‹ La pratique des maladies vénériennesChapitre 71 sur 90 · DÉ0NT0L0G11 . B · texte numérisé non relu

DÉ0NT0L0G11 . B

la femme esl infectée. Le sccrcl légal avail préparé ce malheur. Attendez quelques mois, le Becrel conjugal l'aura complété; car celte remme, innocente, demain peul être mère, pliiN que toute autre, pour ce double motif, mériterai! le prompt, l'effi ours de*la médecine : ours -i

-.lire lui manquera, <>u lui sera marchandé!

D • que la chose esl certaine, en effet, le mari se senl si bien coupable au premier chef que son premier mouvement, au li'-u de dire : « Pauvre femme! commenl allonsnous la soigner? esl de demander : • Docteur, commenl allons?nous nous y prendre pour le lui cacher? - Et, in>tons-le, il va trouver chez le premier venu d'entre nous un coopérateur d'avance acquis à cel office el empressé d'y prêter son concours. De part el d'autre, pour justifier, en ce cas, ruse, dissimulation, mensonge, n'a-t-on pas invoqué le grand motif d'ordre supérieur, sauvegarder lapaixdu ménage!

Or, cette paix est-elle aussi radicalement menacée qu'on se platl a l'alléguer pour se justifier d'en venir d'embli de telles extrémités, pour se dispenser d'un pénible aveu? Non, certes; el deux considérations, ou plutôt deux attributs du sexe me le persuadent : -.1 bonté, sa résignation. D'un.' part, ce sentiment inné el immanent, ce besoin de pardon, providentiellemenl déposéau cœur de toute femme, sur lequel peut compter toul mari aimé, demandant de certaine façon indulgence pour des torts, que toujours il peul dater d'ante nuptias. — Résignation aussi, vertu for celle-là, mais qui tend, ce me semble, a s'acclimater dans nos ménages. Elle règne presque sans exception dans certai-

ttion pourrais-je presque dire, d'une femme, d'une très estimable ni' p de famille, habituée, entraînée par sa droiture d'espril <•! de cœur, à en utes les questions sociales de face el de haut. Il ae m'a

pas fallu plus d'un quart d'heure de conversation pour pari opinion sur la soluUon qu'elle juge seule acceptable quantau point de déontologie cou 1- de qui suit; m non seulement pour partager, mais [mur tàchei di -il vil, .-"M passionné désir de faire prévaloir

cette solution.

ncs classes sociales. Que de fois, voulant plaider auprès de sa femme malade les circonstances atténuantes en faveur d'un voyageur de commerce, devenu mon client, me suis-je vu arrêté dès le premier mot par cette profession de foi : « Oh! Monsieur, je ne suis pas ridicule. Je sais bien qu'un homme en voyage! »

Mais cette longanimité n'est rien moins qu'universelle. Elle ne s'acquiert qu'à l'usage, rarement dès la première épreuve. Voyons donc ce qui se pratique en pareil cas, voyons comment se comporte à cet égard la science courante, la science magistrale, vis-à-vis de la moyenne des susceptibilités féminines.

Le ton qu'elle prend, soit pour motiver, soit pour dicter les préceptes afférents à la matière, est exactement donné par le professeur Fournier. Dans son chapitre de Syphilis et Mariage, l'une certes des meilleures réglementations tombées de sa plume ferme et délicate ; il s'exprime ainsi : « Dans l'énorme majorité des cas, la femme ignore le nom et la nature de l'affection dont elle est atteinte, et c'est le devoir moral du médecin de la tromper à ce sujet : situation singulière qui exige les qualités d'un diplomate, dont nous ne sommes pas responsables, mais que nous subissons dans une intention louable et bienfaisante. »

De nombreuses difficultés, continue-t-il, hérissent l'accomplissement de cette tâche. « Le mari, d'abord collaborateur plein de zèle tant pour dissimuler le nom des remèdes que pour en assurer l'administration régulière , peu à peu se refroidit, si même il n'en vient pas à s'irriter contre la prolongation, cependant nécessaire, de la médication.

« Aussi ce traitement étant en général négligé ou abrégé, soit par l'ignorance de la femme qui n'en peut comprendre l'obligation, soit par l'insouciance égoïste du mari, toute femme, dans ces conditions, reste exposée à des dangers d'avenir des plus graves. »

DÉONTOLOGIE.

El pour prévenir ces terribles conséquences, qu'il connaît mieux que personne, donl il cite de déplorables exemples, que conseille le professeur?» D'une part, rappeler énorgiquemenl au mari les devoirs qui B'imposenl à lui en pareille situation, o D'autre part, afin que la femme, ainsi laissée dans L'ignorance de la nature de son mal, ne soil pas ultérieurement ex| ce que ses suites possibles soient mrconnues par un médecin, qu'elle serait hors d'étal de renseigner, il faut, dil M. Fournier, ■ quoique vous ayez l'obligation de lui taire et le nom de sa maladie, et les dangers spéciaux auxquels elle l'expose, et les terribles conséquences qui pourraient en dériver à échéance indéfinie ■■. il faut « lui exprimer nettement l'opinion qu'elle a une maladie véritable, qui sera probablement de longue durée, qui pourra avoir des retours offensifs, des récidives; qui, par conséquent, doit être l'objet d'une surveillance attentive, de soins pro- -

