‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 43 sur 90 · TRAITEMENT CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CONSTITUTIONNEL

i \ SYPHILIS 1. 1 SI SCI l'i IBLES DE i. AGGB W I l'- Un strumeux, un tuberculeux, un alcoolique, un ex-typhoïque "ii paludéen, un diabétique, une anémique, un tube digestif en variations, suivant l'expression vulgaire, onl gagné la syphilis. Ce son! le autanl de causes d'afîaiblissemenl de la constitution «mi même temps que d'obstacles directs à la tolérance des médicaments spécifiques. De plus, les effets de ces maladies s'ajoutenl à ceux de la syphilis.

Tant qu'ils ne font que s'ajouter, il n'y a de difficulté plus sensible ni pour le diagnostic, ni pour la thérapeutique. Nous n'avons donc à tenir compte ici que d'un cas plus ardu, celui où les effets de la syphilis el ceux des autres maladies se combinent au Lieu de simplement coexister. Ainsi, par exemple :

La diathèse herpétique imprime aux manifestations cutanées de la syphilis deux caractères très importants à connaître.

1° Mlle rend la syphilide prurigineuse tandis que l'absence de pruril est, au contraire, le cachet, le signe pathognomonique des syphilides simpL

" Elle leur donne une durée, une ténacité exceptionnelle. Si je vois, comme cela m'est arrivé plusieurs fois, une éruption papuleuse générale, cuivrée, consécutive au chancre, résister, presque -ans changement, pendanl deux mois, à 10, à 15 centigrammes de proto-iodure de mercure par jour, je suis mis par là sur la voie de l'existence d'une complication herpétique, et en conséquence je prescris, selon le cas, l'arsenic aux syphilitiques précédemment sujets à de- dartres sèches; les eaux sulfureuses aux lymphatiques; le- eaux alcalines aux arthritiques.

L'évolution de la Byphilis est aussi influencée par la constitutionnelle d'où dérivenl les troubles de l'innervation

sensitive, psychique, nutritive, qui précèdent et accompagnent la première poussée syphilitique.

L'état dit nerveux ne frappe que quelques syphilitiques. Tous, au début, tous sans exception ont une éruption générale, des plaques muqueuses. Mais un tiers environ, d'après les calculs de Bassereau, un plus grand nombre selon moi, sont complètement exempts des troubles nerveux initiaux.

D'autre part, on observe plus souvent cet état et il est plus accentué dans le sexe féminin, lequel est, on le sait, plus prédisposé que l'autre à la chloro-anémie .

Il y a donc là deux causes distinctes quoique agissant simultanément, syphilis, chloro-anémie. Et, comme pour démontrer la coexistence de ses deux éléments étiologiques, parmi les remèdes de cet état, les uns le guérissent en combattant la syphilis, les autres guérissent en combattant la chloro-anémie.

En pleine neuropathie initiale, donnez du mercure : il guérira, mais il y mettra le temps. Donnez de l'iodure : avec ce remède, le soulagement s'obtient en trente-six heures, la guérison en six ou huit jours. — Administrez, chez d'autres sujets, le spécifique de la chloro-anémie, le fer : l'effet sera moins prompt, mais néanmoins incontestable. Voulez-vous triompher non seulement des accidents nerveux proprement dits, mais de la dénutrition, de l'amaigrissement, delà pâleur qui presque toujours les accompagnent et sont parfois portés à un degré inquiétant? Unissez les deux spécifiques, fer, iodure.

J'ai insisté sur le rôle de l'herpétisme et de la chloro-anémie dans ce cas ', parce qu'il nous offre deux exemples palpables de ce qu'engendre l'alliance d'un état morbide bien déterminé avec l'infection syphilitique. J'en puis dire autant de la dilatation d'estomac, dont Jullien a si catégoriquement

1. Dans le langage imagé de Ricord, le premier serait du dartrale, la seconde du chlorate de vérole.

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établi la Fréquente coexistence el bj judicieusement apprécié L'influence tant subie par qu'exercée sur l'évolution de la syphilis. — Mais si c'est le Mon le plus apparent) ce n'est que li moindre parlie d'une raine qui reste presque entière à exploiter. Sous ce rapport, nous sommes quelque peu en retard, nous syphiligraph.es, Bur nos collègues d'autres spécialités. Disposant d'un remède jusqu'ici réputé suffisant pour tous les cas, nous ne nous préoccupions guère que d'un point ; rendre tolérables les bonnes doses qui répondent aux symptômes plus ou moins graves.

