BLENNORRHAGIES DE LA FEMME
\ *s. — .. Trois, quatre ou cinq fois par jour, Belon
l'abondance de l'écoulement, introduire, de manière .1 ce
qu'elle tienne en place, une mèche de coton mouillée d'eau
ilo-minérale enduite de glycérolé de tannin,
Étendre aussi ce corps isolant entre la grande lèvre el la
cuisse.
\n boul de trois jours environ, on remplacera ce liquide par le suivant :
Eau distillée 10 grammes.
Nitrate d'argenl 1 grain
>■ Ne continuer cette dernière application que pendant trois ou quatre jours
Avivée intentionnellement par cette médication substitutive, l'inflammation ne tarde pas à décroître sensiblemenl il, grâce à quelques soins de propreté, à l'application de poudre de talc, en touchant s'il y a lieu, avec le crayon, quelques points <>ù l'inflammation résisterait, comme pour la balanite, tout la plupart du temps est terminé en moins de huit jours.
Vaginite. — L'inflammation une fois développée, il n'y a se préoccuper de spécificité,' le traitement antiphlogistique, el d'abord, les injection? mucilagineuses el narcotiques -. le repos, en sont le seul remède proposable, si elle Bal aiguë. Prescrivez des lavements émollients; interdise/, toute excitation erotique. Le copahu, ici, est absolument impuissant. Les bains, excellent remède à cette période, ne sauraient être trop multipliés. Mais il faut que l'eau du bain pénètre dans le vagin. La malade obtient ce résultat en enfonçant à •'! ou ï centimètres de profondeur, soit son doigt indicateur, ><>\l une grosse canule percée de trous, ou bien en injectant a plusieurs reprises l'eau du bain, avec une de ces petites seringues en verre ou, ce qui est encore plus
commode, une de ces poires eu caoutchouc qui se manœuvrent aisément d'une seule main.
Au déclin de l'inflammation, on ajoute à l'injection une substance astringente (acétate de plomb, alun, perchlorure de fer, sublimé, acide phénique dilué, extrait de ratanbia), dont la dose, d'abord faible, sera augmentée à mesure que l'on constatera qu'elle n'irrite pas; augmentation graduée de manière à ce que la légère irritation momentanée, et salutaire, que l'injection produit, cesse au bout de cinq minutes. Ce n'est qu'en tenant compte de cette sensation, en la prenant pour guide, qu'on pourra doser utilement les astringents.
Dès que la muqueuse vaginale est devenue insensible au toucher, il est temps de recourir à des moyens plus actifs pour empêcher la maladie de passer à l'état chronique. L'isolement des surfaces est le meilleur. Ainsi :
N° 29. « En se couchant, enfoncer jusqu'au fond de la partie, l'une après l'autre, cinq petites boulettes de coton liées à un fil, de dix centimètres en dix centimètres de distance, et enduites de pommade au tannin ou de glycérine iodoformée (o d'iodoforme pour 100 de glycérine).
c< Les laisser toute la nuit : le matin, après les avoir otées (en tirant sur le fil dont un bout, à cet etl'et, a été laissé au dehors), faire une injection avec une décoction d'écorce de chêne a laquelle on aura mélangée une pincée de borax.
« Réitérer dans la journée cette injection1. »
l. L'injection peut être pratiquée avec une seringue, ou un irrigateur.
ou un injecteur aspirateur composé de deux boules en caoutchouc. Mais pour que le liquide pénètre et séjourne convenablement, la femme doit « se coucher et maintenir le bassin élevé, de manière à ce que la partie supérieure du vagin en devienne le point le plus déclive. Dans cette position, conservée plus ou moins longtemps après l'injection, le liquide pourra séjourner dans les parties et agir comme un bain Local. » (Ricord.) Il est un autre moyen plus commode de garder le liquide; mais il ne convient qu'aux personnes qui n'uni pas le vagin très spacieux. Il consiste à se servir de la seringue en verre, usitée pour les injections uréthrales chez l'homme. La seringue remplie est introduite a ."> rentitnètrea de profondeur, de manière à ce qui' ce ne sud pas seulement
BLENNORRRAGIES DE I \ FEMME. I 71
On varie les injections astringentes, en employanl les mêmes substances que pour les injections uréthrales, chez l'homme, mais à dose double.
