NATURE ET CAUSE
Ce que la blennorrhagie n'est pas.
Étant mis hors de cette discussion, comme ils sont hors de notre sujet, les flux uréthraux liés à un état constitutionnel (arthritisme , herpétisme, dentition) ou produits par une oause
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irritante (injections, cathétérisme , ascarides , il est aujourd'hui facile de s'entendre sur la nature de la blennorrhagie.
Je dis aujourd'hui, je devrais dire bientôt, parce que notre science en esl maintenant, pour la blennorrhagie, au poinl où elle en était, vers 1840, pour la Byphilis. Gomme certains auteurs croyaient encore alors à une vérole née de blennorrhagie, de chancrelle aussi bien que du chancre, de môme quelques attardés professenl encore que la vraie blennorrhagie, c'està-dire celle qui incube et qui se transmet, peul naître de causes irritante-, de simples érections, de masturbation, aussi bien que du contact «lu pus blennorrhagique, c'est-à-dire d'un liquide véhicule de gonococci. Dans quelques années, il sera permis de passer .1 côté de ce préjugé. Aujourd'hui il faul encore s'y arrêter quelques instants pour dire à se? fauteurs :
Selon vous, « une femme qui n'a que des pertes blanches, peul donner à un homme la chaudepisse » : c'esl bien là Votre opinion. — Mais qui vous garantit que dans, que sous ce liquide dénommé perte blanche, il ne se cachait par quelque gonocoque, reliquat d'une précédente blennorrhagie, dont, vu sa date ancienne et son indolence actuelle, la porteuse pouvait de très bonne foi se croire actuellement guéri»' ?
— C'est possible, répondront-ils, mais ce n'est pas toujours le cas. On connaît la recette de Ricord pour prendre la chaudeavec telle femme que ce soit, pourvu qu'on s'échauffe avec elle, de certaine façon, après danse et dîner bien arrosé de Champagne, après coïts multiples). La preuve est directe», ajoutent-ils. — Et tourne contre vous, dis-je à. mon tour, el ai-je dit à Ricord lui-même. Le soir de son mariage, toute jeune fille boit, danse, s'échauffe, etc., et jamais, cependant, jamais ne donne la chaudepisse à son mari! Pourquoi? simplement parce qu'elle n'e-t pas de la classe de celle- qui peuvent avoir mu' blennorrhagie dans leur passé, des gonocoques endormis dans leur cavité cervicale.
Mais le clan phlogogéniste ne se tient pas pour battu. « Cer-
Il BLENNORRHAGIE URÉTHRALE.
laines femmes, insistent-ils, ont donné la blennorrhagie à un liomme. On les examine et on les trouve saines, saines et sèches: entendez- vous? Pas même la perte blanche sous laquelle il vous plaît de supposer le gonocoque caché. — Fort bien, réponds-je. Mais si le gonocoque ne se cachait pas dans une goutte de pus, ne pouvait-il pas s'abriter dans un repli de la muqueuse? Il n'avait pas donné lieu à la maladie qui traduit sa présence, non. Mais il existait, lui. En voulezvous la preuve ? Elle est dans les cas de blennorrhagies uréthrales contractées par le frottement de la verge sur des surfaces muqueuses où jamais l'on n'a observé de blennorrhagies ! Ainsi Clerc, Horand et moi avons été consultés par des malades, absolument croyables sur parole, porteurs d'une blennorrhagie qu'ils affirmaient ne pouvoir tenir que d'un coït ab ore. Or il n'existe pas de blennorrhagie buccale. (Dans le cas qu'il a rapporté, Horand poussa même le scrupule jusqu'à faire examiner par les médecins du service sanitaire la femme qui avait été l'auteur de cette contamination. Eh bien! « on ne trouva chez elle aucune lésion buccale pouvant se rapporter à la blennorrhagie, ni aucun autre accident blennorrhagique. »
Creusons le sujet; il y a des perles cachées dans ce fumier. Pour nous d'ailleurs c'est une nécessité autant qu'un droit de défense. Nos adversaires, quos vult perdere Jupiter, n'ont-ils pas vu, n'ont-ils pas signalé dans les trois faits ci-dessus des exemples concluants de blennorrhagie contractée par simple échauffemenf!
