‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 46 sur 90 · TRAITEMENT SPÉCIFIQUE. 3 M · texte numérisé non relu

TRAITEMENT SPÉCIFIQUE. 3 M

bacille (bacillus anthracis en donne ou n'en donne pas, selon 1rs conditions de milieu.

Faute d'unité morphologique et fonctionnelle entre les genres de La Famille, même entre les espèces du genre où il semble naturel, où l'on esl tenté de placer Jle microbe Byphiligène, "ii s'explique bien les difficultés de L'entreprise. Disons difficultés et disons aussi facilités ; car elles sonl non moins embarrassantes les unes que décevantes les autres pour celui qui vaudrait déterminer cette place en s'en tenant à un seul trait di ressemblance, si frappant soit-il, entre telle particularité, tel Bymptômede la syphilis et tel caractère évolutionnel de l'un deB êtres végétaux dans lequel il aura cm voir le type du microbe pathogêne cherché. De quelque côté que. le dirigent ses vues, en effet, tout théoricien, tant qu'il marchera dans cette voie étroite, peut compter à la fois, et sans trop chercher, sur un exemple qui les confirme et sur un autre exemple qui les infirme. Dans ce travail, qui n'intéresse pas uniquement la science pure, qui porte au cœur de la thérapeutique, qu'il soit donc averti de ne pas plus se prévaloii de quelque similitude de détail qui viendra lui fournir un argument, (pie de s'incliner devant celle où, sans plus de motifs, il auraiteru voir une objection. Et en attendant qu'un heureux effbrl fasse La lumière complète sur le bien fondé de nos prétendues lois, — simples pierres d'attente que tour à tour le progrès pose, ébranle, remplace, — qu'il s'en tienne, pour tracer son plan, aux grandes lignes invariables de la pbytolog i - taie prise dans son sens le plus général .

Or, le premier des attributs communs à tout être de cet ordre, parce qu'il est la condition même de son développement ', c'est que deux phases se succèdent alternativement

I. Ce développement procède par une alternance de périodes d'acti- • it- et de périodes de repos. P< udant le.- premières, les réserves an-

dans le cours de son existence : l'une de repos, vie latente; l'autre d'activité, vie manifestée.

Et c'est aussi le caractère de la syphilis que, du commencement à la fin, son évolution se compose d'une série de sommeils et de réveils, c'est-à-dire trêves, puis reprises de vie manifestée, — et reprises auxquelles, justement, le langage médical a donné le nom de manifestations.

Ces manifestations, dans toute plante, marquent la période où elle emprunte au milieu ambiant les éléments destinés à sa croissance. C'est donc durant cet état, ce n'est que durant cet état, qu'il s'établit des échanges valables entre le milieu et la plante, par conséquent que, favorablement ou défavorablement, le milieu peut agir sur la plante.

L'évolution de la syphilis est franchement intermittente. Ce caractère, qui est son signe distinctif, n'implique-t-il pas un état également intermittant dans la vitalité de l'être végétal censé sa cause? Il est vrai que, pour d'autres maladies contagieuses, on a vu leurs microbes se reproduire par scissiparité, sans spores : mais aussi les maladies ainsi produites n'ont pas d'alternances, offrant le type continu.

Ainsi démontrée, la loi s'applique on ne peut plus naturellement à nos microphytes pathogènes. Elle s'y confirme même d'autant mieux que, pour ces parasites, notre organisme, qui est leur habitat, est aussi leur terrain nutritif, et leur champ de bataille, de lutte contre les forces défensives de nos tissus vivants.

On voit par là que s'ils nous oppriment, nous sommes à même de leur rendre coup pour coup. Par l'hygiène d'abord, nous faisons le terrain plus ou moins propice à leur dévelop-

térieures sont digérées et consommées; la croissance s'opère et de nouvelles réserves sont produites. PendaDt les secondes, la croissance s'arrête, les réserves nouvellement formées se maintiennent a Yétat insoluble ou du moins non directement assimilable : la vie devient latente.

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pemcnt. Et la médecine, que ce soit par un procédé chimique du vitalj est en mesure de le leur faire inhabitable.

