‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 39 sur 90 · I ON L'INTENSITE DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

I ON L'INTENSITE DE LA SYPHILIS

1. 1 syphilis esl semblable chez tous les individus qui l'ont contractée: semblable, nui. mais non identique, tant s'en laut. Envisagée 'Lui- son ensemble, elle a. chez l>u<, des caractères génériques, des allures de race, qui suffisent à la taire reconnaître. Mais chez chacun, elle se comporte, sévit, croît ou décroît, dure, se termine ou s'enracine a sa manière.

Son pronostic '-t son traitement étant nécessairement

subordonnés a ces variations, il importail de les connaître et,

surtout [">ui- Lien apprécier l'influence .le la thérapeutique,

faire d'abord une idée à° type naturel, c'est-à-dire

DihAY. j.t

d'étudier d'abord quelles sont les différences d'évolution de la maladie lorsqu'elle est abandonnée à elle-même. C'est ce que l'on fit — un peu tard, il est vrai — pour la pneumonie ; et la notion, désormais acquise, de sa marche et de sa terminaison spontanées modifia sensiblement et définitivement sa thérapeutique. C'est ce que — plus tard encore — j'ai fait moi-même pour la syphilis, en traçant son Histoire naturelle.

Le premier résultat de mon étude fut de m'apprendre que, indépendamment de toute influence médicatrice, il existe des cas où la syphilis est faible et des cas où elle est forte ; et cela dans la proportion — établie par une enquête, faite d'abord de 1855 à 1863, puis de 1871 à 1874, et portant en tout sur 93 malades, — dans la proportion, dis-je, de 59 syphilis faibles, contre 34 fortes.

Mais cette dichotomie sommaire ne peut suffire au praticien. Il a droit, parce qu'il a intérêt, à ce que l'auteur qui veut lui peindre la nature la représente aussi ressemblante que possible. Ici donc, comme partout, pour saisir la ressemblance il faut saisir les nuances ; c'est-à-dire multiplier les divisions.

Or, en groupant, conformément à mes notes, les cas si diversifiés que m'a offerts la clinique, je les ai classés en cinq catégories représentant chacune un degré de plus en plus fort d'intensité du mal, savoir : 1° syphilis ébauchée ; 2° syphilis faible (ou secondaire proprement dite, ou tégumentaire) ; 3° syphilis forte (à éléments non résolutifs) ; 4° syphilis galopante ; 5" enfin — non comme espèce qui, dès le début, soit distincte, mais comme transformation que le mal subit dans quelques cas, par l'effet de certaines causes déterminées, — la syphilis tertiaire ou syphilis-diathèse. Voici, en abrégé, le signalement de chacune de ces catégories :

1° Syphilis ébauchée (7 cas sur 93). — Ce sont des cas où

HISTOIRE NATURELLE

la vérole est plus que faible / où, après le chancre, il n'y a eu qu'une Beule poussée consistant en roséole localisée à l abdomen, deux ou trois acné6 croûteuses du cuir chevelu, quelques dépolissures circonscrites de la muqueuse buccale; symptômes qui, précédés ou non de céphalée, ont disparu en deux ou trois mois, bien entendu ^m< traitement général, el souvent ne laissant pas plus de traces dans l.i mémoire que sur la peau de ceux qui en ont été atteints. Ces cas existent : et comme j'en connais, entre autres, trois dont je re\ ois encore aujourd'hui fort souvent les sujets, restés parfaitement indemnes depuis 24, 25 el 32 ans, il m'est impossible de douter de leur réalité.

Les caractères essentiels des syphilis de cette catégorie sont : de n'avoir qu'une, tout au plus deux poussées ; de ne paraître que sous forme érythémateuse ; de pouvoir guérir spontanément.

2° Syphilis faible (53 cas sur 93). — La première éruption est roséolique ou populeuse, mais à papules discrètes et presque sans saillie. Les plaques muqueuses, survenues après un certain temps, envahissent divers oriliees; rarement elles s'exulcèrent. Des squames superficielles paraissent aux régions palmaires et plantaires. — Avec ou sans le secours du mercure, ces premiers symptômes s effacent. Puis, après quelques semaines, une nouvelle poussée a lieu, consistant ordinairement en syphilides plus circonscrites et de moindre intensité; quelques-unes cependant, au contraire, plus sérieuses (de l'onyxis, une éruption papuleuse au coude, de la dysphonie, des fissures à la langue, des plaques érosives au scrotum, etc.). Après la disparition de ces nouveaux accidents, il y a encore parfois une troisième poussée analogue, ordinairement moindre, puis tout cesse, sauf certaines lésions locales qui persistent ou récidivent dans des régions prédisposées par leurs fonctions (gosier, paume des mains, dune seule main le plus souvent. — la main professionnelle,

— cuir chevelu, là où l'on se gratte, face externe des petites lèvres, là où — ); ces dernières lésions ne dénotant point une persistance de l'intoxication qui la rende capable d'éclater en de nouveaux désordres constitutionnels, lésions qui, par le fait, finissent par s'éteindre.

