MÉDECINE LEGALE
jeune âge... Mon I > i . ■ 1 1 ! lea jugea sont des hommes! — peut-on prévoir jusqu'où tombera le plateau?
«Ils ont jugé selon l'équité », dira-1 on. Mais juger selon l'équité expose a subir des entraînements périlleux. Ce n es! pas cette mission qu'onl à remplir, que remplissent ordinairemenl nos tribunaux. — De ce peu de mots ressorl le danger de soumettre de telles causes a une juridiction exposée, |ilu> qu'exposée, souvenl contrainte par la nature, par la limitation de son mandat . a frapper à côté.
:! Conditions tenant aux circonstances de l'acte contagionnant. — J'ai énuméré lc< suppositions que comporte el qu'autorise tout procès de ce genre. En appréciant la créance qu'elles méritent, je crois m'être tenu dans la juste
limite du stricl rais temenl ainsi que du compte à tenir
de la vertu dûment présumée. Et pourtant, hors de la discussion purement scientifique, au cours des débats judiciaires, ces suppositions, avec quelques ménagements ou sous quelque couleur qu'un avocat sache les présenter, sont de leur nature el paraissent tellement outrageantes ou tellement invraisemblables; que le plus souvenl ni le tribunal ni l'opinion ne seront disposés à les prendre en considération. Aux yeux du monde, toujours un certificat de syphilis, en même temps qu'il désigne la victime, implicitement désignera aussi d'autre part le coupable! Qu'une épouse le produise à l'appui de sa demande de divorce; une nourrice infectée poui faire allouer une indemnité; un sujet syphilisé par la vaccination pour obtenir des dommages-intérêts, personne, on peul le parier, ne se figurera d'autre auteur «lu méfail que le mari, que l'enfant donné en nourrice, que le vaccinifère. Et le magistral instructeur lui-même, dont !<• rôle est de douter, hésitera à croire que le chancre puisse être venu : a l'épouse
n couchant dans des draps d'auberge maculés ; a la nourrice, en avant une seule fois donné le s. >in à un nourrisson
étranger; au vacciné, non par son vaccinifère, mais par celui à qui il a servi de vaccinifère!
Et pourtant que d'exemples inattendus, déconcertants, viennent chaque jour révéler, avec de nouvelles et de plus en plus insidieuses sources de contagion, de nouvelles sources d'erreur presque inévitables, partant de défis portés à la sagacité de ceux qui sont chargés d'appliquer la loi. Une petite fille prend la blennorrbagie. Elle l'a prise par contagion: le signe caractéristique, le gonocoque a été mis en évidence. Enquête, scandale, voisins soupçonnés, visités... Visités! A propos de visite, on n'en avait oublié qu'une, celle du père, porteur d'une blennorrhagie, et qui, trois jours auparanl, dans un bain, avait pris son enfant quelques instants avec lui. (Aubertet moi avons publiés des faits établissant la réalité d'une contagion par cette voie.)
Jusqu'à l'heure présente du moins, les difficultés parfois étaient grandes sans doute ; mais il ne s'agissait que de difficultés. Éclairée, conduite par l'expert médical, l'instruction pensait avoir fait la preuve nécessaire, du moment que, au prix de recherches plus ou moins laborieuses, elle pouvait montrer chez l'auteur présumé du fait le corps du délit, la maladie qu'on l'accusait d'avoir, volontairement ou non, transmise. Mais justement voici, grâce au progrès de la science, voici ce qui menace désormais de manquer à l'expertise. Une personne peut communiquer une maladie de ce. genre non seulement sans que chez elle le mal ait été constatable, mais sans quelle l'ait eu; et non seulement sans qu'elle l'ait eu, mais sans qu'il soit possible qu'elle l'ait eu! Elle en a eu, ne fût-ce qu'une minute, la graine en dépôt dans une partie de son corps où cette graine ne peut germer; et cela a suffi pour qu'une autre personne se soit infectée à ce contact! Après avoir lu les observations, citées plus haut, de blennorrhagies uréthrales de l'homme, résultant de coït ab ore, pourrait-on dire comment, par quelle confrontation, à
MÉDECINE LEGAL I , SOfl
l'aide de quelle recherche microscopique, dans ce cas, il \ aurait moyen d'établir de façon fi Faire rendre justice l'homme qui en Fui victime, la culpabilité de In délinquante .'
