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Voir page 73 et la note. Si la chose vient d'Allemagne

2. Bracmach ne se trouve ni le mot pourrait être aussi d'oridans rhistorique de Littré, ni gine germanique.

dans Godefroy. Du Gange, au Cependant l'étymologie donmot bragamardus, donne dans née par H. Estienne n'est pas les exemples bergamas, bra- absolument invraisemblable , gamas, bagamars. A braque- car les archéologues rangent mardusy il donne cette exprès- le braquemart, à cause de sa sion : •« Un grant coustel d'Aile- forme, parmi les armes venues maigne nommé bracquemart. » d'Orient.

que signifie aussi nostre mot. Et ne doute non plus qu'il ne soit tiré de là, que de Hoqueton, qu'il ne soit pris de Ho chition. ayant esté dict Hoqueton pour Hocheton, outre le changement de la lettre i en e *. Ausquels mots on peut adjouster Escarmouche, estant dict pour Escamouche ou (pour approcher encore plus près de l'origine) Syciamâche car je tien pour certain qu'il vient du Grec Sy^-iamachia *.

Mais pour retourner à ces monosyllabes, nous voyons aussi que Bec, que Suétone tesmoigne estre de nos Gaulois, est monosyllabe ^ Je n'enten pas toutesfois qu'au langage des Rommans n'ayons autres mots des Gaulois qu'aucuns de ceux d'une syllabe : mais je di qu'entre ceux ci principalement je pense aucuns estre des leur.

Or combienque j'aye dict que nos ancestres prenoyent plusieurs mots du Latin, et quelquesuns aussi du Grec, si est-ce que je confesse qu'ils appeloyent mauffaits * ceux que nous appelons diables, suivans le langage Grec.

1 . //o^K6/o7t est le mot co/on, 2. Escarmouche vient de précède de Particle arabe, al. Titaiien scaramuccia, d'origine De plusieurs exemples, il ré- incertaine. Littré et Scheler insulte que le mot désignait une diquent l'ancien haut-allemand étoffe avant de désigner le skerman, combattre, et rapprovêtement fait de cette étoffe, chent de l'ancien français es- (Voir le Dictionnaire de Littré, carmie, combat, escremir^ etc. et celui de Hatzfeld, Darmes- 3. Suétone, dernière phrase teter et Thomas.) L'ancienne de la Vie de Vitellius. formeélSLii auque ton, haukeéun, 4. La vraie orthographe est agueton, aketon. (Voir Gode- malfé [maufé, maufféy etc. Gofroy.) defroy). L'orthographe d'Es-

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Et comme ils donnoyent ce vilain nom aux diables (et à bon droit) ainsi en donnoyent-ils de beaux à certaines choses, et plus beaux qu'elles n'ont aujourdhuy. Tel estoit celuy qu'ils donnoyent à la bourse quand ils l'appeloyent Une aumosniere : lequel nom quelques femmes donnent encore aujourdhuy à leur boursette, pour la distinguer d'avec l'autre. Quant à ce mot Bourse, il est tout évident qu'il vient de Byrsa, qui est un mot Grec, ayant la terminaison Latine, et signifie Corium, d'où vient cuir.

Pour signifier tromperie ils usoyent de plusieurs mots qui ne sont point aujourdhuy en usage : entre lesquels estoit Guille. et quelquesfois mettoyent aussi barat avec : disans, // ny a ne barat ne guille. comme nous disons, // ny a ne fraude ne barat.

Il me souvient de deux autres mots des Rommans, qui sont fort notables : l'un est Alarinette, l'autre est Latinier. Quant à ce mot Marinette, il signifie la pierre qui attire le fer : que les Latins ont appelée Magnes, suivans les Grecs. Hugues de Bersi use de ce mot, en la satyre qu'il composa contre les vices regnans de son temps *. Voyci le passage :

tienne vient d^une fausse éty- Guiot de Provins. Ce dernier,

mologie. né vers le milieu du xu" siècle,

1. Le texte cité par Estienne alla en pèlerinage à Jérusalem,

n'est pas de Hugues de Berci, et, à son retour, se fît béné-

ou plutôt de Berzé, mais de dictin. 11 a composé sous le

Mais celle estoile ne se muet.

Un art font qui mentir ne puet.

Par vertu de la marinette *, Une pierre laide et noirette, Où II fers volontiers se Joint,

L'autre mot, qui est Latinier, seroit encore plus malaisé à entendre, si on ne voyoit le passage duquel je le pren, au Romman d'Alexandre,

Porus rend Alexandre son branc fourbi d'acier^ Et dit en son langage que il l'avoit moult chier. Alexandre l'entend, sans autre latinier.

Car de plusieurs langages s'estoit faict affaitier.

