Biaise de Vigenère, 1523- de la première décade deTite
1596, fut attaché à la maison Live. Il a rajeuni la langue de
du duc de Nevers et plus tard Villehardouin, et publié divers
secrétaire de la chambre traités où Ton trouve tous les
d'Henri III. Ses principales préjugés de son temps, sur
traductions sont celles des l'astrologie, l'alchimie, et la
Chroniques et Annales de Polo- cabale. Ses contemporains fai-
ffne, d'Herbert de Fulstein, saient grand cas de ses tra-
1573; des Commentaires de ductions. II n'a traduit de
César, 1576; de V Histoire de Tacite que la Germanie, et le
la Décadence de V Empire grec, passage des Histoires cité par
de Nicolas Ghalcondyle; des Estienne se trouve dans les
Dialogues sur l'Amitié, de notes qui suivent sa traduction
Platon, Gicéron, Lucien, 1575; de César.
plus utile d'avoir ouy, qu'à nous de Tavoir remonstré. Les Capitaines et chefs Romains entrèrent jadis dedans vos limites, et des autres Gaulois aussi : non pour aucun désir de piller, mais vos ancestres les y invitans, lors que leurs dissensions mutuelles les molestoyent à toute outrance. Les Allemans pareillement appelez d'eux à leur secours, avoyent reduict tout aussi bien les alliez en servitude, comme leurs plus mortels ennemis. Par combien de grosses batailles contre les Cimbres et les Theutons, par quels demesurez travaux de nos exercites, et avec quel événement à la fin nous avons faict guerre en la Germanie, tout cela est assez notoire. Nous ne nous sommes pas venus planter sur le bord du Rhin pour la défense de l'Italie, mais de peur qu'un autre Ariovistus ne s'emparast du Royaume des Gaules. Guidez-vous donques estre en* plus estroite recommendation à Civilis, ni aux Bataves, ni aux peuples de delà le Rhin, que vos pères ne furent à leurs ancestres? Tousjours la mesme occasion aux Germains a esté de passer es Gaules, l'avarice à sçavoir, et la convoitise, et certain désir de changer de demeure, à ce que leurs marescages et déserts quittez là, ils s'emparassent de ce tresfertile fonds et terroir, et de vos personnes encore. Surquoy on vous propose une liberté pour prétexte, avecques autres semblables tiltres merveilleusement beaux en apparance : mais onques homme n'aspira de réduire les «autres en servitude, et establir sa domination dessus eux, qu'il ne s'aidast des mesmes mots. Les Royaumes et les guerres ont tousjours esté par les Gaules, jusqu'à tant que vous vous soyez rengez sous nostre pouvoir : et nous autres tant de fois provoquez de vous, suyvant le droit de la victoire, ne vous avons neantmoins imposé autre chose, que ce qui convenoit à garder la paix. Car sans les armes, la seureté et repos aux peuples, ne les armes sans une solde, ne la solde sans quelques impositions et tributs, ne se peuvent pas maintenir. Tout le reste est commun aux uns et aux autres : il n'y a rien de séparé ne renfermé, car quelques enfermez que vous estes, jouissez neantmoins des
bons Princes, aussi bien que nous : là où les félons et cruels se descouplent et attachent aux plus prochains d'eux. Supportez donques les prodigalitez ou taquineries de ceux qui dominent, aussi bien que vous faites la stérilité d'une année, les pluyes excessives, et les autres injures du ciel, et incommoditez de nature. Il y aura des imperfections, tant que le monde durera : mais ce n'est pas un mal continuel : car cela se compense par de plus grands biens qui arrivent parmi. Si d'aventure vous n'attendez un plus doux et meilleur empire, lors que Tutor et Classicus régneront : et qu'on puisse equipper et entretenir des armes à moindre frais, à moins de charge pour le peuple, pour repousser les Germains, et ceux de la Grande Bretaigne : parce que si les Romains (ce que les Dieux ne vueillent) estoyent dechassez, qu'en adviendra-il autre chose, sinon une confusion et desordre de guerres de tous les peuples l'un contre l'autre? Par le bon-heur et discipline de huict cens ans ceste grande masse d'empire est ainsi parcreue, laquelle ne se peut mettre bas sans la ruine et accablement de ceux qui tascheront à l'esbranler. Mais le plus fort du péril vous menace, qui possédez l'or, et autres richesses, motifs et allechemens principaux de toutes les guerres. Au moyen dequoy aimez et rêverez la paix et la ville, dont les vaincus et victorieux jouissent également : et que les exemples de l'une et de l'autre fortune vous servent d'instruction, et apprennent de ne vouloir embrasser plustost une endurcie et rebelle opiniastreté, tendant à finale ruine, que de persister en obéissance avecques toute seureté et repos.
Je ne veux pas advertir les lecteurs de prendre garde, en ceste harangue, combien est viril le son de ces paroles Françoises, et combien est mol celuy des Italiennes, à comparaison : comment les Françoises semblent autant aller de roideur, que les
autres aller laschement * : ne aussi de considérer autres telles choses qui concernent la gravité : (car je m'asseure que d'eux-mesmes ils y prendront garde, veu que c'est le poinct duquel il s'agit maintenant) mais bien les advertiray-je ici d'une chose, de laquelle peut estre qu'ils ne s'adviseroyent pas : c'est qu'ils considèrent, comme en passant, combien approche nostre langue de la briefveté d'un auteur qui a parlé plus ou pour le moins autant briefvement qu'aucun autre de tous les Latins, combien au contraire l'Italienne en est eslongnee, et combien on y voit de paroles perdues : sans lesquelles toutesfois (qui est la grand' pitié) elle pourroit sembler estre contrainte. Et pour mettre les lecteurs en train de ceste considération, je leur mettray devant les yeux toute la première clause. Car au Latin elle n'ha que ces cinq mots, Neque ego unquam facundiam exercui. Et au François, que ces six, Je nay jamais faict profession d'haranguer : mais en l'Italien ces quinze, lo per insino à qui non mi sono nelVarte del ben dire giamai esercitato.
Quand j'auray pu emporter ce premier poinct touchant la Gravité, je debateray avec plus grand