‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 22 sur 90 · HISTOIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

HISTOIRE GÉNÉRALE

transmettre l'ulcère. ''n -ail. en effet, quel parti, sous le nom d'inoculation expérimentale, les auteurs «lu Becond liera 'lu Biècle 'Mit lire de cette pratique pour l'élucidation des questions doctrinales, notamment de celles qui onl rapport ■< la différenciation de la chancrelle d'avec le chancre syphilitique.

Quel est !<• nombre des chancrelle* comparé nu nombre des chancres syphilitiques '.' — Cette question, qui intéresse et la pathogénie et la police sanitaire, a préoccupé plusieurs spécialistes. Elle s'imposait (railleurs, on peul le dire, a leurs méditations par la rapide décroissance «lu chiffre absolu et relatif des chancrelles; puisque ce chiffre qui. en 1848, élait à celui des chancres dans la proportion de .'{ à I. esl descendu jusqu'à lui être d'abord égal, et même dans ces dernières années très inférieur (les cas de syphilis restant d'ailleurs aussi nombreux). — A quoi est due cette diminution? La plupart des écrivains en font honneur à l'exécution de plus en plus vigilante des mesures sanitaires ; et, faute de données positives, nous ne contesterons ni ne discuterons ce point d'ailleurs sans importance pratique.

3" La chancrelle est-elle indéfiniment, partout, réinoculable au sujet qui en est porteur?

Oui, et sans conteste. Toutefois, il y a deux réserve- à formuler à ce sujet.

D'abord, — fait mis en évidence par les syphilisateurs, — une région quelconque du corps ne possède qu'une certaine somme de réceptivité à l'action du contagium chancrelleux. Successivement répétées dans une région donnée, même faites avec du pus provenant d'une source renouvelée de temps en temps, les inoculations n'y produisent que des ulcérations de moins en moins étendue-, de moins en moins durables, de moins en moins douloureuses. Et les dernières inoculations prennent à peine, ou ne prennent plus. C'est là la saturation locale dan- laquelle les Byphilisateurs avaient

1% CHANCRELLE.

cru voir réalisée l'irréceptivité de tout l'organisme, et par suite la préservation de l'individu ainsi saturé contre toute nouvelle contamination — même contre celle de la syphilis, affirmaient-ils dans leur illusion é'identistes ! Mais cette saturation, qui n'est que locale, n'est pas non plus définitive. Au bout d'un certain temps elle cesse, et les inoculations qui échouaient dans un endroit y ont de nouveau un résultat positif. — Secondement, on a remarqué, dans les inoculations expérimentales, que l'ulcère contagieux, que la chancrelle qui en résulte a plus d'étendue, de durée, s'accompagne de plus d'inflammation, résiste davantage à la cautérisation abortive dans certaines régions que dans d'autres. Par exemple, de deux inoculations faites avec le même pus, le même jour, sur le même sujet, l'une sur les cuisses, l'autre à l'épigastre, la première aura un cours deux fois plus long que la seconde. Le corps, sous ce rapport, peut être divisé en deux moitiés, la sus et la sous-ombilicale. De là deux préceptes : quand on croit devoir demander à l'inoculation un supplément de lumière pour le diagnostic, éviter de la faire dans une région où l'on serait exposé à la voir dégénérer en ulcère phagédénique. D'autre part, sous le rapport doctrinal, si l'on voit une inoculation pratiquée sur les flancs, sur le sternum, ne donner qu'une chétive et éphémère pustule, ne pas se hâter d'attribuer à l'inactive qualité du contagium ce qui provient de la qualité défectueuse du terrain d'ensemencement.

S 2. — Évolution; diagnostic.

Quand elle a cinq ou six jours de date, — quand elle occupe une surface aisément explorable, — quand sa physionomie n'a pas été altérée par le phagédénisme ou la gangrène, ou par l'action de quelque topique, — quand elle n'est pas recouverte d'une croûte, — quand elle s'est développée sur