A ii"- côtés, cependant, on creusait, on analysait; on poussait, et parfois jusqu'à la minutie, la recherche de l'élément étiologique fondamental ou concomitant. Si, depuis Fontan, Pidoux, Bazin, N. Guéneau de Mussy, Gigot-Suard, le6 herpétiques ne sont plus expédiés indistinctement à Uriage, Loëches on la Bourboulr; l.s tuberculeux à Pau ou à Alger, aux Eaux-Bonnes ou au Mont-Dore; les névropathiques à Néris ou à Salins, c'est que ces maîtres cliniciens, en décomposant le vieux type, Ventilé morbide, y avaient su découvrir plusieurs sous-types réels, dépendant chacun d'une influence génératrice distincte et par suite commandant une indication thérapeutique essentiellement différente.

La syphilis ne comporte pas un semblable travail de dissociation. Intoxication el non diathèse, elle n'a et on ne peut lui assigner qu'une cause unique. Mais si les sujets qu'elle frappe lui opposent une résistance inégale, lui fournissent un théâtre d'action varié à l'infini, n'est-ce pas à une infinie variété d'effets qu'il luit s'attendre? Et pour qui connaît les profondes transformations qu'un terrain prédisposé dan- I •! ou tel sens imprime à l'évolution, à la gravité, aux conséquences finales de l'arthritisme, de la tuberculose, est-il douteux que, durant ses douze ou quinze mois d'existence, la syphilis reçoive de ces mêmes prédispositions de l'organisme des modifications d'une pareille importance?

§ 3. — Hygiène spéciale du syphilitique.

Antérieurs à la syphilis ou postérieurs à son invasion, permanents ou temporaires, les divers états morbides que je viens d'énumérer ne s'observent que dans certains cas : exception importante sans doute, exception de laquelle une analyse de plus en plus pénétrante saura multiplier de plus en plus les exemples et mettre en relief l'espèce et le degré d'influence; mais pure exception cependant.

11 en est tout autrement de la pratique de l'hygiène, telle surtout que la font, ou la défont, les progrès de notre civilisation.

Ce n'est pas chez tels et tels, c'est dans l'universalité des cas qu'il y a lieu de les étudier et d'en tenir compte. Ces habitudes et conditions représentent la nature môme du fond sur lequel opère l'agent morbide. Chacun a sa vérole, parce que chacun a son genre de vie.

Il faut donc entrer dans la vie du malade, dans sa vie sociale, familiale, professionnelle, financière; savoir l'orientation de sa chambre, le menu de ses repas, le choix de ses lectures, l'emploi de ses soirées, surtout de ses nuits; être initié à ses préoccupations, à ses tendances, au but qu'il poursuit; s'il en est aune période d'examens, de concours, de composition d'oeuvre originale ; connaître comment il répare ses forces, où et jusqu'à quel point il risque de les épuiser; découvrir, en le faisant causer, s'il a des chagrins de famille, des procès, s'il est sous le coup de déceptions; si les arts, si la littérature sont pour lui une simple distraction ou une passion absorbante : enquête indispensable, chez tous, ,"i Imite période, puisque seule elle permet au médecin de remplir ici l'indication maîtresse, savoir : remonter, maintenir.les forces de l'organisme au niveau nécessaire pour (.prier l'élimination de l'ennemi; rendre ou donner à la

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constitution assez de Ion, à la nutrition assez d'activé régularité, pour empêcher toute nouvelle pullulation de microbes de B'accomplir.