Echauffement ! Et où en sont donc ici les éléments, s'ils vous plaît? Il me semblait que non seulement comme amour, mais comme simple sensualité, dans ce mode de rapprochement, l'homme était aussi passif, la femme restait aussi désintéressée que possible !
Faute d'expérience, après tout, je m'abuse peut-être. Peutêtre y a-t-il, au fond de cette turpitude, quelque éréthisme
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passionne] du coure de celui auquel on suppose le pouvoir il engendrer la chaudepissi Mais alors, s'il en est ainsi, c esl par milliers que devraienl s'en compter les exemples... Eh bien! non, toul au contraire: trois cas seulement jusqu'ici en <»m été relatés, et l'on m- peu( s'empêcher de remarquer que leur rareté, qui ré| d mal à l'extension de cette habitude malpropre, répond parfaitement au contraire à la vraisemblable rareté d'une conjonction de circonstances telle que celle à laquelle nous nous croyons en droit d'en attribuer la production: c'est-à-dire quelque gonocoque revivifiable, égaré dans un poinl di' la muqueuse buccale féminine, où il se sera trouvé en rapporl avec le méat d'un urèthre masculin en quête d'aventures '.
Après les blennorrhagies naissant sans qu'on puisse signaler dans leur étiologie la moindre cause irritante, un de nos bons arguments es1 de montrer un agent irritant porté à son triple maximum 1° d'intensité intrinsèque, ~2° de durée et de répétition d'application, sans qu'il ait engendré de blennorrhagie. Il suffit de citer à ce propos l'observation de Gillebert Dhercourt, car elle est un tel type de fait négatif que, à elle seule, elle suffirait à infirmer cette vieille maxime, « les faits négatifs ne prouvent rien. »
Mù par lui scrupule, par un remords louable, mais dont l'excès touchait à la manie, un Espagnol voulait avoir In chaudepisse! Il imagina, dans ce but, d'avoir des rapports presque quotidiens avec sa femme affectée d'un cancer utérin, source d'un de ces acres ichors delà classique définition desquels c'est un trait usuel de dire qu'ils « corrodent les parties voisines ». Pour mieux réaliser la contagion, notre homme, après chaque coït, ramenait en avant le prépuce et le liait avec une ficelle, afin que le liquide irritant séjournât quelques heuresur l'ouverture de son urèthre. — Yainsefforts : après trois semaines de cet exercice, la chaudepisse ne s'était pas déclarée.
11 n'en faudrait pas tant pour réussir, si l'on en croit nos
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adversaires. Voici, pour faire pendant à la précédente, une observation, type, elle aussi, mais en sens inverse, dans le sens affirmatif. « Un père de famille, dit Jullien, d'une moralité reconnue, se sentant un peu de dysurie, eut l'idée de recourir au camphre, dont il avait entendu vanter les bons effets. Il se donna donc une injection d'huile camphrée, mais il en résulta une chaudepisse violente, qui, plus d'un mois après cette mésaventure, était encore en pleine acuité ! » — J'ai vu souvent, pour mon compte, de violentes inflammations de l'urèthre causées par une injection, faite en pareille circonstance, d'eau-de-vie camphrée, de vin aromatique, d'eau de Cologne, de nitrate d'argent. Mais, quelque violent qu'en soit l'effet immédiat, lorsqu'au bout de huit ou dix jours tout n'est pas rentré dans l'ordre, lorsqu'à l'irritation traumatique il succède, comme ici, une véritable chaudepisse, c'est qu'il y avait plus que dysurie, c'est invariablement que la mésaventure avait, en temps utile, été précédée d'une aventure !