‹ La précellence du langue françois;Chapitre 11 sur 212 · XXVI II PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI II PREFACE

toujours croire que le français et l'italien viennent du latin de Cicéron ou de Tite-Live directement; il oublie qu'entre le latin et le français, il y a le baslatin mérovingien; de sorte que le français, c'est du bas-latin prolongé à l'état vivant, et transformé dans sa prononciation. Ainsi cette curieuse métaphore qui donne au mot testa (lequel veut dire argile) un sens dérivé, celui de vase, puis un autre sens dérivé, celui de crâne, enfin celui de tête, est plus ancienne que le français et l'italien ; elle est déjà pleinement établie ■dans le bas-latin, d'où l'ont reçue les langues modernes.

Il en est de même pour beaucoup de mots qui ne sont pas latins d'origine, mais germaniques; ils sont cmtrés dans le bas-latin à l'époque des invasions barbares; puis, de bas-latins, sont devenus en même temps italiens ou français, provençaux ou espagnols. Que signifient donc ces plaintes d'Henri Estienne : « Et pour monstrer encore davantage comment en nostre langage tout leur a esté bon, et qu'ils n'ont rien trouvé trop chaud, ni trop froid, j'adjousteray qu'ils nous ont pris aussi les mots qu'il est vraysemblable que nous ayons de nos Gaulois (il devait dire '1rs Germains) comme héberge, ou herberge.

Il tire de même une fausse conclusion des rencontres de sens que peuvent offrir L'italien el le français dans des mots tirés du latin où ils avaient une autre Signification. Exemple : le latin dit attendere au sens de être attentif. Le français en tire attendre, et l'italien aitendere m sens de être en attente. Là-dessus Henri Estienne triomphe el dit : « S'ils eussent tiré l*1 mot

Page 1