I n cas d'écoulement fétide, ajouter aux injections un peu de liqueur de Labai raque.
A un étal plus avancé, c'esl à-dire entièrement indolent, il reste deux ressources : le tamponnement plu- méthodique à l'aide du spéculi A la cautérisation.
I l ne ou deux Fois par jour, après avoir introduit un spéculum cylindrique, on y pousse l'une après l'autre comme il esl dil ci-dessus de petites boulettes de charpie ou de coton, préalablemenl roulées dans de la poudre de borate ou de benzoate de soude.
Les premières boulettes doivent être assez petites pour pouvoir s'insinuer dans les culs-de-sac utéro-vaginaux. En retirant le spéculum, bien appuyer sur les boulettes avec la longe pince qui a servi à les enfoncer, afin qu'elles restent exactement à la place qu'elles doivent occuper.
2° Pour cautériser, on place d'abord le spéculum : et le col étant bien apparent, on commence par toucher son orifice, sa surface extérieure, ainsi que les culs-de-sac, avec le crayon de nitrate d'argent solidemenl emmanché dans un canon de plume. Cela fait, on relire lentement le spéculum el à mesure qu'il sort, on porte le nitrate sur les parties de la surface vaginale que le reirait de l'instrumenl met à découvert et qui viennent successivement se présenter dans son champ. Avant de terminer, pousser vivement une injection d'eau salée,
avec une petite sering [u'on a chargée d'avance; on évite
ainsi que les parties de nitrate d'argent restées intactes ne
Bon bec, mais sa partie renflée, son corps qui pénètre dans le vagin. La femme attire alors de la main gauche les bords de l'orifice par en haut, de façon à en coiffer exactement la seringue; j > ■ i i < elle pousse le l>i-t'>n ■!>■ la main droite Cela fait, il faut tenir la seringue dans I
U"ii >ii l'a Qxée, et l'y garder pendant t < >u( le temps qu'on désire
i \ er l injection.
viennent inutilement et très douloureusement cautériser la vulve. La cautérisation doit être réitérée trois ou quatre fois, à six ou huit jours d'intervalle.
Est-il nécessaire d'ajouter qu'on devra tenir compte de l'état général, des complications dyscrasiques ou diathésiques, notamment de l'anémie, de la scrofule et de la gastralgie, causes si actives et si communes de la persistance des écoulements vaginaux? On pourvoit à ces indications diverses par les reconstituants, ferrugineux, hydrothérapie, vie à la campagne; par les sulfureux, eaux minérales naturelles; antiscrofuleux, huile de foie de morue, frictions sèches, insolation. Deux recommandations méritent d'être répétées : continence et usage constant de caleçons de flanelle. Surveiller aussi et surtout favoriser la régularité de la menstruation.
Métrite. — La blennorrhagie utérine nécessite, si, ce qui est rare, elle est à l'état de suracuité, le repos au lit avec flexion des cuisses, des cataplasmes émollients sur l'hypogastre, parfois une application de sangsues sur le point le plus sensible du ventre, de doux laxatifs, des quarts de lavement laudanisés; au déclin de l'acuité, des frictions rubéfiantes sur l'abdomen avec la teinture d'iode, ou même un vésicatoire volant, des bains réitérés et prolongés. Pendant cette période, s'abstenir de toute médication directe.
Plus tard, lorsqu'en touchant le col, en le poussant en haut avec le doigt, en faisant tousser la femme, on ne produit plus de douleur, il est temps d'en venir aux moyens locaux. On porte dans le col et on y laisse à demeure de petits cônes faits avec partie égale de tannin et de gomme arabique. Dans les cas rebelles, deux ou trois applications de nitrate d'argent fondu1 doivent être réitérées à trois ou quatre jours d'intervalle.