§ II. — Les vénériens défendeurs.
Nous Bommea ici en présence non plus de griefs desquels la justice de> rail connaître, mais d'infractions don! elle con nait réellement, parfois de délits que le ministère public poursuil d'office.
De l'interminable chaîne qui se déroule depuis 1 194, détachez par la pensée, isoleî un fragment. Eh bien ! de ce fragment deux anneaux quelconques qui se touchent représentent toujours deux individus dont l'Un a à se plaindre de l'autre, et par conséquent est en droit de porter plainte contre lui.
.Il- viens de montrer pourquoi, dans la vie courante, |><>ur les transmissions réalisées par le mode usuel, ce droil reste a l'état de lettre morte. Mais y a-t-il eu scandale public? ou
Lien la victime disons la nourrice: est-elle à même de
prouver la réalité de son grief? Dans les deux cas, l'affaire suivra son cours...
Dans les deux cas précités, qu'il y ail présomption de délit ou seulement de préjudice causé involontairement, devant qui auront à comparaître, à qui auront à répondre tant inculpé que plaignante ? A des avocats, organes du ministère public, juges : tous gens desquels très respectueusement on est bien obligé de dire que pin- leur incompétence médicale est notoire, p!u- leur intervention, en certain- cas, les expose à entraver la manifestation de la vérité; et par suite à
compromettre le bon droit. Seul le médecin à c pétence
reconnue, ajoutons — je le puis -an- bffetisèr personne — que seul, dans ce débat, seul de tous ceux qui parleront pour m contre, ila qualité pour être crU absolument désintén \u médecin sommé alors de breridre ce rôle si difficile,
mais si digne d'envie, le rùle d'arbitre entre deux intérêts respectables, entre deux prétentions inconciliables, il faut, avant tout, rappeler la règle, son guide unique, mais son guide suffisant dans ces graves et délicates conjonctures : Les bonnes doctrines font les bons experts.
En fait (Vatfentafs à la pudeur, par exemple, lorsque le médecin estappelé à dire quelles charges, quelles présomptions de culpabilité justifie ou infirme la présence d'une maladie vénérienne, il n'a qu'à s'en référer aux notions exposées dans le cours de cet ouvrage. Que d'abord il se rappelle exactement l'incubation précise de telle ou telle des trois lésions vénériennes; qu'il considère ensuite les caractères différents qu'elles offrent à chacune de leurs phases successives; qu'il tienne compte enfin de leur durée totale : armé de ces simples données, le voilà déjà en garde contre la plupart des causes d'erreur. Une femme se plaint d'avoir été du même coup violée et infectée ; elle présente, en effet, des lésions syphilitiques à la vulve, et l'inculpé en a à la verge. Au juge d'instruction, cette coïncidence a suffi pour lancer un mandat d'arrêt. Mais ces lésions quelles sont-elles? Chez la femme des plaques muqueuses; chez l'homme, un chancre. Voici, à la luis, un chef d'accusation écarté, et une forte présomption de simulation, de chantage s'élevant contre la plaignaute, car, ainsi qu'en témoigne leur nature, ses lésions datent d'au moins soixante jours. Comment donc auraient-elles pu être produites par celle de l'homme qui, ainsi qu'en témoigne sa nature, date tout au plus de trente jours? — Un jeune garçon, avec des antécédents et une conformation de sodomisle, porteur de plaies à l'orifice anal, accuse un monsieur d'être l'auteur du fait. A l'examen, ce monsieur offre, à la région balano-préputiale, des lésions en apparence toutes semblables à celles de l'intéressant porteplainte. Mais j'interviens, et d'après les préceptes si lumineux de diagnostic de Fournier, je déclare qu'il ne
