‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 42 sur 90 · TRAITEMENT MODIFICATEUR DE L'ORGANISME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MODIFICATEUR DE L'ORGANISME

La syphilis est une maladie constitutionnelle : elle agit sur la constitution.

Mais l'effet réciproque est moins connu , moins étudié surtout.

Et pourtant, d'après la double et longue incubation que ce contagium subit en pénétrant dans l'organisme, on devait bien présumer la réalité de cette autre action. Car s'il met du temps à influencer la constitution, certes la constitution a bien le temps de l'influencer lui-même. C'est de là surtout, c'est de cette élaboration de la graine par le terrain que naissent les profondes différences qui séparent la syphilis d'un homme de la syphilis d'un autre homme. Pourrait-on, par exemple, expliquer autrement pourquoi une femme qui tient la maladie de son mari sera malade plus ou moins que son mari? Pourquoi de trois jeunes gens infectés à la même source, dans la même séance, chacun aura sa syphilis à lui, sa syphilis personnelle? Toutes trois cependant avaient commencé identiques; elles ne se sont diversifiées qu'ensuite, à mesure que le contenant a eu la faculté d'agir sur le contenu; que l'être pathogène a pu subir l'action du milieu où il va évoluer. Mais constitution n'est qu'un mot.

Il faut aller au delà; il faut fouiller plus profond et plus loin. La vie entière de nos clients doit être le sujet de celte étude, dont l'étendue pourrait décourager le praticien si chaque découverte qu'on y fait n'avait, en matière de syphilis, son application immédiate, soit préventive soit curative. Rendre l'organisme apte, aussi apte que possible, à résister au parasite qui s'y est implanté, tel est notre but. On l'atteint en remplissant ces trois indications essentielles : impri-

TltUTKMi \ i CONSTITUTIONNEL. 363

mer .1 L'acte nutritif une impulsion dans Le Bene qui favorise L'abâtardissement, l'extinction finale de la colonie microbienne; guérir ou atténuer les étala morbides qui, coexistant avec la syphilis, son! de nature à l'aggraver; spécifier pour les proscrire les infractions à l'hygiène, qui sont spécialement nuisibles au syphilitique.

S l. — Agir directement et spécialement sur la nutrition.

Comment réaliser une action ainsi définie?

Tout simplement, pour l'infinie majorité des cas, par La banale mais salutaire médication reconstituante.

Contre une maladie que le microscope a démontrée être déglobulinisatrice, c'est déjà bien assez que L'emploi <l'un remède ayant cette même propriété nocive soit souvent nécessaire, sans qu'on laisse encore intervenir dans le même sens Le régime. Aussi, cette vérité étant bien établie, Les reconstituants de tout ordre ont-ils pris un empire que nul ne leur dispute plus aujourd'hui. C'est au point que, non sans quelque raison, dans certains cas, aux yeux de certains doctrinaires, le traitement par les seuls toniques se pose hanlimenl en rival du traitement par les spécifiques.

Auxiliaire toujours utile des remèdes spécifiques proprement dits, la médication reconstituante sera décrite plus loin, dans ses formules et ses règles, à côté- des formules et des règles mêmes de la médication spécifique. Je me borne donc, pour Le moment, à quelques considérations sommaires.

ijurlque grande que soil l'importance du traitement reconstituant, ne l'exagérons point. Le temps el une bonne

hygiène physique et 1 aie sonl les agents principaux de la

cure de la syphilis. Aidez-y par le fer, le quina et autre- amers (quassia, petite centaurée, gentiane). Ajoute/ à propos L'huile de foie de morue : c'est là sagement faire; L'agent morbide a débilité l'organisme en même temps qu'il l'a infecté; car

n'oubliez pas que la chloro-anémie a accompagné de près l'intoxication, puisque la coexistence de ces deux états se révèle, à l'époque de la première poussée, par la simultanéité de leurs symptômes respectifs. C'est donc de toniques, de reconstituants que le malade a besoin avant tout. Mais formulez discrètement. Ne bourrez pas votre client de drogues; ménagez son estomac: c'est encore quand il digère bien que ce viscère travaille le mieux à la guérison de la vérole.

Le régime doit se prescrire avec la même réserve. N'intervenez point en réformateur. Quel doux sourire n'ai-je pas vu, cent et cent fois, s'épanouir sur des lèvres inquiètes qui venaient de me dire : « Et le régime?... » à ma constante réponse : « Ne changez rien à votre manière ordinaire de vivre. » A la vérité, j'élimine toujours de mes ordonnances le régime doux (que je vois stéréotypé sur celles de quelques confrères) : mais je n'omets pas moins soigneusement les fameuses viandes saignantes, grillées et rôties, qui, en moins de quinze jours, inspirent une satiété aussi pernicieuse qu'insurmontable.

« Rien d'exceptionnel » étant, en ce cas, ma devise, on devine que je n'accepte point le sacrifice des clients qui, pleins d'une confiance trop flatteuse, veulent quitter leur pays, leurs affaires pour se mettre, disent-ils, entre mes mains pendant toute la durée du traitement... Ceux-là vous consacreront volontiers un, deux, trois mois; mais à ce prix, il entendent être guéris, guéris sans retour. Or nous savons que la chose n'est pas possible; que, du moins, on ne peut jamais garantir que la maladie sera terminée à ce bref délai. Aussi, quand après avoir végété trois mois dans une grande ville dont ils fuient les distractions et n'ont connu que l'isolement et l'influence anémiante, ils voient survenir une récidive, jugez de leur désespoir, et jugez de l'effet de ce désespoir sur l'état de l'organisme, partant sur la durée qu'aura ensuite le mal.

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