TRAITEMENT CONSTITUTIONNEL
A l'appui de ces précepte?, on ne lira pae pans fruil quelques exemples :
! ' B... avait eu la syphilis en 1856. Indemne de symptômes depuis 1858, il a eu, en tst'.n, un enfanl demeuré sain, En 1865, il apprend subitement une faillite de 20,000 francs. Très affecté de cette perte, il vient, au bout d'un moi . me consulter pour une plaque pustulo-crustacée du cuir chevelu et deux ecthymas aux jambes, existanl el progressai depuis quinze jours.
2° Je voyais se succéder el s'éterniser des lésions de poussées secondaires, chez un Monsieur de trente-cinq ans, dont l'hygiène me semblail irréprochable. J'avais en vain scruté toutes les fonctions, tous les organes, sondé Ions les côtés suspectsd'êl re des cOtés faibles {minoris resistentiae), lorsqu'une idée me vient. « Et les femmes? » — « Oh ! Monsieur, je n'en use que 1res modérément. » — Précisons un peu, s'il vous plaît. » — o Mon Dieu ! comme tout le monde. » — ■ Mais encore! " — ' Eh bien, une seule fois par jour. » Je h' ramenai non -ans peine à une moyenne plus conforme aux réalités usuelles; et du même coup la syphilis et lui, lui et la syphilis, prirent une plus paisible allure.
3° Un contremaître dont la vérole allait de mal en pis, malgré l'emploi assidu de spécifiques à dose élevée, me semblail cependant suivre une hygiène de tout point régulière; nul excès, excellent travailleur. Un jour, causant familièrement avec lui, j'appris que, chargé d'une surveillance assez étendue, il avait, depuis cinq à six mois, pris l'habitude, après sa besogne faite, de mettre en ordre ses écritures, travail quotidien qui le conduisait au moins jusqu'à minuit. Et il devait être à six heures du matin à l'ouvrage!... Aussi se sentait-il souvent, durant la journée, accablé, souvent près de succomber au sommeil.
Je découvris là la vraie cause de nos mécomptes. ■■ Prenez, lui dis-je, tout li- temps qu'il von- faut pour dormir la
nuit, et remettez au dimanche l'apurement de votre comptabilité. » Il suivit ce conseil ; et, depuis lors, quoique la guérison ne soit pas encore achevée, j'ai remarqué une amélioration sensible dans le cours des accidents ; et surtout le malade se sent déjà plus de force.
4° Un teneur de livres, ancien syphilitique, sujet à des obnubilations, des absences de mémoire, se couche à 11 heures du soir et doit se lever à 5 heures du matin. Il sent lui-même que c'est trop peu. Aussi prend-il ordinairement une heure de sommeil en plus, avant son dîner. Et il a noté qu'il est plus exposé à s'embrouiller dans ses écritures, à se perdre dans ses calculs lorsqu'il lui a été impossible de se donner cette heure de repos supplémentaire.
5° Porteur de périostoses tour à tour endormies par l'iodure et réveillées par le baccarat. « Vous allez rire, docteur, me disait un jeune notaire; mais mes douleurs me reprennent invariablement chaque nuit que je passe au cercle. Il m'est même arrivé, vous ne le croirez pas, de sentir à mon tibia gauche un élancement juste au moment où le banquier, sur un gros coup, me retournait une mauvaise carte! »
Je ne songeai point à rire, — la physiologie moderne explique des phénomènes autrement embarrassants que ce réflexe par piqûre de la dame de pique, — j'en crus donc volontiers sur parole l'officier ministériel.
0° Un artisan âgé de trente-sept ans a reçu de sa femme, au commencement de septembre 1880, une syphilis dont les symptômes, traités par le mercure, furent très modérés. Depuis la fin de décembre, il n'avait plus eu d'accidents, lorsque, en février 1881, sa femme le quitte. Désespéré, il joue pour s'étourdir, joue aux cartes et à la Bourse. La chance lui est partout contraire. Il perd, outre son argent, le goût du travail, l'appétit et le sommeil, pâlit, maigrit, se désole, s'étiole. — En mai 1881, de nouveaux accidents apparaissent; je constate le 4 juin 1881, aux coudes et au bas
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des jambes, de larges plaques, primitivement huileuses, aujourd'hui offrant des écailles croûteuses qui recouvrent une ulcération; large intumescence périostique, très « l> <u I- >ureuse, du sternum. Le Birop de Boutigny, trèa rationnellement prescrit, n'avait pu être toléré par le- voies digestives.
