Il est presque inutile de développement, et d'ailleurs
faire remarquer que si ce mode dans la plupart des composés
de composition s'est développé grecs, dans xaxofx-nxavoç par
dans notre langue et y est exemple, le rapport des élé-
oujours vivant, c'est qu'il était ments composants n'est pas du-
conforme aux tendances natu- tout le même que dans ceux
relies du français. Le grec n'a de notre langue. (Voir Darmes-
eu aucune influence sur ce teter, Mots composés,)
car, ayms recours à nous, ont contrefaict nostre Contrefaktej en disant Contrafare.
Cela dcÉc estant posé, que nos ancestres nous ont monsv comment il faloit imiter les compo-
es, je di que nous aurions bien faute
core que nostre nation ait plustost
autre chose que de cela), si nous-
ns nostre pointe. Et pour venir aux
di, à propos du mot Ancestres^ dont
ser, que comme ainsi soit qu'en
sitions Gr de cueur ( faute de to ne poursuiv exemples, je vien d
Bisayeul M)us imitons la composition Greque- Dipappo^ion pas la Latine Proavus : nous serionstrop pewïardis si, comme nos prédécesseurs ont feiict Bmayeul de Dipappos, nous n'osions faire Trisaye^wàe Tripappos; veu mesmement qu'en ce au^Kue nous disons Mon grand père et Ma grand' 'e, pour Mon ayeul et Mon ayeule, nous suivons [s Grecs. Je ne di pas cependant que les Latins n'ayent aussi suivi ceste langue en leur Proavus : veu qu'elle ha aussi Propappos, lequel est mesmement plus usité : mais tant-y-a qu'eux ont choisi l'un, et nous l'autre \
Je di bien d'avantage : c'est que nos ancestres nous ont monstre le chemin d'autres imitations plus hardies sans comparaison : comme quand
i. Y. E.PdLsquieT, Recherches, des Histoires de Paule Jove,
Vni, L. D'après lui, trisàieul a livre trent septiesme », tandis
été employé pour la première que le Loyal berviteur emploie
fois par « Denis Sauvage, sei- le composé entièrement latin
gneur du Parc, en sa traduction ierayeul (chapitre V").
158 DE LA PREGELLENGE
pour nous représenter ce beau mot d'Homère, ChaUochitiùnes, ils ont dict (en despit de la couardise des Latins) i^eryes^ws*. Etpourquoy ne diroiton Fervestu aussi bien qu'on dit Courtvestut II est vray qu'on prononce plustost Courvestu, sans t. Ainsi pourquoy ne dira on Porteciel (en parlant d'Atlas) pourquoy , en parlant d'Hercule ou d'Ulysse, ne dira on Portepene ou Portelabeur, au lieu du Grec Polytlasl II feroit beau voir que nous eussions fait un composé pour un crocheteur, en l'appelant Por^e/ai^r : pareillement pour un paresseux, en l'appelant Fainéant : et que nous vousissions demourer courts, quand il seroit question d'honorer la mémoire des gens de bien de quelque bel epithete, et principalement de ceux qui ont eu un naturel directement contraire à celuy des paresseux. Il faut aussi considérer qu'entre les mots usitez, composez du verbe Porter, nous n'avons pas seulement Portefaix (au lieu de ce que les Grecs usent de deux mots, ayans une mesme façon de composition et semblable à la nostre, Achthophoros et Phortophoros) , mais aussi Portepanier est fort en usage en ceste ville de Paris. Quant à Portenseigne, aussi on sçait qu'il estoit en usage desja du temps de nos ancestres : comme aussi Portespee : quand on disoit que le
1. L'a icienne langue disait était fervestu ou fervesti. C'est non se .ement fervestu, mais cette dernière forme qu'emploie aussi erveslir. Le participe Fauchet. (Voir Godefroy.)