1. Les injections intra-utérines sont aujourd'hui avantageusement
i;i l NNORRHAGIES DE LA FEMME. I7:i
Si, quoique très mélhodiquemenl employées, ces instillalions el cautérisations de la cavité utérine restent assez Bouvenl infructueuses, c'est, — fa.il avec raison observer M. Brraud — c'esl que déposé a la Burface de glaires ou de pus, le nitrate d'argent Be transforme, au contacl des albumunoïdes <!<•> tissus, en chlorures, Bans avoir atteint la région sous-muqueuse, foyer de l'inflammation parce qu'elle es! le refuge des gonocoques. Il faut donc d'abord racler la muqueuse avec la curette de Volkmann, ■• de façon à mettre à nu le tissu sain el ;ï dépouiller autant que possible lea parlies malades et du gonocoque et des' produits auxquels sa prolifération donne naissance. » Ce n'esl qu'ensuite qu'on procède aux instilaltions soit avec la liqueur de Van Swieten, soil avec une solution de nitrate d'argent au 30e. Cola fait, on applique dans le col de la gaze iodoformée, qu'on enlève au bout de troi< ou quatre jours, pour donner une douche vaginale détersive, après laquelle on renouvelle le pansement.
Enfin, les bains de siège, les douches d'eau froide (dans le Vagin, sur l'hypogastre et les reins), les bains de mer, les eaux sulfureuse-, l'hydrothérapie, ont complété plus d'une guérison dont la lenteur tenait bien plutôt à la présence de quelque affection constitutionnelle qu'à quoi que ce lut de spécifique. — Ces médications sont aussi celles qui conviennent à la salpingite, avec ou sans ovarite et pelvi-péritonite, complications qui, surtout à leur début, indiquent
remplacées par le procédé de Bandl. I.a malade étant dans une position telle que la vulve -"il située plu- naul que le col, on applique un spéculum plein, dans lequel on injecte le liquide médicamenteux. Cela fait,
■ Mi introduit plu- ou moins profondé ut dans la cavité du col une
sOnde métallique percée dans toute -a longueur de plusieurs trous très rapprochés les uns des autres. Le liquide astringent ou caustique qu'on s'.'si borné à verser . pénétrant par ces trous; s'introduit dans la cavité du col, et la remplissant sans ladistendre, — inconvénient qui a lieu avec les injections, — il réalise le leu médicatëur qu'on se proposait, sans faire courir le i isque 'I aucun accident.
17, BLENNORRHA.GIE URÉT11KALE.
quelquefois le traitement des grandes inflammations abdominales, frictions mercurielles, applications de collodion, vésicatoires volants, purgatifs. Voir plus haut l'indication du traitement opératoire.
Urélhrite. — On peut, quand on a la chance d'arriver à temps, faire avorter l'uréthrite, en introduisant à 12 ou 15 millimètres dans le canal un crayon de nitrate d'argent fondu, dont on a préalablement arrondi le bout en le frottant sur un linge mouillé. On le trempe alors dans l'huile, on le fait pénétrer vivement et on ne le laisse séjourner que 5 ou 6 secondes, en le tournant deux ou trois fois sur lui-même.
Si, au contraire, l'inflammation de l'urèthre a eu le temps de se développer, on lui oppose, comme à celle du même canal chez l'homme, les bains, les boissons émollientes, le régime approprié. Le méat étant quelquefois fort sensible aux frottements, on y étend doucement un peu de coldcream, de cérat belladone ; et on y applique un cataplasme de mie de pain.
Le copahu et le cubèbe ont sur cette uréthrite le même effet spécifique que sur celle de l'homme. Par conséquent, lorsque la douleur en urinant est très vive, on peut avec grand avantage employer ces remèdes à titre de palliatif. Bien souvent je n'ai pu que grâce à leur secours apaiser des souffrances que les sédatifs ordinaires, même à haute dose, ne parvenaient pas à soulager.
