‹ La précellence du langage françoisChapitre 138 sur 183 · Qui le soir ne dîne pas, toute la nuit se démène · texte numérisé non relu

Qui le soir ne dîne pas, toute la nuit se démène

suivi nostre langage en ces mots, et plusieurs autres, a faict que ci-dessus j'ay mis hardiment leur Fallir entre ceux qui sont tirez des nostres, et non pas des Latins : ayant esgard à ce qu'il ha tant la terminaison que la signification de nostre Faillir, et non du Latin Fallere : et qu'ils ont dict aussi Fallo pour exprimer ce que nous disons Faute. Et n'estoit que j'ay ci-dessus dict vouloir faire grâce aux Italiens de ce TrasportaVj qui est au passage de Pétrarque lequel j'ay là allégué, je le mettrois du nombre de ceux que nostre langue se peut vendiquer, pour le regard de ceste signification, dont elle a esté inventrice, ne l'ayant point trouvée en celle des Latins. Mais, pour ne me desdire, je suis content que cestuy-ci soit osté du comte : à la charge toutesfois qu'on m'accorde les autres susdicts, et leurs semblables : veu mesmement qu'entre les mots que Bembo confesse avoir esté pris des nostres, aucuns sont tels qu'il y auroit beaucoup plus grande apparence de nier cela touchant iceux que touchant les susdicts. Je di, pour exemple, qu'on auroit plus de couleur de niera Bembo que leur Obliar ait esté pris, non du Verbe Latin Oblivisci ou du Verbal Oblivio, mais du François Oublier (car outre ce que le Provençal est François, ce mot est commun à toute la France) que de me nier que Attender, quand il signifie Expectare, soit pris de nostre Attendre. Toutes les choses susdictes considérées m'ont

faict aussi dire touchant aucuns Noms de leur langage, qu'ils semblent estre pris de nous : et principalement ce qu'on y voit la parole Latine estre changée en la mesme sorte qu'elle est au nostre : estant vraysemblable (pour exemple) qu'en disant cuor, cest ii ait esté adjousté à nostre imitation : et encore plus, que l'adioustement de i en piede soit à nostre exemple : veu que nous faisons le mesme en Miel, Fiel, et autres. Et toutesfois, au pis aller, quand ils me voudroyent nier ce que je di de ces noms et de quelques autres, asçavoir qu'ils ne les ont eus des Latins que par main tierce, asçavoir par nous : et qu'ils voudroyent nier le mesme touchant aucuns des Verbes que j'ay proposez : le nombre tant des uns que des autres, touchant lesquels il leur seroit force de confesser cela, est assez grand pour prouver ce que j'ay mis en avant. Je croy bien que les Toscans qui ont succédé à ces plus anciens, n'ayent pas veu volontiers tant de nos mots parmi les leurs, mais force leur a esté d'en user, comme estans bons : et mesmement de le croire ainsi, in fide parentum.

Je veux advertir le lecteur, avant que passer outre, qu'il doit entendre en chacun Verbe, la terminaison en voyelle, aussi bien que l'autre en consonante, encore que je ne mette que ceste-ci : de laquelle je me contente, tant pour briefveté, que pource aussi qu'elle convient mieux avec la

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