‹ La précellence du langage françoisChapitre 170 sur 183 · Demourer, etc. — Plusieurs · texte numérisé non relu

Demourer, etc. — Plusieurs

verbes dans lesquels l'accent tonique se déplace ont dans leur radical une syllabe variable suivant qu'elle est accentuée ou atone. L'unitication des formes, qui n'est pas complète aujourd'hui, était encore bien plus imparfaite au temps d'Estienne :

il écrit, dans la Précellence, demourer 181; demouré 311; de même qu'il emploie le substantif demou- -rance 255. 11 écrit aussi, dans un proverbe qu'il cite, la 3* personne labeure 211.

107. Achette. — Dans les verbes en -eler et en '-eter^ c'est à peu près arbitrairement qu'on a décidé aujourd'hui que les uns, quand la désinence est muette, s'écriraient par -elle, -ette; les autres par -èZe, -ète, Henri Estienne, dans un proverbe, écrit achette 232.

108. Veit. — C'est par une fantaisie orthographique que H. Estienne, ou plutôt Desportes cité par lui, écrit veit au lieu de vit 93, au passé déflni. On écrivait, à celte époque, feitf veint, etc.

109. Tindrent. — Un d euphonique s'intercale à la 3" personne du pluriel du parfait du verbe tenir, tindrent 220. Cet exemple est dans un proverbe, il est vrai, mais cette forme était fréquente au xvi« siècle.

On trouvait également vindrent au lieu de vinrent.

110. Assaudray. — Henri Estienne constate que la langue hésite entre les deux formes du futur du verbe assaillir :

Et comme nous sommes en controverse s'il faut dire j'asaaudray ou fa99eUltray ; ain»i voyons-nous que les uns disent aasaliêeono, les autres asêalgono. 302.

Assaudray est l'ancienne forme à laquelle l'autre a fini par se substituer par analogie. Encore au XVII® siècle l'ancienne forme s'emploie quelquefois. Ménage avertit de dire j'assailliray et non f assaudray.

111. Orray, orrcnt. — Ce sont les formes qu'H. Estienne emploie pour le futur du verbe ouïr :

Je les prieray d'ouir aussi patiemment ma response que j 'orray la leur. 344.

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

Quand ils orroot dire d'nn homme au'il est leorré, sçaaroat bien qve e'est à dire dêêniaùé. 1X7^

Malherbe note dans Desportes la forme orra^ bien que lui-même dise tantôt orra, tantôt oira. (Voir Brunot, Thèse, 411.)

112. Die. — H. Estienne emploie au subjonctif die au lieu de aise :

Encore qu'auonrdhoy on die poêUur. 74^ Craignant gu on ne die que je Iny veux rien oster. lOB.

Cette forme, même au xvii* siècle, n'avait rien d'archaïque. Elle est employée même par Racine :

Mais quoique je craignisse, il faut qne je

[le die. (II, 438.)

110. Vonsit, Yonslssions, voasissent. — On hésite pondant tout le XVI* siècle entre ces anciennes formes et les formes nouvelles de l'imparfait du subjonctif du verbe votuoir :

Apres avoir long temps attendu que quelcnn de ces Taroeux et heureux adrocals la vousist entreprendre. 11.

Il feroit beau voir qne nous vousissions deroourer courts. 158.

Au cas que les Italiens ne vonsissent accepter ceste offre. 35.

SYNTAXE. Nature des verbes.

Emploi des aazlUalres. — 114, Moquer employé comme verbe transitif :

Pour laquelle raison nous Torons que les Doriens estofent moques par les antres Grecs. 69.

Le verbe moquer avait dans l'ancienne langue une forme active :

On disait moquer quelqu'un et non se moquer de quelqu'un. Au temps d*Estienne la forme active a disparu, mais le passif a survécu longtemps et peut même s'employer encore aujourd'hui :

11 est fréquent au xviii* siècle :

Qui n'a pas été opprimé par les puissants, moqué par les faibles, fui et abandonné par tous les hommes. (Yauvenar^es, dans Littré.)

115. Avoir accoutumé de an lieu de avoir coutume de. II est probable que dans les phrases de ce genre accoutumé doit être considéré comme un véritable attribut :

Il remonslre las maux et ealamiles qui ont aeooustnmé de s'ensniTre aux peapla* de leurs révoltes et sonlevement. 58.

Cette construction se retrouva d'ailleurs même dans notre siècle :

Les vierges avaient accoutumé de laver leort robes d'écoree dans ce lieu. (Ghateaobnand, dans Littré.)

116. Estienne emploie passer, avec l'auxiliaire être, au lieu de se passer :

II manda puis à Amasie comment le tout esfoit passé. 240.