Parmi les données que fournit cet interrogatoire, il en esl de banales, d'aisées à prévoir. Ainsi : qu'un vieux viveur ruiné, pilier de café et <!<• Bourse, qu'un éphèbe saturé de lectures terrifiantes, soient plus rudement touchés qu'un jeune et insouciant campagnard, faisant ga tâche quotidienne en libre et vivifiante atmosphère, ceci ne vaut pas même la peine d'être 'lit. Mais examinons un à un chacun des éléments que l'expérience désigne comme plus spécialemenl nocifs.

L'exercice musculaire nuil par abstention comme par excès. Fatigue el sédentarisme sont diversement, mais également préjudiciables, .l'ai vu de pauvre- manœuvres surmenée trouver dans le repos de la vie, d'hôpital ce qui jusque-là avait manqué à leur traitement, tant qu'ils le suivaient en continuant à travailler. Et, d'autre part. t<uil le monde a vu, comme moi, déjeunes bureaucrates à nutrition languissante et à syphilis stationnaire, renaître el guérir après leur année de volontariat, grâce aux durs exercices, à l'entraînement inaccoutumé que leur imposait le service obligé.

Ce serait une erreur d'espérer la guérison <le marches systématiquement forcées, quij dit-on, chassent le virus par les sueurs.

La chaleur compte parmi les meilleurs agents curatifs, L'expérimentation l'afail pressentir: il est connu qu'on atténue le pouvoir délétère des bactéries en surchauffant le sang qui en est le véhicule; qu'on rend inoculables, en les refroidissant, des animaux qui étaient réfractaires à l'inoculation. La clinique confirme ces prévisions; puisque j'ai vu la deuxième incubation, celles des symptômes seconda avoir une durée double et triple de la normale chez les sujets qui, durant le chancre, avaient eu une maladie engendrant l'hyperthermie (pneumonie, rhumatisme aigu, fièvre

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typhoïde) ; — puisque Jullien a vu, dans des circonstances semblables , les manifestations syphilitiques consécutives faire absolument défaut; — puisque les ouvriers glaciers, puisatiers, creuseurs de tunnels, ont, sous nos latitudes, des syphilis notablement graves ; — puisque les années à été froid sont marquées par l'exaspération des accidents syphilitiques ; — puisque, enfin, le séjour en Provence, en Algérie, est un moyen populaire, parfois le seul, de vaincre une vérole rebelle. Utilisons donc, dans les limites de l'hygiène, les secours dont cet aperçu indiscutable nous prouve l'efficacité et nous indique l'emploi.

Vair. — Préférer la vie des champs à la vie de café. Pour les gens à profession sédentaire, employer son dimanche à une course, au lieu de se promener de brasserie en brasserie. Pour tout dire d'un mot : une partie de campagne, au lieu d'une partie.

Veillez, praticiens : la vérole d'ateliers est une des pires véroles, et celle d'hôpitaux n'est souvent pas meilleure lorsque l'encombrement neutralise l'effet des médications reconstituantes les plus actives, ainsi que du traitement spécifique le plus méthodiquement ordonné et exécuté.

Sommeil. — Le moins cher et le plus rare des biens terrestres. L'écolier, l'apprenti commencent la vie, réveillés en sursaut tous les matins, l'un sans nécessité, l'autre sans merci. « Il s'y fait peu à peu », dites-vous. — Fort bien. Mais que rêve-t-il donc, s'il vous plaît, à quoi donc aspire-t-il pour ses rares jours de vacances sous le toit paternel? Dormir sa grasse matinée! — Aux postes, aux télégraphes, aux usines, sur les voies ferrées, l'administration prélève à ses tributaires une nuit au moins sur trois.

