtemps le complice d'une temporisation le plus souvent irrationnelle. Si, après vingtquatre ou trente-six heures au plus, les petits moyens n'ont rien fait, à plus forte raison s'ils ont laissé le mal progresser, il faut qu'il pèse de toute son autorité pour décider son client à faire plus et mieux.

Voici, en ce cas. mon ordonnance très impérative .

N -M. — a Appliquer bien exactement sur le cordon, immédiatement au-dessus du testicule, six sangsues1.

o Après la chute des sangsues, rester au lit quatre ou cinq jours, sans en sortir un seul instant, pour aucun motif, et en

1. Six sangsues, placées exactement sur le point voulu, en valent douze du quinze disséminées. — One bémorrhagie, ennuyeuse plutôt qu'in-

ite, a quelquefois lieu. Si le mal. nie el 1rs assistants éch ni

dans li ni- efforts pour l'arrêter, c'esl qu'ils ont négligé d'enlever préalablement tous les caillots, afin de pouvoir porter l'agent hé statique

fdn linge brûlé 1 directement sur la piqûre, où il faut le maintenir pcn" daut quelques minutes pressé parle bout du doigt

126 HLENNOURHAGIE UKËTIIRALE.

s'y tenant étendu sur le dos et non assis, un traversin sous le jarret du côté malade.

« Dans cette situation, mettre, toutes les trois heures, un cataplasme de farine de lin assez large pour envelopper les bourses et s'étendre sur le cordon. Le recouvrir de coton ou de linges pour en conserver la chaleur. Tenir les bourses soulevées sur une serviette massée en forme de coussin et placée entre les cuisses '.

« Un lavement, avec addition de 40 grammes de miel de mercuriale, tous les jours ou tous les deux jours. »

Quelques heures après la chute des sangsues, la douleur est notablement calmée. Mais le gonflement, au contraire, ne commence à diminuer qu'au bout de quelques jours. Quelquefois même il augmente après l'application des sangsues, si celle-ci a été faite dès l'invasion du mal. — Il faut prévenir le client de ces circonstances qui, si l'on se bornait à les lui expliquer après coup, seraient de nature à l'inquiéter.

Autre avis à ne pas omettre. Par suite de l'émission sanguine et du repos, l'inflammation ordinairement décroit, et elle décroît graduellement. Parfois, cependant, les choses ne vont pas ainsi. Assez souvent, bien certainement chez un malade sur huit, j'ai vu, malgré la plus stricte observance de l'hygiène spéciale, quoique le séjour au lit eût été exactement continué, j'ai vuj dis-je, vers le quatrième ou cinquième jour, sans aucune cause appréciable, l'inflammation de l'épididyme reparaître avec presque autant d'intensité qu'avant l'application des sangsues. — Cette récidive spontanée du cinquième jour est, en pathogénie, un fait considérable qui rapproche l'épididymite de l'arthrite blennorrhagique et montre que les accidents de cet ordre (ce qu'on appelait jadis

1. Quelques malades, au lieu de laisser les bourses reposer sur un coussin, les relèvent avec un linge qu'on a lixé derrière les reins à une ceinture, puis fortement ramené en avant. Il résulte de cette tension une compression légère niais continuelle sur un point de l'organe malade, condition défavorable a la résolution de l'inflammation.

ÊP1DIDYM1TE. 12"

les complications de la blennorrhagie jusqu'ici altribuée a une cause accidentelle) à un effort, à un refroidissemenl . ont, au contraire, leur origine dans une disposition particulière de l'organisme, son! sujets à des récidives spontanées comme toute affection rhumatismale. Mais elle esl non moins digne d'attention, en pratique; car, si le médecin laisse cette récidive se produire Bans en avoir prédil la possibilité, il peut être sûr qu'on l'imputera au traitement qu'il a institué.

D'autres fois, el alors qu'on s'y attend le moins, l'autre épididyme esl envahi. Mais alors l'état de relui qui étail malade éprouve de cette invasion de son congénère une influence telle «pie. quelque enflammé qu'il fûl à ce moment, la douleur y cesse el le gonflement y diminue 1res rapidement. Parfois tout ne se borne pas à un seul déplacement

du processus morbide. Dans certains cas l'échange conth

à plusieurs reprises, trois ou quatre fois en tout, de l'un des épididymes à l'autre, justifiant ainsi la pittoresque appellation de Eticord, épididymite à bascule. Mais on remarque alors, comme d'ailleurs pour la récidive du cinquième jour, que l'épididyme nouvellement envahi ne l'est jamais à un aussi fort degré que celui précédemment atteint, l'inflammation s'épuisanti pour ainsi dire, dans ces migrations successives. Aussi est-il fort rare dans ma pratique, que je juge à propos de réitérer l'application de sangsues contre l'une de ces rechutes.

l'n purgatif salin est presque constamment indiqué, du quatrième au sixième jour : il soulage surtout parce que, en vidant l'intestin, on facilite la circulation de retour dans l'or-

ne enflammé. D'autre part, chez quelques malades, la pro-

nsion aux récidives coïncidant avec un embarras gastrique '■I parfois étant -on- la dépendance de cet état, ne peut être neutralisée que par un émétique : excellente remarque de mon collègue Rodet.

Le sulfate de quinine, à la dose quotidienne de 0,50 à 0,60

128 BLENNORRHAGIE URETHRALE.

pendant la période aiguë, est un auxiliaire usuel dans la pratique d'un de mes très estimés collègues.

Mais ce titre d'auxiliaire n'est pas tout ce qu'ambitionne le traitement de l'épididymite par la médication interne. On a prétendu obtenir la guérison par l'emploi exclusif de l'antipyrine donnée à trois grammes par jour; conseil que je repousse en raison des accidents sérieux à appréhender de l'administration prolongée de cet agent.

Je préférerais — et l'on peut, en tout cas, l'associer sans inconvénient aux autres médications — la teinture d'anémone pulsatille, à la dose quotidienne de 30 gouttes (3 gouttes toutes les heures, durant la journée). Ce médicament, dit son consciencieux préconisateur, M. Dormand, fait disparaître la douleur quelquefois dès le premier jour, dans la plupart des cas avant le quatrième, et sans que le repos au lit soit nécessaire : précieux avantages auxquels je ne saurais cependant ajouter le troisième qu'on lui attribue, la rapidité supérieure de la cure; M. Dormand ayant pris pour terme de sa comparaison avec les effets de la pulsatille, un mode de traitement qui équivaut presque à l'expectation, puisqu'en sont exclus les seuls agents selon nous de quelque valeur, les émissions sanguines et les révulsifs.

Les toniques peuvent être utiles contre une véritable anémie qui coïncide parfois avec l'épididymite qui a duré un certain temps; état de déglobulisation que le repos prolongé au lit et la dépression morale liée à toute affection testiculaire entretiennent indubitablement.

L'épididyme reste ensuite, pendant plusieurs mois, plus volumineux qu'il n'était auparavant. N'attendez donc pas qu'il soit revenu à l'état normal pour permettre au malade de se lever. Il suffit que l'organe ne soit plus, ou qu'il ne soit qu'à peine sensible à la pression, à l'influence des efforts, de ceux de la toux par exemple. Quand le mal en est à ce degré d'indolence, autorisez le patient à quitter le lit, à faire quel-

ÈPIDIDYM1TB. 129

ques pas dans la chambre, avec un Buspensoir à sous-cuisses } un peu large, garni en dedans d'une couche de coton cardé. S'il n'a pas souffert de cel essai, -i au bout de quelques heures, si, à la Qn d'une journée passée hors du lit, il n'y a pas plus de douleur qu'au momenl où il B'est levé, alors, le jour suivant, il peut sortir, puis bientôt peu à peu reprendre ses occupations.

La convalescence n'esl pas toujours franche el graduelle; a ta suite de quelques imprudences il peut se produire non pas de- rechutes à proprement parler, mais un mouvement de recul. Dès que vous constatez quelque chose de semblable, n'hésitez pas à conseiller, à exiger encore deux ou trois jours de repos absolu avec les cataplasmes en permanence. Certains topiques sédatifs el révulsifs seront à ce moment utilement employés. Ainsi :

N° 22. — a Rester trois jours au lit, en appliquant, toutes les quatre heures, un cataplasme fait avec des oignons cuits à l'eau, puis écrasés, et auxquels un ajoutera assez de farine de lin pour donner la consistance voulue.