117. H. Estienne écrit être procédé de. Il est probable qu'il faut voir là un emploi du passif, plutôt qu'un emploi de l'auxiliaire être pour at;oJr :

Je puis assenrer qu'elle est proeedee d'us cueur qui s'est tousjoura monstre lelatenr et comme jaloux de l'honneur de sa nation. î.

118. Dans un proverbe cité par Estienne, le verbe sauter est construit avec l'auxiliaire être :

II est sauté de la poésie en la braise, 18».

Littré cite la même tournure dans La Fontaine :

Sa joie amonrease N'ose éclater; soyez sûr qu'à mon eon.

Si j'étais seul, elle seroit sautée.

119. Le verbe réfléchi s'emploie très souvent avec le sens du passif, et même peut avoir un complément construit avec par, comme celui du verbe passif :

Du quel troisième vers le eommeneemeat se peut aussi changer ainsi. 50.

/fa«s«m6rara eiroéitomigliare se mettent

Sour un raesme, par Bernardino Tomitano.

Encore au xvii* siècle :

Ce sont des vanités qui ne se peuvent même défendre par un ami. (Balzac, dans Haase.)

Ce prétérit se eoniugne par la plupirt de cette sorte. (Vaugefas, ibtd.)

Temps. — 190, Henri Eâtienne emploie l'imparfait du subjonctif au lieu du présent :

Tant s'en faut que l'italienne en aost venir à bout. 149.

Le lecteur jugera qu'il n'est aucunement en danger de tomber en ceste nécessité de

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

forger des mois noaveAux, sinon que quelque nouvelle chose se presentast. 167.

Il faut remarquer que ' la proposition principale est de forme ou de valeur négative. Il en est de même au xvii* siècle, où cet emploi de l'imparfait du subjonctif est encore fréquent :

Vous ne trouverez pas un homme seul

Sii pût vivre à porte ouverte. (Malherbe.

Je ne crois pas pourtant qu'il nous fût permis d'écrire ainsi. ( Vaugelas, dans Haase.\

131. Après un verbe principal au passé défini, on trouve le verbe de la proposition subordonnée au parfait du subjonctif, tandis que nous le mettrions aujourd'hui à l'imparfait.

Jamais il n'a falu que les plus grands personnares de nostre France ayent mis la main à la plume pour nous apprendre à parler François. 30.

Il a falu que Pétrarque, ayant besoin d'un beau mot et bien choisi, le soit venn emprunter de nos Rommans. 262.

Il n'est pas rare, même au xvii" ^'iècle, de voir ainsi le verbe de la proposition subordonnée se mettre au même temps que le verbe principal :

Les dieux n'ont pas voulu qu'il vous ait ren- [contrée. (Racine, dans Haase.)

122. C'est de la même façon qu'après un verbe principal au futur, le verbe de la proposition subordonnée se met au futur antérieur, au lieu de se mettre au passé défini :

Ceux qui sçauront qu'Achille aura pu si vaillamment et rudement combatre Hector

a n'en la fin, il aura esté par lui abbatu, ne outeront point que ce vaillant guerrier ne Suisse porter aisément par terre un Sarpeon. 30.

De même, au xvii* siècle :

Et de là,, que concIura-t-on?Que les Juifs ou Esdras auront supposé le Pentateuque au retour de la captivité. (Bossuet, dans naase.)

123. Toujours .«elon la même tendance, on trouve un infinitif passé dépendant d'un verbe principal au futur antérieur, quand nous mettrions plutôt l'infinitif présent :

Ceux qui auront pu onir plusieurs de vos

subjects haranguer, et auront eu luissi cest honneur d'avoir oui votre Majesté discourir, pourront tesmoigner de la sufBsance de nostre langage. 7.

On trouve la même construction au XVII» siècle :

Je ne sais si j'aurai bien fait d'avoir enterré dans mon jardin dix mille écus qu'on me rendit hier. (Molière, l'Avare, I, v.)

Modes. IndicaUf. — 124. L'indicatif est employé dans plusieurs cas au lieu du subjonctif.

a). On trouve le présent de l'indicatif au lieu du présent, du subjonctif :

Je ne leur nieray pas qu'ils en peuvent avoir. 116.

Il ne se faut esbahir que nous avons dos proverbes qui se contrarient. 215.

Je protesteray ne vouloir nier pourtant que les accens sont observez plus songneu-> sèment en la prononciation du leur. 43.

Il nous semble que l'honnesteté noua commande les respecter, iusques à ce qu'estans informez de leur qualité, nous appelons parade et bravade ce que nous nommions, magnificence. 351.

b). L'imparfait de l'indicatif aui lieu de l'imparfait du subjonctif ;

Quand on s'esmerveilloit qu'il instrniaoit si bien ses disciples à plaider les causes. 28..

