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Provençaux, que la langue Italienne avoit pris. Or est-il certain qu'il entend ce que nous disons Guère, d'où vient ce Naguère^ (duquel j'ay usé tout maintenant) ou // riy-a guère (comme aussi Bembo au livre intitulé Le prose, a dict, Non ha guari) et se peut bien mettre en trois pièces ainsi, N^a guère, car c'est autant que si nous disions, Il n'y a guère de temps, et est ne plus ne moins que si on disoit, Il n'y-a pas beaucoup de temps. Tellement que Castelvetro ne devoit pas reprendre Bembo, de ce qu'il a dict que Guari signifie Molto : et ne devoit aussi amener cest exemple de Boccace, comme faisant pour soy : E fermamente se tu lo terrai guari in bocca, egli ti guastera quegli che son da lato^. Car c'est ce que nous dirions. Si tu le tiens guère en la bouche. Ce qui vaut autant que si nous disions. Si tu le tiens long temps en la bouche. Mais je sçay bien qu'aucuns François aussi s'abusent en la signification de ce mot, comme en celle de Rien '.
Or encore que Guari en cest endroit-la et en quelques autres semblables, puisse estre mis au nombre des adverbes qui sont appelez adverbia temporis (comme on y mettroit nostre Naguère) toutesfois proprement il est adverbium quantitatis :
i. Et certainement si lu la 2. Gwère est en effet comme rien,
gardes longtemps dans ta bou- jamais,per8onne, aucun, etc., un
che (une dent), elle te gâtera des mots auxquels le contact
celles qui sont côté. (Jowm. de la négation a fini par com-
VII, nouv. IX.) muniquer la valeur négative.
comme aussi il appert par ce que j'ay dict :
asçavoir qu'il est faict de nostre Guère, qui signifie Beaucoup. Ainsi use Bembo de Guari au premier livre de ses Asolains, E di leiy che gvari alla non era dal terreno *. Ainsi dit-il au second livre, Non guari meno, pour non guère moins.
Entre les adverbes que j'ay dict estre nommez adverbia quantitatis, doit estre mis Assai, faict de no&tre Assez, encore qu'ils ne se servent pas* de cest Assai pour Assez seulement, mais souvent pour Beaucoup. Boccace s'en sert avec Bene et avec Sovente, àisa.nt Assai bene, comme nous Assez bien : et Assai sovente, comme nous disons. Assez souvent. Bembo adjouste bastevolmente à assai, en ce passage, Ma quanti ne vivono pronti ed accorti dicitori il piu, non ne potrebbono assai bastevolmente parlare*. Ils ont'pareillement pris leur Troppo de nostre Trop, et en ce Trop se sont donnez trop de licence, car ils ne se sont pas contentez d'en faire ce Troppo, mais en ont faict aussi un nom adjectif, de genre féminin : comme nous lisons en Boccace, Per troppa gravezza : et Senza troppa difficulta '.
Appena aussi doit estre mis au reng des adverbes, qui est faict de ce que nous disons A pêne : les Latins Vix. On trouve escrit et Appena et Apena : mais plus souvent Appena (comme
1. Et d'elle qui n*était guère parleurs, ils ne pourraient en au-dessus du sol. parler suffisamment.
2. Mais quoiqu'ils soient pour 3. Par trop d'ennui ; — sans la plupart de hardis et habiles trop de dif Ûculté.
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nous avons veu cidessus Fin attanto, avec t double) et ainsi Tescrit Bembo, Che appena dire &i puo che elle ci sieno istateK Nous disons aussi A grand pêne.
Peraventura (par lequel mot ils ont contrefaicl nostre Paraventure) est aussi de ceux qui doivent estre de ce nombre. Mais ils escrivent aussi Per aventura en deux mots : Bembo n'en fait qu un mot, tant ailleurs qu'en ce passage du second livre de ses Asolains, // che peraventura tanto sara quanto se del tutto agevolmente si potesse parlare '. Et toutesfois on le trouve escrit en deux mots, en cestuy-ci de Boccace, Ma ella per aventura non saramenpietosa^. Laquelle escriture je n'approuve point, ains estime qu'il faille escrire Peraventura en un mot aussi bien ici que là : veu qu'en tous les deux lieux il signifie ce que nous disons Paraventure, pour Peut estre. Mais quand il se prend pour ce que nous disons autrement Par cas fortuit, ou Par fortune, alors je trouve bon qu'on escrive Per aventura : comme en cest autre lieu de Boccace, Trovô per aventura il castaldo nella cartel et ici. Solo se n'andô verso la casa délia donna : e per aventura trovata la porta aperta, entra d'entro^.
1. Car à peine peuton dire 4.11 trouva par hasard Thomme qu'elles s'y soient arrêtées. d'affaires dans la cour. (Journ.