Cf. Dialogues, II, 246-47. archaïques, ont depuis com
2. Enamouré, s'énamourer, mencé à revivre. Peu après qu'Estienne considère comme Régnier écrivait : Tout riait
Cm" ja pieça il se énamoura d'une jeune damoiselle Rommaine. Nous lisons aussi, Je vous ay énamourée, en cestuy-ci, Car tant vous ay énamourée puisque premièrement vous vi. et sont tous les deux passages pris du Romman de Perceforest.
Le troisième mot sera S'embatirK comme en ce mesme Romman, Et tellement luy escheut, quil s'embatit sur une fontaine, et me souvient que le Romman de la rose * aussi use de ce mot. tellement qu'il ne faut douter que les Italiens ne facent leur proufît de cestuy-ci comme des autres, quand ils disent, Me son embatuto, ou imbatuto, in un tal luogo ^. On me demandera maintenant si nous ne pouvons pas user de ces mots pour le moins, lesquels encore qu'on puisse penser estre tirez du langage Italien, au contraire luy les a pris du nostre. Je respondray qu'il ne me semble pas qu'en nostre parler ordinaire nous en devions servir, non plus que des autres, non usurpez par les Italiens : ains encore moins, puisque nous
aupi'ès d'elle et la terre parée 1. Cf. Dialogues^ I, d33. Etait énamourée. (Littré.) Au 2. Le mot s y rencontre très commencement de nostre siè- souvent. Edition Pierre Marcle, énamourée est employé : teaux {Bibliothèque orléanaise), Paul-Louis Courier : Quelque v. 1670 :
pauv?*e énamourée va s'y repaître de doux souvenirs. (Lit- Se j'eusse avant cognéu tré.) Plus tard, poètes et pro- Quex sa force ert et sa vertu, sateurs ont fait grand usage Ne m'i fusse jà embatu. des mots énamourer, énamouré,
s'énamourer, qui d'ailleurs Cf. vers 7943, 7970, 8415,
n'ont pas de vrais synonymes 10 080, etc.
et sont par conséquent néces- 3. Je me suis engagé en un
saires. tel endroit.
270 DE LA PRECELLENCE
avons esté si mal songneux que nous leur avons laissé avoir le droit de prescription sur iceux : et d'ailleurs que nous sommes en un temps où Tabus de ceux qui escorchent le langage Italien peut rendre suspect Tusage de tels vocables, et par conséquent odieux, aussi bien que des autres. Mais en poésie j'estime devoir estre permis : et s'il devoit estre licite de s'aider de quelcun ailleurs aussi, je dirois que ce seroit de Enamouré et de S'énamourer.
Il me souvient aussi du nom d'une beste, que je veux maintenir estre pareillement faict d'un de nos anciens vocables, c'est Botta, qui signifie ce que nous appelons Cra])aud. car je di que nous trouvons Botterel en nostre vieil langage, dict aussi pour Crapaud. Et d'autant que ce mot Botterel ha forme diminutive, il est vray-semblable qu'on ait dict aussi Botte, ou Bottet \ Pour le moins quant à Botterel, voyci un passage où il se trouve : pris du Tournoyement de l'antechrist, composé par Hugues De meri '. et c'est où il parle d'une pierre qu'on nomme Crai)audine.
Mais celle qui entre les yeux Au botterel croist, est plus fine, Quon seult appeler Crapaudine,
1. Boterel, qui se dit encore est resté dans quelques patois,
en Picardie et dans quelques On a employé aussi autrefois
autres régions, est en effet un le diminutif botel. (Godefroy.) diminutif de />o^qui lui-même 2. Lire : Huon de Meri.
J'adjousteray encore, qu'entre les mots que les Italiens ont pris de nous, non pas en la signification qui est plus commune maintenant, mais en celle qui Testoit plus le temps passé, est cestuy-ci, Cheras. car ils n'usent pas de ce mot comme nous maintenant, quand nous disons Faire bonne chère pour Estre bien traitté : et, Je vous feray bonne chère, pour signifier : Je vous traitteray bien, mais pour Visage, ainsi qu'on dit, Il m'a faict bon visage : et aussi comme on dit, Il ha un beau visage *. Et encores aujourdhuy en quelques lieux on oit dire Joyeuse chère, pour Visage joyeux, mais le temps passé ceste signification estoit plus commune : comme nous tesmoigne ce proverbe.
Belle chère, et cueur arrière '. Et cestuy-ci, Belle chère vaut bien un mets '. Et de celuy aussi le visage duquel monstroit de la tristesse, on disoit qu'il faisoit mauvaise chère.
J'ai beaucoup d'autres mots que je pourrois adjouster aux precedens : mais il me tarde que je vienne à l'autre sorte, asçavoir à ceux dont nous usons tous les jours (aucuns desquels, voire plusieurs, on sçait nous estre communs avec nos ancestres) dont les Italiens ont faict et font leur proufit, non moins que des precedens, avec bien
i. Cf. Dialogues du nouveau Laetus adest vultus, sed pia
langage français italianizé, I, corda procul.