‹ La précellence du langue françois;Chapitre 15 sur 212 · PREFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXXIII

philologie de Charles Nodier ou de Génin, risquerait aujourd'hui de paraître trop austère aux gens du monde et trop frivole aux gens studieux. Nous aimons que la science aille droit son chemin, sans s'amuser à faire des bouquets en route. Mais l'ancienne méthode avait aussi ses avantages : ces livres, d'où l'agrément n'était pas banni, trouvaient plus de lecteurs, et des lecteurs plus variés. Aujourd'hui, qui s'astreint à lire d'un bout à l'autre un livre de philologie pure, comme YHistoire de la prononciation de ïhurot ou le Traité de la formation des mots composés de Darmesteter? Vingt personnes en Europe, qui travaillent sur les mêmes questions. Les autres connaissent le livre, le consultent, s'en servent au besoin; mais le lisent-ils, à proprement parler? Disons au moins que l'ancienne méthode a été bonne en son temps et même la meilleure au xvie siècle, à l'époque d'Henri Estienne. Alors il était avant tout nécessaire de faire aimer la langue française aux Français, et de leur persuader que cette langue était belle, riche, harmonieuse, et capable des plus grandes œuvres. Pour faire entendre ces choses, alors neuves et hardies, à un plus grand nombre de lecteurs, il était bien permis, et peutêtre était-il sage, de mêler à beaucoup de science un peu d'agrément, et même (ce qui ne gâte rien) beaucoup d'esprit.

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