i \..| i PION ; DIAGNOSTIC. 191

une partie du tégument qui, antérieurement el actuellement, était intacte, exempte de maladie, la chancrelle est d'un < 1 i ; i gnostic facile. Qui pourrait méconnaître ces ulcérations, toujours nées «lu contact, immédiat ou médiat, du pua de ehancrelle, donnant leur premier signe d'existence deux jours après L'acte contaminant, el offrant déjà, ici* ou quatre jours après cet acte, leurs caractères objectifs pleineuement accentués; ulcérations comprenant ordinairement la totalité du derme, circulaires, multiples, à base molle, à bords taillés à pic, dit-on partout, mais, selon moi, plus que taillée à pic, décollés; ulcérations dont le fond suppurant, saignant facilement, anfractueux, est couvert d'un détritus eouenneux, pultacé; ulcérations essentiellement proiae<si\i'-. mais non moins essentiellement tendant ensuite à la cicatrisation ; douloureuses au toucher, au frottement, durant leur période d'augment; causant, pendant cette période, la Bensation plus ou moins forte, mais toujours perceptible pour le malade un peu attentif, d'un rongement qui revienl par intermittences; ayant une durée normale de quatre ou cinq semaine-; subissant, comme toute Lésion, l'influence des troubles de l'organisme, mais n'étant jamais suivie de viciation, d'infection constitutionnelle; d'ailleurs, spontanément et artificiellement réinoculables, et inoculable- mm seulement aux hommes mais aux animaux (il a été dit plaisamment qu'on peut m'en croire), aptes à se développer chez n'importe quel individuel ne créant point, chez celui que ce contagium a frappé, d'immunité réelle contre ses atteintes ultérieures.

Voici pourtant quelques causes d'obscurité qu'il est utile de Bignaler.

Date trop récente. — Le malade, qui toujours s'illusionne Bur la pureté de la source où il a puisé', aime à en. ire, s'obstine à soutenir que ee n'est qu'une écorchure. Interrogez-le minutieusement : poussé au pied du mur il finira par recon-

198 CIIANCRELLE.

naître qu'il n'a senti cette prétendue écorchure que trois ou quatre jours après Je coït l.

Siège caché. — Il peut être caché :

A. Soit parce qu'il est hors de la portée de la vue, comme dans la fosse naviculaire , ou sous un phimosis. Dans ces cas, en palpant sur le point suspect on cause de la douleur, parfois du saignement ; il s'écoule au dehors une suppuration caractéristique, inoculable; enfin la chancrelle, en progressant ou en se réinoculant de proche en proche, devient quelquefois perceptible, finit, comme on dit, par mettre le nez à la fenêtre. On voit alors apparaître, au méat, ou, en cas de phimosis sur le limbe du prépuce, des ulcères à la fois effet et révélation de ceux qui existent plus profondément.

B. Soit parce qu'il est, en même temps, hors de la portée du toucher, comme dans l'urèthre, dans l'intérieur du col utérin. Ces cas sont très rares; mais il faut être averti de leur possibilité.

C . Soit parce qu'il occupe une surface plissée, l'anus, la vulve, l'arrière-cavité du prépuce. — « Déplissez la surface », dira-t-on. — Bon conseil assurément, mais pour montrer combien parfois il est difficilement exécutable, qu'il me suffise de rappeler qu'un praticien souverainement expérimenté, que Clerc confesse avoir deux fois cherché vainement, avoir été sur le point de laisser passer inaperçue une petite ulcération de la vulve, qu'il savait exister, qu'il ne pouvait découvrir, qu'il aurait finalement renoncé à trouver, si la femme, se déplissant elle-même, ne lui eût pas dit : « Voyez, c'est là! » Cet exemple est en même temps un avertissement et un précepte.

Siège insolite. — A la joue, au cuir chevelu, à la paupière, aux lèvres, dans la bouche, sur les membres, un ulcère n'éveille pas, à première vue, l'idée qu'il est de nature chan-

1. Le diagnostic outre la chancrelle et l'herpès récidivant sera exposé plus loin dans l'article consacré à cette dernière affection.

i VOLI I ION DIAGNOSTIC. 199

crelleuse. Dana certaines conditions morales el Bociales, il donnerait plutôt la pensée d'un aphthe, 'l'une lésion traumatique. Qu'on y songe, et qu'on é\ ite encore plus de juger sur la région que sur r apparence.

Apposition d'un corps étranger sur /</ chancrelle. Souvent te ma la île \ ous présente son ulcère couvert de débris de charpie, d'une plaqué de baudruche, 'le détritus de calomel ou de cendre de cigare... Il peut paraître superflu que j'enseigne à ne pas prendre ces corps pour l'ulcération elle-même. Mais eelte inadvertance que. en général, le client se plaît à redresser immédiatement, porterait une atteinte sérieuse à votre prestige doctoral d'infaillibilité.