« Toutes les fois qu'on renouvelle le cataplasme, étendre sur la partie malade un peu du mélange suivant :

Extrait de belladone 10 grammes.

Eau «le laurier-cerise, q, s. pour donner la consistance demi-liquide. Puis aj. chloroforme.,. G —

Autre bonne formule d'Amédée Bonnet pour les cas, assez délicats à discerner a priori, où l'on croit devoir aut< riser le malade à marcher, malgré un reste de tendance au retour de l'inflammation .

N J.'{. — « Tenir dans le suspensoir, en en enveloppant les testicules, un linge plié en double, qu'on mouillera, toutes (es trois heures, avec :

Décoction d'opium brul 10 grammes.

Dans 120 grammes d'eau.

Ajouter : chlorhydrate d'ammoniaque... 18 —

DroAT. m

130 ULENNORRHAGIE URÊTHRALE.

« Cesser cette application lorsque, au bout de quelques jours, elle aura donné aux bourses l'aspect blanchâtre et la sensibilité d'une peau qui s'entre-cuit pendant les chaleurs et par le frottement ; ceci est l'indice d'un effet suffisant du remède. »

Durant tout le cours de cette maladie il est nécessaire de faire usage de bretelles.

On obtient, au prix d'un peu d'incommodité, un effet résolutif plus prononcé de l'application de trois couches de collodion sur toute la bourse malade. Il faut, pendant six ou huit jours, en mettre tous les matins une nouvelle couche par-dessus les anciennes, afin de les maintenir en place à mesure que, par l'effet du temps, elles tendent à se détacher.

Je me borne à mentionner deux éventualités très rares : la terminaison par suppuration, et l'extension de l'inflammation du cordon au péritoine. S'il n'a pas été envahi primitivement, souvent la phlegmasie se propage au cordon à mesure que l'engorgement épididymaire se résout ; elle y détermine alors un engorgement qui persiste longtemps à l'état subaigu.

Quelquefois c'est dans le cordon seul que l'engorgement s'établit (funiculite), mais presque toujours alors le mal est et reste seulement à l'état subaigu. Dans les deux cas, un vésicatoire volant, de 6 centimètres sur 2, mis bien exactement sur le trajet oblique qu'affecte l'engorgement, est le meilleur moyen et un moyen assuré d'en avoir raison.

Puisqu'il est question de remèdes efficaces, j'omets volontairement les mouchetures du scrotum, jadis préconisées comme pouvant suppléer les sangsues. La déplétion sanguine quelles fournissent est insignifiante et ne produit aucune amélioration. — A un autre point de vue, si quelque praticien veut, en ponctionnant le scrotum, prouver à son malade ou à ses élèves qu'il sait diagnostiquer un épanchement delà

ÉPIDIDYMITB. lil

tunique vaginale, il esl libre de se donner cette satisfaction ; maie je l'avertie qu'il n'en résultera pas le moindre soulagement. D'ailleurs, en général, de même que la collection liquide, après .noir été évacuée, ne la nie pas à se reproduire tant que dure l'étal inflammatoire, de même aussi elle disparait d'elle-même a mesure que l'inflammation se dissipe. Il n'y aurait donc lieu d'intervenir par la lancette que -i. exceptionnellement, nu épanchemenf d'un certain volume persistait longtemps, trois mois, par exemple, aprèe toute phlegmasie éteinte. On donne alors un coup de lancette; maie ensuite, au lieu de retirer immédiatemenl l'instrument, on If laisse quelques instante dans L'incision après avoir imprimé à la lame un mouvemenl 'le rotation d'un quart de cercle, de manière à ce qu'elle maintienne la plaie héante, afin d'obtenir L'évacuation complète du liquide.

Je n'énonce ici non plus que pour mémoire la pratique, jadis populaire, de chercher à rappeler V écoulement. Mais si elle ('-lait dangereuse quand on se servait, pour atteindre ce but, du cathétérisme ou même de l'inoculation de pus blennorrhagique, elle est innocente et peut n'être pas sans utilité quand on se borne à envelopper la verge d'un cataplasme très chaud.

L'engorgement de l'épididyme survit presque constamment plusieurs mois, assez souvent plusieure années, quelquefois toujours, sou- forme d'un noyau dur. ayant le double du volume de l'organe normal. Si. dan- la grande majorité des cas, cet état est indolent, ne gêne point la marche, n'entrave en rien les rapports sexuels, il peul chez quelques personnes, devenir le point de dépari soit, en cas de syphilis antérieure, actuelle, ou ultérieure, d'une albuginite ou d'une épididymite syphilitique, soif d'irradiations névralgiques di- $ el particulièrement rebelles au traitement. -D'autre durant la période aiguë, le sperme est jaune, parfois

132 HLENNORRIIAGIE URÉTHRALE.

jaune-verdâtre et contient des globules purulents, ce qui dépend d'un catarrhe de la muqueuse des voies séminales (surtout canal déférent et vésicules). Cet état persistant lorsque la maladie est devenue chronique s'accompagne, plus fréquemment qu'on ne le pensait autrefois, des oblitérations soit du canal déférent, soit de la queue do l'épididyme ; et cette oblitération, qui parfois dure indéfiniment, peut causer des douleurs dans le testicule lors d'une érection prolongée et, ce qui est plus grave, mettre obstacle, quand elle est double, à la fécondation. On serait, a priori, porté à croire que, un seul épididyme étant imperméable, son congénère resté sain pourra fournir le sperme en qualité et en quantité suffisantes pour que la fécondation ait lieu. Il n'en est rien ; l'on constate alors dans le liquide provenant du testicule sain, sinon l'absence, du moins une très considérable diminution du nombre des spermatozoïdes. — On sait, du reste, que cet état d'imperméabilité est très rarement guérissable (une fois sur huit ou neuf environ) et peut entraîner, avec l'atrophie du testicule, les changements les plus sérieux dans l'habitus et dans la constitution du sujet ainsi démasculinisé.

La double perspective de névralgie et d'infécondité, si pénible pour les clients, et créant une si grave responsabilité au médecin, doit donc porter celui-ci à intervenir aussi activement que possible, et cela notamment à l'époque où le processus inflammatoire n'étant pas entièrent éteint, laisse encore prise à l'influence des médications. Comme, à cette période, le malade souffre à peine, et que, en général, il lui tarde d'être débarrassé de tout traitement, il y a souvent lieu d'insister, en l'effrayant sur son avenir, pour lui faire accepter la continuation de soins dont rien, dans le présent, ne lui démontre la nécessité.

Outre la prolongation d'un repos modéré, voici comment je pourvois pharmaceutiquement à cette indication :

ORCDITB. 133

N 24. — « Prendre, matin el soir, une des pilules :

Calomel I gramme

Extrait de cigui 2 grammes,

Pour 80 pilules.

On double ou triple, tous les cinq jours, la dose de manière à produire un*- légère purgation.

Paire une friction but l'engorgement ave< gros comme une noisette de :

Onguenl napolitain 1") grammes.

lodure de potassium 15 décigrammes.

n Si au boul ilr 8 ou 10 heures il n'y a pas d'irritation de la peau, déterminée par celte friction1, en taire une seconde. •>

(«n peu! Mis>i faire quelques applications rubéfiantes de chloroforme sur les points qui resteraient le Biège d'une certaine sensibilité. Afin de mieux circonscrire cette application, je verse le chloroforme sur du coton dont j'ai rempli un dé a coudre, que je renverse ensuite sur l'endroit malade et y laisse en place trois minutes. — J'ai obtenu de beaux succès en promenant, pendant vingt-cinq ou trente secondes, le crayon do nitrate d'argent préalablement mouillé, sur de petits engorgements, siège de névralgie persistante bienlocalisée sur quelques points.

Orchite. — L'inflammation, sans abandonner pour cel?i l'épididyme, envahit quelquefois le testicule lui-même.

