SYPHILIS PAR GÉNÉRATION
Aussi ai-je pu conclure : ce que, danG l'acte générateur, li> père fournil de principe infectant n'a d'action possible sur l'enfant qu'à condition d'avoir passé par l'organisme materne] : Nihil est infcetuquod nonprius fuerit m matre.
blessée accidentellement en pratiquant l'inoculation du fœtus, il j a, quant a ce que la mère reçoit de -* - > i • fœtus, deux cas :
Tantôt, et le plus souvent, la mère reste indemne de maladie, mais ;i acquis l'immunité :
Tantôt il '/a des cas, dit l'auteur), "ù les bacilles charbouneux passent du fœtus inoculé dans la circulation de la mère et l'infectent.
Peut-on trouver une plus étroite analogie avec ce qui, en pareil cas, se pas-,- dans la syphilis, où :
i! général, pour les mères ainsi exposées par le père inoculateur, vec l'absence de Bymptômes, l'immunité signalée par Colles;
El l'excepti st la syphilis par conception, fait assez souvent observé
pour ne plus pouvoir Être nié, mais assez rare néanmoins pour qu'on ait longtemps hésité a l'admettre.
Quelque frappantes qu'elles soient, avec quelque évidence qu'elles établissent le point de l'ait, ces ressemblances entre deux maladies ne font que l'établir, ce qui, d'ailleurs esl beaucoup.
.Mais il n'en reste pas moins à savoir :
Pourquoi, femi u lapine, la mère qui porte un fœtus infecté reçoit
de lui tantôt l'immunité, tantôt l'infection.
Eh bien! une circonstance notée par Liogard dans ses observations me parait propre a nous mettre sur la \n\,- de cette explication- ■ Il faut, dit-il, trente-six heures pour que la m ire ail acquis l'immunité. ].<
plus loin : « Les fœtus de la mê portée que celui qui a été inoculé
peuvenl avoir acquis l'immunité, pourvu > } n il y ait un intervalle de plus de six jours entre cette inoculation etle moment de leur naissance.»
Quelques traits de la pathologie des virus feraient pressentir que
lorsque l'agent infectieux est introduit dans l'organisi lircctement,
peu a peu, par les voies normales, il peut en résulter l'atténuation de cet agent, par conséquent aussi l'immunité acquise Bans qu'il y ail eu maladie dans l'acception du mot. <»r. quel mode de pénétration peut mieux que celui qui se fait par l'intermédiaire du placenta, réaliser ces
conditions? Neisser qui ad t com réel l'affaiblissement graduel
d'intensité du virus syphilitique, estime que « cette diminution de virulence de l'agent morbide provienl de la syphilis héréditaire par voie de génération. »
Appliquant à notre sujet ces notions confirmées par \<-< expériences de Lingard, je «lirai donc :
Sun fœtus vérole, une mère reçoit L'immunité, c'est que le con-
tagium s'était insinué dans so 'ganisme peu à peu pendant les neuf
mois de gros
«•u reçoit la vérole, c'est que le contagium avait pénétré plus vite, ''ii moins <h- temps. Et par le fait, dans t"us 1rs , ,s je syphilis par conception, il esl uoté • | u •- les Bymptômes secondaires ont apparu |p tr tisième m
Les résultats du traitement, ainsi que nous Je verrons plus loin, confirment pleinement cette donnée théorique, laquelle à son tour assure une nouvelle précision et une direction plus assurée à la thérapeutique.
SYMPTOMATOLOGIE.
Les lésions de lasyplilis par génération son tconstituées par des altérations identiques à celles que nous a offertes la syphilis acquise. Bornons-nous donc à signaler les particularités qui, en tant qu'appartenant à la syphilis par génération, présentent quelque chose de spécial dans leur siège ou leur évolution :
Le pemplùgus de la paume des mains et de la plante des pieds, affection caractéristique, chez les nouveau-nés, delà syphilis et l'unede ses premières manifestations : sans danger par elle-même, elle est considérée comme l'indice d'un haut degré d'intensité de l'infection.
Uérythèmc, qui, à la région ano-génitale, peut compliquer ou simuler celui qui résulte seulement de la malpropreté, des frottements, du froid, de l'athrepsie. Il est parfois aussi difficile qu'il est toujours utile de faire, dans le pronostic et le traitement, à chacun des facteurs (vulgaires et spécifiques) la part qui lui revient dans la production de cette dermatose.