Ce langage, je le reconnais volontiers, es! le seul que permette l'étal actuel de l'opinion. Peut-être même l'éminenl professeur de Saint-Louis sera-t-il désapprouvé d'avoir osé aller jusque-là I Pour moi, je crains qu'en faisant appel a la vigilance de Madame, il n'éveille plutôt ses inquiétudes, en tout ca~ et d'abord sa vive curiosité, lui entendant la description de ce mal redoutable, capricieux qui, lui dit-on, la menace sous toute forme, à toute date », sans qu'on lui en ail appris ni le nom ni la cause, votre très correcl discours es! assez clair,... pour lui souffler L'ardent désir d'avoir 1<mot de l'énigme <|u'il renferme. Ce mot, le premier médecin peul le lui donner, et d'ici, je l'y vois courir; car vos réticences l'y poussent d'autant plus que, comme elle ignore le nom de la singulière affection <|m' vous lui avez dépeinte, elle n'est pas retenue par la crainte d'avoir à confesser une maladie réputée honteuse/ — El rien non plus ne retenant le confrère, ce qu'elle rapportera de celte consultation ,c'est, avec

un redoublement d'effroi pour son sort personnel, la convielion qu'on lui a menti, qu'on s'est caché d'elle. «On m'a menti, on s'est caché, donc il y a un coupable! (1). » Déduction trop légitime et qui change la face des choses. L'explication que je conseillais au mari de donner, c'est lui qui va la subir. Au lieu d'une femme ignorante et crédule, toute disposée au pardon, c'est à un adversaire éclairé, de toutes pièces armé pour l'accusation, qu'il aura désormais affaire.

Louons cependant, louons sans restriction, l'intention qui a dicté à M. Fournier ce salutaire artifice. Reconnaissons même que, dans certaines conditions, il a chance de suffire, surtout s'il est magistralement adapté aux circonstances, comme l'auteur sait si bien le faire. Tenons-lui compte, enfin, de ce premier pas fait sur une route à peine jalonnée jusque-là. Mais, en principe, pour épargner à tous des malheurs, outre des remords à ceux qui en sont capables, en principe, il y a quelque chose de plus à faire.

Ce quelque chose, j'en ai découvert et la pensée et la formule chez un de nos meilleurs auteurs dramatiques. Doil-on le dire? titre de l'une de ses plus picpiantes pièces, est aussi celui qui convient à la présente étude. Eh bien ! oui, je l'ai fait assez pressentir, oui, selon moi, selon ma chère collaboratrice, oui, il est équitable, digne, prudent, nécessaire, obligatoire de le dire à la principale intéressée.

11 le faut, d'abord, pour parer, en tout cas et à toute date possible, aux menaçantes éventualités si justement mises en relief par M. Fournier.

Il le faut, pour empêcher la pauvre femme d'aller exhiber, inconsciente, aux yeux d'un monde qui fourmille de connaisseurs, des stigmates compromettants au premier chef et à première vue.

11 le faut, pour qu'elle songe à soustraire ceux qui l'ap-

1. Et prenez garde, officieux confrère, que, saus trop chercher, elle n'en trouve bientôt un second I

DÉONTOLOGIE.

prochcnl au danger de son contact; poui > soustraire enfants surtout, qu'un baiser peul infecter. Car, pn famille, sachons-le bien, ce n'esl qu'à la mère du nourrisson vérole < 1 1 1 » * serl la garantie de Colles.

Il le faut, enfin, pour qu'elle soil avertie du risque que courrail un enfanl conçu dans de telles conditions. M. Fournicr croit 3 avoir pourvu par une recommandation abstentionniste faite au mari. C'esl bien : quoique je sache tels ménages où c'esl la conjointe qu'il yaurail lieu d'inviter à user de réserve '. Pourquoi choisir, d'ailleurs? Si, comme on dit, pour faire un enfanl il faul être deux, on n'esl jamais trop de deux pour n'en pas faire !

On le \"it par cet exposé, plus notre déclaration sera claire, explicite, détaillée, plus on aura mis les points >nr les i, l'étiquette sur le sac avec le nom de l'étiquette bien lisible, mieux seront sauvegardés les intérêts sacrés donl la diplomatique formule ci-dessus laissait, ce me semble, plusieurs en souffrance.

• Mais quoi ! va-t-on me dire, à une pauvre femme, qui ne vous demande rien, vous allez, le cœur léger, notifier que son mari lui a donné la vérole, ■ — car vous appelez les ch< par leur nom, vous. — El c'esl là votre manière de sauver la paix du ménag

Expliquons-nous. Lorsqu'à ta question : Doit-on le dwe? j'ai toul à l'heure répondu par l'affirmative, j'entendais : oui, l'on doil dire quoi; mais pas du l ait : oui, l'on doil dire Madame, pour plusieurs sérieux motifs, a besoin de savoir qu'elle a la vérole, et je le lui <li<. Mais quel I ►- - < m n . — pour sa santé, — a-t-elle de savoir d'où la vérole lui esl venue?

Vingl sources, aussi innocentes qu'insidieuses, peuvenl ici être alléguées; lieux d'aisance malpropres, peignoirs ou serviettes de bains, draps de lii d'hôtel [en voj nges de toilette souillées par une domestique; puis les effets de la

contagion médiate, le mari, par exemple, ayant, sans s'en apercevoir, pris dans des lieux d'aisance la matière contagieuse el l'ayant ensuite transmise sans s'infecter lui-même... Bien maladroit le confrère qui ne saurait pas utiliser, au plus grand bénéfice et de la femme et du ménage, l'une de ces possibilités diverses, très réelles d'ailleurs.

Voilà tout le secret. Au lecteur de le comparer au secret médical et, en tirant laconsécpience, de deviner l'application.

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