PREFACE. XXVII
et pour enrichir autrui elle ne s'appauvrit pas ellemême. Il serait honorable à la langue française d'avoir fourni tant de mots à l'italien; mais ce n'est pas une raison pour que l'italien en fût déshonoré.
Mais dans l'espèce l'argumentation d'Henri Estienne est absolument mal fondée. Il semble oublier que l'italien et le français ne sont, pour ainsi dire, que des transformations simultanées de l'idiome baslatin; et que, par conséquent, leurs innombrables ressemblances s'expliquent par leur origine commune, sans qu'il soit besoin de supposer de part ou d'autre un emprunt qui n'existe pas (du moins dans le fonds populaire de Tune et de l'autre langue).
Henri Estienne finit par pousser ses griefs à une exagération puérile : il réclame aux Italiens plusieurs de ces mots usuels, fondamentaux, nécessaires, qui dans une langue existent dès son origine, et lui viennent forcément de la langue mère, et non d'une langue sœur : tète, pied, jambe, cœur, etc. Voici son raisonnement : le latin dit caput; l'italien, qui vient du latin, devrait dire pour tête, capo; s'il dit testa, comme nous tête, c'est évidemment qu'il a pris ce mot de nous, et non du latin.
Tout ce raisonnement ne tient pas debout. D'abord on pourrait répondre : il y a aussi longtemps que les Italiens disent testa, et que nous-mêmes disons teste; nous pourrions aussi bien avoir pris d'eux ce mot, qu'eux pourraient l'avoir pris de nous. Mais, en fait, nous ne leur devons pas teste; ils ne nous doivent pas testa; eux et nous, devons le mot au bas-latin, l'avant hérité simultanément. Henri Estienne semble