‹ La précellence du langue françois;Chapitre 147 sur 212 · I. Flèche qui a un fer à quatre arêtes · texte numérisé non relu

I. Flèche qui a un fer à quatre arêtes

DU LANGAGE FRANÇOIS. 2u9

ou Valeur : et Falïenza, pour Tromperie. Il est vray que quant à ces mots, et autres de mesme terminaison, il nomme aucuns qui en ont usé devant Dante et Boccace, et plus aussi qu'eux. Quant aux autres, il use luy mesme d'aucuns en ce livre-la : mais principalement de Altresi. car incontinent après l'avoir mis en son dénombrement parmi les autres, il dit, // quale fine piacendo per imitatione altresi à Thoscani l. Et six ou sept lignes après, Passa questo uso di fuie à Dante, et al Boccacio altresi*. Il use aussi souvent àeSovente et de Guisa : et guère moins de guari. Voyla comment on voit que luy mesme estoit fort friand d'aucunes de ces paroles Provençales.

Il passe encore plus avant en ce dénombrement : et vient à aucunes desrobees par Dante (car kiymesme dit, furô Dante da Provenzali) 3, entre lesquelles sont, Aranda, qu'il expose Appena * : et Bozzo, qu'il dit signifier Bastardo e non legitimo. Apres ces deux vient Gaggio, qui est Gage : après, Lancia'6 : que Castelvetro pense estre composé de l'article La, et de anda, pour andata9. Apres, Mirarjlio, pour Miroir : après, Smagare, lequel il dit signifier Trarre di sentimento e quasi délia primiera

1. Cette terminaison plai- 3. Dante a dérobé aux Prosant aussi par imitation aux vençaux.

Toscans. \. A peine.

2. L'usage de cette termi- 5. Plaine, campagne. liaison a passé à Dante et aussi 6. Andata signilie : Allée, à Boccace. marche.

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imagine 1 : et se prendre aussi simplement pour Affannare 2. Et dit que non seulement Dante a usé souvent de ce Smagare, mais aussi les autres poètes : et Boccace pareillement en ses proses. Quant à Pétrarque, seulement une fois : pouree qu'il luy sembloit rude. Il vient puis à Drudo, à Marca, à Vengiare, Giuggiare, Approcciare, Inveggiare et Scoscendere. Apres, à Bieco, Croio, Forsennato, à Tracotanza et 01tracotanza,et à Trascotato 3. Apres ceci, ayant dict pour la seconde fois, que Pétrarque avoit esté moins hardi en ces mots que les autres, il monstre que nonobstant cela il usa de Gaio, de Lassato, de Sevrare, de Gramare, de Oprire, pour Aprire. Qu'il usa aussi de Ligio ' : item de ceste manière de parler, Tanto o quanto, qui est (comme je pense) ce que nous disons, Tant soit peu. che posera (dit-il) i Provenzali in vece di dire Pur un poco 5. Et puis ayant allégué un exemple de cest usage, adjouste, Senza che cgi i àlquante coci Provenzali, che sono dalle Tho&cafte in alcuna loro parte differenti, usa piu voleniieri et [tin spesso secondo la Provenzal /ornai che l<i Thoscana \ VA puis, pour exemples de cela, dit que

1. Détourner quelqu'un «le \- Gai, lassé, séparer, attrista pensée et pour ainsi dire de ter, ouvrir, vassal, l'image qui l'occupait. 5. Que les Provençaux: em-

•1. Chagriner, inquiéter. ploient pour dire un peu.

:;. Aiu.iiii, marque, venger, <'•• En outre, pour quelques

juger, approcher, envier, écla- mots provençaux qui sont en

ter (se fendre); — louche, lti-os- quelque partie différents des

sier. forcené, présomption, ou- mots toscans, il a employé plus

trecuidance, présomptueux. volontiers et plus souvent ta

Pétrarque use plus volontiers de Aima, que de Anima : de Fora, que Saria : de Ancidere, que ['<•<•!dere : de A ugello, que Uccello ! : item, de Primiero (où il peut), que de Primo. Quant à Conquiso, qui est un vocable Provençal, qu'il en a souvent usé : de Conquistato,qui estThoscan, jamais. Iladjouste Havia, Sofia, Credia -, qu'il dit aussi estre pris des Provençaux. Il parle puis d'un certain usage de ce mot Ha, et de quelques façons de parler, prises pareillement du langage Provençal.

Mais, avant qu'adjouster cela, je veux monstrer qu'il s'en faut beaucoup qu'il confesse toute la debte : voire qu'il n'en confesse pas la centième partie, si on veut mettre en avant tous les mots que son langage a pris du nostre, sans spécifier ceux des Provençaux.

Et je suis délibéré de commancer par les anciens : encore que luy (je di le Cardinal Bembo) en son dénombrement ait meslé non seulement des mots d'autre contrée, mais aussi des modernes parmi des anciens. Et pource que nous sommes demourez sur Pétrarque, je veux retourner à luy mesme. Voyci donc un de ses vers en son Triomphe d'Amour, près du commancement, Quattro destrier via più che neve bianchi '\ On

forme provençale que la forme 2. Avait, avait coutume, toscane. croyait.

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