Si l'action des antiblennorrhagiques est toujours et à toute période favorable, il est rare qu'elle suffise ici pour procurer une guérison complète. Presque toujours, il faut terminer par des injections. Mais, vu la difficulté de les répéter, comme chez l'homme, trois fois par jour, il est préférable d'attendre que la maladie soit bien mûre, à peu près indolente, et de prescrire alors, en nombre restreint, des injections très actives, soit quatre ou cinq injections (de 10 à
BLENNORRHAGIE l ONJONI l'i\ \M 173
15 centigrammes de nitrate d'argent pour 30 grammes d eau qu'on fera à 36 ou 18 heures d'intervalle.
G'esl aussi par des injections caustiques introduites au moyen d'une seringue d'AneJ qu'on guérira la blennorrhagie des petits follicules qui siègent autour du méal urinaire.
La • ystite, complication beaucoup plus rare, i nez la femme, de l'uréthrite, se traite par les moyens indiqués pour la cytite de L'homme.
Blennorrhagie conjonctivale.
La plus grave de toutes, elle esl heureusement assez i ire. Je passe quelquefois une année entière sans en observer d'exemples. Il esl vrai que ces cas, don! l'origine spéciale esl sujette à être méconnue, vont souvent de préférence se faire soigner dans les hôpitaux ou au\ cabinets de nos collègues ophtalmologistes.
Elle résulte presque toujours du dépôt sur la conjonctive d'un peu de pus blennorrhagique fourni par le sujel lui même; rarement du pus provenant delà blennorrhagie d'un autre sujet.
Examinons les occasions dans lesquelles a lieu ce contact accidentel. Les signaler, c'est d'abord faire de la pn iphylaxie : et, ici, la prophylaxie vaut bien la peine qu'on s'en occupe. Mais c'est aussi la meilleure médecine: car, -i l'on ne s '3 esl pris à temps (ce qu'on ne peul faire que bien instruit de- circonstances où la contagion s'opère), bien souvent, malgré tous les remèdes, un œil contaminé est un œil perdu ou risquant de demeurer fortement compromis.
a. Le premier soin du blennorrhagien, dès son lever, esl
de voir s'il coule, ce qu'il coule, combien il coule. Il presse
donc le canal et cueille du bout du doigt le pus qui sort. Mais
tupières, collées par le sommeil, l'empêchant de bien voir,
il les frotte, de ce mêmedoigt, pour les décoller... Contagion.
176 M.ENNORRIIAGIE URÉTIIHALE.
b. Un blennorrhagien pisse contre un mur : rien de plus ordinaire. Mais le mur est poli; mais un reste d'érection donne à l'angle d'incidence du jet une ouverture telle que sa réflexion en dirige quelques gouttes vers l'orbite. Or, les premières gouttes chassent toujours devant elles un peu de pus uréthral... Contagion. — J'ai observé un exemple de ce mécanisme chez un jeune homme atteint de blennorrhagie, qui, deux jours avant d'être affecté de conjonctivite purulente, s'était senti l'œil frappé par son urine, en pissant contre le tambour en tôle qui couvre la roue d'un bateau à vapeur.
c. Même danger, pour ceux qui, secouant la verge sans précaution, pour chasser au dehors le pus de l'urèthre, en lancent ainsi une goutte qui peut s'introduire entre les paupières.
d. Quelques personnes, affectées de maux d'yeux, entendent dire que le meilleur remède est de se laver avec sa propre urine. Ont-elles une blennorrhagie? La condition principale pour la bonne composition du remède» formulé avec cet adjectif, faisant évidemment défaut... Contagion.
e. Ici viennent les linges, éponges, objets de toilette ou de pansement ayant servi à un blennorrhagien; de même l'eau qui vient de lui servir à prendre un bain de la verge ; voire l'œil artificiel prêté par un blertnophtalmique à son camarade ; ou bien le doigt qui vient de s'égarer Immédiatement audessus du méat d'une femme atteinte d'uréthrite blennorrhagique, et que le pauvre amoureux se met ensuite clans l'œil, au propre comme au figuré ! — Ce sont là d'insidieux mais assez communs agents de contagion.