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s'agit là que d'un herpès progénital, affection non contagieuse, «'I donl le caractère évolutionnel caractéristique est d'être éphémère. Vu boul de trois jours, en effet, il ne reste |>lu> trace de rien, m sur le prépuce... ni dans les charges portéi - contre mon client. — Le père d'une petite Bile accuse M. X. d'avoir communiqué à son enfant une blennorrhagie, el la pauvre petite, au momenl de l'examen [quinze jours après La date du Fait retenu par L'accusation . offre, en effet, tous les signes de cette maladieâ sa période inflammatoire, tous, y compris les gonocoques constatés dans sa sécrétion. « Qu'on m'examine à mon tour! s'écrie l'inculpé. Ainsi est fait, el après six heures passées sans l'avoir laissé uriner, on ne ramène qu'un liquide opalin. La goutte militaire étant réputée non contagieuse, il aurait été mis hors de cause, si d'autres motifs ne L'avaienl pas fail maintenir en arrestation. Le médecin, dès lors, put l'examineràl'aise. Se rappelant la remarque de Welander sur la reviviscence possible du gonocoque dans une goutte ■• que à l'œil nu "a avail trouvée presque absolument transparen s'attacha à cette observation, demanda qu'on servil à ce prisonnier de la bière à discrétion, et, se présentant chez lui à ('improviste, à son réveil, amena au méat un liquide plus coloré, où il pu! enfin découvrir le gonocoque que réclamail l'instruction.
L;i transmission de la syphilis entre nourrissons et o -
rices offre la plus fréquente en même temps que la plu- ardue occasion d'appliquer ces principes. Un nourrisson est-il infecté? Si la nourrice, comme c'esl l'usage, porte plainteen réclamant des dommages-intérêts, attendez-vous a ce que,
au même instant, les parents introduisenl u lemande
reconventionnelle, lài effet, m Les deux parties s'accusent réciproquement d'avoir été L'auteur duN mal. ce n'est pas sans raison; elles peuvent invoquer une preuve également valable en apparence, puisque, au momenl où l'expertise a
lieu, l'enfant et la nourrice présentent tous deux des symptômes syphilitiques. Si les parents étaient de bonne foi, bien souvent, le plus souvent, ils éviteraient ces débals; car ils ne peuvent, le mari surtout, le chef de la communauté, ignorer ou avoir oublié les accidents spécifiques dont soit l'un; soit tous deux, ils ont été atteints, et qui leur expliquent si bien et la maladie de leur enfant et la transmission infectante dont il a été l'auteur. Mais comme ils se sentent couverts par la prescription médicale, c'est-à-dire comme, au moment où le procès s'engage, ils n'ont ordinairement, eux, plus de signes visibles de syphilis, ils nient ce dont on ne peut leur prouver l'existence, et pensent bénéficier du doute, de l'incertitude que leur mensonge va créer dans l'esprit de l'expert.
Eh bien! il n'en est rien. En l'absence de tout renseignement sur les antécédents, rien que sur le vu des pièces litigieuses, le médecin peut découvrir la vérité et émettre un avis au-dessus de toute contestation. Ainsi :
De la nourrice ou du nourrisson, lequel a été le point de départ, l'auteur de la transmission morbide ?:.... Pour le savoir, il n'y a qu'une chose à faire. Parmi toutes les lésions qui, sur l'un et sur l'autre des deux sujets vous sont soumises, cherchez d'abord, cherchez avant tout à déterminer laquelle est ta plus jeune! Et alors, sans craindre d'errer, concluez que c'est celles-là qui a été créée, et que celui qui en est porteur est victime, non auteur.
Jadis, dans cet engrenage, un piège nous attendait. Toute syphilis acquise commence par un chancre; voilà le principe immuable. x\ussi, partout où l'on voyait un chancre, on se croyait autorisé à dire : « C'est là qu'est l'origine des transmissions successives. » Aujourd'hui, on n'en est plus là ; on sait que l'effet du Gontact d'une lésion secondaire se traduit eHëz l'infecté par un chancre. Et comme dans les rapports de nourrisson suspect à nourrice, Cette dernière est la seule
WÉDECICE I EGALE. 513
qui puif avoir, p ir ces rapp< i lé un chancre, el
que, d'autre part, il n'esl guère d'usage, pour les noun de se présenter pour entrer dans une ramille, porteurs d'un
chancre du ma Ion '. L'accldenl primitif, le chancre, en
cas pareil, doil être tenu plutôt pour signalement <lu sujel qui fut infecté que de celui qui infecte.