Plus souvent encore, par une inconséquence singulière, le client qui vient, a midi, vous prier de «lire ce que vous pense/ de son ulcère, se l'est cautérisé le malin même, de sorte que vous voyez, une brûlure, et pas autre chose. Parfois, alors, une petite partie de la surface, qui a échappé au caustique, vous permettra d'en apprécier la nature. Mais si cette re—ource vous manque, suspende/, le jugement qu'on vous demande, au lieu de vous exposer à errer en voulant le porter d'après des éléments insuffisants ou trompeurs.

Certains topiques laissent aussi, après leur emploi, une couche qui masque l'aspect de la plaie ; telle est la lie du \in aromatique, la concrétion demi-solide formée par l'acétate de plomb.

Mais le plus commun de ces corps étrangers est fourni par la plaie elle-même. Sur toute chancrelle, dont le siège est exposé à l'air, il s'est formé: une croûte qui adhère plus ou moins à la surface de l'ulcère. Ne vous y trompe/ pas. Il ne faut juger qu'après avoir ôté la croûte. Mais gardez-vous de vouloir la détacher séance tenante. En faisant saigner vous feriez souffrir le client, vous l'exposeriez ainsi à un bubon, et le sang masquant l'ulcère entraverait votre diagnostic. In bain, un cataplasme préviendront ces inconvénients.

200 CHANCRELLE.

Ne confondez point avec la croûte l'eschare, dans certaines chancrelles frappées de gangrène. Ici, tout est fait pour prévenir l'erreur : la verge est tuméfiée; l'eschare est noire, sèche ; une auréole rouge ou violacée l'environne; enfin, loin de pouvoir être détachée sur l'heure, elle ne se séparera qu'au hout de quelques jours, par le fait du processus inflammatoire éliminateur.

Lésion préexistante, au point sur lequel la chancrelle s'est développée. — Cette complication est aussi complexe que fréquente, et parfois elle se produit de manière à déconcerter le plus hahile. Fréquente! on comprend qu'elle le soit; car s'il est, dans l'organe qui affronte la contagion, un point plus exposé à la subir, c'est naturellement celui qui. étant déjà malade, était le plus fragile. Dans le coït, une végétation s'excoriera plus aisément que la partie voisine; un pli de la vulve ou du prépuce déjà irrité absorbera mieux ; une fissure de l'anus s'inoculera d'elle-même ; une surface indurée, et par conséquent inextensible, cédera à une pression que la muqueuse saine et flexible aurait supportée sans se rompre... Eh bien! il faut savoir cela; il faut tenir compte de la part que la lésion antérieure peut avoir dans la manifestation de la lésion récente, de la chancrelle. Mais cette part, — et c'est là le point délicat, — il s'agit de la deviner plutôt d'après son impression personnelle, d'après son tact, son expérience, que d'après les renseignements que donne le malade; car ils vous égarent, eux, plus qu'ils ne vous servent. Aucun client, — c'est bien connu, — ne croyant, ne s'avouant qu'il ait pu prendre du mal avec une femme aussi propre (on voit que je donne la parole au sexe trompé), accusera toujours une lésion ancienne, passée, complètement éteinte. Il suffit qu'il ait eu, dans sa jeunesse, un chancre, un herpès, une simple balanite, pour qu'il croie, pour qu'il affirme que c'est celte maladie-là qui \u\revienl aujourd'hui, qu'il la reconnaît parfaitement!...

THÉRAPEUTIQUE. !0I

§ .'{. — Thérapeutique généfale de la chancre lie.

Vis-à-vis d'un sujel porteur d'une chancrelle, il j a deux intérêts en présence, el par conséquenl le médecin a deux

devoirs : il faut que le malade souffre le moine el le moine longtemps possible de son mal; el il faul aussi que le mal reste le moins possible dans le cas d'être transmis à autrui.

Eh bien '. ces deux intérêts qui, au premier coup d'œil, j 1 1 . 1 1 — .-ut semblables, sonl quelquefois, au contraire, difficiles i concilier. Certes, si le médecin, libre de s'inspirer de Ba haute mission, pouvait tout sacrifier au bien social, il n'hésiterail pas : il détruirait immédiatement par le caustique huiles les chancrelles qui se présentent à lui, quelles que fussent leurs dimensions el leur ancienneté, afin de les transformer d'emblée en plaies simples, non dangereuses.