Il est maintenant aisé à voir qu'il se prend pourceque nous appelons trucheman : et croy ceste signification avoir esté donnée à ce mot pourceque le langage Latin, du temps de nos Uommans, estoit celuy duquel les truchemans s'aidoyent quelquesfois pour interpréter : fust bon Latin ou mauvais.

titre de Bible une satire dans Bible, comme celui de Guiot.

laquelle il attaque les hommes Ce poème, en 838 vers de huit

de toutes les conditions, sans syllabes, ofîre un tableau des

ménager l'Église. Sa satire, désordres du temps. (V. G. Pa-

composée de 2700 vers, est vive ris, ouvr. cité, p. 253 et 179.

et intéressante. (V. G. Paris, Cf. E. Pasquier, Recherches,

ouvrage cité, p. 153.) 11 a VII, m.)

été longtemps confondu avec i. Au lieu de marinette, les

Hugues de Berzé, seigneur de manuscrits donnent les uns

Berzé le Chastel, en Bourgogne, manete, pierre d'aimant, ce

à qui on attribuait sa Bible, qui est à peu de chose près le

Hugues de Berzé assistait à la mot latin, les autres manière,

prise de Constantinople, en même sens. Le vers suivant.

1204. A son retour en France, dans ces derniers, au lieu de

il composa un poème intitulé noiretle, a bruniere.

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Je laisse maintenant au jugement des lecteurs, de quelle sorte de mots principalement nous pouvons faire nostre proufit, entre ceux que nous trouvons es Rommans. Quant à moy, je m'avanceray bien de dire que marinette, en poésie principalement, seroit celuy duquel je craindrois moins user. Mais il y-a des vocables desquels on auroit bien raison de disputer, si on en doit user, j'enten ceux qui ont aujourdhuy une signification ou du tout ou un peu diflerente de celle qu'ils avoyent alors. Du tout diflerente, comme celuy entre les seigneurs que nous honorons aujourdhuy du titre de comte, estoit honoré lors du titre de queux (comme. Là fut li queu^ * de Tanquarville) duquel mot nous n'usons que pour signifier un cuisinier. Aussi pouvons nous dire que Adjourner ha une signification du tout diflerente de celle qu'il avoit, quand il s'opposoit à Avesprer *. Et à propos de nostre adjourner, la signification qu'ils donnoyent à sergent, quand ils appeloyent (pour exemple) Moyse sergent de Dieu, est non du tout mais un peu diflerente de celle que nous luy donnons. Je di seulement un peu différente, pource

1. H. Estienne a mal lu. Le « Pour ce faire, le faudroit voir texte est évidemmeni quens, tous ces vieux Romans et Poètes cas-sujet de comte. (Plus sou- Francoys, ou tu trouverras un vent cuens et cons.) ajourner pour faire Jour (que

2. Cf. Du Bellay, Deffunce et les Praticiens se sont fait illustration de la langue f'ran- propre), anuyter pour faire coi/se, édition Person, p. 129 : nuit. »

que c'est aussi bien serviens * (d*où il vient) que c'estoit alors : mais non de la mesme façon. Quant à moy, je di qu'il n'y-a quAdjourner duquel je ne ferois point difficulté d'user. Et comme je ne voudrois user des deux autres, aussi ne voudrois-je dire Sur toute rien, ou Sur tout rien, pour Sur toutes choses, comme au premier livre d'Amadis, Toutesfois il est bien deceu. car elle le hait sur tout rien. Je ne voudrois (di-je) ainsi parler : encore que je sçache bien que Rien signifie autant que Chose, car je nay rien du monde, et je nay chose du monde, valent autant l'un que l'autre : et approuvant quelques mots et façons de parler, que cest auteur prenoit des Rommans (j'enten le seigneur Des essars) ' ceste-ci est de celles que je n'approuve point.

Le proverbe que j'ay nagueres allégué m'a faict

aviser d'adjouster un petit discours touchant

, aucuns lesquels entr'autres semblent avoir fort

bonne grâce, et sentir le style de nos Rommans. Et

1. Non pas de serviens, mais donna au roman portèrent ce de servientem. nombre à douze. La traduction

2. Nicolas Herberay des Es- française eut, comme PoriginaU sarts, commissaire d'artillerie, un grand succès, mérité par le traduisit de l'espagnol, de 1540 charme du récit et par l'agréà 1548, VAmadisdes Gaules. Ce ment du style. Des Essarts a roman, inspiré sans doute de traduit en outre de l'espagnol nos romans de la Table-Ronde, le 1*' livre de la Chronique de avait été composé, vers la Florès de Grèce, V Horloge des fin du xv« siècle par Garcia Princes , de Guevara, et du grec Ordonez Montalvo, qui écrivit VHistoire des Juifs, de Flavius, quatre livres. Les suites qu'on Josèphe.