Cette complication, assez rare, et dont rien, à ma connaissance, ne peut ni faire prévoir ni expliquer la survenance chez quelques personnes plutôt que chez d'autres, se dénote par deux signes : d'abord l'augmentation de volume et sur-

1. L'irritation cutanée, ainsi obtenue, va quelquefois jusqu'à la vésication, et la douleur est forl vive. Mais je recommande, nonobstant, ce comme très efficace. Constamment, après que l'irritation artificielle est terminée, on constate une diminution notable de l'eugor

at.

toul de consistance du testicule, et en même temps le caractère tout nouveau que prennent alors les douleurs. A un certain degré — et qui ne tarde pas à s'établir — Je malade est visiblement angoissé. Il voudrait s'agiter (car le changement de situation apparaît instinctivement à tout être souffrant comme un remède efficace); mais le moindre mouvement augmentant la douleur, il se retient jusqu'à ce qu'une crise plus forte le pousse à remuer. Il gémit, crie, se lamente sans trêve, irrésistiblement; la bouche est sèche, la soif vive, nausées; parfois, au paroxysme, demi-syncopes: impossible à lui de parler d'une manière suivie, ni d'autre chose que de cette horrible torture. Fait-on mine de toucher à l'organe malade? Il y porte la main pour la défendre et deviendra furieux si l'on insiste... Quseque ipse.'...

Après quelques heures de crise, la douleur diminue, et diminue d'elle-même, sans cesser néanmoins entièrement. L'épine est là; il la sent et se dit que tout n'est pas fini. Profitons de ce répit pour examiner. Le testicule a à peine, même au summum dans les cas graves, le double de son volume normal. Mais il est marronne, remarquablement dur et très sensible au toucher. Au bout de quelques heures, la sensibilité morbide s'annonce de nouveau par quelques élancements d'intensité croissante, et en un quart d'heure environ la douleur est revenue la même, et dure comme précédemment deux ou trois heures.

Si cette inflammation n'a pas été, à temps, traitée de façon efficace, il y a à redouter la suppuration, l'élimination consécutive des tubes séminifères et par suite l'atrophie partielle ou incomplète du testicule, et en outre les dangers de l'état névropathique qu'engendre toute douleur portée au delà de certaines limites de durée et d'intensité.

Un des caractères les plus significatifs de cette douleur est que les cataplasmes émollients, chauds, qui soulagent incontinent celle de l'épididymite, l'aggravent, au contraire,

ORCH 13g

plie : preuve certaine qu'elle esl due â l'étpanglemenl du parenchyme testiculaire qui, Bollicité par l'inflammation à se gonfler, rencontre de toutes parte une barrière dans l'enveloppe inextensible que constitue l'albuginée. On comprend ainsi l'effet du cataplasme, puisque la chaleur concourt à augmenter cette expansion du parenchyme, qui est la cause réelle, la seule cause des souffrances.

En voulez-vous une autre preuve et celle-là apportera le remède en même temps que la conviction) : l'application de la glace soulage immédiatement, et cela si vite, h complètement, si radicalement que le traitement de l'orchite blennorhagique est tout entier dans celte médication.

Traitement. — Donc, dès que l'orehite est diagnostiquée, prenez deux vessies de pure; mouillez-les d'eau pour les ramollir; agrandissez-en l'ouverture; introduisez dan- chacune deux ou trois morceaux de glace du volume du poing ; i l'air; ficelez l'ouverture de la ve-sie. Cela fait, prenez une serviette ou un grand mouchoir plié en cravate, et enroulez-le comme si vous vouliez en faire un nœud, mais sans serrer; vous avez ainsi un rond comme celui que les boulangers mettent sur la tète : cet appareil improvisé sert â maintenir en place la vessie garnie de glace, que sans cela on serait obligé de tenir longtemps avec la main. Vous appliquez ainsi une vessie en dessous, l'autre au devant du testicule.

lui trois quarts d'heur»;, la souffrance est calmée et ne revient plus tant qu'on garde la glace. J'en suis tellement sûr qu'il m'est arrivé, appelé auprès d'un client qui se tordait dans d'horribles souffrances, d'ordonner la glace pour tout remède, puisde partir pour un voyage de vingt-qutre hem!-, bien tranquille sur le résultat, qui ne lait jamais défaut, de cette application.

Il se comprend de soi-même que la dace doit être renouvelée à mesure qu'elle fond; que le médecin doit, par cou-.'

130 BLENNORRHAGIE URÉT11KALE.

quent, veiller à ce qu'il n'y ait aucune interruption dans son emploi. On la laisse d'abord douze heures, ce qui suffit quelquefois. Mais en l'ôtant, surveillez ; et pour peu que la douleur menace de revenir, soyez en mesure de recommencer le remède et cette fois continuez-le vingt-quatre heures ou plus, si cela a été démontré nécessaire. Plusieurs fois j'ai dû la laisser cinq ou six jours de suite, les malades la réclamant à grands cris, dès qu'on essayait de la discontinuer.

D'autres, lassés de cette médication (qui n'est pas sans ennui tant pour les assistants que pour eux), voulaient essayer de remèdes d'un emploi plus commode, le laudanum, le chloroforme, l'extrait de belladone, ou réputés plus actifs, tels que les sangsues, les opiacés à l'intérieur, les bains. Toujours, et d'eux-mêmes, ils revenaient à la glace ', regrettant le temps perdu et la souffrance causée par ces interruptions.

Quand, depuis douze heures, le malade n'éprouve plus aucune douleur du testicule à la pression ou en toussant, on peut cesser la glace, mais, je veux le répéter, en tenant tout préparé pour la recommencer immédiatement si la douleur reparaissait.

On comprend que, armé d'un tel moyen, je n'en emploie et n'en recommande plus d'autre ; que je condamne surtout le débridement de la tunique albuginée. ïl agit à la vérité dans le même sens que la glace contre l'un des deux éléments de l'étranglement, c'est-à-dire en s'attaquant à la résistance du corps étranglant, tandis que la glace supprime l'expansion du corps étranglé. Mais, outre que cette opération est douloureuse, et, malgré la simplicité de son manuel, effrayante

1. J'ai vu une seule fois un testicule fortement repoussé de bas en haut par l'effet de la glace, s'engager dans le canal inguinal, où il subit un certain degré d'étranglement : l'accident, d'ailleurs passager, fut sans conséquences. — La glace aurait aussi, chez les sujets âgés, très anémiés, dépourvus de résistance vitale, l'inconvénient, si elle était ooninuée trop longtemps, de provoquer la suppuration du testicule. J'en ai vu, et de fort près, un exemple.

ORCHITE. i •

pour le malade, elle expose à l'issue des tubes séminifèree et par Buite .1 l'atrophie ou à la perte de fonction des testicules. J'ai vu trois fois cel accident grave suivre le débride» ment, el je ne l'ai pas vu seulement dans ma pratique.

A l'emploi dece véritable spécifique je n'ajouterais qu'un seul agent, c'est l'éthérisation, qu'on pourrait faire en même temps qu'on applique la glace, afin de supprimer d'emblée la douleur «pie la glace ne ealiue 'empiétement, je l'ai dit, qu'au boul 'le trois quarts d'heure ou d'une heure.

Par l'usage de la glace, la guérison est aussi radicaleque le soulagement a été prompt. Appelé auprès de malades déjà presque exténués par les souffrances, l'insomnie, l'inappétence complète résultant d'une épididymite suivie d'orcbite dont le début remontait a cinq ou >i\ jours, j'ai souvent été étonné 'le les voir, après irm- jours de glace, Be rétablir, supporter la marche puis reprendre leurs occupations beaucoup plus vile que ceux qui n'avaient été affectés que de Bimple épididymite.

Et néanmoins ayant, sur la foi de ces succès, essayé de traiter par la glace quelques épididymites aiguës sans orchite, j'ai dû y renoncer, l'inflammation, dans ce cas-là, cédant moins vit'- que par la médication décrite [du- haut, i-dire par les sangsues, les cataplasmes el le repos au lit.

Voici [tour terminer, une de- plus utiles applications delà glace à celte thérapeutique spéciale. Il s'agit des engorgements subaigus ou chroniques de l'épididyme ou du testicule, qui, rebelles à tout traitement générale! local, font par leur seule persistance le désespoir des malades et constituenl d'ailleurs pour lui un préjudice réel, empêchant la marche et préparant -mi le- tenaces névralgies, suit l'oblitération lies spermatiques. .le prescris, dans ces cas, un traitement douloureux, emel même, disent quelques-uns, mais toujours elle- ne. Il consiste a appliquer d'abord la glace

iJH ULliNNORKHAGIE URÉTHRALE.

pendant cinq ou six heures. Au bout de ce temps la peau avant été densifiée, le dartos rétracté, le testicule remonté, je fixe les parties dans cet état où elles sont (état si favorable à la résolution) en étendant, presque aussitôt après avoir enlevé la glace, trois couches superposées de collodion. Par conséquent, pendant le temps que ce topique va rester adhérent à la peau, c'est-à-dire durant trois ou quatre jours, je prolonge une exacte contention, ainsi qu'une égale et douce compression ; l'une et l'autre condition assurément beaucoup plus parfaitement réalisées qu'à l'aide du repos, secondé même par n'importe quel suspensoir.

