Le Roux de Lincy
— Garneri Thésaurus, 611.
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noire, qui ne^ laisse pas d'avoir des enfants blancs.
Et à propos des proverbes allégoriques, il y-a aussi beaucoup de belles allégories d'autre sorte, comme, Une bonne verge porte bien aucunesfois un mauvais sion : pour signifier que quelquesfois avient bien que d'une bonne race sorte un mauvais homme, ou qui soit de nulle valeur, et (comme on dit aussi) de néant. Item, On ne doit mettre le doigt entre Vescorce et le bois * : contre ceux qui mettent des noises et débats entre les personnes qui sontproches les unes aux autres* : (j'enten, entre lesquelles il y-a un lien fort estroict de prochaineté) comme entre le père et l'enfant, le mari et la femme. Et ceste similitude est fort ^ belle, car comme si le doigt se mettoit entre l'escorce et le bois, il seroit à craindre que ces deux venans à se rejoindre naturellement, il ne se trouvast enserré, non sans sentir douleur : ainsi celuy qui vient à mettre des noises et dissensions entre telles personnes, est en danger, quand elles retournent à leur naturelle alliance et conjonction de volontez, qu'il ne soit comme enserré et pressé de la haine que luy porte tant l'une que l'autre. Or plus donne de pêne l'expo-
1. Le Roux de Lincy, I, 60. gnifîe qu'il ne faut pas s'ingé- — Quitard, Dict. des prov., rer dans les affaires de perpage 323. sonnes étroitement unies, qu'il
2. Le proverbe a un sens s'agisse de les diviser ou de plus large aujourd'hui, et si- les réconcilier.
sition de ce proverbe (laquelle est selon que j'en ay ouy user) plus faut-il qu'il soit excellent : à cause mesmement de sa briefveté, au lieu qu'il faudroit user de beaucoup de paroles. Voyci encores un exemple d'allégorie proverbiale, de fort bonne grâce, Trop achette le miel qui sur les espines le lèche *. Il y-a aussi des comparaisons fort belles : au nombre desquelles on peut mettre ceste-ci, Amour en cueur, feu en estouppes.
Outreplus nous avons quelques proverbes que nous pouvons mettre au reng des traits subtils, (que les Latins appeloyent acutè dicta) et aucuns qui ont ceste subtilité plus en la façon de parler, qu'en la sentence, comme cestuy-ci. Qui tout me donne, tout me nie *. car ceste manière de parler, qui de prime face nous semble conjoindre deux contraires, ha fort bonne grâce.
Nous en avons aussi ausquels nous ne trouverions point de raison, nous arrestans aux mots d'iceux, et entendans tout simplement ce qu'ils signifient, sans considérer ce qui s'en ensuit. Pour exemple. Qui voit la maison de son seigneur. Il n'y-a prou fit ne honneur ^, pourquoy est dict ceci? que nuit-il de voir la maison de son seigneur? Il faut donc entendre Voir de sa maison celle de son seigneur. Or de ce voisinage tant prochain (car il ne faut pas entendre de celle qu'on voit, encore
\. Le Roux de Lincy, I, 79. Qi tute me donne tut me tout. 2. Le Roux de Lincy, H, 482 : 3. Le Roux de Lincy, H, 100.
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qu'elle soit fort loin) il est certain qu'il peut venir plustost mal que bien : et d'autant plus de mal que plus il est dangereux de plaidoyer contre son seigneur. De quoy nous sont tesmoins trois proverbes : Jamais homme ne gangue de plaider à son seigneur \ et, Jamais ne gangne qui procède à son maistre*. et le troisième, Qui faict noces et maison, et plaide à son seigneur, il met le sien à bandon ^. Et puisque je suis tombé en propos de quelques proverbes qui de prime face peuvent sembler n'avoir point de raison, je parleray d'un duquel plusieurs s'esbahissent. J'enten cestuy-ci, // est maudict de V Evangile qui ha le choix et prend le pire *. Car pourquoy dit-on que cestuy-ci soit maudict de l'Evangile, veu qu'on n'y trouve point de texte où soit tel. maudisson? Nous trouverons moyen d'excuser nostre proverbe, si nous voulons un peu aider à la lettre. Car nous sçavons que le Juif est maudict par l'Evangile : lequel Juif ayant le choix a pris le pire, quand ayant à son choix de sauver nostre seigneur Jésus Christ ou le brigand nommé Barrabas, aima mieux sauver ce meschant. Mais combienque je donne le moyen de sortir de ceste difficulté qu'on propose touchant ce proverbe, je confesse qu'il ne se faut pas beau-
d. Gameri Thésaurus, 595. trouvent à la suite du Thresor
2. Le Roux de Lincy, I, 252. de la langue franc oy se de ^icot,
3. Le Roux de Lincy dit : on trouve le même texte que qui fait nopces en sa maison, dans Estienne.
— Dans les proverbes qui se 4. Le Roux de Lincy, I, 25.
coup arrester à aucuns, pour y chercher toute la raison qu'on diroit bien : mais considérer qu'il est vraysemblable que les uns ne soyent sortis de si bonne boutique que les autres. Ce que je di devoir estre, considéré pareillement, es proverbes Grecs et Latins.
Or quant à ces proverbes-là. Grecs et Latins, encore que je ne vueille égaler les nostres à eux (et principalement aux Grecs) si est-ce que je di qu'aucims, outre ce qu'ils contiennent des sentences fort belles, sont aussi fort beaux quant à la façon de parler, et ont une grâce inimitable. Au nombre desquels peut estre mis cestuy-ci, qui a esté mis en avant ci-dessus, parmi des autres, L'homme propose^ et Dieu dispose ^ , Et cestuy-ci, Mal pense qui ne repense *. Ausquels on peut adjouster les deux dont j'ay faict mention au commancement de ce discours touchant nos proverbes : Mal attend qui ne perattend : et. Qui bien attend^ ne surattend ^. Et ce composé surattend, me fait souvenir d'un autre mot qui ha ceste mesme sorte de composition. J'enten le mot Sursomme , en ce proverbe, La sursomme abbat Vasne *. Toutesfois encore plus de pêne auroit-on à exprimer, voire à donner seulement à entendre, la façon gentile de cestuy-ci. Ce quest venu de pille pille