E. Pasquier, Recherches, Baiif, xxiv. — Plusieurs autres
vu, XI : Que nostre langue est que Baïf ont composé des vers
capable des vers mesurez, tels mesurés, entre autres Ronsard
que les Grecs et Romains. Cf. et Jodelle. Voir Sainte-Beuve,
VII, vu : Quelques observations Tableau historique et critique
quelque observation des accens, nous avons monstre aux Italiens que nostre langage nous permettoit d'en faire, comme eux en avoyent faict. Et qu'ainsi soit, long temps y-a qu'un distique de Martial fut traduict en ceste sorte de vers. Car Martial avant dict,
Phosphore redde diem : cur gaudia nostra moraris ? Csesare venturo phosphore redde diem * :
Ces deux vers-la furent traduicts en ces deux-ci (qui ont pareillement la forme l'un d'hexamètre, l'autre de pentamètre)
Aube rebaille le jour : pourquoi/ nostraise retiens-tu? César doit revenir : aube rebaille le jour.
Et pouvant produire un grand nombre d'autres vers mesurez, je me contenteray de ces deux : pource qu'estant plus difficile d'en faire de bons en traduction (et principalement où on rend non seulement vers pour vers, mais aussi mot pour mot) que quand on les fait sans ainsi s'astreindre : on ne pourra douter que celuy qui se contraignant ainsi en ces deux, les a faicts toutesfois si doux, et ne sentans aucune contrainte, n'en eust pu faire qui se fussent trouvez encore meilleurs,
de la poésie française au XVI" la versification sur le modèle
siècle, in-12, 1843, p. 79-84; des vers grecs et latins.
Egger, VHelténisme en France, 1. VUÏ, 21 : Ad Luciferum,
42* leçon : Essai pour réformer vel in adventum Cœsaris.
44 DE LA PRECELLENCE
demanderay pourquoy à plusieurs infinitifs qui se terminent en E, ils estent ceste lettre, comme en ce passage, Non mi è novo {disse il Cornaro) Vudirparlare honoratarnente delMartelli^, Pareillement en cestuy-ci, Ma se pure vi da ranima di udire intorno à questa facolta, alcuna cosa, pregar vi voglio che talhora vegniate à la Academia^. J'advertiray de noter en ces deux passages, qu'un mesme verbe au premier ha la queue coupée, non au second, car le premier passage ha, udir, le second udire. Et la raison est (comme je croy) qu'au premier la queue du mot prochain parlare empeschoit (ou pour le moins sembloit empescher) la queue du précèdent. Je leur demanderay pareillement pourquoy ils ostent quelques lettres, au bout d'aucuns mots : comme nous voyons gran pour grande, et san pour sano, et alcun pour alcunOy et ben pour bene, en ce passage qui est pris, comme les precedens, du troisième livre de ce qui a esté composé touchant la langue Thos-
i. « Ce n'est pas chose nou- une tragédie intitulée Tullia, velle pour moi, dit Cornaro, une traduction du 4® livre de d'entendre parler honorable- VEnéide, des odes et des canment de Martelli. >» Luigi Cor- zoni très estimées. Son frère, naro, d'une grande famille Vicenzo Martelli, né dans les vénitienne, naquit en 1467, et, premières années du xvi*siècle, avec une santé très délicate, mort en 1556, a laissé un vovécut jusqu'en 1566. Ses Dis- lume de lettres et de poésies. corsi délia vita 5o6ria (Padoue, 2. « Mais si cependant vous 1558) ont été traduits en plu- avez envie d'entendre quelque sieurs langues. — Lodovico chose sur cette faculté, je vous Martelli, né à Florence en 1499, prie de vouloir venir quelquemort en 1527, a laissé inachevée fois à l'Académie. »
DU LANGAGE FRANÇOIS. 4b
cane, par Bernardin Tomitan (lequel escrit en deux sortes son nom mesmement, Bernardino, et Bernardin : ayant mis cestuy-la en la seconde impression, cestuy-ci en la première) Ilquale, corne gran Platonico che egli è^ non vorra comporiarvi che Amore sia mai cagione (Talcun minimo diffetto : corne quello che è usato di riiyrender il poeta, mentre disse cK Amor occhio ben san fà veder torto *. Je leur feray confesser que ce qu'ils coupent ainsi la queue à ces mots, fait grandement contr'eux. Car quand bien ils voudront dire que ce qu'ils font, ce n'est pas leur couper la queue, mais la trousser seulement, si est-ce qu'il s'ensuyvra qu'à eux-mesmes elle semble trainer. Et à la vérité je trouve bon qu'ils troussent ceux qui ont apparence d'estre trop longs (comme Amore avoit quelque apparence de l'estre : lequel toutesfois n'a esté troussé qu'à la seconde fois) et non qu'ils facent le mesme à ces pauvres dissyllabes : et principalement quand ils espargnent quelques polysyllabes qui sont tout auprès. Toutesfois laissant cela à leur discrétion, retourneray à ce propos, que telle façon de faire répugne à ce qu'ils mettent en avant touchant la gravité de leur langage, s'ils la veulent prouver par ceste tant lente,
1. Littéralement ; lequel, faut : comme celui qui a coucomme grand platonicien qu'il tume (en homme qui a couest, ne voudra jamais vous tumej de blâmer le poète accorder que TAmour soit d'avoir dit que l'Amour fait jamais cause du moindre dé- qu'un œil sain voit de travers.