Il pourroit bien estre que le premier n'estoit pas homme pour imiter quelques phrases latines. 337.

c). Le futur au lieu du présent du subjonctif :

Il pourra advenir que la seconde fois il usera de retranchement en ceux roesmas qu'il aura espargnei la première. 47.

d). Le futur antérieur au lieu dui parfait du subjonctif :

Pource qu'on se pourra esbahir que ce sonnet n'aura esté honoré du premier lieu. 9i^

Non seulement les constructionsemployées par Henri Estienne sont usuelles de son temps, mais on entrouve encore de tout k fait semblables chez les écrivains dut XVII» siècle.

a) Je suis ébahi que cet invisible amoureux ne s'avisa d'aimer cette femme devant qu'elle fût mariée. (Malherbe, IV, 7.^

b) S'il arrivait ai^ourd'hui que des personnes inioraient les principes de la religion... (Pascal, dans Haase.)

c) Il se peut même qu'il sera un de vo&.

convertis. (Balzac, dans Haase.)

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

Oonditionnel. — 125. Le conditionnel se trouve aa lieu du subjonolif avec la conjonction combien

que :

Combien que il y a croit quelque apparence. 3S.

On le trouve aussi dans une proposition dépendant d'une proposition dont le verbe est au conditionnel :

Quand bien j'anrois monstre que la nostre snrpasseroil le rree es deux comparaisons précédentes. 113.

Au xvii" siècle, on trouve encore le conditionnel au lieu de l'imparfait du subjonctif après les conjonctions adversalives, mais d'ordinaire avec les verbes voidoir^ devoir :

Bieu que vous me traities mal et que vos mépris me devraient ôtre sensibles, j'ai résolu de ra'obstiner. (Balxac, dans Uaase.)

La seconde construction se rencontre assez souvent :

Il se pourrait bien Taire, si je cessais totalement de peoser, que je cesserais en même temps tout à fait de vivre. (Deseartes, dans Haase.)

Il se pourrait fort bien faire que vous ne seriez pas eu humeur de ra'écouter. (Mme de Sévigné, IV, 96.)

Subjonctif. — 126. Le subjonctif s'emploie très souvent dans les propositions subordonnées au lieu de l'indicatif :

J'av opinion que ce proverbe soit demeuré depuis quelque roy qui tout en un coup, fit descrier toute la monnoye de ses prédécesseur;. 146.

Et est croyable qu'il ait esté premiereremenl ainsi escrit 218.

Laquelle escriture je n'approuve point, ftins estime qu'il faille escrire 00ra«v«n(ura en un mot aussi bien ici que là. 3SV.

Nous sçavons aussi que plusieurs pensent qu'il y ait quelque nouveauté cachée sous ce mot. 352.

Cette construction du subjonctif avec des verbes signiûant penser^ croire, est usuelle au xvi" siècle et se rencontie encore souvent au xvn« :

Lapins belle des deux, je crois que ce soit iWre. (Corneille, IV, 151.)

Tons présument qu'il aye un grand sujet d'ennui. (W. III, 441.)

La liberté est telle au xvi*' siècle

que deux verbes coordonnés se trouvent k des modes différents :

J'estime qu'il n'avoit pas escrit ouan' ains que ce soit une fante de l'impression*

127. Le subjonctif se trouve dans quelques phrases où nous mettrions aujourd'hui TinGnitif :

Je n'auray aucunement peur que je n'emporte ce troisième. 104.

Il me tardoit desja que je vinsse aux jeux. 135.

Il me tarde que je vienne à l'autre sorte.

Infinitif. — 128. On trouve chez H. Estienne assez souvent l'inûnitif pris substantivement :

Si le beau et sage parler d'un tel homme ha tel pouvoir. 5.

C'est de faire un plaider sommaire comme par provision. 12.

Le trop haster fait entendre mal les choses. 209.

Dans l'exemple suivant, le mot le peut être soit l'article déterminant açavoir pris substantivement, soit le pronom personnel régime de parler et se rapportant au mot langage qui se trouve dans la phrase précédente :

Le sçavoir parler aussi nayfvement que si j'eusse esté du pays fut ce qui me sauva la vie à Naples. 30.

Cet emploi de l'inûnitif, fréquent dans l'ancienne langue comme au xvi" siècle, se trouve souvent encore chez Malherbe :

Le pleurer excessif est marque de vanité.

(II, 4y4.)

Le rougir est du nombre de ces infirmités.

(Il, 299.)

le verbe,

pas toujours, comme dans la langue moderne, précédé de la préposition de :

L'infinitif sujet placé après e, ou l'infinitif régime n*est

a). Infinitif tujet ou aVribut.

