Ce qui sera peut-être comme 111, nouv. I
si l'on pouvait facilement parler 5. Seul il s'en alla vers la
de tout. maison de la dame, et ayant par
3. Mais peut-être ne sera-t-elle hasard trouvé la porte ouverte, pas moins compatissante. il entra.
DU LANGAGE FRANÇOIS. 32o
Car nous aussi escririons Par aventure, séparément : quand nous interpréterions cela ainsi, Ayant trouvé par aventure la porte ouverte. Et cependant il faut remarquer ici que le langage Italien fait son proufît de nostre mot tant en un usage qu'en l'autre . Mais en ce second nous disons aussi Par cas d'aventure, ou Par coup d'aventure : et D'aventure, en quoy il n'a pu imiter le nostre.
Es Adverbes aussi, qui sont nommez Adverbia loci, ils se servent de nostre langage, comme quand ils usent de Pressa faict de nostre Près, et Appresso de nostre Auprès. Il est vray qu'en leur Qui (comme quand ils disent Noi dimoriamo qui) * ils Picardizent. car nous sçavons que nos Picards disent Iqui, au lieu que nous autres disons Ici, Mais ostans la première lettre, ils font Qui de Iqui, Et si on veut voir trois adverbes pris de nostre langage, qui sont tout auprès l'un de l'autre : c'est quand Boccace dit, Assai pressa di qui : car c'est ce que nous disons. Assez près d'ici : et en Picard, D'iqui. Ils ne se servent pas de Qui en la façon seulementquej'ay dicte : mais comme les Picards diroyent, D'iqui à quinze jours, ainsi eux disent, Di qui à quindici giorni. ou quindici di. Ils disent aussi Di qua^ Di la, au lieu de ce que nous disons Deçà, Delà.
Leur Mica aussi, ou Miga, doit estre mis ici,
i. Nous demeurons ici.
326 DE LA PRECELLENGE
comme tenant lieu d'Adverbe, et estant tiré de nostre Mie : qui s'adjouste à la négation. Car ainsi que nous disons, Je ne le feray mie y ou // n'est mie sage, ainsi eux, Non lo faro mica^ (ou miga) et. Non voglio mica, Non e mica savio. Mais ceste façon de parler nous est autant rare (sinon en quelques dialectes et principalement celuy des Picards) qu'elle estoit fréquente à nos prédécesseurs : au contraire Boccace, entr' autres, use souvent de Mica, ou Miga, en ceste sorte.
J'adjousteray leur préposition Sanza, laquelle aussi est fort commune, es lieux où nous userions de Sans : et mesmement quand ils disent Sanza fallo, au lieu que nous disons Sans faute. Or fautil noter que ceste escriture Sanza (dont use Bembo en ses Asolains) est condamnée par plusieurs, qui disent que Senza est la vraye escriture. Mais elle a esté condamnée sans que partie ait esté ouye : asçavoir nostre langue, qui se fust opposée à un tel jugement : et encore maintenant est bien raison qu'on se tienne à ce qu'elle en dira, veu que ce mot a esté faict sur le sien.
Outre tant de vocables que la langue Italienne a empruntez de la nostre (s'il faut appeler emprunter, ce qu'on prend sans jamais rendre) elle a faict le mesme d'aucunes de nos façons de parler. Mais avant que passer outre, je veux faire au lecteur mes plaintifs touchant quelques choses qui concernent les dicts vocables : esquelles
je di qu'elle ne s'est pas gouvernée sagement à l'endroict de la nostre, et n'a usé de la discrétion qu'elle devoit.
Le premier plaintif est, que la nostre luy ayant preste plusieurs de ses mots, à la charge qu'elle ne les employast à autre usage que celuy qu'ils souloyent avoir estans en leur pays, elle n'a point eu esgard à ceci, ains elle a et usé et abusé d'aucuns, quant à la signification : et de quelquesuns abusé seulement. Et nonobstant ceste condition, je croy bien que la nostre n'eust pas trouvé trop mauvais qu'elle eust osé changer la signification en ceux esquels nos prédécesseurs s'estoyent départis de la Latine : mais ce n'a pas esté en ceux-ci qu'elle a faict cela (comme pour exemple, on voit que nos ancestres, ayans faict quitter à ce mot Hoste la signification de Hostis\ et prendre celle de Hospes : eux en leur Hoste ont ensuivi ceste faute) ains en ceux mesmement que nostre langue n'avoit point tirez des Latins. Pour venir aux exemples, au lieu que la langue Italienne, ayant emprunté Guardar et Riguardai\ entr' autres, elle devoit employer chacun en ce seulement qui est de son office, elle a faict servir quelquesfois Guardar de Riguardar aussi : comme en ce passage de Pétrarque, E con pieta gardate