Mais, d'abord, pour détruire des chancrelles déjà anciei s

datant de quinze à vingt jours, par exemple, il faudrait cautériser si largement que la plan1 de cautérisation prendrait pour se cicatriser plus de temps que, à compter de ce uniment, n'en eût demandé la chancrelle. Puis, il est assurément bon et licite, parmi les raisons qui conseillent ou déconseillent l'abortion, de mettre en ligne de compte la crainte des transmissions dont la chancrelle non réprimée va devenir cause. Mais évidemment ce danger, très réel chez les prostituées, chez certains jeunes gens, est nul ou presque nul dan- la classe très nombreuse des gensque l'âge, la position sociale, de justes scrupules, la honte, détournent de songer au coïl tant qu'ils peuvent contagiohner : n'oublions pas, au nombre de ces mobiles, la douleur, frein beaucoup plus réel, buptout dan- certaines régions, celle du frein justement, par

e\e|)lple.

Mai- en lai-sant de côté" l'intérêt social, abstraction laite aussi de- cas où la chancrelle nous e-t présentée trop tard

202 CIUNCRELLE.

pour qu'il y ait économie de temps à la détruire, voyons s'il est indiqué d'appliquer la cautérisation aborlive à une chandelle que, comme c'est le plus ordinaire, on est appelé à soigner, alors qu'elle n'a pas plus de sept jours de date et pas plus de 4 à 5 millimètres de diamètre. Voyons, et pesons le pour et le contre :

Si on laisse marcher cet ulcère, il s'étendra, il fera souffrir, il gênera la marche, les occupations habituelles, il nécessitera des pansements assujettissants, des soins pour le dissumuler; voilà ce qui est certain. Quant aux complications possibles, plus ou moins fréquentes, et qu'on n'est jamais sûr d'éviter, c'est l'hémorrhagie, le phimosis, la lymphite, le bubon, le phagédénisme, la réinoculation indéfinie. . .

— « Eh bien! alors, dira-ton, pourquoi ne pas cautériser d'emblée? Pourquoi hésiter à soustraire son client à ces douleurs certaines, à ces dangers possibles, en en supprimant la source? »

Pourquoi?... Ah! c'est que la cautérisation abortive, nous l'expliquerons plus loin, expose à l'herpès récidivant: et que cette petite lésion, avec sa durée, les angoisses qu'engendre chacun de ses retours, est au moins aussi pénible que la plus pénible des complications de la chancrelle, que le bubon, par exemple. Ajoutons, en passant qu'elle est surtout pénible pour le médecin. En effet, le malade qui aune chancrelle sait fort bien qu'elle peut être suivie de bubon ; il s'y attend, et si l'accident arrive, il ne nous accusera point de l'avoir produit; tandis que, atteint d'herpès après la cautérisation, tout client exprime ou garde l'arrière-pensée que cela vient du traitement; que, s'il est indéfiniment sous le coup des récidives d'herpès, c'est parce qu'on lui a fait rentrer son chancre ! — A-t-il tout à fait tort?...

Il est vrai, — puisque nous en sommes à la question de principes, — il est vrai que, l'herpès ne menaçant que les sujets arthro-herpéfiques, la contre-indication fondée sur le

THÊRAPBuTIÛI B.

danger de voir naître L'herpès ne concerne que ces BujeU 1 1 Par conséquent, lorsqu'une chancrelle se présente dans des conditions propices à L'abortion, il devrai) Bufflre de s'assurer, d'abord, si L'individu qui la porte est, oui ou non, ainsi diathésé; et, en cas de négative, on pourrait le cautériser sans B'exposer à aucune Buite Fâcheuse.

Oui, en effel . cela devrait suffire -i tous les malades étaient

Bincères, éclairés, impartiaux ; >'il savaient [ue c'esl

qu'une dartre, en termes plus généraux, qu'un signe d'arthri- Iimiio, où il se cache el comment il faut le chercher; bî, surtout, ils pouvaient, sous ce rapport, connaître la Ban té de leurs ascendants!... Mais, ceci n'étant pas, il est rationnel de tenir, à ce point de vue, pour suspects tous ceux donl on ne peut pas répondre, et. prenant en main leurs intérêts qu'ils sontinhabiles à apprécier, agir de façon à leur épargner celui des deux maux auxquels, par expérience, nous savons qu'ils seront ensuite le plus sensibles, je veux dire L'herpès.

