Voir de Méry, Histoire celeriter; une phrase de Sénè
générale des proverbes, I, 164. que {De Beneficiis, II, 5). L*idée
Léon Feugère cite en outre un a été exprimée en effet par
proverbe grec : x»?»? PpaôÛTcov»; les moralistes de tous les
«xapi;, un vers de Publius temps.
Syrus (Sentences, 202) : Inopi 2.\oir VEpistreauRoy,paigei,
beneflcium bis dat qui dat note 1.
mon mestier que parler François. Je leur confesse librement une partie de leur reproche : sçavoir est, que j'ay faict aulresfois mestier de parler Grec, et nommément à Venise, avec un gentilhomme Grec, nommé Michel Sophian : (et que ceste promptitude m'estoit venue de ce que j'avois appris la langue Greque avant la Latine :) mais je leur nieray l'autre partie, que ce langage estranger m'ait gardé de sçavoir bien parler celuy qui m'est naturel ^
Les mesmes m'objectent aussi les voyages que j'ay faicts parcidevant, et que je fay encores ordinairement es pays loingtains, où on parle un langage du tout différent au nostre : comme si ceste discontinuation devoit beaucoup incommoder ma mémoire (qui est une chose semblable à celle qu'on a dicte de Xenophon, pour luy oster l'honneur de parler purement) * mais je respon qu'au contraire j'expérimente en ceste discontinuation, n'estant point trop longue, une telle chose que dit Plutarque des peintres : qu'ils jugent mieux de leurs ouvrages, quand ils ont esté quelque temps sans les regarder'. Et qu'ainsi soit, la discontinuation a esté cause de me faire prendre garde de plus près à quelques changemens et quelques nouveautez de mauvaise grâce, qui eschappent à aucuns mesmement des mieux par-
1. Voir comment Montaigne C'est là qu'il composa une apprit le latin et le grec, grande partie de ses ouvrages. (Livre 1, ch. xxv : De Vinsti- 11 passa les dernières années tutwn des enfants; vers la fin de sa vie à Gorinthe.
du chapitre.) 3. Voir Plutarque, De cohi-
2. Xenophon, exilé pour cause benda ira, dans les Scripia de laconisme, s'était établi à moralia, édition Didot, tome I, Scillonte, dans le Péloponnèse. 549.
lans, pour s'y estre peu à peu accoustumez, en ne bougeant d'un lieu.
Nonobstant lesquelles choses, je déclare que je ne trouveray point mauvais que ceux qui se sentiront estre en meilleur equippage que moy pour emporter ceste victoire, se vueillent mettre en ma place : au contraire je la leur quitteray de gayeté de cueur. Car je n'estimeray avoir peu faict, quand j'auray faict prendre envie à quelque autre de faire mieux.
Il faut aussi que je responde pourquoy sçachant que nostre langage avoit deux compétiteurs, Tltalien et l'Espagnol, je n'ay combatu que l'un, asçavoir l'Italien. Je di donc que je n'ay voulu m'attacher qu'à luy : pource que je m'asseurois que luy ayant faict quitter la place, je pouvois aisément venir à bout de l'Espagnol : veu que je l'estime luy estre beaucoup inférieur, pour les raisons que je deduiray ailleurs.
Pour donc ne parler maintenant que des Italiens, je di qu'un proverbe fort célèbre nous donne une prérogative pardessus eux, quant au chant, non moins que pardessus les Espagnols : Balant Italie gemunt Hispani^ ululant Germanie cantant Galli *. laquelle prérogative me semble estre aucunement un préjugé pour nous, quant à obtenir la precellence dont il s'agit. Et toutesfois je proteste que je ne l'eusse point demandée, si je n'eusse veu quelques Italiens avoir osé préférer leur langage non seulement au nostre, et à tous les autres vulgaires qui
1. Le Roux de Lincy, /e LzV/'e mands crient et les Français des Proverbes français, \, 290 : chanlent.Ce proverbe avait sans Les Italiens pleurent, les Aile- doute encore d'autres formesv
sont aujourdhuy, mais aussi au Grec et au Latin. Car je confesse que j'ay pris ceste préférence tant à cueur, que j'ay voulu essayer de vérifier sur eux un de nos anciens proverbes, Qui monte plus haut qu'il ne doit, Descend plus bas qu'il ne voudroit *. Et pource que plusieurs ne croiroyent pas aisément qu'ils se fussent tant oubliez, je nommeray ici par nom et surnom celuy qui a mis les autres en train. Je di donc qu'il-y-a environ neuf ans qu'un Florentin, nommé Benedetto Varchi *, en un dialogue intitulé l'Hercolano (auquel il discourt généralement des langues, et particulièrement de la Toscane), luy donne ceste louange : l'appelant la lingua volgare, comme aussi il nomme la Florentine : combienque quant k l'honneur et au degré il la sépare de la Toscane mesmement. Et celuy qui depuis a escrit un livre qu'il a nommé Difesa délia citta di Firenze et de i Fiorentini^ conira le calunnie et maledicentie de maligni ^, s'arreste
1. Le Roux de Lincy, ouvrage cet ouvrage, dans lequel Varchi cité, II, 493 : montre beaucoup d'exactitude
Oï l'avés dire sovent f ^ d'indépendance, son oeuvre
Ki haut monte de haut descent; la plus importante est l'Erco-
Kroit a le piè ki plus Testent lano^ dialogo nel quale si ra-
Re ses covretoirs n'a do lonc. giona délie lingue, ed in parti-
(Théâtre français au moyen âge, 'colare délia toscana e délia
p. 46, xiii" siècle.) fiorentina. L'un des interlocu-
2. Benedetto Varchi, né à teurs est le comte César Erco- Florence en 1502, suivit les lani, de Bologne. Varchi était Strozzi dans leur exil et fut devenu prêtre et allait remprécepteur de leurs enfants, placer le curé de Monte-Varchi, Sa renommée le fit rappeler lorsqu'il mourut, frappé d'apopar Côme I", qui Taida à con- plexie, en 1565.
stituer l'Académie florentine, 3. Gel écrivain est un mélui donna une pension, et le decin et philosophe florentin, chargea d'écrire l'histoire des nommé Paolo Mini. (Voir Tiraderniers temps de la repu- boschi, Storia délia lettera> blique et de l'origine de la tura italianaj t. VII, p. 689, puissance des Médicis. Après 694, 903.)
i 6 PREFACE.
à ce jugement de Benedetto Varchi, comme si c^estoyent mois d'évangile.
Il ne faut pas demander en quel reng mettent nostre langue ceux qui veulent faire marcher la Greque et la Latine après la leur: mais il faut demander pourquoy leur dire ne seroit subject à caution : veu mesmement que nous avons pour Thonneur de la nostre (outre tant de raisons que j'allègue en mon traitté) un tesmoignage qui en vaut une douzaine : pource qu'il est d'un ancien personnage, qui estoit de leur Florence, précepteur du poète Dante. Car cestuy-ci, nommé Brunetto Latino *, a laissé un livre composé en langage François, et depuis traduict en Italien (où il est nommé // Thesoro :) dedans lequel il confesse le parler François eslre non seulement plus en usage, mais aussi estre plus plaisant que tous les autres. Or je leur laisse penser s'il eust ainsi parlé de nostre langue, sinon qu'il eust veu la sienne, asçavoir la Florentine, n'estre rien à comparaison, non plus que les autres vulgaires. Ils me respondront que depuis le temps auquel vivoit ce Brunetto, leur