‹ La précellence du langue françois;Chapitre 13 sur 212 · PREFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXXI

de mesure commune. On peut prétendre, sans paradoxe, que chaque langue, prise à part, est en ellemême excellente et parfaite; du moins pour ceux qui la parlent, et pour l'usage qu'ils en font. C'est qu'en effet, l'action et la réaction ne cessent de se produire, de la nation sur la langue, et de la langue sur la nation; l'une est faite pour l'autre; et celle-ci s'ajuste à celle-là. L'instrument se perfectionne entre les mains de l'ouvrier. L'ouvrier s'habitue et s'accommode à son instrument. Chaque peuple a la langue qu'il mérite, et qu'il lui faut avoir. Toute langue est nécessairement la meilleure possible pour le peuple qui la parle.

Cela admis, que peut valoir une comparaison de deux langues à l'effet de leur assigner un rang? A priori, l'italien convient mieux aux Italiens, le français aux Français. En préférant le français, Henri Estienne énonce un goût personnel, que nous partageons sans doute ; mais cela ne peut rien prouver.

La comparaison n'aurait de sens et de valeur que si elle embrassait non seulement les deux langues, mais tout l'usage qu'on en a fait : les deux littératures. Alors on pourrait essayer de compter les richesses et de les apprécier; de rechercher lequel des deux peuples a le plus excellé dans la philosophie ou dans l'éloquence, dans la science ou dans la poésie, lequel a fait le plus d'honneur à l'humanité. La préférence pour une littérature ou pour une nation peut se justifier; la préférence pour une langue n'est pas moins légitime, mais elle est plus

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