En fait, après avoir autrefois élevé l'abortion delà chancrelle au rang de méthode générale, je suis devenu plus réservé, et je n'y ai recours que dans les conditions suivantes :

Si je connais le malade comme exempt, lui et sa famille, d'antécédents artbro-berpétiques ;

Ou s'il a eu précédemment une chancrelle qui se soit compliquée de pbagédénisme ;

Ou si celle-ci occupe un siège (le frein) qui prédispose particulièrement à une longue durée de l'ulcère et à la formation de bubons ;

Ou si, après que j'ai mi> sous les yeux du client le tableau de l'herpès, de ses récidives, il me dit qu'il aime mieux en courir le risque que de voir le cours de sa chancrelle se prolonger;

Enlin, s'il s'agit d'une prostituée ou d'une catégorie de malades plus accessibles à L'aiguillon des sens qu'à la voix

204 CHANCRELLE.

du devoir, capables par conséquent de répandre la contagion.

D'autre part, transformée par le caustique en plaie simple, la ehancrelle va guérir d'elle-même. Mais elle ne guérira ainsi que si du pus chancrelleux n'est pas déposé à sa surface. Or il peut lui en venir de chanrrelles voisines, s'il y en avait plusieurs et qu'une ait échappé à votre cautérisation. Même danger, s'il y avait phimosis, par conséquent peut-être des chancres cachés et capables de réinoculer; si la ehancrelle à cautériser siégeait dans un pli de l'anus, l'un des autres plis pouvant en receler une.

Si avant de cautériser un ulcère vénérien au début, vous n'êtes pas bien sûr que ce n'est pas un chancre, ou si vous avez des raisons de craindre que, souslacbancrelle que vous voyez, un chancre soit en incubation (chancre mixte), il est prudent de dire au malade ceci :

« Il est impossible de distinguer, dès à présent, ce qu'est votre ulcère, s'il est infectant ou non. S'il ne l'est pas, la cautérisation va vous en débarrasser en huit ou dix jours, sans fâcheuses suites à craindre. Mais s'il est infectant, l'infection aujourd'hui est déjà faite, et les accidents secondaires viendront à leur heure, sans que la cautérisation y ait pu faire ni bien ni mal... Vous voilà instruit, vous voilà prévenu : voulez-vous que je cautérise? »

Ceci posé, voici les règles des deux sortes de traitement à instituer contre la ehancrelle.

Traitement abortif. — De tous les caustiques proposés pour détruire la ehancrelle naissante, je n'en mentionnerai qu'un, celui qui, par la commodité de son emploi, le peu de douleur qui accompagne son effet, la facilité de proportionner le degré de cet effet aux exigences particulières de chaque cas, la tendance extrême qu'ont à se cicatriser les plaies qui lui succèdent, a mérité et aujourd'hui obtenu la préférence générale; je veux parler de la pâte de chlorure de zinc, dite pâte de Canquoin.

THÉRAPEUTIQUE

Doiir les chancrelleG étanl bien explorées, non saignantes, on j applique un morceau « I * * pâte de Ganquoin. L'épaisseur de ce morceau esl de l à .1 millimètres.

Quanl à sa largeur, c'est là un i >• > î 1 1 1 essentiel à détermi* hit. Si l'ulcère esl arrondi, on taille un disque qui, autanl que possible, ail exactement !«■ même diamètre. Si, au contraire, il esl irrégulier, au lieu de vouloir donner à la rondelle caustique l'exacte configuration de l'ulcère, il esl plus suret plus expéditifde mettre d'abord sur le centre de celui-ci un morceau de pâte qui en couvre la plus grande partie, puis de parfaire l'exacte cautérisation au moyen de petits fragments de canquoin placée à côté du principal. D'ailleurs, un disque trop large de cette pâte se replie, se bosselle, et abandonne ainsi une partie de la surface à cautériser; il vaut donc mieux multiplier autant que de besoin les petits morceaux, que de s'attachera en faire un seul absolument de même forme que l'ulcère.

i - morceaux adhèrent parfois obstinément à l'instrument qui les dépose ouïes insinue à leur place. L'opérateur évitera cet irritant petit embarras en mouillant le bout de l'instrument.