Mais m nous voulons que ce terrain leur donne la mort,

choisissons, pour l'aménager a cel effet, le momenl où ils allaient y chercher leur vie. Puisque nous ne pouvons atteindre que par l'intermédiaire du Bollemicrobe bj philigène, attendons que ses poussées nous apprennent quand, par ses organes à l'état naissant, il commence à se mettre en rapport physiologiquement utile avec le sol. N'est-ce pas comme un bienfait de nature que l'époque où ce microbe devient nocif coïncide avec celle où il est particulièrement accessible à nos moyens d'attaque? En effet, n'a-t-il pas été démontré expérimentalement que l'être à l'état de vie active succombe à l'effet de la même dose de parasiticide (soit par exemple au même degré de chaleur) qu'auraient impunément bravés une graine, une spore?

De ces données analogiques, on peut déjà tirer — et je prie qu'on la retienne — celte première conséquence pratique, quant à la thérapeutique de la syphilis; c'est qu'il y a une différence entre « traiter lors des symptômes » et « ne traiter que les symptômes ! »

Mais la clinique va-t-elle justifier l'application de ces notions d'histoire naturelle?

Oui, dès son début, la syphilis nous en offre le moyen. Ainsi, deux symptômes saillants marquent ordinairement cette période : la céphalée péricrànienne, la syphilide papuleuse générale. Eh bien ! avec le traitement spécifique, en quelques jours vous aurez raison de la douleur la plus atroce; en quelques semaines, de l'éruption la plus accentuée.

Pourquoi cette si prompte répression du parasite? Parce qu'on l'a pris à son summum de vulnérabilité, au moment où, sortant d'une vie latente de quarante-cinq jours (deuxième incubation), il entrait en vie active, en travail de croissance '.

1. On voit avec, une telle évidence, avec une telle promptitude disparaître, de* qu'où duune du mercure, cette éruption papuleuse jusque-la

Sur ces bases, je fondai, il y a vingt-six ans, comme complément de l'Histoire naturelle de la syphilis, une thérapeutique dont le principe est d'attendre, pour employer les spécifiques, que, par la survenance des poussées et aussi d'après l'étude de leur physionomie clinique, on puisse : 1° saisir le moment où l'agent pathogène, s'éveillant, est à son minimum de résistance; 2° apprécier la nature, les doses, la durée de la médication à lui opposer.

Traité de temporisateur, partant d'insuffisant, parce qu'il observe avant d'agir, ce système a vu s'en élever un auquel, à coup sûr, le même reproche ne peut s'adresser que très mitigé. Le mercure, dit M. Fournier, a action sur le principe de la syphilis à toute époque de son évolution. Administrons-le donc, sans le discontinuer autrement que lorsque son pouvoir est émoussé ou annihilé par l'habitude.

En faveur de ce long, très long traitement ainsi distribué, M. Fournier invoque l'analogie. « A maladie chronique, traitement chronique » et « à maladie intermittente, traitement intermittent », dit-il, avec toute raison. Mais, intermittente sans contredit, la syphilis n'a rien de périodique. Rien déplus capricieux, au contraire, rien de plus déréglé que ses accès, que ses retours. Sous ce rapport donc, loin de justifier un traitement entrecoupé d'avance, l'analogie le condamne avec

stationnaire, qu'on ne peut nier l'influence exercée par le remède. Et la rapidité de l'effet prouve aussi qu'il a pour cause une action directe, toute autre que le mystérieux pouvoir altérant, lentement rénovateur de la constitution, mis en avaut parles vieux syphiligraphes. Le mercure opère doncen portant atteinte à la vitalité du microbe parasite. Est-c en stérilisant son terrain nutritif? Est-ce en provoquant la formation plus active des phagocites qui ont pour ofûce de détruire les microbes pathogènes? L'une et l'autre formule sont admissibles, la première invoquant un mode chimique, la seconde un mode mécanique en quelque sorte, de réaliser l'effet parasiticide. Mais tous deux impliquent le même résultat. Et tous deux, je dis ces deux genres d'attaque, justifient, avec une égale appropriation à ma doctrine, mon précepte thérapeutique. Car soit qu'on lui verse un toxique, soit qu'on avive contre elle les moyens de défense de l'organisme qu'elle habite, il est un fait certain, c'est qu'on a plus de chance de tuer une plante en agissant contre elle lorsqu'elle a germé que lorsqu'elle est à l'état de graine.

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l'autorité qu'on B'esl plu à lui reconnaître toutà l'heure.

