‹ La précellence du langage françoisChapitre 152 sur 183 · Créneaux , meurtrières , du côté intérieur · texte numérisé non relu

Créneaux , meurtrières , du côté intérieur

guerre que les Italiens ont apprises des François : et peut estre aussi qu'il ne les sçavoit pas, pour les pouvoir confesser.

Mais dira-on point que depuis ce temps-la les Italiens nous ayent pu rendre la pareille? qu'ils ayentesté nos maistres, quant à l'art de la guerre, au lieu qu'ils avoyent esté nos disciples? On le pourra bien dire : mais on ne le pourra pas prouver, ni mesme le faire approcher de quelque verisimilitude. Car s'ils disent que l'Italie s'est fort aguerrie depuis : et la France quoy? on sçait assez qu'il n'y-a point de comparaison.

Or pourceque tant eux que plusieurs autres pourroyent cependant demeurer esmerveillez d'où vient donc que maintenant et ja depuis quelques années nous usons de plusieurs de leurs termes au faict de la guerre, et auroyent aussi raison de me demander où sont les nostres, dont nous usions auparavant, et que nous pourrions mettre en la place des leurs, quand il nous plairoit les quitter : je tascheray de rendre tant les uns que les autres contens et satisfaicts touchant ces deux points. Quant au premier donc, je di que ce changement de termes appartenans à l'art militaire commança avec les guerres de Piedmont : d'autant que les jeunes soldats François, et principalement les jeunes gentils-hommes (car comme nostre nation aime plus la nouveauté que les autres, ainsi la jeunesse plus que l'autre âge) estoyent fort joyeux

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de pouvoir ra[)porter jusques à leurs maisons quelques termes nouveaux appartenans à ce dont ils faisoyent profession. Ce que j'ay plus ampleplement déclaré ailleurs *. Quant au second poinct, je di que nous avons des livres où nous pouvons trouver les termes vrayement François en la place desquels nous mettons ces estrangers. Et toutesfois, que l'intermission des nostres n'est (Dieu merci) depuis si long temps que ne les puissions recouvrer aujourdhui en la mémoire de nos plus vieux guerriers (encore que les douze dernières années nous en ayent beaucoup osté) ausquels ces mots qui estoyent usitez en leur jeunesse, estans maintenant remis en usage, sembleroyent apporter quelque rajeunissement.

Ils ne doivent toutesfois avoir peur que ces vieux guerriers les vueillent ramener jusques à la vieille guerre (comme nous usons de ces mots, quand nous disons, par une manière de mespris. C'est la vieille guerre), ce que diroyent aucuns, si on vouloit remettre au-dessus Chevetain, et Avanturier, ou bien Souldoyer : et encore plustost si on vouloit rappeler Brigand (d'où vient brigandine, pour une sorte d'armeure), et /îws^re pareillement. Aussi n'y auroit-il aucune raison, ne mesmes apparence de raison, d'user maintenant de ces deux termes lesquels j'ay alléguez pour exemple.

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