Cette séance de glace et de collodion produit immanquablement une réduction de volume de l'organe engorgé. Si l'effet n'est pas suffisant, on peut la réitérer au bout de douze ou quinze jours.

L'influence de l'épididymite sur l'écoulement uréthral est la même que celle exercée sur lui par la cystite. Je n'ai donc qu'à renvoyer à ce que j'ai dit ci-dessus.

Triade cysto-blennorrhéo-épididynùque.

La cystite et l'épididymite, quand elles coexistent, l'une ou l'autre ou l'une et l'autre avec la blennorrhée, et devenues chroniques toutes les trois, créent au praticien un des plus sérieux embarras qu'il puisse rencontrer. Mutuellement liés par une sympathie que l'état morbide vient révéler, l'urèthre, l'épididyme, le col vésical, blennorrhagiquement parlant, ne font qu'un, pour ainsi dire. Aussi leurs irritations deviennent tellement solidaires qu'on ne peut réduire l'une sans que l'autre ou les autres n'augmentent si elles avaient diminué, ne se rallument quand on les croyait éteintes1. Cet effet est

1. Un homme atteint de cette triple blennopathie ambulante peut souvent en ignorer l'origine, ou du moins la laisser passer inaperçue de son médecin, parce qu'il ne le consulte quelquefois que pour la cystite

rBIADB BIBNNOPATBIQI B, 139 surtout manifeste pour ce qui concerne la cystite, laquelle Bfexa8père aussitôt que l'on tente de guérir la blennorrhée, d'autant plus qu'on ne peul attaquer celle-ci que par des injections les spécifiques internes, le copahu n'ayant, comme je l'ai 'lit, plus d'action contre la blennhorrhagie parvenue à l'état de suintement uréthral . Car la cystite es! alors réveillée par une double cause et sel n double mécanisme,

Bavoir : métastaliquement par la suppression de la Bécrétion uréthrale, et directement par le contact trop réitéré des injections sur le col de la vessie. Dans ces conditions, chacune des trois affections étant une incommodité si on ne la traite pas, et pouvant devenir un danger si on la traite, Hit:- sont i n quelque sorte inexpugnables.

Encore si le malade, comprenant ses vrais intérêts, consentait à garder quelque temps son suintement (mal indolent, souvent presque imaginaire), pour échapper à ce prix, aux l' iioiin'- île la cystite, au* névralgies, et surtout à L'incessante menace de séjour forcé au lit, que l'épididymite fait peser sur lui!... Mais non : c'est du suintement, de la goutte qu'il veut surtout être guéri, être guéri immédiatement, et coûte que coûte ;

Uni' h1 médecin ne s'en.uage pus dans celle voie : elle serait -ans issue. Grâce aux injections l'écoulement disparaîtrait, je l'accorde : mais l'irritation d'où il dérive ne serait que déplacée, non guérie. Et dès que la cystite ou l'épididymite, iggravées par sa cessation, viendraient ensuite à diminuer, il ne manquerait pas, lui, de reparaître.

La ligne de conduite à tenir en pareil cas n'est point exnu que pour L'épididymite, les seules des trois qui soienl vraiment douloureuses el incommodes, et que d'ailleurs, au unium-nt eu l'une ou l'autre réapparaissent et par cela même qu'elles réapparaissent, elles diminuenl ou môme annihilent m atanémenl lr> signes de la blennorrhée. !-'• médecin ne trouvant pas, au momenl de l'examen, trace de cette dernière, esl par là exposé à en ignorer l'existence el à méconnaître le rôle qu'elle a joué, qu'elle joue dans la production de l'état morbide complexe <|u'il a bous les yeux.

liO RLENNORRHAGIE URÉTHRALE.

péditive, mais c'est la seule sûre et efficace : éteindre ou laisser éteindre les irritations vésicales et épididymiques, et n'attaquer le suintement qu'ensuite et que par des moyens assez doux pour ne pas raviver les deux irritations concomitantes. Je mets ainsi cette pensée en action :

N° 25. — « Boire trois verres d'orgeat par jour.

« Suspensoir, continence; traiter, s'il y a lieu, la disposition aux pertes séminales par les moyens appropriés, combattre la constipation.

« Flanelle, bains de vapeur, frictions sèches excitantes sur toute la peau, matin et soir ainsi que lors du moindre refroidissement.

« Attendre jusqu'à ce que l'irritabilité de la vessie ou du testicule ait cessé; et alors profiter d'une saison chaude, d'une période où le malade n'a l'occasion d'aucune fatigue, d'aucun écart de régime, pour commencer à faire trois injections par jour avec un liquide doué d'une action simplement astringente, par exemple un mélange à parties égales d'eau et de vin rouge ordinaire, qu'on aura eu la prétention de faire tiédir1. »

Névralgies et névroses d'origine testiculaire.

Pendant et après l'épididymite et l'orchite, il se développe chez certains sujets des lésions d'un autre ordre, consistant le plus souvent en névralgies, mais quelquefois aussi semblant constituer un trouble général de l'organisme.

Quant aux névralgies, j'en distingue trois espèces : D'abord une sorte d'endolorissement du testicule qui a été affecté; endolorissement que la marche, le brusque croisement des cuisses, la station debout, la pression, la constipation augmentent. C'est une simple gêne, une sorte d'agace-

1. Ceci s'obtient commodément eu tenant, pendant quelques instants, sur la Qamme d'une bougie une cuillère pleiue du liquide a injecter.

H] VRALGIB9 I i NÉVR08E8 TE8TICULAIRE8. 141

mciii Intérieur, qui, léger maie toujours présent, assombrit l'existence en condamnanl à l'inaction, éloignanl toute idée de rapprochement Bexuel, el inspirant â chaque instant, pour peu qu'il augmente, la crainte d'une récidive de l'épididymite. Il cesse liuii jours, puis reparaît à l'occasion de la moindre cause. Peu à peu, les intervalles qui Béparenl les retours de l'affection augmentent en môme temps que diminuent l'intensité ii aussi la durée des exaspérations. Enfin, après un temps variable (quatre, six mois et jusqu'à deux ou trois ans), le malade questionné répond que cette ennuyeuse sensibilité ,i enfin totalement disparu.

La Beconde espèce est ['irritable testis des auteurs anglais, le testicule douloureux, dont je n'ai pas à refaire in la description.

La troisième classe comprend les névralgies qui ont leur siège ''u dehors du testicule. Il est rare que, duranl le cours de l'épididymite ou de l'orchite aiguë, il n'existe pas quelques irradiations de douleur, plus ou moins fugitives, du

CÔtéde la hanche, de l'hypogastre, des loiuhcs, du périnée,

du membre inférieur; et parmi ces dernières l'une des plus fréquentes s'observe au bas de la région antéro-externe de la cuisse. Mais ees douleurs prennent, dans quelques cas, le caractère, l'importance et la durée de véritables névralgies, ordinairement mais pas toujours bornées au membre inférieur du côté du testicule malade, quelquefois bilatérales; névralgies réflexes qu'on a divisées en rachialgies, névralgies lombo-abdominale, crurale, sciatique, etc., pouvant provoquer des crampes, des ténesmes, des hyperesthésies ou anesthésies localisées, de- i-uuiraclui-es. des impotences consécutives.

Mais ce n'est pas tout. Dans des cas assez raies, il Burvient, soit avec, soil Bans ces névralgies, certains troubles qui paraissent accuser un état général. Localement !<■ malade ue souffre pas, à proprement parler, mais il traine, il a dr~

142 HLENNORRHAGIE URETHRALE.

houfTées de chaleur, des sueurs coupées de frissons sans régularité, des éructations, des nausées, des vomissements, une tendance aux lipothymies ; la langue reste saburrale, l'appétit presque nul, constipation. Le moral lui-même s'affecte; il y a du découragement, de l'insomnie avec cauchemars, vertiges, dyspnée, palpitations, etc. Ces accidents peu à peu devenus indépendants de la lésion génitale qui les a causés, et qui survivent à cette lésion, se reproduisent parfois sous forme intermittente. D'autres fois, le groupe de phénomènes gastriques alterne avec les lésions de l'appareil respiratoire, de la caloricité ou de l'innervation proprement dite; c'est l'un des cas où apparaît l'albuminurie concomitante de la blennorrhagie. J'ai vu un pareil ensemble de symptômes se prolonger pendant près de trois mois, portant une atteinte profonde, quoique passagère, aux fonctions essentielles.

