‹ La précellence du langage françoisChapitre 116 sur 183 · Thalie (livre III), chap. 39 et suivants · texte numérisé non relu

Thalie (livre III), chap. 39 et suivants

grand'crainte que paravant de quelque estrange et horrible malheur, duquel il ne le pourroit préserver : luy envoya incontinent un héraut pour luy déclarer qu'il renonceoit à Famitié qui estoit entr'eux : ce qu'il fît, à fin que, quelque malheur si grand tombant sur Polycrates, luy ne tombast aussi en une grande tristesse, à cause d'une telle amitié, (qui estoit proprement celle qui procedoit du bon accueil et bon traittement que se faisoyent ceux qui s'entrelogeoyent allans au pays l'un de l'autre). Or qu'avint-il en la fin? Que Polycrates, estant pris par Orœtes (ou Orontes)^ satrape du roy des Perses, fut crucifié. Il me semble qu'il y-a grande apparence que nos ancestres, curieux de la lecture des histoires (selon que le temps leur pouvoit fournir la traduction des plus notables pour le moins), ayent regardé à ceste-ci entr' autres en ce proverbe, // iiest pas à setir à qui ne mescheut onques. ou pour le moins que le discours duquel est venu ce proverbe ne soit procédé de l'observation de tel evenemens.

Au demeurant il faut considérer aussi une autre chose : c'est que nos prédécesseurs lisoyent fort curieusement les fables d'Esope (ce qui a esté cause de les faire mettre en vers par plusieurs) ' et

1. C'est Oroe tes, 'Opotrr,ç, dV logue et lui attribuait sans disprès Hérodote, III, 120 et sui- tinction tous les récits de ce vants. genre. Tous les recueils de

2. Le moyen Age considérait fables portaient le nom iVlso- Esope comme le père de rai)o- pe^, diminutif du nom d'Esope ;

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de là ont tiré beaucoup de proverbes plaisans et de bonne grâce, comme aussi les Grecs : (qui en faisoyent fort grand comte) et toutesfois encore plus qu'eux, à ce qu'on peut juger par ce qui nous en reste, car je ne doute point que le nombre des nostres qui avoyent leur origine des dictes fables, n'ait esté plus grand sans comparaison que nous ne l'avons. Tant y-a que voyla qui fait estre plus souvent en nos proverbes le loup, le chien, le renard, et autres bestes, qu'elles n'y seroyent. Et à fin qu'on ne doute de ce que j'ay dict touchant ceste origine d'une partie de nos proverbes, il faut considérer qu'en aucuns est faicte mention de la fable, comme en cestuy-ci. Ainsi dit le renard des meures, quand il ny put advenir *. Ce proverbe mesmement, C'est du temps que les bestes parloyent ', est venu (comme je croy) de ce qu'en ces fables elles sont introduites comme s'entreparlans. Mais nos ancestres non contens d'appliquer les noms des bestes à leurs proverbes, autant que telle application peut convenir non seulement aux fables d'^Esope, mais aussi à son siècle (comme quand ils ont dict, A petite occasion

le plus connu est celui de pée collective qu'on appelle le

Marie de France. Les récits Homan de Renart. V. Gaston

populaires, les traditions orien- Paris, la Littérature française

taies se mêlent aux fables grec- au moyen dge, p. 117 et sui-

ques, et c'est sans doute à cette vantes.

habitude très ancienne et très 1. Le Roux de Lincy, ï, 199.

répandue de mettre en scène — Garneri Thésaurus, 637.

les animaux qu'il fautattribuer 2. Le Roux de Lincy, I, page

la naissance de l'immense épo- 133.

prend le loup le mouton ^ : et A chair de chien sausse de loup * : et, Renard qui dort la matinée, n ha pas la langue emplumee) ^ ont dict aussi, A la fin sera le renard moine ^ : item, Le loup alla à Romme, et y laissa de son poil, et rien de ses coustûmes ^ : et ont usé de mesme liberté en autres proverbes, sans avoir esgard au siècle de leur maistre : je di, d'^Esope, qui leur avoit tant appris des tours que s'entrejouoyent les bestes *.

Il faut toutesfois adjouster à ce que je vien de dire, que nos prédécesseurs par l'observation aussi du naturel de quelques bestes, ont dict beaucoup de choses, qui sont par succession de temps venues en proverbes allégoriques, comme, Onques mastin n'aima lévrier ^. et, Onques chapon naima gelines ^ Et ceci ainsi couvertement dict, ha meilleure grâce que si on disoit. Jamais un homme chastré n'aima les femmes : encore qu'aujourdhuy ceste proposition soit contredicte. Aussi Noire geline pond blanc œuf^, se dit de la femme

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