/. Un de mes malades, atteint de blennorrhagie uréthrale aiguë, prenait un bain tiède. Eii se soulevant, le pied lui glisse, et sa tête plonge dans la baignoire. Le pus blennorrhagique nageait probablement à la surface de l'eau, et le plongeon eut lieu d'une façon exceptionnellement malheureuse; car deux jours après, il se déclara Une ophthalmie
BLENNOHRHAGIE CONJONCTIYALE. 1"
blennorrhagique, bien caractérisée, qui envahi! successivemenl les <\ru\ yeux.
g. Le pus d'un œil malade peul couler par son propre poids dans l'autre œil, si le sujet, étanl couché, a l'imprudence il'' tenir la lôte appuyée Bur le côté sain. C'esl donc la un risque de contagion pour tous les malades, pour les camards surtout, a-t-on dit.
//. Kn Lraversanl un vagin tapissé de pus contagieux, le nouveau-né y peut prendre le germe «l'une véritable ophthalmie blennorrhagique, maladie analogue sous quelques i ■ . i [ > ports, mais bien supérieure en gravité à lablennophthalmie catarrhale si fréquente àcel âge, et que l'on confond souvent avec l'ophthalmie blennorrhagique. — On comprend mieux la fréquence de ce danger, aujourd'hui que l'on connail le grand nombre de blennorrhagies du col et de la cavité utérine.
i. En examinant un bien rhagien, le médecin trouve
souvent le mëal urinaire fermé parune croûte. Qu'il presse sans précaution le canal derrière cette croûte, et le pus qu'elle recouvre pourra lui jaillir entre les paupières... De même, en faisant des injections dans un œil affecté, vous pourrez être atteint par une goutte du pus que votre seringue expulse de l'œil du malade... Pendant que vous examinez un enfant, son pus lui coule des paupières sur la joue, de la joue dans la bouche : il le crache en l'air pour s'en débarrasser et vous le recevez dans l'œil. Voilà des exemples très réels et très utiles a connaître, d'ophthalmie blennorrhagique par cause professionnelle.
j. 11 existe des cas d'inoculation pratiquée intentionnellement, surtout de mari à femme, dans un l>ut coupable, par haine ou vengeance.
/,. Enfin, citons, en terminant, les inoculations faites volon tairement pour obtenir la guérison du pannus.
Symptômes >■/ marche. — L'inflammation blennorrhagique de la conjonctive débute si vite après l'acte contagionnanl
Du. an. |J
178 DLENNORRHAGIE URÉTHRALE.
(8 ou 10 heures), atteint si rapidement un haut degré d'intensite qu'on n'est pas longtemps exposé à la confondre avec une ophthalmie catarrhale. Il faut donc ohserver avec une attention, suivre avec une vigilance extrêmes toute irritation ocu^ laire qui vient à se développer chez un sujet atteint de biennorrhagie. N'exagérons rien, cependant ; certains malades, avertis du danger possible, et très timorés, viennent parfois vous demander avec instance des remèdes énergiques, la cautérisation même, pour la moindre rougeur qu'ils se découvrent aux paupières... Résistez, dans une juste mesure. Informez-vous s'ils ne sont pas habituellement sujets aux ophthalmies, s'ils ne sont pas rhumatisants, diathèse qui à elle seule crée parfois une blennophthalmie. Demandez, en tout cas, quelques heures pour vous décider : le mal aura révêlé de lui-même sa nature par la rapidité de ses progrès.
Sa marche, en effet, est caractéristique, effroyablement caractéristique. A la rougeur initiale, avec cuisson et chaleur, qui s'observe dans toute ophthalmie, succède rapidement une coloration beaucoup plus foncée des tissus et une douleur violente. En peu d'heures, les paupières deviennent œdémateuses; la supérieure, plus tuméfiée, retombe audevant de l'inférieure qu'elle recouvre en partie. Si vous la soulevez et l'écartez de l'autre, ce qui ne s'obtient qu'avec peine, il s'échappe comme un flot de pus, séreux au début, mais bientôt jaune ou vert, épais, qui excorie ce qu'il touche, les joues et surtout les paupières déjà enflammées par leur participation au processus qui a frappé la conjonctive. La fièvre reste modérée, mais le malade que tourmente l'insomnie, la douleur locale, l'incertitude ou plutôt la trop réelle certitude du sort de son œil, la crainte que l'autre ne soit attaqué, a encore à compter avec la vive souffrance que causent les explorations ainsi que les médications topiques, et enlin avec des irradiations névralgiques péri-orbitaires aiguës.