A quelle cause attribuer ces divers désordres?

Certains pathologistes les expliquent résolument par une anémie, dont quelques-uns professent que non seulement les blennorrhagiens affectés d'orchite, mais que tous les blennorrhagiens sont plus ou moins atteints!

Pour d'autres, c'est une irradiation névralgique réflexe, laquelle peut s'étendre, sans aucune régularité, non seulement aux nerfs dont l'origine rachidienne touche à celle des nerfs de l'organe primitivement affecté, c'est-à-dire du testicule, mais à d'autres nerfs plus ou moins éloignés et môme aux plexus du grand sympathique; d'où les troubles viscéraux variés.

Mais si le physiologiste est par là satisfait, le praticien, moins facile à contenter, se pose une question à la fois plus topique et plus ardue : « Pourquoi, se demande-t-il, certains sujets sont-ils seuls frappés de ce genre d'accident? » Je réponds par les faits d'observation suivants :

Sur le nombre total des individus dont la chaudepisse tombe

NÉVRALG1BS ET NÉVROSES TESTICULAIRES. 143

dans les bourses, les plus exposés à la diffusion névralgique Boni <vu\ qui onl eu une épididymite à répétition <>u à bascules; ceux aussi qui. avec l'épididymite, onl eu une orchite ; ceux, en un mot, qui onl longtemps el beaucoup Boufferl de la complication qui porte sur l'appareil testiculaire.

El cependanl tous les blennorrhagiens qui ont été fortement atteints dans cel appareil ne sonl pas voués aux irradiations névralgiques. Je suis, heureusement, moi-même un irréfutable exemple de cette immunité.

D'autre part, la blennorrhagie, avec ses complications testiculaires, est, à la vérité, la plus fréquente, mais n'est point l'unique cause qui donne lieu à ces accidents névralgiques locaux ou généraux. t>u le- a vus survenir dans le varicocèle, dans la colique néphrétique, après la ponction simple d'un kyste du cordon, duranl une orchite traumatique, à la suite d'une injection irritante dans le tis-u cellulaire du scrotum, etc. '.

Remarquons enûn que les lésions de l'appareil testiculaire ont sur le système nerveux une intluence toute spéciale. La nature l'a ainsi voulu pour la protection d'une fonction qui, dan- ses vues, est la plus essentielle de toutes. Etles habitudes, les exigences de l'état social augmentent encore la force de ce lien physiologique. Un mal qui, tout léger qu'il paraisse, condamne le patient au lit pour plusieurs semaines, l'éloigné de ses occupations, l'oblige à dissimuler et à rougir, lui fait entrevoir l'impossibilité de se marier, comme on le dit de s'établir, ce mal-là, avouons-le, a bien île quoi retentir profondément sur les centres nerveux.

Lors donc que ces deux conditions se trouvent réunie-, d'un toté une lésion lie- intense et très longue, de l'autre un sujet

l. Quant a l'anémie, invoquée a titre de cause, je l'ai vue survenirjoar suite île- accidenta testiculaires prolongés. Mai- comme étal existanl primordialement, c'est-â-dire comme pouvant être la cause de ces mène-- accident-, j'ai cherché, examine attentivement, surtout depuis 1866, et n'ai rien trouvé de semblable.

1 i 4 BLENN0RRI1AGIE URÉTHRALE.

que son tempérament, que l'arthritisme, ou que son mode de régime génital habituel rendent très impressionnable sous ce rapport, l'on s'explique aisément la survenance de l'état que je viens de décrire.

Cette étiologie, on va le voir, n'est point stérile pour la thérapeutique. Chez les blennorrhagiens, on traite les névralgies d'origine testiculaire de la même façon que toute autre névralgie développée dans les conditions ordinaires (applications sédatives, chaleur, révulsifs, narcotiques en injections hypodermiques, par la méthode endermique, en frictions, bains de vapeur, dans quelques cas les antipériodiques, calmants à l'intérieur l). Mais il y a ici, en plus, deux indications impérieuses :

D'abord, il faut s'attacher à supprimer la cause, à éteindre complètement l'inflammation locale, qui quelquefois persiste, même à l'insu du malade. Pour peu qu'il reste de sensibilité au testicule, à l'épididyme, au cordon; pour peu que ces organes éprouvent quelque sensation anormale par suite de la pression ou d'un effort; pour peu que, à la fin de la journée, ou par l'effet d'une constipation accidentelle, l'endolorissement reparaisse habituellement si peu que ce soit, insistez sur les médications appropriées. N'hésitez pas à prescrire, à nouveau, six ou huit jours de repos continu au lit, avec les cataplasmes ou une séance de glace, selon le cas, et un lavement laxatif quotidien. Le séjour au lit est une cause d'anémie, je le sais; mais il vaut mieux braver celle-là — qu'on peut, d'ailleurs, abréger en l'imposant rigoureuse — que de laisser sévir l'autre cause, la vraie, la cause testiculaire.

En même temps, il faut agir sur l'organisme, et agir sur le moral autant que sur le physique; car l'un et l'autre, dans ce

1. Chez un sujet affecté de varicocèle à gauche, une. névralgie très douloureuse du testicule de ce côté était calmée instantanément aussitôt, que le malade avail exécuté, avec Les doigts, une sorte de taxis sur les veines variqueuses, de manière à refouler Le saDg vers l'anneau inguinal.

RHUMATISME BLENN0RRHAG1QI l 145

. Bont également affectés, affaiblis. Les toniques, une alimentation réparatrice, l'usage du lait, Burtout L'habitation à la campagne, puis les bains de mer ou l'hydrothérapie, remplissent la première indication. Pour la seconde, il Tant, comme l'enseignaient les anciens, réc m for ter par de bonnes paroles le pauvre diable qui Be figure être pour longtemps voue à L'impotence et à L'impuissance. Ne Le consolez pas du l><nit des lèvres. Entrez dans les détails anatomiques et physiologiques afférents au sujet; expliquez-lui le jeu de l'appareil reproducteur; la différence qui existe à son avantage, entre une lésion nerveuse et une Lésion organique. Citez-lui des exemples de recouvrement complet, et prouvé par l'événement, des forces virile-, dans un ras pareil au sien. Avant tout, obtenez que, sitôt en état de le faire, il reprenne ses occupations, fréquente de nouveau ses camarades, rentre, en un mot, dans son régime, dans toutes ses habitudes primitives. C'est là le révulsif le plus efficace et partant le meilleur spécifique.

Rhumatisme blennorrkagique.

Si cette dénomination a prévalu sur celle de arthrite hlmnorrhagigue, c'est parce qu'elle est plus juste, étant plus compréhensive et désignant non seulement Les arthropathies liées à la blennorrhagie, mais aussi l'inflammation des gaines tendineuses des bourses séreuses, des nerfs ou de leurs gaines, les trouilles cardiaques, la sclérotite, L'aquo-capsulite et l'iritis qui dépendent de la même cause.

Je puis être bref sur la pathologie de ces affections, car pour la faire exacte, il suffit de noter les quelques différences qui séparent le rhumatisme tenant à la blennorrhagie du rhumatisme ordinaire. Ainsi :

rhumatisme-là attaque un moindre nombre d'articulations. — La réaction fébrile (pouls et température) et les dou-

DlDâT. lu

146 HLENNORRIIAGIE URÉTHRALE.

leurs qu'il suscite sont beaucoup plus modérées. — Le cœur participe moins souvent, et en tous cas moins fortement, à l'affection générale. (On a vu de la cardiopathie, avec souffle au premier temps et dyspnée, précéder les localisations articulaires et leur céder ensuite la place.) — La maladie est plus fixe, a moins de tendance à passer d'une articulation à l'autre. — Le gonflement articulaire est dû plus souvent et pour une plus grande part à un épanchement dans la synoviale. — L'inflammation affecte surtout la synoviale, qui est le siège principal de la douleur, suppure très rarement, a une constante tendance à des retours, à une résolution incomplète, à la chronicité. — Vers la fin, la phlegmasie se cantonne, se perpétue plus volontiers dans les petites jointures, celles du cou et notamment des pieds et des mains.