Ceci posé, examinons en détail les principaux cas auxquels on a affaire :
1° La nourrice, pour toute lésion, a un chancre du mamelon bien caractérisé; le nourrisson, par son faciès, par la conformation de son crâne, par quelque syphilide, trahit une infection congénitale. — G'esl le cas usuel le plus simple. Prononcez que 1»- mal vient de l'enfant.
-' La nourrice a un chancre mammaire, mais déjà en voie de réparation; eu outre, plaques muqueuses vulvaires, roséole, alopécie. L'enfanl n'a pour toute lésion qu'un chancre labial avec adénopathie sous-maxillaire. — Encore cas simple, mais probant en sens inverse. I-'' mal vienl de là nourrice.
3° La nourrice n'a qu'un chancre mammaire, qu'elle soutien! être une simple gerçure, el L'enfanl n'a qu'un chancre buccal. Interrogez, tâchez de savoir lequel des deux a débuté le premier. l'A si vous ne pouvez Qxer ce poinl ni par L'examen local ni par 1rs renseignements, demandez un sursis. Si les accidents secondaires n'éclatent chez la nourrice que quinze ou vingl jours après qu'ils auront apparu chez l'enfant, c'esl l'enfant <|tii avait contracté le mal d'une source étrangère, el qui L'a transmis à sa nourrice. Cette femme n'avait bien en efFet, au début, qu'une gerçure. Son chancre, pour ce motif, a pu paraître contemporain de •■.•lui de l'enfant, mais en réalité il lui était postérieur.
l. Exceptons le < réel, m lis r M. Dr on,
moment, la no i acre, offrii
les appui • a ti .-■
i mammaire.
Du, s y. 33
4° Le mari de la nourrice a eu, il y a deux mois environ, un chancre pénien, un chancre dont le cours et les coïncidences posent une question en ces termes : L'avait-il donné à sa femme? l'avait-il reçu de sa femme (on sait, d'ailleurs, que celle-ci a eu du mal au sein)"? — Lors môme que l'enfant ou ne pourrait être examiné, ou à ce moment n'aurait plus de symptômes, et lors même que, au moment de l'examen, la femme n'offrirait plus vestige de lésions (qu'on sait quelle a eues à la vulve), la question se résoudrait par la simple alternative suivante :
La femme a-t-elle des ganglions inguinaux indurés? — C'est que le mari avait gagné son chancre hors du ménage et l'a communiqué à sa femme par le coït; et si l'enfant est infecté, c'a été du fait d'une plaque muqueuse du sein de la nourrice, personnellement innocente, mais néanmoins responsable.
La femme, au contraire, n'a-t-elle pas de ganglions inguinaux indurés? — L'histoire du ménage esta reconstituer dans le sens opposé. Les lésions vulvaires n'étaient que des plaques muqueuses; la lésion du sein était un chancre et ce chancre lui venait de son nourrisson infecté.
