Mais après que messiro pens. (Journée I, nouvelle i
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contenteray, ne voulant entrer en dispute du reste, car ceci ne se doit entendre seulement des mots et façons de parler dont j'ay faict mention, ains d'un nombre beaucoup plus grand d'autres qui sont de mesme condition, et pourtant doivent jouir de mesme droit, asçavoir de pouvoir quitter Tltalie toutes et quantes fois que bon leur semblera. Or tant plus je considère combien leur nombre est grand, tant plus je m'esmerveille de Bembo, qui en a si peu confessé : et encore plus de ceux qui depuis, luy ont sceu si mauvais gré de ceste confession. Peut estre qu'il pensoit qu'en confessant ainsi volontairement quelque petite partie, on se tiendroit à ce qu'il en auroit dict, sans faire aucune recherche : et au contraire, ceux qui se sont faschez contre luy de ce qu'il avoit dict, ont eu crainte de ce qui est advenu. Car ils ont bien pensé que ce petit nombre qu'il avoit confessé seroit cause de faire rechercher la grande quantité des autres.
Toutesfois je m'en rapporte à ce qui en est : et ne suis pas marri qu'ils ayent faict et qu'ils facent encore ci-apres leur proufît de nostre langage : (en usant de la discrétion dont j'ay faict mention ci-dessus), pourveu qu'en recompense ils luy facent honneur : j'enten seulement l'honneur qui appartient : qui est de luy accorder le titre de precellence. Quant est des mots qu'ils nous ont pris, il n'y-en a point dont je m'esbahisse plus et me
fasche moins, que de cestuy-ci, Fol. car nous n'avons que ceste petite parolette, pour signifier ce que les Latins disent stultus : au lieu qu'eux en ont quatre, Pazzo, Matto^ Scioccho, Stolto : et toutesfois nostre Fol leur a semblé si beau qu'ils en ont eu envie, et le desguisans un peu en ont faict Folle : lequel Pétrarque et Boccace ont mis en monstre, en faisans grande bravade : Bembo pareillement après eux. Ils ont aussi emmené celle sans laquelle il ne va jamais, qui est Folie^ et l'ont desguisee en Follia, Que pleust à Dieu qu'ils eussent tellement emmené l'un et l'autre, qu'on ne les revist jamais en France. Toutesfois ils avoyent au contraire besoin non pas de Fol et de Folie, mais de Sot et de Sotise, car ils n'ont rien en leur langage, qui puisse bonnement tenir la place ne de Sot ne de Sotise : tellement qu'ils sont contrains de la faire tenir par un de ceux que j'ay dicts, encore qu'elle ne luy appartienne pas. D'une chose leur sçay-je bon gré, que nous, au contraire, pour signifier ce que les Latins disent Sapiens et Prudens, n'ayans pas seulement «Sa^^e et prudent, mais plusieurs autres vocables equipolens, ils n'y ont point voulu toucher.
Mais ils me diront que s'ils ont pris de nostre langage, aussi nous avons pris du leur : et adjousteront toutesfois (par honnesteté) que non pas tant. Je les prieray donc faire leur production, comme j'ay faict la mienne : à la charge qu'ils ne
s'aideront d'aucunes pièces qui ne soyent aussi bonnes et authentiques que les miennes. Or me doutant bien que celles qu'ils estimeront les meilleures, seront certains vocables dont nous usons en la guerre et es fortifications * (car je croy qu'ils auront honte de m'alleguer ceux dont usent les gastefrançois) ' je les prieray d'ouir aussi patiemment ma response que j'orray la leur quand il leur plaira respondre à ce que j'ay mis en avant ci-dessus.
