Comme un clerc pourrait parler d'armes
peut penser estre pris du langage Italien : veu que Pratiique nous est un Nom substantif: et pouvons dire, Il entend bien la pratiique de cela, ou, // en ha la pratfique.
Mais pource qu'aucuns Italiens (comme j'ay dict) se sont vantez d'avoir un langage plus excellent que le Grec, non seulement que le Latin, et pourtant quand bien j'aurois monstre que le nostre surmonteroit le Grec es deux comparaisons précédentes, ils pourroyent tenir bon, non-obstant ceste victoire : je ne m'adresseray plus à PoUux, mais à un d'entr'eux, nommé Aldo Manutio*, qui a escrit de la richesse du langage Toscan.
Voyci donc les façons de parler Toscanes, qu'il met au titre de Republica.
Deve ogniuno attendere alla republica, corne al proprio
interesse, Deve ad ogniuno essere à cuore l'intéresse publico, non
meno che il proprio, Dobbiamo amare il ben commune. L'utile délia cita, Il
i. Aide Manuce le Jeune daiiles et les inscriptions. II
(1547-1597), petit-fils du grand dirigea de 1565 à 1584, avec
imprimeur Aide Manuce, et assez de négligence, Timpri-
fils aine de Paul Manuce, avait merie Aldine à Venise, sa ville
onze ans lorsqu'il composa son natale, puis professa Téloquence
traité Eleganze delta lingua à Bologne, à Pise, enfin à Rome.
toscana e latina, d'où viennent Clément VIII le chargea en 1592
les phrases citées par H. Es- de diriger l'imprimerie du Va-
tienne. A quatorze ans, il pu- tican. 11 a écrit des Commen-
blia un traité d'orthographe iaires sur Cicéron, sur Térence,
latine, Orthographiœ ratio, d'à- des Discours politiques sur Tite-
près ies manuscrits, les mé- Live, etc.
114 DE LA PRECELLENCE
commodo publlco, Tutto cio che puo goviare alla repu» blica, con queW istesso affetto che amiamo e noi stessi, e le cose nostre.
Voyci autant de Françoises (respondantes à ces Toscanes), et en adjousteray beaucoup d'avantage.
Chacun doit penser à la republique, comme à chose ou
il va de son interest.
Chacun doit avoir à cueur Vinterest du public, non
moins que le sien propre : ou, Chacun doit prendre à
cueur Vinterest du public.
Nous devons aimer le bien commun. L'utilité de la ville.
Le proufit public. Tout ce qui peut aider à la repu^*
blique, avec ces te mesme affection que nous portons
à nous mesmes et à nos affaires.
En voyci trois fois d'avantage, que j'adjouste à celles qui respondent aux toscanes d'Aldo Manutio,
// faut que nous ne facions moins nostre devoir pour la republique que pour nos familles, ou, // faut ne nous mettre moins en tout devoir pour la republique que pour nos familles.
Chacun doit avoir en recommandation ce qui con^ cerne le bien public, autant que ce qui touche son particulier, ou, Chacun doit avoir le bien public pour recommandé, autant que le sien propre.
Le bien public nous doit estre d'aussi près que le nostre.
Chacun doit procurer Vavancement du bien public, comme du sien.
ou, Chacun se doit employer à l'avancement du bien
public.
Il faut porter au bien public la mesme affection que nous portons à nos affaires.
ou, // ne se faut moins affectionner à ce qui est pour le bien public, quà ce qui concerne le nostre.
Il ne se faut moins formalizer pour le bien public,
que pour le nostre.
Chacun doit pourchasser d'aussi grand courage le
bien de la republique que le sien.
Il ne faut pas postposer les affaires du public aux
nostres; ou, // ne faut préférer nos affaires aux publiques.
Nous ne devons point mettre de différence entre les
négoces de la republique et les nostres.
Nous devons mettre les affaires publiques au mesme
reng que les nostres.
La raison veut que nous espousions les affaires du
public comme les nostres.
Nous devons estimer que les affaires de la republique
nous touchent autant que les nostres.
Nous ne devons pas moins faire estât de V avancement du bien public que du nostre.
Il est raisonnable que nous facions estât de ce qui
importe à la republique, comme s'il importoit à
nos affaires domestiques.
Nous sommes tenus d'embrasser les affaires de la
republique comme les nostres.
Nous ne devons estre moins promis à faire service
au public, que nous sommes songneux de nostre
faict.
Nous devons estre aussi songneux des affaires publia
ques que des nostres.
116 DE LA PRECELLENCE
// nous faut procurer les affaires du public avec
aussi grand soin et diligence que les nostres. Il n^est raisonnable que nous prenions moins de
peine après les affaires de la république qu'après
les nostres.
Nous devons regarder d'aussi près aux affaires
publiques qu'aux nostres.
Nous devons apporter une aussi grande vigilance et
affection au maniement des affaires publiques,
qu'à celuy des nostres.
Nous ne devons pas nous espargner d'avantage aux
affaires de la republique qu'aux nostres.
Je sçay bien que les Italiens diront avoir des façons de parler pour exprimer ceste proposition, outre celles que met le susdict Aldo Manutio : et je ne leur nieray pas qu'ils en peuvent avoir, mais je leur diray aussi que nous en avons encore plus, que nous pouvons adjouster à ce grand nombre, qu'eux n'en peuvent adjouster à ce petit.
Mais j'ay peur de tenir trop long temps le lecteur suspens touchant la provision curieuse de nostre langage, dont j'ay faict mention. Car j'ay dict, parlant de sa richesse, que comme on ne tient pas un homme pour riche, quand il n'ha que ce qui luy est nécessaire, ains, pour estre mis au nombre de ceux qu'on ne peut pas appeler seulement bien aisez, mais riches, il luy faut avoir beaucoup de choses dont il se pourroit bien
passer : ainsi, que ce langage François ha une provision curieuse plustost que nécessaire d'un bon nombre de vocables plus rares que les autres : (entendant aussi des façons de parler.) A quoy je puis adjouster que c'est une provision laquelle encore que je nomme curieuse, toutesfois est de si rares et précieux meubles (car les vocables et façons de parler sont comme les meubles dont se sert la langue : comme aussi les Latins ont dict, Supellex verborum) qu'estans bien considérez, peuvent beaucoup aider à obtenir le titre de precellence que nous demandons. Car ce sont des meubles que nous fournissent deux arts, qu'on nomme La vénerie et La fauconnerie * : es termes desquels nous avons grande prérogative, quant à l'un, pource que nostre nation s'est addonnee à l'exercice d'iceluy, plus qu'aucune du temps des anciens, ne depuis : quant à l'autre, encore plus grande, pource que si elle n'a l'honneur de l'avoir inventé, pour le moins ha elle cestuy-ci, que de petits commancements elle l'a mis en quelque perfection. Car quant à la vénerie (qui est proprement la chasse à toutes bestes sauvages, mais le