Quand il luy plaira considérer de quelle importance est ceste entreprise. 1.

Le mestier de l'un sera les tailler, de l'autre les coudre. 151.

11 me souvient avoir allégué ci-dessus plusieurs passages. 329.

b). infinitif Tiff ivM.

Lequel nroject je la supplie très humblement vouloir favorieer, non moins de sa censure que de sa lecture. 1.

OBSERVATIONS GRAMMATICALES

Je vous prie vous souvenir du proverbe latin. 11.

Je puis alléguer encores autre raison qui mérite n'estre moins considérée. 11.

Marinette seroit celuy duquel je craindrois moins user. 200.

Il nous semble que llionneslelé nous commande les respecter. 351.

Encore au xviV siècle :

a) ...Nos jours criminels ne pourront plus

[durer.

Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'en-

[durer. (Corneille, III, 348.)

b). Je vous pne, madame, me tant obliger

que de mettre en votre paquet la dépêche.

^Ixac, dans Uaase.)

130. Il arrive très souvent que le sujet logique de Tinfinitif ne soil pas le même que celui du verbe principal.

N'avez vous pas encore aujourdhuy plusieurs bons tesmoins de renrichissomeni qu'a receu nostre langage par le moyen de vostre ayeul U grand roy François, voire jusques a luy donaer ce los qu'il a esté le premier qui Va mis comme hors de page? 8.

II nous faudra considérer quelles choses sont requises en un langage pour eslre estimé ncbe. 105.

Et avons bien raison d'y estre plus addonnez, tant pour y estre plus habiles et adroits, que pour estre un exercice non moins beau et uonneste que proufitable. 136

•Cette construction est encore très fréquente au xvii* siècle :

Elle espère que vous ne la méconnaîtrez pas pour être dépouillée de tous autres ornements que les siens. (Corneille, I, 375.) On dit que, sous mon nom à l'autel appelée.

Je ne l'y conduisois que pour être immolée.

(Racine, III, 217.)

131. La proposition inGnitive qui, assez fréquente même dans l'ancienne langue, a pris une immense extension au xvi* siècle et même au xy«, se rencontre à chaque instant dans la Précellence :

Ceux qui se sentiront estre en meilleur equippage que moy. 14.

Je l'estime luy estre beaucoup inférieur.

Si je n'eusse vu quelques Italiens avoir osé préférer leur langage. 14.

Il confesse le parler françois estre non seulement plus en usage, mais aussi estre plus plaisant que tous los autres. 16.

Je puis monstrer la vérité estre telle. 19.

• En ce qu'ils roettoieul en avant la gravité de leur langage estre plus grande que celle du nostre. 47.

L'emploi de la proposition inGni-

tive se restreint au xvii® siècle, mais on la trouve encore souvenl :

Les mages lui sacrifièrent, comme l'estiraant avoir eu quelque chose au-dessus de la condition ordinaire de l'humanité. (Malherbe, II, 481.)

La voyant si pftle, il la crut être morte.

(Corneille, I, 233.)

Participe. — 132. Le participe est employé comme substantif dans cette phrase :

Et nommément pour les attendans de la cour, teste leçon est fort bonne. 202.

133. Le participe présent prend la marque du pluriel, et même celle du féminin :

Plusieurs, oyans ce dernier propos et eomprenans ce que j'enten. 7.

Rendans à ces deux langages anciens ce qu'ils leur avoient osté. 35.

En une chose importante beaucoup plus à l'honneur de vostre royaume. 7.

J'appelleray de leurs oreilles escoutantes mal & elles mesmes quand elles escouteront bien. 38.

Voyci autant de françoises respondantes à ces toscanes. 114.

Il les eouppe en pièces approchantes assez près du poids duquel doit estre la monnoye qu'il veut forger. 141.

Cet accord du participe présent est encore assez fréquent au siècle suivant :

Et les canons, quittants leurs usages fa-

frouches.

Ne servent plus ici que d'éclatantes bouches. Pour rendre grâce au ciel de cet heureux [accord. (Corneille, X, 106.J Je vous trouve si pleine de réflexions, si stoïcienne, si méprisante les choses du monde. (Mme de Sévigné, VI, 336.)

134. Le participe passé reste assez souvent invariable quoique le complément direct soit placé avant lui :

En ce qui concerne la fauconnerie (qu'on a aussi appelé la volerie). 119.

Ceux que lui a baillé la fauconnerie. 123.

La règle formulée par Marot n*est pas toujours observée même au xvii« siècle :

Là, par un long récit de toutes les misères Que durant notre enfance ont enduré nos [pères. (Corneille, III, 392.) Ceux que le Seigneur avoit choisi pour être les colonnes de son Eglise. (Racine, V, 591.)

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