Après avoir écouté l'histoire et les griefs du pauvre dé] i sondant, en style moderne, ce qu'il avail d'estomac, en réalité ce que son cœurpouvail impunément porter de rancune, je lui conseille, je lui enjoins, avant même d'ingérer une pilule, de pardonnera sa femme qu'il n'avait ee-sé d'aimer. 11 me comprend. A ce mot, son faciès s'est transfiguré; il me serre la main et part en me laissant, avec la joie d'un service rendu, l'espérance — qui fut bientôt réalisée — d'une guérison désormais sans obstacle, du moment que nous fûmes trois à y travailler.
Dans ce? exemples, on a vu la syphilis qui avait été rebelle aux spécifiques, en subir l'effet curatif lors du retour à l'hygiène normale. Mais il est une preuve plus forte du pouvoir supérieur de l'hygiène : ce sont les cas où la syphilis n'a cessé de progresser tant que, l'hygiène étant négligée, on s'en tenait à une vigoureuse administration des spécifiques, et n'a commencé à guérir, et n'a guéri que lorsque, en cessant les spécifiques, on a réformé l'hygiène.
Ces cas abondent dans l'histoire de la syphilis héréditaire. En voici un dont la signification me [Lirait irrécusable.
7° Les époux 15... avaient eu un premier enfant syphilitique, et guéri non sans peine par la substitution d'une chèvre, mm hydrargy risée, à une nourrice défectueuse. — Leur deuxième enfant eut, à trois semaines, un érythème enivré de la région ano-génitale, des cuisses et de l'ombilic bains avec - grammes de Bublimé pris très régulièremenl . — Vingt-cinq jours après, l'éruption reparu! plus étendue et un peu desquamante (reprise de> bains mercuriels . nouvel effacement de l'érythème, mais pâleur, amaigrissement, faciès vieillot caractéristique, insomnie. L'enfant tétait cependant, on le
voyait même garder le sein assez longtemps. — A trois mois et demi, l'état lentement mais manifestement progressif de dépérissement persistant, il se fit une troisième éruption plus étendue de plaques à contours serpigineux, à bords croûteux (on ajouta aux bains deux cuillerées à café par jour de sirop de Cuisinier de deuxième cuite et frictions mercurielles). Mais l'état local ne cédant point et le marasme s'accentuant de plus en plus, le traitement pharmaceutique d'ailleurs n'agissant pas, nous dirigeâmes de plus soigneuses recherches du côté de la nourrice; et nous apprîmes que, adonnée à la boisson, elle vendait tout pour satisfaire à cette passion, tout, même la viande que par prudence je lui faisais délivrer en nature par les parents; que souvent on l'avait vue ivre; que l'aigreur, la discorde, les privations régnaient dans son ménage. La cause étant connue, je fis retirer de là l'enfant et le confiai à une brave Savoyarde à lait de six mois, et que, pour plus de sûreté, les parents prirent chez eux. Ceci eut lieu au mois d'août, et en même temps je fis cesser tout traitement.
Dès le troisième jour, un changement était visible, l'enfant tétait avec plus de ténacité, son sommeil prit de la durée. Bientôt les membres devinrent moins flasques, la contenance plus reposée; en même temps ses traits perdirent peu à peu l'air attristé, si navrant à voir à cet âge; un sourire même commença à se dessiner, ce sourire de bon augure, duquel le médecin peut moins élégamment, mois non moins justement que le poète, dire :
Incipe, parve puer, risc monstrare saliitern.
En même temps, et quoique sans médication locale ni généraie, l'éruption diminuait graduellement. Au bout de quinze jours, il n'en restait plus traces. L'enfant, que j'ai pu observer de près, n'offrit plus de signes de syphilis. Il a aujourd'hui vingt-quatre ans.
TRAITEMENT SPECIFIQUE. :iT7