De ces considérations sommaires, et surtout de ces exemples qui, bien médités, sont mieux qu'un enseignement, une initiation, je conclus :
Que, outre la patience pour faire les explorations complètes, afin qu'elles soient probantes, outre la fermeté parfois nécessaire pour obtenir qu'on laisse la maladie continuer quelque temps afin que, par son cours naturel elle nous édifie sur sa véritable origine, il est une qualité plus essentielle, une condition capitale à réclamer du médecin expert. S'il veut éclairer l'instruction, qu'il soit lui-même instruit, instruit à fond, instruit et pénétré de la solidité des bases, des lois réelles sur lesquelles reposent les doctrines étiologiques actuelles de la syphilis, telles que les admirables recherches
DÉONTOLOGIE. \i
• le Rollel « > 1 1 1 achevé de les constitue! en is.v.i Du banc de la
défense, c ne du siège du ministère public, <>n tâchera de
l'ébranler, de le l'aire douter de lui-même, en lui rappelant a l'occasion <■( hors l'occasion, sous formes cauteleuses ou impéralives, le banal dicton sur le caractère conjectural de notre art! Qu'il ne cède ni ne transige. Dans I i sphère où il | «luit Be renfermer, sur les points qui lui servent ici d'assises, notre science <-t aujourd'hui définitive, <■[ chose raie, tous ses représentants autorisés sont unanim
i - / de cel avantage à l'audience. Comme les dogmes sur lesquels vous vous appuyez ont été sanctionnés par l'observation clinique, expérimentale et microscopique, si quand on vous questionne c'esl pour recevoir de vous des éclaircissements, parlez avec l'autorité que donn ■. .. i c le sang-froid que commande la possession de la vérité démontrée. Vous apercevezvous, au contraire, qu'on ne vous interroge qu'en vue de vous faire tomber dans quelques contradictions de détail, que la plaidoirie ne manquerait pas d'utiliser alors que vous ne pourriez plus répondre ? Éventez cette mine. A relui qui contesterait voir.- point de départ, vos principes, faites paisiblement observer que tout-' discussion de doctrine médicale avec un jurisconsulte serait a u s - i inopportune, aussi stérile que pourrail l'être une discussion de doctrine juridique avec un médecin; en somme, q le non seulement vous acceptez une contreenquête, un contre-rapport, mais que, autant que celte initiative peut vous appartenir, vous réclamez avec insistance qu'il y soit pro ir peu qu'un doute subsiste dans l'es-
prit des magisti ats.
Dl ONTOLOGIE.
Je ne dissimule point ma pensée : j'entends ré igir i tcmenl contre la protection dont la loi — armée d'un pn ig social, de prétendues mœurs, que'lle a contribué ù créer
ol6 SYPHILIS.
couvre les propagateurs masculins d'un mal qui porte dans le ménage honte, désunion, ruine, angoisses, remords; qui, en outre, d'après l'irréfutable démonstration statistique de M. Fournier, doit être tenu pour l'un des agents les plus actifs de notre dépopulation.
Je vise ici le cas d'un homme qui veut se marier, qui se marie étant syphilitique, l'étant à une période où il peut transmettre la syphilis à sa femme et a ses enfants.
Or, cet homme, notre client, il faut le traiter, — cela va sans dire, — mais un autre rôle, un rôle tout différent nous appartient, parce que seuls nous pouvons le remplir. Célibataire, sa santé n'importait qu'à lui. Mais il va contracter de nouveaux rapports, de nouveaux devoirs même (le devoir conjugal), qui feront naître autour de lui des risques sérieux, à conséquences parfois irréparables. Ces risques, vous les lui révélez : c'est bien. Mais il a méconnu ou transgressé l'avertissement : dans quelle mesure et comment devez-vous intervenir?
Nous sommes appelés à donner nos conseils dans deux phases différentes : le mariage est à l'état de projet ; le mariage est réalisé. Examinons l'un et l'autre cas.
1° Avant le mariage. — Tout dépend de la date. N'est-il question, pour le client, que de savoir quand il pourra se marier? ... Oh ! alors sadocilité est exemplaire, parfois même exagérée jusqu'à nous faire douter qu'elle soit réelle. — Mais au moment où il vous consulte, le jour est-il fixé, les négocialions même seulement entamées?... Soyez sûrs qu'il vous échappe, que bien souvent celui que, par vos explications. vous avez cru avoir le mieux éclairé, converti, effrayé, retenu, celui-là, in petto, ne médite qu'une chose, passer nuire à votre prohibition. En doutez-vous? Il est facile de vous édifier. Avant de formuler catégoriquement cette interdiction, laissez-lui le temps de s'expliquer. De lui-même bientôt
DÉON rOLOGIE.
il \<ui> aura décelé ses intentions véritables. ■ Je ne puis faire autrement, docteur. -- Toul le monde y compte si bien! — Quand on a donné sa (..unir! El que diraient 1< -s deux familles?... » Toutes excellentes raisons, en effet, pour se plonger jusqu'au cou dans nn abîme de dissimulations, récriminations, désespoirs, ruptures, procès scandaleux,
dommages-intérêts el chantages renaissants... Bans c pter
les remords, pour mémoire.
