Cf. p. 209. Voir De Méry, prie, bonne gens, qui allez si
Histoire des proverbes, UI, 107 : vite en besogne, ne sçavez-
A temerario judice prseceps vous pas bien le dire d'Aris-
sententia. Cf. Dialogues, édi- tote, qui adverlit ad pauca fa-
lion Ristelhuber, II, 276, et la ci/e^Mrfîca/?— Saint-Ange. Gela
note; — Apologie pour Héro- veut dire en François, de fol
dote, édition Ristelhuber, I, Juge brève sentence. — Le
10 ; De faux juge brève sen- Roux de Lincy, le Livre des
tence; — Naudé, Mascurat, proverbes français, I, 273; II,
p. 358 : Mascurat. Mais je vous 132.
des autres, car je ne veux aucunement oster cest honneur à l'Italie, d'estre bien garnie d'hommes posez et rassis, et par conséquent estre ennemie des cerveaux légers : encore qu'elle ne se puisse du tout garantir de ce mal.
M'estant adressé à ceux-ci, et leur^yant incontinent faict condamner la vanterie de leurs compagnons (s'il les faut appeler leurs compagnons, pour estre d'un mesme pays) en ce qu'ils ont préféré leur langage non seulement au Latin, mais aussi au Grec : je tascheray de les amener peu à peu à une autre confession, laquelle je sçay qu'il sera beaucoup plus mal-aisé de tirer d'eux : c'est qu'au lieu qu'ils mettoyent nostre langage fort arrière, par une telle préférence, il doit précéder le leur.
Quand je seray venu à ceste proposition, et qu'il faudra ruer les grands coups de part et d'autre, je leur demanderay (afin de ne les prendre à despourveu) par où ils voudront commancer la comparaison de ces deux langages. Et m'asseure que bien-tost nous tomberons d'accord touchant les poincts qui doivent estre examinez en icelle : a sçavoir. Lequel des deux est le plus grave, Lequel est le plus gentil et de meilleure grâce, Lequel est le plus riche *.
1. C'est bien en effet le plan plus longuement développée suivi par H. Estienne. Mais la que les deux autres, qui oftroisième partie est beaucoup fraient moins d'intérêt.
38 DE LÀ PRECELLëNCE
Je ne doute point aussi qu'ils ne vueillent garder cest ordre : et pourtant, que les premières armes desquelles ils se voudront servir pour me repousser, ne soyent les louanges de la gravité du langage Italien. Me tenant donc prest contre ceste sorte d'armec, je ne leur laisseray prendre cest avantage, Que leur langue use d'accens, et les observe songneusement en sa prononciation, la nostre point du tout. Je ne leur laisseray (di-je) prendre cest avantage. Car si je leur passois cela, ce seroit autant comme si je permettois à celuy que j'aurois deffîé, d'user d'une espee plus longue que la mienne. Je leur nieray donc tout à plat ce poinct : et au cas qu'ils se fissent avouer par quelques-uns mesmement de nos François, je desavoueray hardiment tels avoueurs, au nom de la plus grand voix, et de ceux qui ne veulent parler que par raison. Mais tels François me pourrontils amener, que je les feray juges contre euxmesmes. Car quand ils auront prononcé ceste sentence, je feray comme celuy qui demanda d'estre receu appelant du Roy mal informé, à luymesme quand il seroit bien informé * : pource que j'appelleray de leurs oreilles escoutantes mal, à elles mesmes, quand elles escouteront bien : les priant, pour l'affection qu'ils portent à l'honneur
1. Plutarchi Scripta moralia; édit. Didot, I, 213 : Regum et imperatorum apophthegmata', Philippi, patris Alexandrie 24.
de leur patrie, prendre bien garde s'ils ne font pas ceste voyelle a longue, quand ils prononcent ce mot Grâce : au contraire, en prononceant Race ou Trace, ils ne la font pas brève* : et si, quand on ryme l'un de ces deux sur ce premier qui est long en la penultime, leurs oreilles sont aussi contentes que quand on les ryme Tun sur l'autre, ou sur quelcun qui ait semblablement la première syllabe brève *. Je leur proposeray autres exemples de plusieurs sortes, quant aux mots dissyllabes : et finalement viendray à ceux desquels la diverse signification n'est discernée que par l'accent : comme on voit en Matin opposé au Soir, et Matin dict d'un chien : en Maie pour Masculus jet Maie pour Pera : en Pâte, quand on parle de farine pestrie, et Pâte, quand on parle du pied d'un chien, ou de certaines autres bestes^ Pareillement en Pécher, Péché, et Pécheur, pour Peccare, Peccatum, Peccator : et Pécher, Pécheur, pour Piscari^ Piscator^. Car encorequ'en escrivant on mette la lettre S es uns, et non es autres, si est=^e qu'on ne la prononce point : et n'y a moyen de distinguer les diverses significations que par l'accent divers qu'on leur donne, ainsi que j'ay dict.
1. Thurot, Prononciation ^rorfuc^ion de M. Petit de Jullefrançaise. H, 676-17. — Hypo- ville.)
mneses, 4-10. 3. Thurot, Prononciation
2. Cela, comme ce qui suit, française, II, 317 et suivantes, ne prouve rien quant à Fac- 651-52.
cent. H. Estienne confond Tac- 4. Thurot, Prononciation cent et la quantité. (Voir Vin- française, I, 89-90, 101.
40 DE LA PRECELLENCE
Apres que, par plusieurs autres exemples (entre lesquels seront aucuns vocables qui estans terminez en E féminin, ont la première longue : en E masculin, brève : comme Fosse, Fossé^ : et Pâte, Pâté) je leur auray faict accorder que nous observons les accens en des mots dissyllabes, et que je leur auray proposé aussi des monosyllabes que nous prononceons diversement, selon que nous les voulons faire longs ou brefs : je parleray de ceux aussi qui ayans trois syllabes, ou plus, ont l'accent, les uns en la penultime, les autres en Tantepenultime : qui est le poinct auquel il-y-a plus de contradicteurs. Or n'estimeray-je avoir peu faict pour Thonneur de nostre langage, quand j'auray rabatu ces coups. Car (pour dire la vérité) si ainsi estoit qu'il ne se reglast aucunement par accens, non seulement il ne seroit si grave (qui est le poinct duquel il s'agit maintenant) mais une telle confusion sentiroit un peu sa barbarie.
Voyci donc encores un argument contre tous ceux qui nous objecteront cela (lequel je garderay pour la fln) c'est, qu'estant impossible de faire de ces vers qu'on appelle mesurez', sans
i. Thurot, Prononciation sur la poésie françoise. —
française^ II, 678, I, 245-46, Marty-Laveaux : Notice biogra-
Uypomneses, 27. phique sur Jean- Antoine de