Quand l'ulcère est creux, avez soin d'y mettre un cône plutôt qu'une lame de çanquoin, et de bien le pousser jusqu'au fond '.

i. Dans quelques formes de chancrelles, celles surtout qui succèdenl .1 l'inoculation expérimentale, il ae suffit pas de donner a la rondelle caustique l'étendue de L'ulcère, tel qu'il se pr< sente a l'extérieur. L'ulcère intérieur, profond dans ce cas, .1, en effet, un excès de largeur, résultant 'I'' ce que les bords Boni décollés. En d'autres termes, ces chancrelles représentent un puits a orifice rétréci. - Pour que toute la Burface chancrelleuse soit cautérisée, il faut, en pareil cas, donner au disque il'' çanquoin un diamètre plus grand que celui de L'ulcère extérieur, et avoir soin de le pousser, a frottement, jusqu'au fond. Commi tir substance est élastiquej ''11'' se laisse d'abord comprimer pour traverser l'ouverture extérieure de l'ulcère; puis, arrivée au-dessous des bords, a l'endroit où leur décollement donne plus de largeur a la plaie, elle se déploie il>' manière à aller occuper et par conséquent brûler toute l'étendue, l'étendue réelle il'' la surface chancrelleuse.

206 CHANCRELLE.

A la verge, on fixe la pâte au moyen d'une bandelette de diachylon : on l'applique par son plein sur la pâte, et ses chefs, croisés de l'autre côté du membre, sont ensuite ramenés de manière à avoir fait un peu plus de deux tours. Dans toute autre région, on laisse tomber sur la pâte quelques gouttes de collodion.

Au bout d'une heure et demie, deux heures, deux heures et demie au plus (temps pendant lequel il n'y a que très peu de douleur), on enlève le diachylon, ou si c'est du collodion, on le dissout avec de l'éther. Les morceaux de pâte se détachent alors très facilement, et l'on se trouve en face d'une eschare sèche dans toute son étendue.

Dès le deuxième jour, cette eschare s'entourera à sa circonférence d'un cercle suppurant. Ce cercle s'agrandira graduellement; enfin l'eschare, cernée de toutes parts, deviendra vacillante , et tombera vers le sixième jour, laissant audessous d'elle une plaie de bonne nature, marchant vite et franchement à cicatrisation, sans qu'il y ait eu besoin, à partir du premier jour, d'y appliquer d'autre topique que* du coton mouillé de vin aromatique ou d'eau aluminée.

En règle générale, quand il y a plusieurs chancrelles, il faut n'en attaquer aucune ou les détruire toutes à la fois, les survivantes risquant fort, en dépit de tous les occlusifs, de réinoculer les plaies de cautérisation.

On doit bien avertir le malade de la possibilité de voir, durant les quatre ou cinq premiers jours, survenir de nouvelles chancrelles résultant soit d'un nouveau coït ; soit d'une réinoculation dont la chancrelle cautérisée avait déposé le germe avant qu'elle ne fût cautérisée ; soit de chancrelles provenant du premier coït, mais ne s'étant développées que tardivement, qu'après la cautérisation. Faire comprendre au client l'urgence de revenir aussitôt qu'il s'apercevrait de quelque chose de sembable.

On doit s'en douter lorsque la plaie, qui était d'un rouge

rHBRAPEUTIQUE. 207

vermeil et uni*', devient jaune, anfractueuse, lorsque Bon contour, qui était constitué par une ligne courbe régulière, devient sinueux, lacinié; lorsque ses bords, qui se continuaient avec le fond de l'ulcère, commencent à en être séparée par un décollement.

apprenant par ces changements que la plaie redevient chancrelleuse, le médecin doit-il en tenter à nouveau la destruction au moyen <lu caustique?... D'une manière générale je désapprouve cettte nouvelle tentative, parce qu'elle se rerail à un moment où elle est moins utile que I» première et dans «les conditions moins favorables. Cependant, si le malade la réclame, si l'on peut intervenir avant que la réinoculation n'ait beaucoup agrandi l'ulcère, >i surtout on croit alors être en sûreté contre de nouvelles chances de réinoculation, on peut essayer une seconde fois l'abortion.

Traitement morateur '. — Je ne trouve que ce ncolo^i-nnpour désigner, en opposition au traitement abortif, celui par lequel, renonçante détruire la chancrelle, on la laisse volontairement.

L'expérience a prouvé, en effet, que là où l'abortion serait impossible ou dangereuse à tenter, on arrive, par une direction appropriée, à neutraliser peu à peu, mais sûrement, la propriété contagionnante de la chancrelle, et à 1 "amener à la réparation, puis à la cicatrisation, en empêchant durant ce temps les accidents principaux, c'est-à-dire une trop grande extension del'ulcère, sa reproduction par inoculation au voisinage, la formation de bubons, le plagédénisme, et ultérieurement l'herpès récidivant. Je réalise ces avantages par l'ordonnance suivante :

N" .'{o. — o Trois fois par jour, appliquer sur la plaie un peu de colon hydrophile mouillé de :

Page 1