Sauver malgré lui le client <(ui. en dépil de toul avertissement, prépare ainsi sa perte, c'esl un devoir pour le médecin, el il entre parfois dans cettevoie, lorsque, poussé à boul par tant de cynisme, il dil au récalcitranl : ■■ Dans le c l'on viendrai! me questionner sur votre compte, je vous avertis que je ne me croirais pas en droit de taire la vérité. ■• Nous pouvons librement, en effet, aller jusque-là : la loi ne punit pas la menace de divulgation. Mais, que le client, un moment alarmé, s'informe : il sera à l'instanl rassuré, car le premier légiste qu'il va consulter lui lira l'article 378 du Code pénal ainsi conçu :
Les n ; :n>. chirurgiens... el toutes autres personnes dépositaires, par état ou par profession, des secrets qu'un leur confie, qui, hors le cas où la l"i les oblige à m' porter dénonciateurs, auront révél rets, seronl puni-, etc.
Or, cel article vise-t-il nommémenl le genre particulier de secrets dont nous parlons ? Au nom de ma conscience '\<~ veux, et au nom du simple bon sens je crois que ]<• puis soutenir que sa rédaction ambiguë permet au moins le doute.
ticle spécifie expressément les secrets que « on nous confie L-dire, n'est-ce pas, les confidences qu'on mais
fait, ;i condition que mm- les tiendrons secrètes. Or, il est extrêmement rare «pie pareille stipulation intervienne entre lients spéciaux el nous. En cherchant bien dans ma mémoire, je n'ai souvenir que d'un brave paysan qui eng ainsi la conversation : «Monsieur, je viens pour que vous
me trailiez le plus sournoisement possible. » D'ailleurs beaucoup de consultants, au moment où il nous abordent, ignorent la nature de leur mal. Supposons donc, d'autre part, que craignant de trop les effrayer, nous croyions devoir leur cacher pendant quelque temps le nom de leur maladie : ne la connaissant pas, ils ne peuvent par conséquent pas, dans le sens strict de l'article précité, nous en confier le secret ; et d'après ce même sens strict, nous serions donc, dans ce cas, légalement justifiés d'avoir fait connaître leur état. Si le législateur avait voulu nous interdire la divulgation de tous les secrets que nous révèle l'examen des malades, il aurait, ce me semble, écarté, dans la rédaction, cette circonstance de secret qui a été confié et aurait libellé cette plus large prohibition sous une formule telle que celle-ci : «... qui auront révélé les secrets auxquels ils ont été initiés par t exercice de leur profession ».
Qu'ai-je voulu par cette discussion sommaire ? Statuer sur la matière?... Non, sans doute : j'espère seulement avoir préparé un terrain sur lequel quelque magistrat pourra se placer pour, le cas échéant, motiver un arrêt qui fasse incliner la jurisprudence dans le sens de l'intérêt public. Et vraiment, pour dire toute ma pensée, à une époque où la loi, par ses variations et ses condescendances, semble parfois jalouse de se désarmer elle-même, je serais heureux, pour ma part, d'avoir su tirer parti de cette véritable dégénérescence morale, de l'utiliser pour l'avènement d'une réforme bien digne de nos congratulations et de nos respects.
Je le déclare donc sans réticence : cette prétendue obligation légale du secret n'existe point de façon absolue pour un homme de cœur. Dans le cas bien spécifié, dans le cas de résistance invincible, avouée, d'un client syphilitique à nos avertissements, ma conscience m'enseigne que le devoir esl de L'enfreindre, non de lui obéir.