En mettant l'œil à nu, on remarque d'abord un bourrelet
II!.! NNOIUUIAWK C.iNhiM'.TIVM K. 170
rouge foi ini- par le gonflement du segment de conjonctive qui tapisse les culs-de-sac oculo-palpébraux ; el ce bourrelet, ne pouvant trouver de place pour son développement Bans renverser en dehors la paupière inférieure, détermine ainsi un ectropion qui dure aussi longtemps que la période aiguë de la mala lie.
A son tour, la tuméfaction de la conjonctive oculaire produit un chémosis. Quant à la cornée, tantôt elle tend à se mortifier par le fait môme de ce chémosis, de ce gonflement qui, pressant sur toute >a circonférence, y suspend l'apport des éléments de nutrition; tantôt elle subit un épanchement purulent interstitiel, qui d'abord l'opacifie, puis l'ulcère. Soit par l'un, -"it par l'autre de ces deux mécanismes, si le mal dure quelques jours, on la voit souvent se perforer, et les humeurs de l'œil ainsi que le cristallin sortent, laissant un Btaphylôme de l'iris ou un moignon informe voué à l'atrophie progressa <■. Tel est, en effet, le résultai trop fréquent, et parfois réalisé en moins de trois jours, de cette phlegmasie galopante, où la pyogénèsea pour siège et pour agents tous 1rs éléments de la conjonctive, les noyaux du tissu conjonctif comme les cellules les plus externes de l'épithélium, et l'issue des leucocytes a travers les parois des vaisseaux.
Ce désastre irrémédiable n'est pas seulement, notons-le bien, une des terminaisons possibles de la blennorrhagie conjonctivale, C'en est la conséqnence assez fréquente, la conséquence à peu près certaine, si l'art n'est pas intervenu à temps el énergiquement.
Prophylaxie. — Elle se propose ici deux objets : 1° éviter le transport dans l'œil du pus de la bb-nnorrhagie (c'est à ce but que tendent les détails minutieux donnés ci-dessus sur les voies diverses par lesquelles peut s'opérer la contagion accidentelle); 2° une fois l'un des deux yeux atteint, préserver l'autre du contact du pus contaminant. On y parvient en pré-
venant, à chaque visite, du danger le malade et les assistants; en condamnant l'œil sain à l'occlusion, qu'on maintiendra au besoin par un bandage approprié; enfin en prenant soimême et faisant prendre aux aides, pour appliquer la médication locale, les précautions nécessaires pour que les injections médicamenteuses ne projettent pas le pus contagieux entre les paupières de l'opérateur ou de l'autre œil du malade.
Traitement curalif. — En voici les règles précises, tracées de main de maître ;\q mot s'entendant en sa double acception de magistrale et d'impérative, ce qu'il faut dans le cas actuel, main digne décommander et qui sait se faire obéir :
« Nous ne connaissons actuellement que deux substances qui tuent le gonocoque de Neisser :
1° Le nitrate d'argent (déjà consacré par une longue expérience) à la dose de 1 p. 400 au moins (strict minimum);
2° Le sublimé à 1 p. 1000.
-< Donc, en présence d'une conjonctivite blennorrhagique, affection à marche foudroyante pour la cornée, il faut se hâter d'agir vite, bien et longtemps, en combinant ces deux agents comme suit :
« 1° Toutes les douze heures, cautériser hardiment la conjonctive palpébrale et celle des culs-de-sac, avec un pinceau trempé dans la solution suivante :
Eau distillée :>0 grammes.
Nitrate d'argent 1 gramme.
en ayant soin de neutraliser le nitrate d'argent non utilisé par de l'eau salée, injectée après la cautérisation.
« 2° Dans l'intervalle des cautérisations, laver l'œil et le sac conjonctival toutes les deux heures, voire même toutes les heures s'il est possible avec :
Eau distillée 1000 grammes.