\u — i pour être conséquent à ce Bysté l'argumentation,

M. Fournier devrait le compléter ainsi : « A maladie non /><'■riodigue et essentiellement déréglée dm- son évolution, traitements périodiques et r< gle

l'uni' garant de sa promesse de guérir, il ne reste donc ù M. Fournier que l'événement môme, que la gucrison, 'h-, M avoue des échecs, c'est-à-dire des récidives; il les avoue « trop nombreuses, imprévues, inexplicables

Contre ce démenti donné par l'observation) il n'y avait, pour notre collègue, qu'une défense possible. Son espoir de mieux guérir ne s'appuyant que sur ce qu'il traite plus longtemps, un seul parti logique s'offrait : tint qu'il y a encore •i liyes, prolonger de plus en [dus le traitement. Ainsi a-l-il été fait par le passé; ainsi, sous la pression continue des insuccès, les neufmois de mercurialisation, déclarés suffisants en lKoN, puis portés à deux "us en 1 <S 7 S , -ont-ils aujourd'hui devenus quatre ans.

Mais lr- récidives néanmoins s'observant encore, plutôt que d'avouer qu'on a pu se tromper de point de départ, on est bien près de dire qu'on a ru tort de s'arrêter à moitié chemin. Aussi vOis-je, sans surprise, se dessiner parmi les bons logiciens de cette école une tendance non désavouée au traitement indéfini. — Attendons la réalisation de cet effort désespéré pour dénoncer plus explicitement ses conséquences sur le physique et sur le moral des malades,

a Mais, dit M. Fournier, si j'ai des insuccès* j'en ai moins avec ma méthode qu'avec toute autre. Par elle, j'atténue l'intensité de la syphilis secondaire. Par elle, je diminue les chances de voir La syphilis devenir tertiaire. — Examinons ces deux points :

I Mil i \ G1 ÊRIR un ! -i ONDAIRE.

atteindre le microbi en s'atl iquanl aux éléments de -a \ii,i- Diday. 25

lité, partant en lui coupant les vivres le plus possible, c'est tout ce que la médication antiparasitaire est en mesure de réaliser lorsqu'elle opère sur le corps humain vivant. Ainsi faisant, on ne tue pas d'un coup cette génération de microbes : non. Mais en amoindrissant ses générations successives, en les réduisant de nombre, de vigueur, partant d'aptitude à croître, à former des spores, on prépare, finalement on obtient l'extinction de la colonie.

Or, comment couper les vivres au microbe? Assurément d'abord en lui intoxiquant le terrain (nos tissus) duquel il tire l'eau ainsi que les divers composés chimiques nécessaires à sa vie ; mais peut-être aussi — comme pour les plantes dépourvues de chlorophylle, ainsi que le sont la plupart des bactéries — » peut-être, probablement aussi, en mettant obstacle à ce qu'il puise dans l'atmosphère extérieure, par ses feuilles, l'oxygène que celles-ci consomment sans cesse (autre condition essentielle pour sa vie). Or, par où le microbe syphiligène peut-il être en rapport avec l'atmosphère? Uniquement par ses lésions éruptives, par ce que nous appelons syphilides (cutanées et muqueuses), lesquelles, pour moi, à ce point de vue, représentent les feuilles des plantes, dans l'espèce les expansions foliacées de certaines algues1.

1. Dans toute plante, le début ou le retour de la végétation se traduit par le développement des feuilles. De même, pour moi, chaque manifestation de lésions syphilitiques des premières périodes (chancre, syphilides, plaques muqueuses) représenterait le microbe syphiligène à l'état de feuillaison, telle que l'ont la plupart des Bactéries (plantes incolores, dépourvues de chlorophylle), destinée à puiser l'oxygène dans l'atmosphère. Voilà pourquoi, de même que pour le bucillus subtilis, c'est toujours à la surface des liquides qu'il pullule, de même, pour la plupart des maladies parasitaires (fièvres éruptives, diphtérie, érysipèles, furoncles, morve, tuberculose, etc.), les premiers effets de l'affection généralisée s'observent à la peau ou aux muqueuses des voies respiratoires; pourquoi, quant à la syphilis entre autres, les lésions de la période contagionnante sont toutes cutanées; et cela au point que, dans notre lexique spécial, les mots syphilis secondaire et syphilis tégumentairc sont devenus synonymes.

La thérapeutique confirme cette interprétation. De même qu'on arrête le développement d'une plante en ajoutant 1 512000 de chlorure de mer-

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