Les caractères essentiels des syphilis de cette catégorie sont : de ne guère produire de lésions qu'au tégument; de durer, en moyenne (d'après mon calcul portant sur 29 cas complètement observés), dix mois et demi; enûn de pouvoir guérir en ce laps de temps sans l'intervention des remèdes dits spécifiques (lesquels cependant, sans devenir toujours nécessaires, ont une efficacité, partant une utilité constantes).

3° Syphilis forte (29 cas sur 93). — La première éruption est à larges papules, quelquefois pustuleuse, ou squameuse, s'accompagnant assez rapidement de débilitation générale. L'éruption du cuir chevelu tourne à l'impétigineuse, les plaques muqueuses s'ulcèrent ; l'onyxis est cornée, ou parfois devient ulcéreuse; les squames palmaires et plantaires laissent sentir au-dessous d'elles de petites indurations à forme de tubercules, et se compliquent de fissures. Partout où la peau est fine ou adossée à elle-même (aux bourses, au pli mento-labial, sous le sein), l'éruption qui, ailleurs, est papuleuse ou squameuse, devient humide, tend à s'exulcérer. — Comme dans la catégorie précédente, il y a des poussées successives, mais elles sont en plus grand nombre ; elles laissent entre elles un moindre intervalle de temps, et surtout elles consistent habituellement en lésions de plus en plus graves. Dès la première année, en effet, et parfois avant, la rhinite ulcéreuse, les contractures musculaires, l'iritis, l'albuginite, quelques douleurs tibiales, sternales, costales (plus persistantes, plus rebelles à l'iode que celles de la période prodromique), des ecthymas au bas des jambes se succèdent, coïncident, récidivent ou se perpétuent; par des obnubilations,

HISTOIRE N \TI BELLE

par l'amnésie, parla lenteur à percevoir, l'embarras à exprimer, par un certain degré d'anaphrodisie, l'invasion i éi é brale déjà se pressenl ou se révèle. Souvenl un mouvemenl de dénutrition constaté par une perte <!<• poids, effel de la force de L'intoxication, explique la gravité des Bymptômes. < >n le constate parfois dès les premières semaines: mais il peut s'établir ou revenir plus tard.

Ci i ensemble d'accidents linii ordinairemenl par guérir; mai- plus d'une fois on le voil déjouer, et dans quelques cas définitivement, les efforts combinés de la médecine el <lt: L'hygiène .

Les caractères essentiels des syphilis de cette catégorie sont : que les lésions qu'elle produit n'affectent pas un seul et même système organique, le tégument; qui1, d'après mon calcul précité, elles durenl en moyenne près de vingt mois (en chiffres exacts, dix-neuf mois el huit dixièmes); enfin que, pour triompher de ces lésions, il est nécessaire d'adjoindre aux autres médications le traitement spécifique, parloi- mixte.

A0 Syphilis galopante, maligne (4 cas sur 93). — C'est comme une syphilis forte, à l'état aigu, une réminiscence de L'épidémie primordiale du quinzième siècle. Après une incubation plus courte que d'habitude (3i jours, en moyenne, au lieu de 15 apparaît, accompagnée de céphalée violente, une éruption générale de larges plaques ou de pustules, qui rapidement s'ulcèrent et se couvrent de croûtes '. Insomnie, prostration, inappétence, douleurs ostéocopes précoces. Le6 poussées successives se précipitent : des rupias, des tuber-

1. J'ai vu mourir, littéralement couvert d'ulcèrea qui occupaient au moins les deux cinquièmes de sa Burface cutanée, un malheureux de cette catégorie, âgé de cinquante ans, d'ailleurs affaibli par les veilles et l'alcoolisme, dont les plus fortes doses de mercure et d'iode, bien tolépeodanl au début, De purent ai diminuer les souffrant i s ai conjurer la rapide Bn. Exemple trislemenl confirmatif de ce mol de r : m Le mercure est impuissant contre une telle quantité de bactéries.

:m syphilis.

cules, des périostoses se déclarent prématurément, et bien que la guérison ne soit pas impossible, la syphilis tertiaire ne peut que rarement être évitée.

Les caractères essentiels des syphilis de cette catégorie sont : la brièveté de l'incubation ; l'apparition de certaines espèces de lésions sur des régions et surtout à une période où on ne les observe pas ordinairement ; la coexistence d'accidents secondaires et d'accidents tertiaires ; trop souvent l'impuissance relative ou absolue, même à fortes doses, des spécifiques ; enfin péril imminent pour la vie.

5° Syphilis tertiaire. — Appelé tertiaire parce qu'il ne s'établit ordinairement qu'après les deux premières périodes ; appelé syphilis du tissu conjonclif, par opposition à la syphilis secondaire qui n'a que des manifestations épithéliales ; appelé syphilis confirmée par les auteurs qui avaient entrevu son incurabilité, cet état me parait bien plutôt mériter le nom de syphilis-diathèse ou mieux devenue diathèse.

En effet, la syphilis, considérée dans ses deux premières périodes, a les caractères d'une maladie virulente (microbienne) et non ceux des diathèses. Pour faire comprendre ceci, opposons, dans un tableau comparatif, les attributs de la syphilis à ceux des affections dites diathésiques (l'arthroherpétisme étant pris pour type).

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