Plaques muqueuses. — Polymorphes, tendant à l'ulcération, développées et persistant surtout aux orifices muqueux, elles demandent à être spécialement étudiées sur l'organe de la préhension et de la succion du mamelon, je veux dire sur la bouche. C'est surtout aux commissures qu'on observe les plaques muqueuses avec leur apparence caractéristique, alternativement fissurée et croûteuse ; gerçures superficielles se cicatrisant sans peine, mais toujours prêtes à se rouvrir, et par le seul fait du fonctionnement. — Telle est aussi la physionomie, et telle l'évolution de la fissure longitudinale, soit me-
SYPHILIS i'\:; GÉNÉRATION. 181
diane, Boil bilatérale de la lèvre supérieure, plus rarement de l'inférieure. Enfin le pli mento-lobial, dont souvent, i cel
- bords se touchent, ce pli baigné ; ar la a tlive, le lait, en contact intime et prolongé avec le sein est un des sièges des plaques muqueuses à la rois les plus communes et les plus dangereuses, quant au risque de contagion.
.:.'/. — Affection des plus fréquentes et des plus pré- . parfois elle constitue le seul phénomène apparent de la syphilis, et persiste plus ou moins forte jusqu'à la guérison ou à la mort. Écoulement séreux d'abord, plus lard purulent, qui se concrète et contribue ainsi à obstruer la cavité nasale dont le calibre avait déjà été réduit par le gonflement inflammatoire de ses parois. Des épistaxis peuvent, surtout par l'arrachement accidente] des croûtes, résulter de cel état. Mais son principal danger tient à ce que, le passage de l'air < tant plus ou moins intercepté, l'enfant ne peut s'alimenter convenablement, puisqu'il ne peut tetteravec suite, obligé qu'il est de lâcher le sein à toute minute afin de respirer par la bouche.
ins dites viscérales. - Les centres nerveux, les poumons, le foie1, le cœur, les reins1, la rate, sont, chez le fœtus
comme chez l'adulte, le siège de gom s. — La maladie du
parenchyme affecte deux formes: circonscrite ou diffuse. La rate, en i remarquablement plus volumineuse et
l»lu< pesante. — La lésion pulmonaire se dislingue par sa précocité. Nous n'insistons pas sur les signes qui différencient ces altérations de celles qui proviennent de causes vulg.
I. La syphilis héréditaire, «lit M. de Luca, >'ii détrui : ibules
sanguins adultes, el en créant une olighémie, cause de mort de beaucoup d'enfants, cfielz lesquels, a l'autopsie, on ne trouve pas d'autres lésions, oblige l'organisme à une surproduction d'élémi foie qui i : le cette hyperplasie compensât!
v. Les l( sions i montré que
la plupart des aouveau-nés syphilitiqm -. que vu g on dit suc-
comber a /-// défaut di résistait parce qu'où n'a pu constater
aucune lésion détermin llement, soil .. lion uré-
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Du>at. .il
Il suffît que le praticien soit prévenu non seulement de la possibilité de les rencontrer, mais même de leur existence assez fréquente dès les premières périodes de la syphilis, durant la vie intra-utérine.
Le testicule est assez souvent frappé de sclérose. Signe distinctif : chez le fœtus, la lésion attaque simultanément les deux glandes.
Appareil auditif. — La syphilis héréditaire produit une otite moyenne suppurée, indolore, ne donnant quelquefois lieu qu'à une perforation linéaire de la membrane du tympan, rapidement curable par le traitement intérieur. — Il existe aussi une surdité par propagation de l'inflammation des fosses nasales (coryza des nouveau-nés), jusqu'à la trompe. — Enfin la lésion peut résider dans les parties profondes de l'organe de l'ouïe.
D'autre part, à cette période, la syphilis peut se manifester, — et ne se manifester que — par une surdité dont les caractères sont : d'être complète, d'être survenue brusquement, d'une façon presque foudroyante, d'être accompagnée de vertige et de rester compatible avec une intégrité parfaite de la membrane du t}'mpan, de la chaîne des osselets, de la trompe d'Eustache.