Maintenant, cette maladie qui, symptomatologiquement, a son existence, l'a-t-elle aussi pathogéniquement? Peut-on prouver qu'elle dérive de la hlennorrhagie? En d'autres termes, peut-on établir qu'un sujet atteint de blennorrhagie est par cela même plus exposé qu'un autre sujet, ayant la même constitution, à être atteint de cette forme de fluxion sur les séreuses articulaires?

Oui, certes, et par un ensemble imposant de faits généraux établis non seulement sur des cas cliniques très nombreux et tous consonnants, mais encore, chose rare, sur l'accord unanime de tous les observateurs. Ainsi :

Quelques individus, sans nuls antécédents rhumatismaux, soit héréditaires, soit personnels, n'ont de lésions de cette espèce que lorsqu'ils contractent une blennorrhagie; et ils orit de nouveau de ces lésions-là à chaque nouvelle blennorrhagie qu'ils contractent ; de plus, les accidents de cet ordre qu'ils ont alors, les arthrites, lesiritis, etc., apparaissent sans qu'on puisse les expliquer par la cause ordinaire, par un refroidissement.

Par contre, chez les sujets rhumatisants de naissance, le

RHUMATISMI BLENN0RRIIÀGIQ1 l ■ 141

rhumatisme ordinaire ne se déclare pas plus fréquemmenl pendant . [ u ' i I s onl une blennorrhagie que pendant qu'ils n'en «•ut point. J'ai même vu un homme qui n'avait cessé d'avoir des accès de ce rhumatisme-là, du vrai, que depuis quatre ans qu'il étail affecté de blennorrhagie.

On voil des sujets qui onl eu un rhumatisme blennorrhagique, — el qui en auront à coup >m un sec I s'ils viennent à reprendre une deuxième blennorrhagie. — Eh bien, il leur arrive souvent, dans l'intervalle, d'affronter toutes les circonstances qui réveillenl le rhumatisme vulgaire, sans qu'ils en ressentenl l'atteinte.

Il envahit de petites jointures temporo-maxillairés) qui ne Boni que rarement prises dans le rhumatisme articulaire aigu ordinaire.

Chez un sujet affecté de blennorrhagie, l'affection rhumatismale qui le frappe coïneideassez souvent avec la cystite, la prostatite, l'épididymite, l'iritis. Entre ces quatre fluxions à sièges divers, mais de cause unique, il y a de fréquentes alternances: doue il \ a un lien.

Il détermine, dans la plupart des cas, une diminution de l'écoulement uréthral. On a vu une presque suppression se produire avant que l'arthropathie se manifestât par aucun signe sensible.

Il s'exaspère, semble renaître, durant le cours de la même blennorrhagie, aussitôt que celle-ci, qui semblait passée à la phase latente, vient accidentellement à reprendre plus d'intensité.

Enfin il est incomparablement plus fréquent chez l'homme que ehez la femme, quoique la localisation de la blennorrhagie dans l'urethre soit relativement aussi fréquente chez elle.

Déjà la cystite et l'épididymite non- avaient offert linéiques exemples de gens plus spécialement prédestinés à subir lésions lorsqu'ils contractent une blennorrhagie. Mais, quant au rhumatisme, l'aptitude de certains sujets à être

frappés de rhumatisme à chaque blennorrhagie n'est plus, comme pour les complications précédentes, une particularité intéressante à noter mais sujette à faire défaut; c'est une loi.

On a attribué cette disposition, cette aptitude à être atteint d'accidents arthritiques, à une métastase, à l'action réflexe, à un lymphatisme spécial, à un état pyohémique, à une infection spéciale analogue a l'urémie, qui relie l'urèthre aux synoviales articulaires. Aujourd'hui une théorie différente a prévalu, s'appuyantsur ces deux faits réels : 1° qu'on a, chez ces malades, constaté des micrococci en nombre considérable tant dans les séreuses articulaires affectées que dans le sang; 2° que Ton a vu l'arthrite survenir à la suite de blennophthalmie provoquée par l'inoculation, faite dans un but thérapeutique, de pus de blennorrhagie uréthrale sur la conjonctive. — Cette notion a le mérite de substituer quelque chose de positif aux vagues sympathies, aux non moins insaisissables réflexes. Mais elle ne fait qu'expliquer le mécanisme par lequel l'élément causal de la blennorrhagie se transmet dans des parties éloignées du siège primitif de la maladie. Elle ne nous dit pas pourquoi, à blennorrhagies égales, cette transmission manque chez un individu, a lieu chez l'autre? A ce pourquoi l'étude des conditions diathésiques, soit en action, soit latentes de chaque sujet, peut seule fournir une réponse satisfaisante .

L'histoire clinique de cette blennopathie confirme donc péremptoirement ce grand fait, savoir : qu'il existe, chez quelques sujets, une disposition à l'extension, sinon à la diffusion de l'affection blennorrhagique. L'étude étiologique des autres complications de la blennorrhagie nous avait déjà révélé la nécessité de l'influence d'une cause générale, pour se rendre compte de leur apparition. Mais la cystite, mais l'épididymite, ayant leur siège au voisinage de l'urèthre, on pouvait alléguer que l'extension de l'un à l'autre par voie de continuité sufût pour tout expliquer. Cette objection tombe

RHUMATISME BLENNORRHAGIQUE. 149

devant un Beul cas de rhumatisme blennorrhagique. \ la dis* lance du foyer contagieux, où s'observent ces arthropathies, comment méconnaître que, indépendammenl de la présence des gonocoques -d cette assertion reçoit la confirmation dont elle a besoin), une influence constitutionnelle spéciale ait dirigé là la jetée Quxionnaire, voire la colonie microbienne?

A la considérer isolément, une articulation atteinte de rhumatisme blennorrhagique ne diffère pas beaucoup d'une articulation atteinte de rhumatisme vulgaire ; elle n'en diffère, durant l'étal aigu, que par l'intensité moindre du processus phlegmasique, et par la concentration de ce processus sur la synoviale. Quant à la marche du mal, on remarque qu'il passe moins vile d'une jointure à L'autre (pie dans le rhumatisme ordinaire; qu'il envahit plus rarement un nombre considérable de jointures; enfin qu'il se fixe assez souvent, en commençant, sur l'une des grandes articulations (le genou, de préférence . pour, après l'avoir abandonnée, souvent y i avenir à la fin. Pour ce qui est de la terminaison, il existe (\o<, différences importantes dont je ne saurais mieux donner une idée qu'en reproduisant le paragraphe dans lequel mon très affectionné neveu, le docteur Emile Diday, les a résumi es (voir son excellente thèse inaugurale] ' : « A moins d'une grande rapidité d'évolution et d'une résolution complète des produits inflammatoires exsudé- à La surface des membranes, l'articulation affectée reste toujours plus ou moins compromise, depuis la simple raideur qui cède à un traitement local, jusqu'à l'ankylose complète. Ce rhumatisme est donc une affection déformante ; car elle amène toujours, pourvu que sa durée ait été suffisante, une lésion dans la forme ou les fonctions de la jointure affectée, lésion qu'un n'observe jamais dans le rhumatisme aigu. ■

l. Quelques considérations sur la nature <lu rhumatisme blennorrha'

Paris, 18T:(.

ISO HLKNNORRHAGIE URÉTIIRALE.

On cite aussi des cas (rares, il est vraij île tumeur blanche, et même de suppuration de la jointure dues au rhumatisme blennorrhagique. Pour moi, ce que j'ai plutôt observé, c'est l'invincible lenteur que les lésions articulaires, parvenues au degré où elles ne sont plus qu'une incommodité, mettent à franchir le pas qui sépare cet état d'une résolution complète. Néanmoins les sages paroles de mon cher neveu sont, pour le praticien, un avertissement qu'il ne doit point négliger. L'arthrite blennorrhagique se présente comme une inflammation comparativement légère; et, cependant, elle peut avoir, sous le rapport de la motilité, des suites comparativement graves. Se laisser rassurer, se laisser désarmer par la bénignité que le mal affecte à son début et durant la phase d'acuité, serait donc une faute sérieuse, une faute, par ses conséquences, compromettante pour le malade et le médecin. Traitement. — Aussi recommandé-je de songer, en commençant, aux émissions sanguines locales. Je ne veux point, notons-le, qu'on les emploie, ni surtout qu'on les multiplie systématiquement; je demande seulement qu'on ne les omette pas non plus systématiquement, comme c'est assez l'usage aujourd'hui que la mode est surtout aux révulsifs. Le tour de ceux-ci ne tardera pas à venir chez notre malade. Mais, au début, pour peu que la fluxion soit prononcée et si elle affecte une des jointures où elle a de la tendance à s'enraciner (le genou), rien ne vaut une application de huit ou dix sangsues, secondée par le repos au lit, et des cataplasmes de farine de lin, que, dans ce cas, il faut recouvrir de coton et de taffetas ciré, et renouveler toutes les heures, afin que leur contact trop prolongé ne risque pas de causer un refroidissement. Le lendemain ou le surlendemain, on met un large vésicatoire volant. (Si c'est sur le genou, j'avertis de ne pas exempter de l'action du révulsif — comme on le fait habituellement — la rotule dont la doublure synoviale en a tout autant besoin que les autres partie» de cette mem-

mu MATISME BLENNORRHAGIQUE. i:i|

brane). Le vésicatoire peul et doil Bouvenl ôtre renouvelé.

