I - Monsieur, je crois que j'ai un chanci e
— Ça? mais c'est un fragment de matière sébacée. 2° — Pour -Tu', j'ai des végétations.
— Où donc .'
• - Là, voyez, toul autour de la calotte.
— Mais c'esl la série des papilles nerveuses qui, normalelement, hérissent la base du gland.
3e — Monsieur, j>' viens vous consulter pour 'I-'- pi rl< - de semence.
— Quand viennent-elles? le jour ou la nuit ?
— Le jour, Monsieur. Oh! je suis bien malade, allez ! j'ai des pertes à chaque instant. Il nie suffit d'approcher une femme...
— Chut ! asseyez-vous là, mon jeune ami, et veuillez m'écouter :
Il sort par l'urètre trois espèces de matières : 1° le sperme ; ce qui a lieu soit quand on voit une femme, soit quelquefois en dormant, mais alors ordinairement en rêvant à une femme; dans ce cas, on a senti une jouissance; et, quand on s'éveille, on se trouve mouillé d'un liquide abondant ayant une odeur et formant sur le linge des taches de forme et de couleur toutes particulières; 2° le liquide de la prostate; celui-ci, d'aspect et de consistance assez semblables au sperme, mais qui s'en distingue en ce qu'il sort seulement pendant les efforts faits pour aller à la selle, après les dernières gouttes d'urine, et sans que sa sortie s'accompagne de jouis* sance',30 enfin le liquide muqueux sécrété par les glandes des parois du canal; celui-ci sort après toute érection prolongée, surtout en présence et au contact d'une femme qu'on désire et qu'on doit se borner à désirer; il est d'une transparence parfaite et très filant, ne donne lieu, bien entendu, à aucune jouissance '. — Eh bien! mon ami, de ces trois liquides, il n'en est qu'un, le premier, dont l'évacuation, si elle est trop fréquente, soit nuisible, constitue une maladie.
— Pourtant, Monsieur, j'ai lu dans un livre fait pour les gens du monde, que les pertes diurnes. ..
— Ces livres-là, mon bon ami, sont spécialement écrits pour effrayer celui qui les lit, afin de l'engager à consulter l'auteur.
1. Un paysan des environs de Lyon vint me consulter pour un écoulement intermittent, lequel, disait-il, reparaissait après chaque érection : et, pour me faire perdre moins de temps, ce brave homme s'était préalablement mis en mesure de me présenter la maladie pendant un de ses accès...
il 0RMATI0N8 i- 1 PONCTIONS NATI KEI I
— El mon pharmacien qui me rend, depuis six mois, de dépuratifs à 10 fi anca le flacon !
— Votre pharmacien avait probablement quelques litres de mélasse en train de fermenter, qu'il fallait écouler a tout prix.
4° — Monsieur, regardez donc ce chancre <|"i m'esl venu dan- le canal.
— .Mais il n'y a rien <lu tout.
— Comment, vous ne voyez pas, là, tout à fa.il a l'entrée ' ? J'abrège el vais me borner à mentionner les conformations,
saillies, plis, cavités, plaques blanches et rouges entièrement normales el naturelles, que, sur toul le corps, mai- notamment à la bouche el aux parties génitales, un esprii prévenu prend souvenl pour des maladies. ('.<• sont : la couleur noirâtre que donne au gland le tissu érectile sous-jacent, prise pour une gangrène commençante; — le raphé sous-pénien, les gros follicules pileux du Bcrotum, pris pour des pustules vénériennes; les caroncules myrtiformes prises pour des excroissances; — l'épididyme pris pour une lumé faction du testicule; les ganglions normaux de L'aine, pour des bubons; - la petite dépression qui existe de chaque côté du frein, pour une chancrelle, — la saillie médiane de la voûte du palais, prise pour une exostose; — les lacunes amygdaliennes laissant voir à découvert le produit de leur sécrétion normale, produit dont la couleur blanche el le contour nettement limité i'ii imposent pour un chancre, etc., etc. Toul autant de sujets d'effroi pour le client, et d'un tourment au moins égal pour le médecin : car naturellement on L'assiège,
l. [ci, comme "ti le dil souvenl au Sguré, tout dépend du poinl de vue où l'on se place. Si c'esl le malade qui examine lui-même l'intérieur de son méat, j'ai constaté que le rayon de lumière se reflète effectivemenl sur cette partie 'I" manière à lui donn i ux, une teinte grisâtre
qu'un esprit tant ~<>it p>'u timoré prendra pour une ulcération. Vu contraire, le ni. d< ni, qui peut y regarder de plus près el bous un angle convenable, ne trouve la qu'une muqueuse d'aspecl toul à fait normal.
on l'obcède tant qu'on n'est pas guéri. Et comment pourrait-on guérir des conformations qui entrent dans le plan régulier de la nature ? « Comment voulez-vous, finis-je quelquefois par dire à certains crampons de celte espèce, que je vous guérisse d'avoir cinq doigts à chaque main et un nez au milieu du visage? »
Mais si ces gens-là ont une affection vénérienne quelconque (ou s'imaginent en avoir eu), comme ils savent ou croient qu'elle peut se répandre par fout le corps, alors il n'est pas, sur tout le corps, de partie d'apparence un peu bizarre, ou inexplorée par eux jusque-là, qui, à leurs yeux, ne devienne une maladie, et notamment la preuve d'une [infection constitutionelle.
Les conformations naturelles qu'un homme sain se découvre alors, deviennent la base, l'aliment de toutes les perversions syphilimaniaques. Que d'organes très naturels ne nous signale-t-il pas comme autant de produits de la vérole, choses qu'il n avait pas, dit-il, auparacant .'... C'est ainsi que l'on m'a désigné comme symptômes de syphilis: le tubercule qui est à l'orifice buccal du canal de Sténon, — l'apophyse mastoïde, — le condyledu maxillaire inférieur, — la glande sous-maxillaire, — le repli lacinié qui côtoie les veines ranines, — les papilles de la base de la langue, — les glandules situées de chaque coté, au point de jonction de la base de la langue avec le pilier antérieur du voile palatin, — les plis de la muqueuse palatine derrière les incisives supérieures, — Je sillon longitudinal de la langue et les embranchements qui partent de ses bords, — un segment de la surface du voile du palais, circonscrit par trois vaisseaux capillaires, simulant un ulcère, — les gros follicules de la paroi postérieure du pharynx, — le point lacrymal inférieur, — la caroncule lacrymale, — lé clitoris! — l'appendice xiphoïde! ! el jusqu'à l'hymen ! ! !...
En face de ces aberrations, que doit faire le médecin ?