Œil. — Outre l'irido-choroïdite que l'on constate quelquefois, de laquelle dans d'autres cas on ne peut reconnaître que les traces (opacité du corps vitré, plaques atrophiques et pigmentations de la membrane choroïdienne), on a signalé une autre forme, la kératite parenchymateuse , comme constituant un signe certain de syphilis. Et sa signilication dans ce sens, a-t-on ajouté, est d'autant plus valable qu'elle coexiste ordinairement avec une malformation particulière des dents et avec la surdité mentionnée ci-dessus. Mais il n'y a, ni pour l'une ni pour l'autre de ces altérations — qui constituent la triade d'Hutchinson, prétendu signalement des hérédo-syphilitiquesj — il n'y a, dis-je, nul caractère mor-
SYPHILIS PAR GÉNÉUÀ1 phologique, anatomique, ni évolulionnel, permettant de leur
issigner un igine exclusivement Byphilitique. La syphilis,
quand elle existe chez ces sujets, n'agi! que comme influence dystrophique, au même titre que d'autres dysci isies (scrofule, rachitisme, défaut d'alimentation , causes que, d'ailleurs, "ii voit produire, à elles seules, ces mê - altérations.
Muscles. Parmi les rares exemples citi - de lésions m culaires, se remarque la tumeur, dure, ovoïde, qui apparaît, quinze ou vingt .jours après la naissance, dans l'épaisseur du sterno-mastoïdien. Quoiqu'elle s'observe surtout chez les enfants dont ce muscle a été tiraillé pendant les manœuvres de l'accouchement, et qu'elle se résolve le plus souvent d'elle-même, il est certain qu'on a quelquefois trouvé dans cette tuméfaction les caractères histologiques de la myosite syphilitique interstitielle, coïncidant, chez le même sujet, avec une syphilis incontestable. Le tiraillement obstétrical n'a peut-être agi qu'en favorisant, à titre de cause occasionnelle, la localisation de la syphilis en ce point.
Système osseux. — On peut, selon les phases progressives de l'altération, en décrire quatre degrés :
Le premier s'observe chez les enfants qui meurent dans la huitaine après leur naissance. Un dépôt d'ostéophytes, généralisé ou limité, s'est formé à la surface de l'os, ordinairement plus épais du côté de l'extrémité articulaire et allant en s'amincissant vers le milieu de la diaphyse. Ces ostéophyles adhèrent à l'i Vers les articulations, La couche chondro-
calcaire qui unit le cartilage épiphysaire à la diaphyse est épaissie, a jauni; les vaisseaux y sont rares, les cellules embryonnaires -> entourent <le graisse et de sels cale iii il y a retard de L'ossification.
Au deuxième degré chez les enfants de quelques semaines à trois mois , l'altération du tissu Bpongieux «le l'extrémité de la diaphyse aboutit a une dégénérescence, soit gélatineuse, soit puriforme; d'où une destruction néorotique du
tissu spongieux, qui peut s'étendre à la couche compacte et favoriser la production d'une fracture1 au point malade (crépitation, mobilité, parésie du membre, douleur par les mouvements et à la pression).
Au troisième degré (enfants de cinq à six mois), médullisation et décalcification du tissu de l'os, diminution de la densité et de la dureté de ce tissu. Entre la diapliyse normale et le tissu de nouvelle formation, il se creuse des rigoles longitudinales séparées par des couches concentriques de tissu compact. Comme, en même temps que la substance médullaire tend à détruire le tissu morbide par sa face profonde, il se produit à sa surface de nouvelles couches, l'extrémité osseuse affectée augmente de volume en devenant plus fragile.
Au quatrième degré, accroissement du même processus. Au-dessus des couches dures d'ostéophytes, se voit une couche parfois s'étendant à tout l'os, constituée par un tissu spongoïde.
Considérées en général, les lésions osseuses ne manquent jamais chez un nouveau-né syphilitique, et quelquefois elles existent seules.
• Les os le plus souvent atteints sont l'humérus, le fémur, le tibia, puis le cubitus, le radius, les côtes, enfin la clavicule, les métatarsiens et métacarpiens. Pour chaque os, celle des extrémités qui, selon la loi d'Ollier, s'accroît le plus rapidement (la plus éloignée du coude et la plus rapprochée du genou), est celle qui est la plus affectée : nouvelle preuve de l'influence de l'activité vitale sur le développement des lésions syphilitiques.