L'immobilisation de la jointure, d'abord dans une gouttière, ensuite et de façon plus exacte par un bandage ouato- Bilicaté a, ici, les mômes Indications el la môme valeur que dans le traitement -les autres affections articulaires. Mais auparavant, et pour triompher de l'étal subaigu, on a 'lu employer soit un nouveau vésicatoire, soit le badigeonnage avec la teinture diode; une friction de quarante à cinquante secondes avec le crayon de nitrate d'argent fondu (bon moyen d'agir plus directement sur les endroits qui restent douloureux ; une compression méthodique par l'application de tmis couches de collodion riciné, ou par les bandelettes de diachylon ou de sparadrap de Vigo. Même à cette période, je réclame 'encore une place pour les saignées locales. Je me rappellerai toujours, comme souvenir de L'année IN'i.'i, un malade qu'aucun moyen local n'avait pu soulager d'une arthrite blennorrhagique métacarpienne et qui fut guéri, à ma barbe — je ne l'avais pas alors bien longue — par l'application de ventouses scarifiées, que lui fit, sans ordonnance, un artiste spécial. N'oublions pas pour les cas chroniques rebelles l'application de pointes de feu, largement faite et méthodiquement réitérée.

Les médications générales préconisées contre le rhumatisme articulaire aigu commun n'ont que peu d'efficacité contre celte espèce. J'en excepte cependant le tartre stibié à dose rasorienne, qui est d'un précieux secours pour faire résorber certains épanchements articulaires rebelles.

Il faut laisser l'écoulement uréthral sans s'en occuper et ne l'attaquer que lorsqu'on en a entièrement fini avec l'état articulaire aigu et même subaigu.

Lee bains de vapeur et bains lérébenthinés, les douches d'eau minérale sulfureuse, avec massage (pratiqué dans la perfection à Aix en Savoie . les bains locaux dans l'eau de tripes, l'immersion dans le raisin en fermentation con-

152 BLENN0RRHAG1E URÉTRRALE.

viennent à l'état chronique, ainsi que le massage, des mouvements méthodiquement imprimés, l'électricité, enûn les moyens chirurgicaux dirigés, s'il y a lieu, contre l'ankylose, moyens dont je n'ai pas à m'occuper.

Synovites tendineuses et hygromas. — De même que le rhumatisme hlennorrhagique a une prédilection, au début, pour l'articulation du genou, à la fin, pour celle des mains et des pieds, de même ce sont les gaines des tendons avoisinant ces deux ordres de jointures qu'on voit le plus souvent, dans le cours d'une blennorrhagie, être attaquées par l'inflammation. Tantôt ces phlegmasies coïncident avec l'arthrite ; tantôt elles ont une existence à part. Il en est de même de l'hygroma ou inflammation des bourses séreuses. La bourse qui est derrière et celle qui est sous le calcanéum sont le siège le plus fréquent de cette complication qui donne souvent lieu à une vive douleur.

Mais, dans les bourses comme dans les gaines tendineuses, l'évolution du processus phlegmasique s'accomplit avec rapidité; et d'autre part, la nature des tissus ainsi que celle des fonctions s'y prêtant moins, on n'observe pas là des terminaisons aussi graves que pour l'arthrite proprement dite. Un peu de raideur succédant à l'empâtement plus ou moins prononcé qui a caractérisé la période aiguë ou plutôt subaiguë, telle est la seule lésion contre laquelle le praticien ait à lutter, lésion de laquelle il triomphe en général aisément à l'aide de quelques-uns seulement, je veux dire des moins actifs des moyens dont nous avons parlé ci-dessus.

lritis. — Complication assez rare, on désigne, à tort, sous ce nom, les lésions qui, nées sous la même influence que celle qui produit l'arthrite blennorrhagique, affectent les parois de la chambre antérieure de l'œil. Virttis coïncide et alterne assez fréquemment, durant la blennorrhagie, avec les fluxions articulaires, le plus fréquemment avec celles du genou, qui ordinairement la précède. M. Rollet évalue cette

1 it i ris. i . i

fréquence à un sixième des cas. L'iritia est quelquefois double.

Il y a ici à étudier les lésions de la cornée, celle de l'iris, el les modifications de l'humeur aqueuse : 1 La moitié inférieure de la cornée (lieu d'élection offre un pointillé dû à la présence d'une foule de petites tache-, opalines, qui se réunissant, surtout sur la face postérieure de la membrane, en allèrenl la transparence. — ^" L'iris, refoulé en arrière, a un aspect trouble; Ba couleur parait changée par la diminution du pigment. La pupille esl parfois dilatée, au début, lorsque la maladie affecte l'allure d'une aquo-capsulile ; mais, même dans ce cas, cet état ne tarde pas à faire place au rétrécissement de la pupille, lequel est la règle ici comme dans toutes les iritis. L'ouverture pupillaire est quelquefois ilière; ultérieurement, synéchie postérieure. — 3° L'humeur aqueuse, plus abondante, contient des exsudats plastiques, niais pas de pus. Renferme-t-elle des gonocoques? Ce point se recommande aux recherches des spécialistes.

Cette inflammation a, dans sa marche, cela de particulier que Bouvent, .vu moment où elle semble s'annoncer comme disposée à persister et sur le point d'engendrer des désordres locaux sérieux, on la voit se terminer brusquement par i <•-,,lution ; résolution qui, par ses résultats comme par sa rapidité', mériterait plutôt le nom de métastase, puisqu'elle

coïncid dinairement avec l'invasion ou le retour d'une

Duxion articulaire.

Cependant la perspective de cette terminaison favorable ne doit pas inspirer au médecin une sécurité telle qu'il sursoie au traitement actif, qui esl toujours indiqué dès le débul de la complication oculaire.

traitement, bien différent «le celui de la véritable ophthalmie blennorrhagique dont il sera question plus loin), doit, avant tout, proscrire les caustiques; aucun collyre destiné à produire une action locale n'est ici nécessaire. Le

traitement est donc celui de l'iritis ordinaire : sangsues aux tempes, purgatifs, vésicatoires à la nuque, onctions belladonées, calomel à doses réfractées; instillations quotidiennes d'une solution de 0,05 de sulfate neutre d'atropine sur 30 grammes d'eau. En cas d'hypersécrétion de l'humeur aqueuse amenant une tension douloureuse, la paracentèse de la chambre antérieure serait indiquée.

[1 existe quelquefois alors une conjonctivite, mais sans acuité, sans sécrétion véritablement purulente : c'est un simple catarrhe.

Négligeant à dessein de décrire les périostites, névralgies, myélites attribuées à la blennorrhagie, et dont celle-ci pourrait bien n'être que l'occasion chez des sujets prédisposés, — je mentionne ici, mais je ne fais que mentionner la bronchite blennorrhagique , dont les docteurs Dendy et Headland ont rapporté des exemples. Les détails de leurs observations et le ton très modérément affirmatif de ces auteurs permettent de croire qu'entre l'affection bronchique et l'affection uréthrale, il y a eu un rapport de coïncidence, peut-èlre d'influence révulsive, plutôt que de causalité.

De cette notion , ou plutôt de cette supposition , on ne peut , d'ailleurs, tirer aucune indication pratique que celle soit de ramener l'écoulement uréthral, soit d'administrer le copahu, dans les cas de bronchite rebelle qui aurait été précédée d'une chaudepisse ou coexisterait avec elle.

lialano-posthite.

La balano-poslhite n'est pas une blennorrhagie. — On le prouve en considérant :

1° Que si elle était de cette nature, partant produite par contagion, elle serait aussi fréquente que la blennorrhagie uréthrale , puisqu'elle reçoit de première main le contact du pus de l'urèthre.