connestable estoit portespee du roy. Et depuis ce mot a esté appliqué au pendant de la ceinture : lequel en quelques lieux on appelle aussi le ceinturon. Et en la cour sont assez usitez ces trois, Portetable, Portechaire, Portequeue, Nous avons aussi quelques autres où on voit telle composition : mais quand nous n'aurions que ce premier, Poi^tefaiXy il nous pourroit suffire pour nous faire avouer les compositions susdictes : ausquelles j'adjouste ceste-ci, Portecharge. car, pour dire la vérité, comme je ne ferois non plus de difficulté de dire Portelabeur que Portepene, aussi ne craindrois je point d'user de Portecharge^ où la ryme le requerroit. Je passe plus outre, car je di que de deux princes, dont l'un seroit pacifique, et aimeroit la paix (autant qu'on la doit aimer pour le repos des subjects) l'autre seroit addonné du tout à la guerre, je ne craindrois point de donner à l'un l'epithete de Portepaix, à l'autre, celuy de Porteguerre, Et me souvient, à ce propos, que Joachim du Bellay en quelque epistre, servant de préface *, monstre avoir quelque crainte que ces deux composez, Porteloix et Porteciel, par lui forgez (ainsi qu'il dit) ne desplaisent aux lecteurs : mais depuis la poésie Françoise s'est monstree encore plus courageusement hardie : tesmoin celuy qui a dict,
1. Édition Marty-Laveaux, I, livres de VEneide de Virgile 337 , dans Fépître qui pré- (IV et VI).
cède la traduction de Deux
J60 DE LA PRECELLENCE
Du ciel porteflambeaux *. J'advertiray toutesfois (en passant) qu'il faut (à mon avis) user plustost de composez qui ayent au bout le nombre singulier : comme ici quand Porte/lambeau eust pu estre dict, il me semble qu'il eust eu meilleure grâce : mais je confesse qu'en parlant du ciel il faloit l'appeler Porteflambeaux y en usant du pluriel : comme au contraire pour leDadophoros Grec, ou DadouchoSy ce Porte flambeau seroit justement son cas. Au reste, j'ay encore deux beaux composez que je veux adjouster aux precedens, Portelumière et Porte] our : le second, dict de l'aurore (que nous appelons l'aube) : le premier, du jour *.
Or voyons si nous pouvons point faire le mesme en quelques autres endroits qu'en cestuyci. c'est-à-dire si, comme nous avons pris ces composez, ja usitez de long temps, pour patrons de plusieurs autres, ayans un mesme verbe, ainsi nous n'en trouverons point par lesquels nous puissions estre semblablement guidez. Je di donc que nous avons Boutefeu, ja ancien : et que je ne craindrois point d'en forger un, à l'exemple de cestuy-ci, Bouteguerre : comme parcidevant j'avois
\ . Du Bartas, au commence- apparaître de nouveaux mots
ment de la Semaine. ainsi composés. Seulement ces
2. On voit que les idées d*Es- composés ne peuvent vivre que tienne sur ce point sont celles comme substantifs, et la faute de la Pléiade. Ce procédé de de Ronsard et de la Pléiade a formation n'a jamais cessé été d'en faire des adjectifs, d'être très vivant chez nous et comme le voudrait encore Estons les jours nous voyons tienne.
DU LANGAGE FRANÇOIS. i&i
forgé Porieguen^e^ aussi bien que Portepaix.
Pareillement sur YdîaçiQnSongemalice (qui respond au Grec Kax,omechanos^ comme j'ay dict cidevant) j'oserois bien forger Songenouvelle et (comme on vient de Tun à l'autre) ne ferois difficulté de forger Forgenouvelle, Et quant est de Songemalice, où je metrouverois empesché à rymer dessus, je penserois ne faire desplaisir à mon langage si je mettois en sa place Songefinesse. Je ne doute point que l'exemple aussi des cinq que j'ay proposez quand je parlois de Tavaricieux, ne nous puisse beaucoup proufiter. J'enten ces cinq, Pinsemaille, Racledenare, Serredenier, SerremieUe, Pleurepaiii. lesquels composez je maintien estre autant beaux et autant significatifs qu'aucuns que sçauroit faire la langue Greque. Quant au dernier Pleurepairiy il convient fort bien avec la façon de parler dont use Plante en ce passage de la comédie qui est intitulée Aulularia : où il parle hyperboliquement d'un qui es toit avaricieux,
Aquam hercle plorat, quum lavât ^ profundere *,
Suivant laquelle phrase, Pleurepain seroit Qui plorat panent comedere.
Je produiray une autre fois plus grand nombre d'exemples, pour prouver ce que j'ay mis en avant touchant le moyen que nous avons de