A côté de l'insomnie scolaire, professionnelle, subie, comptons l'insomnie volontaire, cherchée, celle qu'entretiennent les préoccupations diverses, celle du jeu surtout ; du jeu qui, de propos délibéré, sacrifie le meilleur élément de réparation

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organique à la passion, la seule de laquelle une innervation épuisée, blasée, espère son bou! Btimulanl possible. Ici nous Bommes en plein dans notre Bujet. J'ai prouvé ailleurs [Hisl. uni. de la syph., p. 20(5) que toul joueur d'habitude, tout homme qui passe une partie de ses m. ils à jouer, esl assuré, s'il prend la syphilis, d'avoir une Byphilis grave, bouvent une Byphilis tertiaire. Je me borne à le répéter ici, et j'ajoute que vainement on espérerait y échapper en renonçant., dès qu'on est infecté à sa funeste habitude. Corrigez vous alors, si vous le pouvez, cher client, ce sera pour l'avenir une lionne carte dans votre jeu : mais ne vous étonnez pas néanmoins de payer en ulcérations serpigineuses, en lésions osseuses, en impotence cérébrale, un passé qu'on ne saurait effacer.

En effet, soucis, chagrins, inquiétudes surtout, contrainte morale résultant de divisions de famille permanentes, lotîtes passions déprimantes, en un mot, l'ont la nutrition languissante et partant font les dyscrasies progressives. Mais des diverses angoisses, c'est l'angoisse syphilitique qui peso du plus lourd poids sur l'avenir du syphilitique. Atteint, en pleine santé, d'un mal dont le renom de féroce égale le renom de déshonorant, quel homme peut se dire supérieur à une telle ive ?

A la révélation de ce désastre, j'ai vu pâlir les plus tiers courages; j'ai vu blanchir des cheveux et fondre des kilogrammes.

Ceci vous seinhle-t-il exagéré ? Ne m'en croyez pas, mais croyez au moins cette contre-épreuve que l'expérience générale étale bous nos yeux. Les femmes, sur l'article vérole, sont éminemment insouciantes. Elles s'en soignent fort mal ; mais, par contre, elles s'en inquiètent fort peu. Jamais elles ne prirent pari à une dissertation sur la cachexie progressive ou le réveil des diatbéses. Aussi l'ahsence de préoccupation chez elle- est-elle un plusque suffisant contrepoids àl'absence

de médications. Somme toute, à moitié moins de mercure que nous, elles guérissent aussi bien.

Dépense génitale. — Surveillons cet article dans la balance à tenir entre le doit et l'avoir pour la régulière comptabilité de la nutrition cbez nos clients. Presque toujours, une fois passés le premier découragement et les accidents primitifs, notre homme revient à ce qui lui faisait horreur! N'en croyons donc point ses protestations de repentir, de ferme propos, d'invincible dégoût; et posons-lui des questions précises; car j'ai vu, à cet égard, des choses extraordinaires. Tel à qui j'interdis la dame de pique se rabat du figuré sur le réel, alléguant qu'il lui faut bien quelque dédommagement. — Un autre, rassuré par la loi d'unicité, trop largement interprétée, s'épuise en assauts d'autant plus ardemment recherchés et renouvelés qu'il les sait désormais sans péril. — Certains scrupuleux se font comme un devoir, dès qu'ils le peuvent sans danger, de compenser, vis-à-vis de leur conjointe, l'abstention qu'ils crurent obligatoire durant la première période.

Interrogé, poussé à préciser sur ce point par quelques clients : « Il faut, leur dis-je, céder uniquement au besoin, à un besoin réel, fortement ressenti, et non à l'attrait, moins encore à l'amour-propre. Hors mariage, attendez une occasion plutôt que d'entretenir une habitude. Fuyez surtout le lit commun, écueil où sombrent les meilleures résolutions». En somme, une continence relative est toujours un excellent auxiliaire de la cure antisyphilitique. Il est même des cas où je l'impose avec toute l'énergie dont je suis capable. C'est lorsque, vers le sixième mois d'une syphilis originairement faible ou moyenne, je vois persister les signes (alopécie, adénie, sueurs, amaigrissement, répugnance au travail intellectuel) dénotant que la déglobulinisation a primé l'intoxication, qu'elle lui survit et pourrait bien la ressusciter à son tour.

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