Je di donc qu'il faut nécessairement de deux choses l'une : ou qu'ils se vantent nous avoir enseigné l'art de la guerre, et pareillement celuy des fortifications : ou qu'ils confessent que comme nous avons bien sceu apprendre l'un et l'autre sans aller à leur eschole, aussi avons-nous eu des termes propres, sans les aller chercher en leur pays ^. Je croy qu'ils ne voudront pas s'aider de ce premier poinct : et quand ils voudroyent, je ne sçay s'ils oseroyent. quand ils oseroyent, je leur opposerois entr'autres choses ce que dit Machiavel. Dont s'ensuivra que ou volontiers ou par force ils m'accordent le second. Mais à fin
1. Les expéditions en Italie taire des Allemands est remplie ont en effet introduit dans de mots français, et que TAnnotre langue beaucoup de mots gleterre nous a donné un grand relatifs à la guerre. 11 y a un nombre d'expressions parlerapport étroit entre la nature mentaires, industrielles, comdes relations que deux peuples merciales, sportives, etc. ont entre eux, et le genre de 2. Cf. Dialogues, I, 125. mots qu'ils se communiquent. 3. Cf. Confoi^mité, p. 24; — C'est ainsi que la langue mili- Dialogues, I, 26.
qu'ils ne pensent que les menaçant de Machiavel, je leur vueille donner une faulse alarme, je di qu'en son dialogue de l'art de la guerre*, il fait la guerre à une telle vanterie. Car ayant premièrement dict en gênerai que les manières de faire la guerre estoyent esteintes par tout le monde, à comparaison de celles des anciens : parlant puis de l'Italie particulièrement, dit qu'elles y sont du tout perdues, et que s'il y-a encore quelque chose qui ait un peu plus de gaillardise, elle vient de ce qu'ils ont pris exemple à ceux de delà les monts : pour mieux faire, je reciteray ses propres paroles, du septième et dernier livre, lo vi dico di nuovOy che i modi et ordini délia guerra in tutto il mondo, rispetto a quegli degli antichi, sono spenti : ma in Italia sono al tutto perdutti : et se ci è cosa un poco pin gagliarda, nasce dalV essempio degli oltramontani. Et à fin qu'on ne doute point que Machiavel n'entende les François, quand il dit les outremontains (s'il est loisible de contrefaire ainsi son mot oltramontani) j'adjousteray ce qu'il dit après, qu'avant que Charles, Roy de France, passast en Italie, on bastissoit tellement les forteresses qu'elles estoyent fort foibles. Voyci ses paroles, Voi potete havere
1. Machiavel s'est inspiré et même nouvelles pour son dans cet ouvrage des livres des temps. 11 condamne, par exemanciens. Il exprime aussi beau- pie, l'emploi des troupes mercoup d'idées très intéressantes cenaires.
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inieso^ et questi altri se ne possono ricordarCy con quanta debolezza si edificava innanzi che tire Carlo di Francia^ nel m. cccc. xciiii, passasse in Italia *. Joinct qu'après il dit Franciosi plusieurs fois. Et que ce edificava se doive entendre ainsi, il appert par les exemples qu'il amené. Car il parle de trois choses dont les forteresses avoyent besoin, selon la façon d'alors, lesquelles il nomme merli^ balestriere et bombardiere * : et après avoir monstre la faute qu'on y faisoit, il monstre aussi comment les François avoyent appris à les corriger. Hora (dit il) da Franciosi si è imparato à fare il merlo largo et grosso : et che anchora te bombardiere sieno larghe dalla parte di dentro^, etc. Il monstre puis assez au long que les François ont beaucoup d'autres manières incongneues aux Italiens, par lesquelles les places sont rendues fortes : et commance par ce qu'il appelle des Sarrazinesques. Mais comme Bembo n'a pas confessé toute la debte quant aux vocables que la langue Italienne a pris de la nostre, non pas la centième partie (comme j'ay dict et monstre ci-dessus), ainsi est vraysemblable que Nicolo Machiavelli n'ait pas confessé toutes les choses appartenantes à la
1. Vous pouvezavoir compris, embrasures pour les bombaret ces autres peuvent se sou- des.
venir avec quelle faiblesse on 3. Aujourd'hui les Français
les bâtissait, avant que le roi nous ont appris à faire les cré-
Charles de France, en 1494, neaux larges et épais, et les
passât en Italie. embrasures à bombardes larges