BA] \M» P0STH1TE.

' Que li balanite devrai) môme précéder la blennorrhagie uréthrale, le gland ayanl toujours été le premier, durant le

cuit, en rapport avec le contagium ;

.'! Qu'on ne peut trouver aucun Bigne capable de différencier la balanite Bimple soit inQammatoire, soii herpétique) d'avec la prétendue balanite blennorrhagique;

4° Que le copahu n'a aucune, absolument aucune influence sur cette Boi-disanl blennorrhagie, même dans le cas de phimosis, alors que l'urine passe el séjourne cependant sur la muqueuse qui e-t le siège do l'inflammation, comme elle passe el séjourne sur la muqueuse «le l'urèthre.

o° Une, à l'inverse de toutes les autres blennorrbagies, elle guérit régulièrement en quelques jours, par la simple application de charpie serbe ou imbibée d'un liquide astringent ;

ii (Juc, quoique purulent, le liquide de la balanite n'engen Ire jamais de blennorrhagie, ni par l'inoculation, ni pai le (Mit, die/ la conjointe :

7° Que enfin, dernière raison qui dispensait de toutes les autres, ce pus ne contient pas de gonocoques;

Et je conclus que les anciens n'étaient pas si mal inspirés quand ils appelèrent l'inflammation du gland ckaudepisse bâtarde, fausse gonorrkée!

Cette maladie a deux genres distincts : elle est de cause identelle, et alors Légère et peu durable; ou elle est plus grave et plu- prolongée; mais, dans ce second cas, c'est parce qu'elle est symptomatique d'une autre affection. Expliquons ceci :

A la >uite d'excès de mit ou de masturbation, ou de coït avec une femme leucorrhéique ou ménorrbéique, ou simplement par malpropreté cause portée parfois à Un degré inimaginable), on observe, Burtout quand l'organisme est disposé aux inflammations par la fatigue et les excès de boisson, on observe, di*-je, une rougeur plus ou moin- vive «le la

muqueuse balano-préputiale avec gonflement, sécrétion purulente, abrasion de l'épithélium (pour des yeux effrayés, simulant des chancres) : à un degré plus avancé, inflammation du tissu conjonctif sous-prépulial , d'où impossibilité pour le feuillet muqueux de ce repli, de glisser sur le feuillet cutané, d'où phimosis.

Cet état est essentiellement temporaire. Faites tout d'abord cesser la cause, et prescrivez en outre :

N° 26. — « Trois fois par jour, après avoir complètement décaloté1, appliquer tout autour du gland et de la base du gland, du coton mouillé de :

Eau distillée 30 grammes.

Nitrate d'argent 5 décigrammes.

« Puis recaloter, en évitant, dans ce mouvement, de ramener en avant le coton, dont une partie doit rester sur le sillon situé en arrière du gland. »

Grâce à celte simple médication, la guérison s'obtient on quatre ou cinq jours.

S'il y a phimosis, ou seulement tendance au phimosis, ne cherchez pas à le vaincre pour pouvoir faire le pansement direct. D'abord ce pansement peut tout aussi bien être porté sur les surfaces malades par voie d'injections faites, trois fois par jour, avec le liquide ci-dessus2. Puis, en vous obstinant à vouloir décaloter de vive force, vous produiriez des éraillures, nouveaux centres d'inflammation, devenant, par conséquent, un nouvel obstacle au glissement du prépuce; de telle sorte que, pour avoir obtenu, aujourd'hui, une fois en passant, le décalotement, vous retardez de plusieurs

1. Le jeune praticien doit être prévenu de la difficulté, parfois très grande, qu'on éprouve pour mettre à découvert la totalité des replis du prépuce enflammé. 11 faut l'avoir explorée soi-même pour se figurer la profondeur, chez certains sujets, de 1 'arrière-boutique balano-préputiale.

•2. Je tracerai le manuel de ces injections plus loin, en décrivant le traitement de la chancrelle.

BALANO-POSTHITB. 151

semaines le momenl où il redeviendra définitivement aussi facile qu'à l'étal normal.

I! existe d'autres balanites plus durables, et alors, elles Boni Bymptomatiques. Mais elles peuvenl l'être soit d'une lésion locale, Boil d'un étal général.

Parmi les premières on peut placer les diverses lésions vénériennes; mais remarquons une chose bizarre : celles de lésions qui fonl saillie, qui par conséquent impliquent un travail île prolifération, propagent et entretiennent à leur pourtour une inflammation plus intense et plus prolongée que celles qui sont ulcéreuses. Chez les individus qui portent Le gland couvert, les plaques muqueuses stratifiées et surtout le> végétations confluentes, s'accompagnent à peu près constamment de balano-posthite. Il -ullit, dans ce cas, de guérir la lésion génératrice, pour voir disparaître sa conséquence, la balano-posthite. Cela suffit. .. mais cela est nécessaire.

Quant aux causes diathésiques, je ne noierai que pour mémoire L'érythème syphilitique du gland et du prépuce, l'herpès prépulialis récidivant (dont il sera question plus loin). Ce sont là des affections qui ne font que simuler la balanite.

Mais il est un autre érythème, qui s'observe surtout vers

ge de cinquante ans, chez des sujets atteints aussi d'eczéma aux bourses et à l'anus. Une fois établi, il a des exacerbations et des rémissions, mais ne cesse jamais entièrement. La muqueuse est rouge, amincie, luisante, et surtout sujette à se couper par suite des frottements durant Le coït (accident qui désole particulièrement les malades).

Avant d'instituer Le traitement de cet état, il faut connaître, mais il faut surtout s'avouer les limites de l'art. Vous pourrez aisément triompher de chaque attaque par la prescription ci-dessus (n° 26), on mieux par l'usage du cold-cream, de cérat frais ; mais le succès ne sera que partiel et surtout

158 BLENNORRHAGIE URÉÏHRALE.

essentiellement temporaire. — Vous pouvez aussi, lors des remissions, travailler à rendre la muqueuse moins irritable, par des onctions avec la glycérine au tannin, l'application à demeure de colon imbibé d'eau blancbe ou de vin aromatique, les bains locaux journaliers dans un liquide astringent ; mais vous ne restituerez ainsi qu'en partie sa structure normale au tégument. A la moindre cause d'irritation, il se gercera de nouveau.

Dans ce cas, il faut vérifier si ce qui ne parait qu'une inflammation insignifiante n'est pas sous l'influence d'une dyscrasie, du diabète (ce qui est le plus fréquent), ou de l'berpétisme (qui coexiste assez souvent) et ces états morbides étant constatés constitutionnels, il faut les traiter par les médications et le régime appropriés.

Sclérose des corps caverneux.

Cette dégénérescence a le plus souvent une blennorrbagie pour antécédent, mais elle peut survenir sans blennorrhagie. A l'âge mûr, un homme s'aperçoit que durant l'érection sa verge se courbe à la façon d'une bayonnette; gêné pour le coït par cette difformité, qui s'est développée sans douleur, il vient consulter, et l'on constate que, notamment sur le dos et vers la racine de la verge, il existe sous la peau des plaques de consistance demi-cartilagineuse : en palpant, le doigt éprouve la sensation d'une coque de châtaigne placée sous le tégument. C'est l'enveloppe fibreuse des corps caverneux qui semble avoir subi cette transformation ; en réalité, ce sont les couches superficielles du tissu érectile des corps caverneux.

La syphilis peut coexister avec cet état ; mais ce n'est pas elle qui l'engendre, et la preuve c'est que les malades, démoralisés par l'envahissement de cette sorte de carapace qui lés condamne à l'inaction ou à l'humiliation génésique, coil-

BLBNNORRHAGIES DE I \ l i.MMK. lofi

sentent à absorber toutes les doses d'iodure qu'on leur permet, sans que cela exerce la moindre influence sur cette singulière affection donl il est tout aussi rare de voir la fin que difficile de connattre la cause.

Bile gagne en largeur, jamais en épaisseur, arrivée à un certain point, elle reste Btationnaire ; et je ne l'ai jamais vue se convertir en épithélioma, manifester La moindre tendance à h suppuration, ;'i L'ulcération. Il faut le répéter, parce que c'est la Beule consolation des malheureux ainsi atteinte de cet intempestif excès de raideur : tout i<i naît, croit, B'étend, persiste à froid/

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