Enéide
encore» que pour dict, on le se représente comme desja faict, aussi tost qu'il part de celle du roy. Car comme le roy Porus, venu es mains d'Alexandre le grand, qui avoit gangné la bataille, interrogé» par deux fois comment il vouloit qu'il se comportast envers luy, ne respondit que ce mot, Royalement * : ainsi les subjects qui sont persuadez que leur roy ne parle point autrement qu'à la façon royale, et qu'il porte une vrayement royale affection à leur bien, ont grande occasion d'ancrer leur espérance sur ses paroles, et se rendre tres-obeissans à icelles. A quoy il faut adjouster, quant à un roy des François, l'avantage que luy donne l'inclination naturelle des cueurs de son peuple, tesmoignee par ce proverbe ancien,
Parole, puis qu'un roy Va dictCf Ne doit pas estre contredicte *.
Estans ces deux poincts hors de controverse, l'un, que Dieu vous a doué d'éloquence, l'autre, qu'elle est d'autant plus proufitable et bienséante à un roy, qu'il est eslevé en degré plus eminent que toute autre personne : reste un troisième, duquel aucuns pourroyent douter, si nostre langage est aussi capable de ceste vertu de bien dire, que l'un ou l'autre de ceux qui luy veulent faire concurrence, et se rendre ses compétiteurs. A quoy je respon, qu'outre ce que ceux qui auront pu ouir plusieurs de vos subjects haranguer,
1. Plutarchi Vitae. Edition Livre des proverbes français. Didot. Vie d'Alexandre, ch. lx. 2* édition (1859), tome II, page