Mais de quelle façon l'enfreindre? Vais-je me porter dé-
DÉONTOLOGIE. Bit)
ii :iateur ? J'ai parfois eu boub les yeux un tel ensemble
de circonstances que j'aurais vraiment pu prendre i sans scrupules. Mais, en principe, il n'est pas proposable. Pour prendre ainsi une initiative donl le mobile pourra être suspecte, avons-nous la certitude absolue que, au dernier moment, le clienl ne viendra pas à résipiscence? Savons nous même si, en nous parlant d'un mariage prochain, il n'a pas seulement eu pour but de pénétrer notre vraie pensée sur la gravité actuelle de son état? Plus d'une fois j'ai eu à soupçonner ce piège innocent tendu par un malade timoré, toujours disposé à croire que son médecin lui cache la vérité.
Mai» celte révélation, que je déclare licite, à qui, si vous jugez qu'il y ail lieu, la devez- vous donc? Exclusivement aux parents de la future, et a ceux du futur, votre client. El par le l'ait ce ut; sonl guère que ceux-là qui viennent vous La demander.
Avant deleur répondre, mettez-les donc d'abord en demeure de prouver qu'ils ont droit d'interroger. Qu'ils établissent leur identité. C'est la première épreuve, pour plusieurs L'épreuve éliminatoire.
O pas franchi, parfois dans cette occurrence un simple détail aisé à prévoir, mais auquel jamais n'ont songé vos questionneurs, viendra vous tirez d'embarras : ■■ Docteur, vous disent-ils d'emblée, vous traitez M. X..., n'est-ce pas? ■• Possible, Monsieur, répondrez-vous en toute sincérité, probable, puisque vous me le dites. Mais ce nom, je l'entends prononcer pour la première fois. Vous comprenez : un spécialiste n'est jamais plus pressé de le demander à ses clients que ceux-ci de le lui dire. Ne sachant duquel de mes malades jit, je suis donc hors d'étal de vous donner le renseignement que vous désirez. ■■ Et vous terminez par cetl clusion, que je vous recommande : Si vous ne pouvez m'amener le jeune homme, apportez-moi au moins une des ordonnances que je lui ai délivrées. » tJi effet, du momenl
que vous la pouvez faire sur le vu d'une ordonnance, votre déclaration prend un caractère impersonnel qni vous garantit contre toute récrimination. « Je n'ai rien dit devons, répondriez-vous au client qui viendrait ensuite vous accuser d'indiscrétion. On m'a présenté une ordonnance, et sans savoir à qui elle appartenait, j'ai dû dire, j'ai dit à, quelle maladie elle s'applique. J'en suis désolé; mais puisque vous savez ces petits papiers compromettants, ne les laissez pas traîner à l'avenir' »
Mais regardons la question en face; que j'aie ou non l'occasion d'user de ces ménagements, sûr de mon droit moral, j'attends, en règle avec ma conscience, ce que peut contre moi le droit légal, et j'attends assez tranquille. Car que peutil? Rien ou fort peu de chose.
Ce n'est pas, en effet, sans en tirer de bonnes leçons que, par profession, nous avons été, nous médecins, à l'école des dénis de justice. Toutes les fois que j'allais au parquet, réclamer contre des concurrents illégaux, on m'accueillait fort bien, mais avec quel sourire! « Vous êtes dans votre droit, docteur; il vous sera fait justice dès que vous aurez produit des témoins. » Des témoins pour un fait patent, étalé, permanent, avoué, publiquement annoncé ! El des témoins venant déposer sur un cas de ma spécialité/!... Mais à mon tour, je suis, pour le cas actuel, en mesure de retourner son argument à l'organe du ministère public :
« L'espèce d'infraction que je médite à l'article 378, lui dirais-je, est de celles dont vous n'êtes saisi, qui ne vous mettent en mouvement que sur la plainte de celui qui en a reçu préjudice. » — Qu'ai-je donc à craindre, que risqué-je, si pour qu'on l'écoute et qu'on me frappe la partie lésée doit, selon la jurisprudence suivie, porter ses syphilomes à l'audience?
Après le mariage '. — Ce qui était à prévoir est arrivé :
1. Cette seconde partie a été écrite sua.- l'inspiration, avec la colla-