Os du crâne. — Les lésions de la voûte crânienne, vu l'importance qu'elles ont pour le diagnostic, réclament une mention plus étendue. La forme ulcéreuse, qui produit soit des érosions, soit un état poreux de l'os à sa face externe, du
1. Très fréquente aux côtes, vers le tiers antérieur de l'os, là où sa diaphyse est plus mince et subit le maximum de tension.
SYPHILIS PÀB GÉNÉRATION.
côté opposé au décubitus <■! chei les très jeunes enfants,
a pour le clinicien beaucoup moine de valeur que la Bec I<'
forme, la forme ostéophj tique.
i - osl iphytes onl leur Biège de prédilection autour <lr^ angles péi ibregmatiques tlu frontal el des pariétaux : de là ils peuvent s'étendre aux régions voisines, excepté toutefois aux
bosses frontales >-i pariétales. Il> se présentenl bous fori le
plaques lenticulaires plus épaisses au centre qu'à la circonférence el sont formés d'un tissu spongieux très vasculaire, composé de trabécules osseuses el d'espaces médullaires dont la direction est perpendiculaire à la surface <le l'os envahi. La substance esl quelquefois incrustée de sels calcaires qui lui donnent une grande dureté. Les parties primitivement atteintes prennent, par le dépôt de couches successives, une épaisseur souvent considérable, et finalement on voit, sur 1»' coronal, deux tubërosités arrondies et deux autres Bur les pariétaux 1»> long de la suture sagittale. Ces saillies sont séparées les unes des autres par des gouttières profondes; d'où résultent pour le crâne une forme el une apparence véritablement typiques, que la syphilis héréditaire seule peut produire (crânes natiformes).
Parmi les i ares paralysies propres à la syphilis héréditaire, signalons la pseudo-paralysie décrite par Parrot, sorte d'impuissance fonctionnelle causée par certaines altérations - syphilitiques qui ont amené le décollement du cartilage épiphysaire d'avec la diaphyse. Son pronostic n'est grave que lorsqu'elle existe chez des sujets cachectiques. Si, ■m contraire, l'état général est lien, et surtout >i cette pseudoparalysie esl la seule lésion par Laquelle se manifeste la syphilis, la guérison est la r e
lésions osseuses ressemblant sous plusieurs rapports ■< celles du rachitisme, on a pu se demander -i le rachitisme n'était point une des formes, ou des terminaisons, ou des hybrides de la syphilis lire»
D'autre part, ces lésions ne se rencontrent-elles pas chez les jeunes enfants affectés, après la naissance, de syphilis idite acquise) aussi bien que chez les enfants qui en avaient reçu le germe héréditaire? Ces importantes questions si ml encore à l'étude.
Pourtant de récentes observations paraissent infirmer la prétendue nature syphilitique du rachitisme. On a, en effet, constaté que, postérieurement à la naissance de son enfant rachitique, un homme avait contracté la syphilis; de plus, il la communiqua à sa femme (Gaillard). Donc, puisqu'ils ont tous deux pu la prendre après la naissance de cet enfant, ils ne l'avaient pas avant, et leur enfant ne pouvait par conséquent l'avoir reçue héréditairement d'eux.
Il faut d'ailleurs savoir que, outre les lésions osseuses propres au nouveau-né, il peut exister dans la syphilis héréditaire tardive, les lésions du squelette qui s'observent dans la syphilis tertiaire acquise.
Cette remarque a une application des plus importantes dans les contestations judiciaires qui s'élèvent souvent sur la question de savoir, un enfant mort-né étant syphilitique, s'il tenait le mal de ses parents ou de sa nourrice? Or les lésions osseuses sont, en général, plus tardives dans la syphilis acquise des enfants que dans leur syphilis par génération. Donc « les formes gommeuses, avec ou sans ramollissement, ayant ou non donné lieu à l'usure, accompagnées soit d'ulcération, soit de carie ou de nécrose, quelquefois de fracture spontanée, devront, quand on les observera sur un enfant de quelques mois, faire penser plutôt à la syphilis transmise par les géniteurs ; car une syphilis acquise n'aurait pas eu le temps d'arriver à ce degré de son évolution. » (Pelizzari ef Tafani.)