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tant posée ou tant pesante prononciation : (car derechef je leur baille à choisir de ces trois) veu que ce qu'ils font c'est pour- la haster un peu. Sur quoy il faut noter qu'ils ne peuvent venir à bout de leur langage, comme nous venons à bout du nostre. car quand quelqu'un traine sa parole, ou ses paroles (nous disons ainsi de celuy qui parle un peu trop lentement) il s'en peut corriger, et parler plus vistement, sans changer rien de l'ordinaire es mots : mais le leur ne peut estre prononcé que lentement (encore qu'il le soit moins par les uns que par les autres) jusques à ce qu'on ait osté les dernières syllabes de quelques-uns. Et pour conclusion, quand ils veulent corriger un peu ceste pesanteur, force leur est d'accoustrer leurs mots à la façon des nostres : c'est à dire, les faire terminer en lettres consonantes, au lieu que leur naturelle terminaison estoit en voyelles. Voyla comment au lieu de dire, Parlare, Insegnare^ Dichiarare, Mostrare, ils disent Parlar, Insegnar, Dichiarar, Mosirar : ainsi que nous disons /^ar/er. Enseigner, Déclarer, Monstrer : et font de mesme es autres. Et sont si bien accoustumez à ceste syncope, ou plustost apocope (que j'appelle retranchement) qu'ils en font quelquesfois autant aux dissyllabes, qui n'en peuvent mais. Vray est qu'ils ne font pas ce tour à tous les vocables d'une clause, mais espargnent les uns, les autres non, selon qu'il s'avisent. Et qu'ainsi
soit, si un d'eux répète quelque chose en mesmes mots, il pourra advenir que la seconde fois il usera de retranchement en ceux mesmes qu'il aura espargnez la première. Tellement qu'on ne peut dire autre chose, sinon qu'il eschappe qui peut. Or quant à ce que j'ay dict que ce retranchement estoit pour corriger la pesanteur dont j'ay faict mention, je me puis aider de l'autorité de leur Bembo : qui en son liyre intitulé Le prose, parlant de deux passages du Pétrarque, en l'un desquels il a dict Huom pour HuomOy en l'autre Popol pour Popolo, escrit, Erano Huomo ePopolo le intere voci : dalle quali egli levô la vocale loro ultima : la quale se egli levata non havesse, elle sarebbono state voci alquanto languide e cascanti : che hora sono leggiadrette e gentili^.
Quand ils auront esté déboutez de leur plus fondamentale proposition, en ce qu'ils mettoyent en avant, la gravité de leur langage estre plus grande que celle du nostre, il restera de voir quel autre fondement ils luy peuvent donner : veu mesmement que je maintiendray qu'au contraire il est aucunement mol, à comparaison du nostre : pour le moins n'est pas si nerveux et viril. Or ce ne sera point sans parler de la pro-
i. Huomo et popolo, étaient ils auraient été des mots un
les mots entiers : desquels on peu languissants et traînants :
a retranché la dernière voyelle: maintenant ils sont vifs et
si on ne l'avait pas retranchée, dégagés.
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nonciation : de laquelle je remonstreray qu'ils ne s'acquittent pas si bien que nous : ains qu'ils la rendent comme efféminée en certaines paroles : et mesmement es Latines, qui sont la source de celles-là. Car comme ils prononcent affettione en leur langage, ainsi plusieurs d'entr'eux du Latin affectio font affettio : et comme ils disent en leur langue massimoy ainsi massimus pour maxi-
mus^.
Quand j'auray aussi parlé de quelques autres choses qui donnent gravité à un langage, et que j'auray monstre qu'aucunes qui sont de ce nombre, se trouvent au nostre, et non au leur, je produiray quelques passages des auteurs Latins, avec les deux traductions. Italienne et Françoise : à fin que ceste comparaison confermant les choses que j'auray proposées, je puisse conclurre (sans leur faire tort) que l'honneur de precellence qu'ils donnent à leur langage, quant à la gravité, nous appartient.
Or quand j'auray produict ces passages des poètes Latins, avec les traductions d'iceux, tant Italiennes, faictes par les plus célèbres poètes du pays, que Françoises : (dont les unes seront miennes, les autres, des principaux poètes de ce temps) et prieray les lecteurs qu'après avoir faict un tel examen de toutes deux, que doivent faire