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ceux qui considéreront combien les beaux proverbes, bien appliquez, ornent le langage de ceux qui d'ailleurs sont bien empariez, ne s'esbahiront (au moins, ne se devront esbahir) si tirant quelques pièces de divers magazins de nos Rommans, pour monstrer comment par leur moyen nous pouvons adjouster richesse sur richesse, j'en tire aussi quelques-unes de cestuy-la *.

Je commanceray par le susdict. Mal attend qui ne perattend : et prieray le lecteur considérer comment nous pouvons faire nostre proufît de ce proverbe, en l'alléguant à celuy qui n'aura point eu la patience d'attendre jusques à la fin, mais aura perdu courage. Et nommément pour les attendans de la cour ceste leçon est fort bonne, que ce n'est pas bien attendu si on n'attend jusques à la fin. sinon au cas qu'ils voyent que ceste fin ne prenne aucune fin. Une mesme sorte d'enseignement est en ce proverbe, // ne se garde pas bien qui ne se garde tousjours '. Mais quant à attendre je trouve encores un autre proverbe où il y-a aussi

1. La plupart des proverbes la table des matières du livre cités se trouvent dans l'ouvrage de Le Roux de Lincy est inde Le Roux de Lincy. Souvent complète , j'ai renvoyé aux le proverbe est simplement pages, afin d'éviter au lecteur cité, mais le plus souvent la de trop longues recherches, provenance est indiquée. Beau- L'édition à laquelle renvoient coup se trouvent dans le Roman les notes est la 2* édition (1859). de la Rose, ou le Roman de — Consulter au tome II, p. 547- Renard, etc. Souvent aussi le 596, la Bibliographie des Promême proverbe se présente verbes, sous plusieurs formes. Comme 2. Le Roux de Lincy, H, 313.

une autre sorte de composé, Qui bien attend ne surattend *.

Et à propos de ce que j'ay dict parcidevant, que nous avons des façons de parler prises de la congnoîssance du naturel des animaux, j'ameneray quelques proverbes aussi, qui sont de ce reng : et cestuy-ci sera le premier, On ne peut faire de buisart un esprevier •. Il est vray qu'on trouve escrit buison au lieu qu'on dit aujourdhuy buisart, ou busart. Et comme ce proverbe-là concerne la fauconnerie, aussi cestuy-ci, Oiseau débonnaire de luy-mesme se fait^ . Où il faut noter débonnaire dict en sa propre signification, au lieu que quand on le dit d'un homme, on use de translation : suivant ce que j'en ay discouru cidessus : où j'ay aussi adverti que débonnaire se disoit pour de bonne aire, J'adjousteray deux autres proverbes, qui appartiennent à ceste congnoissance de la nature des animaux. L'un est, Onques mastin n'aima lévrier^. L'autre, Onques bon cheval ne devint rosse ^.

l.Nicot:* Surattendre aucun, mes le proverbe cité par H. Es-

id est, cheminant ou chevau- tienne.

chant tout bellement attendre 2. Le Roux de Lincy, I, 153.

celui qui vient. Ce n'est pas — Quitard, Dictionnaire des

attendre tout coy ains à demy proverbes, 1842, p. 350. —

et allant le petit pas. » Ce sens Philipjpi Gameri Thésaurus

trop particulier ne s'accorde Âdagiorum Gallico-latinorum

pas bien avec les exemples (1612), p. 111.

ci tés par Godefroy, qui attribue 3. Le Roux de Lincy, I, 188.

au mot le sens d'a^^encfre encore, — Gameri Thésaurus, 538.

attendre trop, attendre en vain, 4. Le Roux de Lincy, I, 184.

puis attendre, en général. Voir 5. Id., 1, 162. — Gameri The-

dans Godefroy sous trois for- saur us, 132.

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Or comme on y trouve des proverbes faicts sur une observation du naturel des bestes, aussi en ont-ils aucuns faicts sur ce qu'ils ont observé de la nature des hommes, et principalement des mœurs qu'ils ont naturellement. Et tels proverbes sont autant d'advertissemens. De ce nombre est cestuy-ci, // n'est si grand despit que de povre orgueilleux^. Lequel se dit aussi en ceste sorte, Il nest orgueil que de povre enrichi '.

A l'expérience que j'ay dicte appartient aussi ce proverbe, Oignez vilain, il vous poindra : P oignez vilain, il vous oindra^. En cestuy-ci pareillement, qui est aussi touchant le vilain, nous avons un bel advertissement, // nest danger que de vilain *. Et vilain en ces proverbes est Qui ha le cœur vilain : veu mesmement qu'un autre proverbe dit. Nul n'est vilain si le cueur ne luy meurt ^.

Le changement de mœurs qu'on a observé et expérimenté en plusieurs, avec le changement d'aage, a donné occasion de faire cest autre proverbe. De jeune angelot vieux diable ®.

Et comme es proverbes qui précèdent cestuy-ci, il est parlé du félon et du vilain, aussi en avonsnous qui nous advertissent de plusieurs choses

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