Sublimé i gramme
NNORRHAGIB CONJONCTIVALE. 1*1
i mtinuer ce traitement jusqu'à arrêl complet de la Buppui .il ion quinze ou \ ingl jours .
a II ne faul donc plus jamais, comme par le passé, se '-i>ntenter de quelques cautérisations faites de loin en loin avec la pierre infernale, et surtout ne plus se Qer désormais, pour les lavages oculaires, aux solutions plus ou moins concentrées d'acide phénique, d'acide Balycilique, de tannin, de Bulfa cui\ re ou de zinc, de benzoate de soude, etc., etc., que l'expérience a démontrées impuissantes contre l'évolution et la pullulation du gonococcus.
Désormais, toul malade atteint d'ophtalmie gonnorrhéique, qu'il soil nouveau-né ou adulte, devra done êl re sj stématiquement soumis pendanl deux ou trois semaines : 1° aux cautérisations par le nitrate d'argenl à - p. 100, deux el même trois fois par jour; 2° aux lavages ou irrigations toutes les heures, avec une solution de sublimé à 1 p. 100 I. Hors de là, point de salut assuré.
■ ■ Avec cette méthode, rigoureusement appliquée dans tous les cas d'ophtalmie blennorrhagique, l'on arriverait ,;i diminuer le nombre des aveugles dans la proportion de 12 à 15 p. 100. Ce serait, pour ne parler que de la France, un chiffre de trois ou quatre mille aveugles que nous pourrions épargner à notre paj s.
Pour faire ces irrigations, on se servira avantageusement, au lieu de seringue ou d'irrigaleur, d'une simple poire en caoutchouc donl <>n introduit la canule vers l'angle externe ou interne de l'œil, entre le- paupières fermées: la poire étant vigoureusemenl comprimée, le jet liquide \;> nettoyer tous les \>\\< et anfractuosités du sac conjonctival. Ce simple appareil, dont le prix et la manœuvre sont à la portée de tous, esl très digne d'être recommandé. Avec lui, le malade peut faire ses lavages seul el sans l'aide de personne. Communiqué par M. le l)T Grand-Clément.
Blennorrhagie anale.
N'ayant vu aucun cas de cette maladie, je dois la croire très rare. Est-elle une blennorrhagie véritable? N'est-elle qu'une inflammation simple, produite et entretenue, comme la balanite, par quelque état diathésique?... Il est très difficile de se prononcer à cet égard : d'abord parce qu'on manque d'observations détaillées; puis, parce que les causes qui portent au contact de l'anus du pus blennorrhagique, c'est-à-dire les manœuvres de la sodomie, déterminent souvent des chocs, des déchirures d'où peut résulter de l'irritation. Cependant, chez les femmes, la contagion peut s'opérer par un autre mode, sans violence; c'est quand la matière blennorrhagique qui coule du vagin vient, durant le décubitus dorsal, baigner la marge de l'anus. Il est vrai que Vidal, à qui j'emprunte ce passage, dit seulement que ce pus, que ce muco-pus peut « déterminer là une espèce de blennorrhagie ». — Bonnière a provoqué la blennorrhagie anale, chez une femme affectée de blennorrhagie uréthrale et conjonctivale en barbouillant la muqueuse anale avec le produit de la sécrétion de la muqueuse oculaire. Au résumé, en cas d'écoulement suspect par l'anus, la recherche des gonocoques, quelque résultat qu'elle donne, est le plus sûr moyen de reconnaître la nature du mal et souvent par sa nature, son origine.
Quoi qu'il en soit, si, avec le signalement local infundibuliforme du sodomiste, on voit la muqueuse de son anus rouge, excoriée, sécrétant une matière purulente, il faut d'abord s'assurer si cet état ne tient pas à un traumatisme spécial de date récente ; il faut vérifier, en second heu, s'il ne dépend point de la présence d'hémorrhoïde, de rétrécissements, fistules, fissures, plaques muqueuses, végétations, ou quelque autre lésion. Et l'on agira, selon le degré d'in-